dimanche 15 mars 2015

Leroy: premiers commentaires sur la montre Chronomètre Observatoire

A quelques jours de la Foire de Bâle au cours de laquelle le Chronomètre Observatoire de Leroy sera officiellement présenté, j'ai souhaité vous proposer la version française d'un article écrit il y a quelques semaines sur PuristSPro. J'attire votre attention sur le fait que la montre photographiée est un prototype terminé quelques heures avant ma rencontre avec Olivier Müller, Karsten Frassdorf et Eric Giroud. La montre dévoilée à Bâle proposera les finitions définitives.

Leroy. Un nom prestigieux. Et un nom très difficile à porter en même temps lorsque j'analyse les différents projets qui furent menés ces dernières années dans le but de relancer la marque. Y-a-t-il une sorte de fatalité ou de malédiction? Je n'en sais rien mais au bout du compte, je fus très fier et excité d'être convié à dîner avec Olivier Müller en compagnie de quelques privilégiés pour découvrir juste avant le début du SIHH la nouvelle montre qui porterait le nom de Leroy sur son cadran. Ce n'est pas compliqué d'expliquer les raisons pour lesquelles je ne pouvais pas manquer cette opportunité:
  • de nouveau, le prestige lié au nom de la marque
  • la montre est un chronomètre et donc nous touchons le coeur même de ce qui fait le fondement de l'horlogerie: la quête de la précision
  • les participants du dîner car autour de la table se trouvait un trio au pedigree impressionnant: Olivier Müller, Karsten Frassdorf et Eric Giroud qui, comme de bonnes fées, se sont penchés sur le berceau de cette montre
  • l'appartenance de Leroy au groupe Rodriguez ce qui donne des moyens et des atouts industriels
  • et bien évidemment, l'envie de connaître la stratégie de Leroy pour atteindre le succès.

Je connais Olivier, Karsten et Eric depuis de nombreuses années. Je me rappelle très bien ma première rencontre avec Karsten au Train Bleu Gare de Lyon au cours d'un déjeuner. Je fus séduit à l'époque par son approche de l'horlogerie où la quête de la performance chronométrique passe par les basses fréquences, les grands balanciers et la stabilité de marche. Grâce à Karsten je fus en mesure de voir des balanciers aux diamètres supérieurs à 16mm! L'année dernière, je rencontrais Olivier Müller sur le stand Leroy à Bâle et il me demanda d'être patient car le projet derrière Leroy visait à mieux profiter du patrimoine historique de la marque et qu'une telle ambition nécessitait du temps pour être mise en oeuvre. Je fus donc patient mais que ces 10 derniers mois furent longs jusqu'au moment où la fameuse montre Chronomètre Observatoire fut dévoilée lors du dîner genevois. Je vous propose donc de l'observer de plus près.

La montre porte le nom de Chronomètre Observatoire parce que comme tout bon chronomètre qui se respecte, son bulletin de marche sera délivré par un Observatoire prestigieux, celui de Besançon qui teste la montre et pas uniquement le mouvement. Elle est animée par un calibre à remontage manuel, le L200 à double-barillet et à petite seconde à 6 heures et qui propose comme complication additionnelle un indicateur de réserve de marche fonctionnant grâce à un disque visible dans un  très discret guichet à 9 heures.

Les principales caractéristiques techniques du mouvement sont:
  • les deux barillets sont en parallèle 
  • son diamètre est de 15 lignes ce qui est la bonne taille pour obtenir un cadran équilibré
  • son épaisseur est de 4,5mm
  • la réserve de marche est de 98 heures. En fait, la montre pourrait atteindre une réserve de marche théorique de 150 heures mais elle est limitée grâce à un levier à saut instantané pour préserver l'isochronisme et obtenir la meilleure stabilité de marche tout le long du fonctionnement de la montre
  • il utilise 42 pierres (38 saphirs et 4 diamants)
  • sa fréquence est de 2,5hz ce qui n'est pas une surprise!
  • l'angle de levée du balancier est de 16°
  • il comporte un stop-seconde.
Comme je pouvais m'y attendre, l'organe régulateur propose plusieurs solutions techniques particulières. Il contient un échappement à impulsion directe, hommage à Pierre Le Roy et également une cage de Brun, qui fut inventée par un horloger du même nom vers 1900.


Le spiral à double courbe terminale est basé sur les travaux de Pierre Le Roy. La courbe intérieure et la courbe extérieure favorisent l'isochronisme en permettant au spiral de conserver un comportement adéquat, un déploiement concentrique, même en position verticale. De plus, grâce à la cage de Brun, l'horloger en charge  de régler le point d'attache et la courbe terminale extérieure du spiral possède une grande liberté d'action puisque les positions des pitons sont variables sur 360°. C'est d'ailleurs cette cage de Brun qui donne cet effet visuel inattendu au-dessus de l'organe régulateur. Les quatre diamants se trouvent au niveau des deux palettes de l'ancre de dégagement, de la cheville de dégagement et de la cheville du plateau d'impulsion.

Le moment est venu pour vous présenter une des originalités visibles côté cadran. Lorsque vous observerez la trotteuse, vous serez surpris  par son comportement. En fait, vous devez considérer qu'elle fonctionne par période de deux secondes. Dans chaque période, elle effectue un petit saut et un saut plus long. Il s'agit d'un nouvel hommage à Pierre Le Roy qui porte le nom le saut "duplex". Ma compréhension est que la graduation du sous-cadran de la trotteuse sera revu afin de prendre en compte le saut "duplex". 


La décoration du mouvement était loin d'être achevée lorsque j'ai pu voir et manipuler la montre. Elle sera évidemment effectuée avec beaucoup de soin. Je reviendrai sur le sujet des finitions après avoir vu la montre dans sa version finale à Bâle. En tout cas, j'ai pu d'ores et déjà apprécier l'architecture du mouvement qui est à la fois classique et plutôt inhabituel (grâce notamment à la cage de Brun). Quelques détails portent la touche de Karsten Frassdorf mais au bout du compte il ne ressemble pas à ce que j'avais vu précédemment chez FDMN ou Heritage. C'est une bonne nouvelle car cette architecture de mouvement apporte la preuve d'une véritable ambition et d'un développement spécifique pour Leroy.

La montre en elle-même, et son cadran plus spécifiquement, porte la signature d'Eric Giroud. J'aime beaucoup les chiffres appliqués à la fois clairs et précis, la partie centrale guillochée et le très discret guichet de l'indicateur de réserve de marche. Lors du dîner, cet indicateur fonctionnait ainsi. Jusqu'à 60 heures de fonctionnement, le disque affiche la même couleur que le cadran. Entre 60 et 80 heures, une couleur blanche apparaît. Au-dessus de 80 heures: le guichet vire au rouge, il est temps de remonter la montre! En fait, l'équipe Leroy allait profiter des semaines jusqu'à Baselworld pour travailler sur le disque afin de mieux motiver le propriétaire de la montre pour qu'il la remonte quotidiennement pour une meilleure précision. Les aiguilles "Courteault" évidées offrent un meilleur contraste avec le cadran que je ne l'imaginais. Elles me rappellent évidemment les aiguilles des anciennes Osmior.

Le boîtier est également réussi, préservé de tout effet de style inutile. La couronne du prototype était trop petite mais elle fut depuis redessinée et agrandie pour une meilleure manipulation... ce qui est le bienvenu pour une montre à remontage manuel! Le boîtier qui alterne des éléments polis et brossés sera disponible en 38 ou 40mm de diamètre en or rose, or gris ou en bicolore. Olivier Müller insista sur le fait que bien entendu, une certaine personnalisation sera possible comme par exemple l'utilisation d'aiguilles bleuies à la place des aiguilles rhodiées. 


Au cours du dîner eut lieu un débat sur le design du cadran, pour être totalement transparent avec vous. Certains participants expliquèrent que pour une montre chronomètre, l'approche la plus pure était la meilleure. Je comprends ce point de vue mais pour moi il est aussi important d'apporter quelques touches esthétiques donnant du caractère. C'est la raison pour laquelle j'ai apprécié d'observer le contraste entre la partie centrale guillochée et la partie périphérique ainsi que les chiffres appliqués. De plus, ces derniers contribuent positivement à la qualité perçue.

Comme vous pouvez le constater, j'ai un sentiment très favorable suite à la première observation de cette montre et ce grâce à son mouvement et à son design. C'est la raison pour laquelle il me tarde de découvrir la version finale à Bâle qui je l'espère, confirmera cette impression initiale.

Merci à Olivier Müller, Karsten Frassdorf et Eric Giroud.





Cartier: Clé de Cartier 40mm

L'année 2015 s'annonce très importante pour Cartier avec la présentation lors du dernier SIHH d'une nouvelle collection dont la vocation est de connaître le même succès que Ballon Bleu. Clé est donc bien plus qu'une simple montre mais le symbole d'une ambition de développement comme le prouvent la disponibilité en trois tailles différentes (31, 35 et 40mm) et l'arrivée rapide en boutique dès le mois d'avril. Même si la réussite commerciale n'est jamais une science exacte, Cartier s'est donné les moyens d'atteindre ses objectifs en utilisant quelques recettes déjà mises en oeuvre avec Ballon Bleu comme la discrète originalité du boîtier et la couronne particulière. Clé, quelle que soit sa taille, se distingue par:
  • son boîtier fluide et galbé avec un verre légèrement bombé
  • son cadran d'apparence classique qui propose des chiffres romains bleus
  • la forme originale de la couronne dont le fonctionnement explique le nom donné à la collection
  • et  l'utilisation d'un tout nouveau mouvement, le 1847 MC.

La version de Clé avec un diamètre de 40mm est naturellement celle dédiée aux hommes même si elle peut tout à fait être portée sur un poignet féminin. Compte tenu de sa vocation et de ses ambitions commerciales, elle incarne un style consensuel et sans véritable aspérité. Le principal atout de cette montre, surtout dans cette taille d'ailleurs, est le travail de design du boîtier en or extrêmement abouti. Les lignes sont harmonieuses, les formes en rondeur tout en restant très élancées. Le boîtier donne l'impression, lorsqu'il est observé de profil, que sa partie centrale est posée sur des berceaux. Selon les angles, la montre m'apparaît comme soit ronde, soit ovale et je trouve que ces effets visuels sont particulièrement réussis. En l'examinant de face, Clé me fait penser, notamment dans la façon avec laquelle les cornes prolongent le boîtier sans rupture esthétique, à des montres dessinées dans les années 60. Ce mélange de modernité et de rappel du passé est un élément à apporter au crédit de la montre.


Cependant, le boîtier perdrait une grande partie de son intérêt s'il n'était paconçu pour mettre en valeur la fameuse couronne qui apporte la véritable originalité à la montre. La forme de cette couronne "clé", toute en longueur, facettée, profilée surprend au départ. Elle nécessite une petite période d'accoutumance pour bien maîtriser sa manipulation. Son comportement n'est pas le même selon sa position.

En position remontage, c'est-à-dire lorsqu'elle n'est pas tirée, la couronne provoque de belles sensations évoquant, logiquement, celle d'une clé avec un petit "clic" lors du retour en position normale, alignée le long du boîtier. C'est à la fois agréable et plutôt amusant. En revanche, lorsqu'elle est tirée d'un cran (réglage de la date) ou de deux crans (mise à l'heure), elle tourne comme une couronne traditionnelle. J'ai donc apprécié cette manipulation même si le paradoxe est que la personne qui portera la montre ne sera pas amenée à remonter le mouvement de façon systématique puisqu'elle est animée par un mouvement automatique. J'ai également aimé l'intégration du saphir qui épouse idéalement la forme de la couronne. En revanche, j'ai senti que le système de date rapide n'était pas si... rapide que cela et que plusieurs tours de couronne étaient nécessaires pour faire avancer la date. Rien de bien grave cependant.


Le cadran est on ne peut plus dans l'esprit Cartier avec la partie centrale guillochée, les chiffres romains, les aiguilles bâton et la minuterie périphérique. Clé propose une trotteuse centrale et un guichet de date que je trouve judicieusement et joliment positionné à 6 heures. La couleur des chiffres est le petit plus par rapport aux cadrans habituels. Leur couleur bleu est bien dosée car très fréquemment, ils apparaissent comme quasiment noirs ce qui ne surprendra pas la clientèle traditionnelle de la marque. Lorsque les conditions de lumière le permettent, le bleu se révèle et égaye un cadran par ailleurs sans surprise.


Clé est importante pour Cartier car elle introduit également le tout nouveau mouvement de manufacture, le 1847 MC. Ce mouvement a clairement la vocation à remplacer les mouvements ETA qui équipent encore plusieurs modèles de la collection de Cartier. Il s'agit donc d'un mouvement conçu pour être efficace, fiable et produit à de très nombreux exemplaires. En d'autres termes, son objectif n'est pas de transcender la beauté de la montre par ses finitions et sa présentation mais de garantir un fonctionnement précis et sans histoire. Contrairement au 1904 MC qui se positionne, dans ma perception, à un niveau supérieur, le 1847 MC est équipé d'un seul barillet mais rapide qui couplé avec une masse oscillante à remontage bidirectionnel assure une excellente efficacité au remontage ce qui ne sera pas inutile compte tenu de la réserve de marche de 42 heures.


Cartier a fait le choix d'un fond saphir pour dévoiler ce mouvement. Je ne pense pas que ce soit une bonne idée même si elle est logique du point de vue commercial. Car le 1847 MC est tout sauf un joli mouvement à observer. Il respire l'intelligence de conception, l'efficacité mais sûrement pas le charme. Je regrette sincèrement que sur une montre de ce segment de prix, l'approche décorative ait été mise de côté. Car c'est un bien un sentiment d'austérité qui domine: la masse oscillante se détache visuellement peu du mouvement et un travail plus valorisant améliorant la qualité perçue n'aurait pas été inutile. 


A mon avis, il aurait été pertinent pour Cartier de proposer une finition de mouvement supérieure pour les boîtiers en or de Clé (par exemple: une masse oscillante en or ou ajourée) créant ainsi un écart qualitatif supérieur lorsque le mouvement sera utilisé dans le contexte de montres moins onéreuses.

En or gris:


Heureusement, ce souci s'estompe une fois Clé mise au poignet. Grâce à la forme de son boîtier, son galbe, la montre se positionne avec confort sur le poignet que ce soit avec le bracelet cuir ou le bracelet métal. Clé a pour mission d'accompagner son propriétaire en toute circonstance et elle se révèle à ce niveau bien conçue. Sans réelle aspérité, consensuelle, elle a été créée pour plaire au plus grand nombre dans le contexte d'une stratégie mondiale. Elle possède selon moi les atouts pour répondre à cette ambition. Mais elle n'est absolument pas une montre de collectionneur ou de passionné. Elle est bien trop sage pour cela malgré l'originalité de la couronne et la finition du mouvement est en-deçà de que j'attends dans ce segment de prix pour une montre en or. Proposer un mouvement maison est un bon point mais la maturité et les attentes de la clientèle évoluent et la dimension décorative se doit d'être au niveau. L'élargissement futur de la collection et l'introduction de boîtiers acier permettront sans doute de rendre la finition du mouvement 1847 MC plus cohérente avec les prix demandés.

En or rose avec lunette sertie:


Merci à l'équipe Cartier pour son accueil pendant le SIHH et au sein de la boutique Paris Capucines.

Les plus:
+ un boîtier esthétiquement réussi
+ la sensation lors de la manipulation de la couronne au remontage
+ le confort au porter
+ les chiffres discrètement bleus

Les moins:
- la finition décorative du mouvement, trop faible pour ce segment de prix
- la réserve de marche un peu courte et le nombre de tours de couronne nécessaire pour faire avancer la date rapide

dimanche 8 mars 2015

Girard-Perregaux: Vintage 1945 Jackpot Tourbillon

L'exposition dédiée à la collection Vintage 1945 qui se tient jusqu'au 21 mars au Bon Marché à Paris me donne l'occasion de revenir sur une des montres les plus particulières de ces dernières années: la Vintage 1945 Jackpot Tourbillon. J'aime beaucoup cette montre car elle est une excellente représentante de cette horlogerie créative et excessive de la période qui a précédé la crise de 2008. Lorsque je l'observe aujourd'hui, après plusieurs années de recul, je me demande si une telle pièce pourrait être présentée en 2015 par une maison d'un grand groupe comme l'est Girard-Perregaux au sein de Kering. Ses dimensions généreuses, son thème, l'image qu'elle provoque sembleraient hors de propos de nos jours et c'est ce qui la rend si fascinante.


Elle est également intéressante à analyser du point de vue de sa place dans l'histoire horlogère contemporaine car elle préfigure deux tendances qui se sont développés par la suite:
  • celle de la montre interactive qui offre au propriétaire de la montre la possibilité d'agir sur son comportement, un thème qui est par exemple cher à Urwerk,
  • celle de la montre ludique qui propose des complications, des fonctions qui vont bien au-delà des affichages horaires, calendaires ou astronomiques habituels.


Christophe Claret est aujourd'hui  l'horloger le plus impliqué dans ces montres ludiques bâtissant d'ailleurs une collection complète de pièces inspirées par l'univers des jeux de cartes et du Casino: Poker, Baccara et Blackjack. Il n'est donc guère surprenant d'apprendre que la Jackpot Tourbillon fut développée par Christophe Claret lui-même qui trouva avec Girard-Perregaux le contexte idéal pour s'exprimer avant de bâtir sa propre marque.

Avec son imposant boîtier rectangulaire incurvé (43x43,95mm pour une épaisseur de 17,30mm) en or rose, la Jackpot Tourbillon est tout sauf une montre discrète.  S'agissant d'une montre de forme, sa taille ressentie est supérieure à ce que la simple lecture de ses dimensions pourrait imaginer. Elle respecte cependant les codes de la collection Vintage 1945 dont notamment la forme caractéristique des cornes. Malgré ce gabarit hors norme, l'ensemble demeure harmonieux car aucun élément ne semble hors de propos. C'est la raison pour laquelle le pont du tourbillon lui-même présente deux extrémités impressionnantes qui se marient avec l'épaisseur de la lunette. Et pourtant, malgré ce pont, malgré la révolution de la cage du Tourbillon, malgré les deux chiffres appliqués, notre regard est immédiatement attiré par le sommet du cadran: l'affichage de la machine à sous.


Le plus spectaculaire peut-être avec cette Jackpot Tourbillon est la qualité de la finition des trois rouleaux et des symboles. Ces symboles, au nombre de 5 par rouleau, sont créés grâce à des couches de laques qui remplissent avec délicatesse les parties évidées des rouleaux d'or. Les motifs sont les mêmes que ceux de la première machine à sous mécanique qui fut inventée à la fin du XIXième siècle. Le nombre de combinaison est donc de 125 (5x5x5), un  nombre suffisamment élevé pour générer un aléa incitant à l'utilisation de la machine. Car telle est après tout la vocation de cette montre: générer du plaisir et de l'amusement à son propriétaire! Il suffit simplement de tirer le levier situé sur la carrure droite de la montre et positionné autour de la couronne. La sensibilité du levier est parfaite: ni trop dur, ni trop mou, le dosage est idéal.  Il actionne une crémaillère qui, une fois qu'elle atteint le sommet de son parcours, lance la rotation des trois rouleaux. Le plaisir et l'excitation sont non seulement visuels dans l'attente fébrile de l'arrêt des rouleaux mais également auditifs! En effet, lorsque les rouleaux s'arrêtent un à un, un mécanisme de sonnerie est activé. La simulation de la machine à sous est donc totale et c'est ce respect du fonctionnement du bandit manchot qui force l'admiration et crédibilise la montre. 


L'arrière de la montre permet de découvrir le mouvement à remontage manuel qui équipe la Jackpot Tourbillon. Les rouleaux demeurent visibles tout comme le marteau de la sonnerie. L'intérêt de ce mouvement, au-delà de sa capacité à animer la machine est sa réserve de marche de plus de trois jours permettant de laisser la montre le week-end pour la récupérer, toujours en fonctionnement, le lundi matin.

Difficile en effet de considérer la Jackpot Tourbillon comme une montre tout terrain. Plus que son poids et sa taille, c'est bien son épaisseur qui rend son utilisation dans des conditions plus décontractées délicate. Cette épaisseur n'est évidemment pas choquante car les rouleaux ont besoin de place pour effectuer leurs rotations mais elle n'en demeure pas moins bien réelle.


Mais est-ce un véritable souci? La vocation de la Jackpot Tourbillon n'est après tout pas d'être une montre polyvalente qui se porte tous les jours. Elle est en premier lieu une prouesse mécanique aboutie et cohérente, sous bien des aspects excessive mais assurément passionnante. J'ai eu la chance de la manipuler 6 ans après ma première découverte de cette montre. Son pouvoir d'attraction reste le même et la manipulation du levier est non seulement agréable mais également addictive. C'est bien pour cela qu'il vaut mieux ne pas porter tous les jours cette montre sous peine d'être totalement déconcentré et occupé à jouer!

A noter que la montre fut produite à une cinquantaine d'exemplaires depuis son lancement et que de très rares pièces restent disponibles.

Merci à l'équipe Girard-Perregaux France.

Les plus:
+ la parfaite intégration de la complication ludique
+ la manipulation très agréable du levier
+ la finition des rouleaux
+ le respect des codes de la collection Vintage 1945
+ un plaisir visuel et auditif

Les moins:
- le gabarit et le poids imposants de la montre la rendent peu adaptée à un port quotidien

MB&F: HM3 Megawind Final Edition

Cela devait bien finir par arriver: la HM3 tire sa révérence avec sa toute dernière déclinaison, la Magawind Final Edition. Il ne s'agit pas d'un événement anodin pour MB&F car au fil des années, la HM3 était devenue la montre la plus représentative de la marque et en même temps, la plus propice aux évolutions et transformations. Plus simple à porter que les HM1 et HM2 du fait de son style plus ramassé, s'inscrivant pour la première fois dans une véritable représentation tri-dimensionnelle du temps, la HM3 a influencé la suite de la collection bien plus qu'il n'y paraît. Elle contribua en tout cas fortement à la visibilité de la marque de Max Büsser et à sa dynamique de croissance.


Le choix d'utiliser une base Magawind pour cette Final Edition est une excellente nouvelle. Le retrait de l'affichage de la date par rapport aux HM3 initiales libère l'espace pour l'utilisation d'une masse oscillante majestueuse dont les mouvements à la fois plus lents et plus perceptibles créent une cinématique très agréable à observer. Et nous touchons ici tout l'intérêt de cette masse oscillante particulière: elle interagit avec la surface se trouvant derrière elle.

Car la HM3 Megawind Final Edition joue avant tout sur un paradoxe: elle est à la fois la HM3 la plus sombre et la plus lumineuse. Le caractère obscur se retrouve sur les surfaces du boîtier en or traitées en PVD noir et du rotor en or et titane également traité. S'il fallait s'arrêter à cette description, le résultat serait décevant puisqu'il ne s'agirait, au bout du compte, qu'une Magawind à la sauce Rebel. Mais voilà, cette dernière HM3 possède le petit plus qui la place dans une nouvelle dimension.


Grâce au SuperLumiNova GL C3 Grade A, judicieusement employé sur les chiffres dédiés à l'affichage du temps et sur les segments situés derrière la masse oscillante, la HM3 Megawind Final Edition propose plus qu'une luminescence traditionnelle permettant de lire l'heure dans l'obscurité. Les dômes deviennent ainsi lumineux à la fois sur leurs côtés et sur leurs parties supérieures renforçant de façon spectaculaire le design en relief de la Machine. Mais ce n'est pas tout: grâce au rythme particulier de la rotation de la masse oscillante, les segments lumineux disparaissent ou se dévoilent selon les mouvements du poignet produisant un effet stroboscopique saisissant! Le choix de la Megawind devient évident dans ce contexte. Cette réussite visuelle est due à l'efficacité de la matière luminescente dont la couleur verte, la pureté et la brillance contribuent à éclairer la HM3 de façon irréprochable.


Le traitement noir dominant a une autre vertu. Il permet de réduire la taille perçue de la montre. Car  si le confort au porter demeure comme toujours excellent grâce à l'efficacité de la boucle déployante, il ne faut pas oublier que les dimensions de la HM3 restent relativement imposantes notamment au niveau de l'épaisseur du fait de la taille des dômes (47x50x17mm). Malgré tout, grâce à sa forme, à la fluidité des lignes,  au positionnement de la couronne au sommet du boîtier, ce gabarit ne choque pas car il est cohérent avec les fonctions proposées. Les dômes ont besoin d'être suffisamment hauts et larges pour être lisibles et l'ouverture supérieure doit être généreuse pour rendre plus spectaculaire le spectacle offert par la masse oscillante... en pleine lumière ou dans l'obscurité la plus totale!

Le mouvement demeure le même, à savoir une base GP qui anime un module exclusif et tri-dimensionnel développé par Agenhor:


Je fus donc séduit par cette façon très originale de dire adieu à la HM3. Plutôt que de jouer sur une variation de matériaux ou de couleurs, l'équipe de MB&F a fait le choix de plonger la HM3 dans une atmosphère différente et sous certains aspects, hypnotisante. Le seul regret finalement est de devoir attendre la nuit pour profiter pleinement des particularités de cette Machine surprenante commercialisée dans le cadre d'une série limitée de 25 exemplaires.


Les plus:
+ la base HM3 Magawind
+ l'efficacité de la matière luminescente
+ l'effet stroboscopique
+ le confort au porter

Les moins:
- la Machine dévoile tout son potentiel dans l'obscurité et l'attente est longue jusqu'à ce que la nuit tombe!