dimanche 31 août 2014

Lange & Söhne: Grand Lange One Luminous

La Grand Lange One Luminous (à ne pas confondre avec la Lumen) fit partie du catalogue de Lange & Söhne entre 2004 et 2007. Il s'agit incontestablement d'une montre particulière dans l'histoire de la Manufacture saxonne. Au-delà du fait qu'elle est basée sur la diversement appréciée Grand Lange One de première génération, elle possède une finition de cadran qui n'existe plus dans la collection actuelle et qui lui confère un style plus sportif et décontractée que celui de n'importe quelle autre montre Lange. Et comme souvent dans l'horlogerie, l'histoire du vilain petit canard se répète. Tout ce qui apparaissait alors comme des défauts semble constituer des atouts aujourd'hui.


Je me souviens des réactions et des critiques lors de sa présentation en 2004. Non seulement elle reprenait le même type de cadran étrange que la Lange One "classique" avait inauguré l'année précédente mais en plus, l'harmonie de la montre icône de Lange n'était même plus préservée, Grand Lange One oblige: les sous-cadrans se chevauchaient et le double-guichet de grande date venait mordre sur la zone dédiée à l'affichage du temps. Un véritable sacrilège! Bref, tout ce qu'on n'aimait pas voir sur une montre Lange se retrouvait concentré dans cette Grand Lange One Luminous.

Le temps a passé et ces griefs demeurent. Mais voilà: une montre n'est pas qu'une agrégation de détails, c'est un tout et ce qui fait sa réussite, c'est la cohérence qui existe entre tous ses éléments. En l'observant de nouveau récemment, je suis arrivé à la conclusion que la Grand Lange One Luminous est une sacrée belle montre. Mieux que cela: une montre qui manque à la collection actuelle de Lange.


La Grand Lange One de première génération n'a jamais été véritablement appréciée pour les raisons évoquées précédemment. En fait, elle a symbolisé l'abandon d'un principe cher à Günter Blumlein: une nouvelle montre égale un nouveau mouvement. Or la Grand Lange One utilisait le même mouvement que la Lange One dans un boîtier plus important (41,9mm vs 38,5mm) entraînant donc la modification de l'équilibre du cadran. Ce qui surprend et peut même décevoir sur un cadran classique se transforme en revanche en avantage dans le contexte de la Luminous. 


La Luminous porte ce nom du fait de l'utilisation de chiffres, index et aiguilles luminescents y compris pour la zone dédiée à la réserve de marche. Si je mets de côté l'aspect pratique, cette caractéristique apporte une dimension décorative. Les traditionnels chiffres et index appliqués sont recouverts d'une couche de matière luminescente d'une couleur légèrement verte qui accentue l'effet de relief. La finition est exceptionnelle: rien ne bave, rien ne dépasse. De plus les graduations ont été redessinées et élargies ce qui transforme littéralement le cadran. Le travail le plus intéressant a été effectué sur la zone de la trotteuse qui comporte dorénavant l'inscription des dizaines et qui prend de l'importance visuellement parlant. C'est la raison pour laquelle l'organisation spécifique du cadran de la Grand Lange One devient intéressant: les sous-cadrans se coupant, les graduations sont mises en valeur et l'ensemble apparaît comme plus dynamique. Il faut un déséquilibre pour qu'un mouvement se crée: c'est ce qui se passe sur le cadran de cette Luminous.


Le cadran noir offre  évidemment un excellent contraste avec les chiffres et les aiguilles. Il s'agit d'un noir subtil que l'anti-reflet du verre peut faire tendre vers le bleu profond selon les conditions de lumière. Sa principale vertu est connue: grâce à cette dominante sombre, la taille perçue de la montre diminue ce qui est une très bonne nouvelle compte tenu du diamètre du boîtier en or gris de près de 42mm.

Comme évoqué ci-dessus, le mouvement qui anime cette montre est le même que celui de la Lange One classique, portant ici la référence L901.2. Je retrouve donc toutes ses caractéristiques, sa fréquence de 3hz, sa réserve de marche de 3 jours, le plaisir au remontage malgré les deux barillets et bien entendu, sa finition exemplaire. Vingt ans après sa première apparition dans une montre, il demeure une référence car s'avérant à l'usage irréprochable.


C'est en mettant la Grand Lange One Luminous au poignet que tout son intérêt devient perceptible. Elle se révèle être beaucoup plus polyvalente que l'on pourrait l'imaginer, à l'aise aussi bien le week-end qu'avec des tenues plus formelles. Elle arrive à combiner le style rigoureux de Lange avec une approche plus sportive, plus décontractée (accentuée par le bracelet en veau) comme si la Manufacture avait décidé pendant quelques instants de se lâcher un peu et de pousser les curseurs vers plus d'audace et d'originalité. Au bout du compte, c'est cette attitude qui me plaît et je regrette d'ailleurs qu'elle ne soit pas plus souvent au rendez-vous. Certes, il va de soi que je ne peux pas mettre cette montre au même niveau qu'un Datograph  ou qu'une Zeitwerk. Mais elle mérite beaucoup plus de considération qu'elle n'en a eu par le passé. Son style particulier pour une Lange lui donne pour toujours une place à part dans l'histoire contemporaine de la Manufacture.


Les plus:
+ l'originalité de la présentation du cadran
+ la finition de l'ensemble et plus spécifiquement du cadran
+ le plaisir procuré à l'usage par le mouvement L901.2
+ le confort au porté grâce à la souplesse du bracelet en veau

Les moins:
- le montre n'utilise pas un mouvement conçu pour elle

samedi 30 août 2014

Nomos: Metro

Nomos fait partie de ces marques qui possèdent une forte identité visuelle. Une montre Nomos est ainsi reconnaissable au premier coup d'oeil. Cependant, ce qui est considéré comme une force peut aussi s'avérer être un problème car le risque de l'emprisonnement styliste est réel. Ces dernières années, tout l'enjeu pour Nomos a consisté à faire évoluer l'esthétique des nouvelles montres tout en conservant ses principaux atouts: un design épuré, une certaine élégance, une intégration discrète des complications sur les cadrans sans oublier des boîtiers fins et agréables à porter. Dans ce contexte, Nomos a fait appel à des designers dont la mission était de secouer gentiment les principes de la Manufacture pour attirer de nouveaux clients sans décevoir les anciens. La Zürich fut un exemple marquant de cette approche. Sous l'impulsion de Hannes Wettstein, elle symbolisa une tendance à l'élargissement du boîtier (qui reste sous les 40mm de diamètre, pas de panique!) et une présence plus marquée des index et des aiguilles.


La Metro est le fruit d'une collaboration similaire avec Mark Braun. Cependant, ce qui est intéressant à observer, c'est qu'elle est radicalement différente de la Zürich, chaque designer apportant ta touche personnelle. Elle semble de prime abord plus conforme à l'univers traditionnel de Nomos: sa taille en premier lieu est plus contenue et plus habituelle (37mm) et l'organisation du cadran nous rappelle les Tangente Datum Gangreserve. Mais pour le reste, que de changements!

Le nom de cette montre provient de l'atmosphère générale dans laquelle elle évolue et qui lui confère un style résolument contemporain: la police de caractères des chiffres périphériques, les couleurs, la forme des aiguilles font penser à une charte graphique d'un plan du métro qui se doit d'être très lisible et facile à comprendre malgré l'entrelacs des lignes. Le cadran est à la fois d'une grande rigueur tout en étant coloré. Le mélange de détails rouge (réserve de marche, trotteuse) et vert clair (principaux index et zone de réserve de marche), tout en étant très doux, rehausse le caractère de la montre.


La graduation périphérique faite de points et d'indicateurs de 5 minutes devant lesquels se trouvent d'autres points colorés est l'élément qui tranche  le plus par rapport aux autres montres de Nomos. Au-delà de l'originalité qu'elle apporte, elle libère l'espace du cadran qui semble respirer sans contrainte. Les deux principales aiguilles contribuent aussi au charme de la Metro. Leur forme surprend même si leur finesse s'inscrit totalement dans le style Nomos. Elles remplissent parfaitement leur objectif puisqu'elles assurent une excellente lisibilité tout en restant en harmonie avec les  composantes du cadran.

La forme du verre incurvée mérite aussi une observation plus approfondie. Elle a été pensée pour mettre en valeur le cadran. En effet, selon l'inclinaison du poignet, les reflets de lumière qu'elle crée suivent le contour du cercle défini par les points verts et noirs situés face à la minuterie. J'ai beaucoup apprécié cet effet visuel qui donne parfois l'impression de la présence d'un relief sur le cadran.

Le boîtier en acier n'échappe pas non plus au changement car si je retrouve la finesse habituelle de Nomos (7,65mm), il se caractérise par des anses fil. Une fois de plus, le style de Nomos est renouvelé sans être perturbé.


Face à une telle évolution esthétique, la Manufacture se devait de proposer un mouvement à la hauteur. La Metro est ainsi équipée du mouvement maison DUW 4401 qui se distingue par son propre système d'échappement, le Swing System. Le Swing System témoigne des progrès réalisés par Nomos et sa volonté de gagner en indépendance en étant en mesure de produire en interne des pièces stratégiques. Côté ponts, le mouvement diffère peu d'un mouvement Delta ou Gamma. Il est présenté comme un calibre ayant un diamètre de 32,1mm y compris la bague d'encageage. Cette dimension est trompeuse car elle inclut aussi le disque de date. La vérité est que le diamètre réel, car tel que perçu en retournant la montre est de 23,3mm, celui du calibre Gamma qui ne possède pas d'affichage de date. Cela se ressent évidemment côté cadran du fait de la position de la trotteuse. Esthétiquement, ce n'est pas un souci puisque le guichet de date comble l'espace entra la trotteuse et la lunette. C'est plus problématique à l'arrière de la montre car le mouvement semble un peu perdu dans le boîtier. Il demeure cependant à l'usage très agréable puisqu'il se remonte sans souci. Sa réserve de marche de 42 heures impose un remontage quotidien rendant presque inutile l'indicateur côté cadran. Mais ce dernier agrémente avec bonheur le style de la montre et en devient indispensable.


J'ai pris beaucoup de plaisir à porter la Metro. Elle apporte véritablement un courant d'air frais dans l'offre de Nomos en cassant légèrement le style très pur de la marque. L'ouverture du cadran et sa clarté font augmenter la taille perçue si bien qu'elle semble plus proche des 38/39mm que des 37. Mais le plus séduisant demeure le travail de designer extrêmement abouti notamment sur le cadran. La Nomos Metro est une montre très contemporaine dont j'ai la certitude qu'elle restera intemporelle. En effet, l'absence d'artifices inutiles et sa parfaite intégration dans l'esthétique générale de la marque lui assurent une pérennité stylistique. Je la considère donc comme une véritable réussite.

Les plus:
+ un renouvellement esthétique tout en douceur mais réel
+ les détails du cadran
+ la forme du verre
+ le Swing System qui témoigne des progrès de la marque

Les moins:
- le mouvement côté ponts semble perdu dans le boîtier. Un fond plein aurait été plus judicieux.

dimanche 24 août 2014

MB&F: Starfleet Machine

Même si les explications sont multiples, il est tout de même paradoxal de constater que les montres font l'objet d'une créativité esthétique sans commune mesure avec celle des pendules et autre horloges alors que ces dernières possèdent des dimensions qui permettraient la mise en oeuvre de projets ambitieux. Ce constat est peut-être caduque maintenant grâce à la présentation cette année de la Starfleet Machine.


La Starfleet Machine est le fruit d'une approche commune entre MB&F et la manufacture L'Epée ce qui explique d'ailleurs pourquoi elle fait partie de la collection Performance Art. Conçue et imaginée par Max Büsser et son équipe, la Starfleet Machine est fabriquée et assemblée au sein d'une des plus anciennes et prestigieuses manufactures suisses de pendules. Seule une manufacture de ce niveau pouvait mener à bien et rendre concret le projet de MB&F.


Je dois avouer que j'ai été immédiatement séduit par cette impressionnante pendule. Deux principales raisons expliquent mon coup de coeur. La première raison est le sentiment de fluidité et de légèreté qu'exprime la pièce malgré ses dimensions fort respectables: une hauteur de 21cm et un diamètre de 29cm. Le coeur de la pendule est suspendu par un arc de cercle lui-même tenu par des arches dont la forme  esquisse une sphère. Ces trois arches, par leur finesse et leur style profilé apportent une dimension dynamique sans toutefois faire basculer l'ensemble dans une atmosphère purement agressive ou guerrière. La Starfleet Machine, malgré son contour sphérique suggéré n'est pas l'Etoile Noire même si elle sait se défendre comme je vous l'indiquerai plus tard. La mécanique de la Machine est ainsi situé en son coeur ce qui est un très joli symbole.

L'affichage du temps s'effectue grâce à un dôme:


La seconde raison de mon attrait est la cohérence de cette Starfleet Machine avec le reste de la collection de MB&F. C'est peut-être surprenant puisqu'elle évolue dans un registre que seule peut-être la MusicMachine avait abordé par le passé, celui de l'objet mécanique qui se pose sur une table. Mais en se plongeant dans les détails, dans les entrailles de la Starfleet Machine, je distingue très rapidement des éléments communs avec les Horological Machines. Un de ces éléments est assurément la forme des arches qui m'évoque les fameuses astérohaches qui constituent le lien entre toutes les Horological Machines et qui se retrouvent même, de façon plus discrète, sur les Legacy Machines! Un autre élément est l'affichage du temps qui se lit sur un dôme. Certes, le temps n'est pas réparti sur deux indicateurs comme cela arrive fréquemment sur les HM. Mais le dôme en lui-même et la façon dont les aiguilles épousent sa forme me font irrémédiablement penser à la HM3 et notamment à la Frog.


A vrai dire, et c'est là peut-être la principale explication de la réussite de cette Machine au-delà des raisons qui créent les coups de coeur immédiats, je pourrais passer des journées entières à observer tous les détails qui la composent. L'indicateur de réserve de marche a ainsi été imaginé comme une station radar avec son antenne parabolique et il s'intègre idéalement dans l'esthétique de la pièce. De même un travail particulier a été réalisé sur le mouvement qui anime la pendule. Il est basé sur celui qui équipe les Pendule Duel de l'Epée. Mais cette fois-ci, il a été positionné horizontalement, à plat, pour des raisons de design évidemment et aussi pour mettre le régulateur en avant. L'autre intérêt est que l'indicateur de marche, à l'origine les fameuses épées rétrogrades qui se croisent toutes les vingt secondes se retrouve également dans cette position. Les épées sont transformées en canon laser qui protègent le régulateur situé en-dessous.

Les animations de la Starfleet Machine:


Cette animation est magnifique à observer. Le mouvement des canons qui se rapprochent puis brutalement se séparent s'oppose à la cinématique régulière du régulateur et notamment du balancier avec son spiral et de la petite roue d'échappement située à l'extrémité du coeur de la Machine. Il est d'ailleurs amusant de constater que cette roue, minuscule lorsque comparée à la taille de la Starfleet en est peut-être la pièce la plus importante.

 

Le mouvement, d'une fréquence de 2,5hz possède une réserve de marche pratique et appréciable de 40 jours grâce à 5 barillets ce qui rend indispensable l'affichage de cette réserve. La pendule se remonte par le biais d'une clé ce qui nécessite de la retourner. Heureusement, les arches rendent cette manipulation sans risque car la pendule est alors positionnée de façon inclinée et bloquée. Les arches ne sont pas uniquement un élément décoratif! De plus, le régulateur est protégé grâce à un incabloc afin de fiabiliser l'opération et de pouvoir opérer tout transport sans crainte.

Combinant à la fois réussite visuelle et maîtrise technique, la Starfleet Machine est une pendule qui marque son temps. Pour les deux parties impliquées, elle possède des vertus incomparables. L'Epée profite de la couverture médiatique et du rôle de leader d'opinion de MB&F pour se retrouver sous les feux des projecteurs et rappeler les valeurs transmises par cette manufacture. L'intérêt pour MB&F est de pouvoir aller à travers un tel objet au bout de certains concepts créatifs grâce à ses dimensions. Véritable vaisseau amiral, j'imagine bien une flotte de HM3 graviter autour. En tout cas, mon sentiment est que la Starfleet Machine peut avoir une forte influence sur l'industrie de la pendule lors des prochaines années. Elle crée en mon sens une prise de conscience de la nécessité de donner une approche plus contemporaine à de tels objets qui apparaissent trop souvent comme surannés. Or une pendule demeure une pièce fondamentale des Arts Décoratifs et contrairement aux idées reçues, elle peut répondre aux attentes du monde contemporain de par la relation particulière qu'elle crée avec le temps qui passe.

Le remontage de la Starfleet Machine. Il n'est pas nécessaire de complètement la retourner:


La Starfleet Machine est disponible en deux versions ("light" et "dark") et en 175 exemplaires pour célébrer l'anniversaire de la création de la manufacture L'Epée.

Merci à l'équipe MB&F pour sa présentation de la Starfleet Machine à Baselworld.

Le coeur de la Starfleet Machine et l'endroit où s'insère la clé:


Les plus:
+ une réussite esthétique qui donne un sacré coup de jeune au concept de la pendule
+ le sentiment de légèreté et de fluidité que la Starfleet Machine procure
+ les performances du mouvement
+ les différentes animations (régulateur, indicateur de marche, réserve de marche)
+ la qualité de fabrication de la manufacture L'Epée

Les moins:
- le dur constat que je dois changer d'appartement avant de pouvoir penser à acquérir une telle pendule

lundi 18 août 2014

Rolex: Deepsea à cadran D-Blue

N'importe quel responsable marketing dirait que c'est une pure folie de présenter une nouveauté horlogère en plein mois d'août. Cependant, Rolex est une marque à part et peut se permettre des choix inconcevables pour d'autres. Et pourtant, c'est bien la première fois que Rolex dévoile une nouveauté en dehors de la période de Baselworld. Nouveauté est peut-être un bien grand mot car la Deepsea à cadran D-Blue n'est qu'une déclinaison d'un modèle existant. Mais une fois de plus, les raisonnements habituels ne s'appliquent pas à la marque à la couronne: quel que soit le bout par lequel on prend cette montre, elle apparaît comme un véritable événement.


A vrai dire, j'ai perçu cette présentation comme une piqûre de rappel de la part de Rolex. Face à une concurrence de plus en plus crédible et féroce, Rolex a souhaité remettre les pendules à l'heure, si j'ose dire. Au-delà de la très légitime célébration de la plongée de James Cameron en solitaire, cette Deepsea à cadran D-Blue a pour but de confirmer la suprématie de Rolex dans le domaine des montres de plongée. Grâce à son cadran D-Blue, elle symbolise aussi l'extrême diversité de cadrans que Rolex est en mesure de proposer dans sa collection.

Ce n'est pas un hasard que la Deepsea retrouve une nouvelle jeunesse maintenant. Hublot et d'autres ont eu tendance à plonger dans de telles profondeurs. Dans un segment technique tel que celui des montres de plongée, ces montres de l'extrême servent de démonstration du savoir-faire des marques. Elles donnent confiance à la clientèle car lorsqu'on est capable de flirter avec les 4.000 mètres de profondeur, cela crédibilise énormément les montres de plongée à l'étanchéité plus classique. Rolex se devait de réaffirmer sa position et d'une certaine façon, accompagner le retour de la Sea-Dweller qui s'est opéré il y a quelques mois à Baselworld.


Même si elle joue un rôle important du fait de son rayonnement sur l'ensemble de la collection, la Deepsea à cadran D-Blue a également la mission de redonner une nouvelle dynamique spécifique à la montre dédiée aux eaux profondes. Souvent perçue par les amateurs de la marque comme une sorte de Sea-Dweller body-buildée, elle n'a pas généré lors de sa présentation un fort sentiment d'adhésion. Elle suscita beaucoup de respect du fait de ses performances et de ses solutions techniques (architecture Ringlock System avec valve à hélium, fond du boîtier en titane, système de rallonge Glidelock, affichage Chromalight sans oublier la maille Fliplock etc...) mais son gabarit (44mm de diamètre) et la conviction qu'elle était peu adaptée à un usage quotidien la rendaient aux yeux de la clientèle moins polyvalente qu'une autre Rolex de plongée... et ainsi moins désirable.


Je ne dis pas que la Deepsea à cadran D-Blue corrige cette impression. Sa taille et son volume hors norme demeurent. Mais voilà: le nouveau cadran ainsi que le contexte dans lequel elle est dévoilée lui apportent une touche de magie et de glamour dont elle manquait peut-être au départ. Elle raconte enfin une histoire ce qui réchauffe son aspect clinique. La symbolique du cadran est très simple à expliquer: le dégradé simule la plongée dans les profondeurs... et donc dans l'obscurité. Ce dégradé est particulièrement bien réalisé et il donne une  touche de subtilité bienvenue. Mais l'élément le plus important est sûrement le Deepsea vert (la couleur du sous-marin de James Cameron). Cette ligne est loin d'être anodine. Certains regretteront qu'elle rende le cadran encore plus bavard qu'il ne l'était au départ. Cela ne m'a nullement dérangé. La ligne supplémentaire s'intègre bien et joue même un rôle décoratif. Et elle réaffirme la Deepsea comme une montre à part entière et pas comme une remplaçante de la Sea-Dweller précédente. C'est opportun dans le contexte de la sortie de la nouvelle Sea-Dweller. La Deepsea existe maintenant en tant que telle dans la collection et c'est une affirmation majeure de la part de Rolex.


La Deepsea à cadran D-Blue que j'ai photographiée n'était pas à ma taille. Cependant ayant par le passé porté une Deepsea "noire", j'ai pu apprécier le confort au porté ce qui est une constante chez Rolex. Le poids est bien réparti sur le poignet et le système de réglage du bracelet empêche la montre de bouger. Le problème de la Deepsea se situe plus par l'effet de volume saisissant qu'elle crée une fois mise au poignet. Pourtant un diamètre de 44mm n'est pas exceptionnel de nos jours. Mais la montre dégage aussi un sentiment de puissance. Le cadran D-Blue l'adoucit un peu et je me suis surpris à jouer avec les effets de lumière pour découvrir son échelle chromatique relativement large. Ce cadran est assurément une très jolie surprise car il rend la Deepsea moins radicale en apportant son côté raffiné (j'ose employer cet adjectif!) à une montre qui se singularisait auparavant surtout par ses performances techniques. Une petite digression esthétique ne fait donc pas de mal!

Les plus:
+ les performances de la Deepsea
+ le confort au porté malgré le gabarit
+ la fiabilité et la précision du mouvement 3135
+ la touche de subtilité apportée par le cadran D-Blue

Les moins:
- du fait de son rendu au poignet, la montre n'est pas esthétiquement aussi polyvalente que d'autres modèles de plongée de Rolex
- le cadran est très bavard même si ce n'est pas rédhibitoire dans ce contexte technique