mercredi 15 mai 2013

Lange & Söhne: Richard Lange Or Gris

Je dois avouer que j'ai fait partie de ceux qui pendant de nombreuses années ont réclamé à cor et à cris une version de la Richard Lange 3 aiguilles en or gris. C'est donc avec un plaisir non dissimulé que j'ai découvert cette édition non limitée mais disponible uniquement au sein des boutiques Lange.

La Richard Lange fut la première montre de la ligne qui incarne au sein de la collection Lange  la conquête de la meilleure précision et la chronométrie. A ce titre, afin de mettre en valeur cette caractéristique, elle fut la première Lange contemporaine à grande trotteuse centrale. Malgré une taille similaire à la 1815 (40,5mm vs 40mm), elle se distingue nettement de sa cousine par, outre la trotteuse, l'utilisation de chiffres romains qui renforcent son classicisme et par l'absence de minuterie en chemin de fer.


C'est une montre qui m'a immédiatement plu lorsqu'elle fut présentée en 2006: sa simplicité qui n'occulte nullement la qualité des finitions, la sensation au remontage, la présentation de son mouvement qui se caractérise par le pont de la trotteuse centrale en sont les principaux atouts. Mon regret à l'époque était lié au fait que le seul métal neutre disponible était le platine conduisant à une différence de prix significative par rapport aux versions en or jaune et en or rose.
 
Au fil du temps, c'est la version en or rose que je me suis mis à apprécier le plus, la couleur de l'or apportant une touche de chaleur à la fois autour du cadran mais également au-dessus puisque les aiguilles utilisent le même matériau.

En revanche, dans aucune de ces Richard Lange initiales n'étaient utilisées les fameuses aiguilles en acier bleui, trotteuse à part. La sortie cette année de la Richard Lange Or Gris comble cette lacune. Elle permet de combiner à la fois  le cadran argenté, le métal neutre et l'acier bleui des aiguilles, une formule toujours gagnante avec Lange. C'est justement là où se situe ma principale réserve à l'attention de cette montre. Lange avait une occasion de profiter de cette sortie, des années après la version platine, pour utiliser une couleur de cadran différente de celles pratiquées habituellement. La montre se serait prêtée à l'exercice: la pureté du cadran, la grande trotteuse aurait permis une couleur plus sombre, plus audacieuse. La lisibilité aurait sûrement été réduite (difficile de faire plus lisible que les aiguilles bleuies sur un cadran argenté) mais cette nouvelle version aurait alors gagné en punch. Et surtout, elle se serait plus nettement distinguée de la Richard Lange platine qui demeure dans le même spectre chromatique.

Il ne faut pas se méprendre sur mes propos: la Richard Lange Or Gris est dans l'absolu une très belle pièce, une des montres 3 aiguilles classiques les plus élégantes et qualitatives. J'exprime seulement le regret que Lange n'ait pas ajouté un petit grain de folie sur cette montre en donnant au contraire l'impression d'avoir utilisé la solution la plus évidente. De plus, contrairement à ces devancières, la trotteuse se retrouve avec la même couleur que les deux aiguilles principales ce qui est un peu dommage dans l'esprit recherché.

Malgré ces remarques, la Richard Lange Or Gris va combler tout amateur de montre simple d'exception. La finition du cadran demeure toujours aussi subtile et parfaite, le remontage provoque toujours les mêmes sensations de plaisir et le poids de la montre contribue à la perception de la qualité. Le mouvement est évidemment toujours le L041.2 qui se caractérise par son balancier à masselottes, le spiral maison et le stop-seconde. La réserve de marche de 38 heures peut être considérée comme courte mais elle a été ajustée pour attendre la meilleure stabilité de fonctionnement sur toute sa durée. De toutes les façons, elle est amplement suffisante pour un remontage quotidien.

La nouvelle version en or gris à droite de la version en or rose, une des Richard Lange initiales:


La grande discrétion et le raffinement de la Richard Lange Or Gris s'apprécient instantanément une fois mise au poignet: le magnifique ballet de la longue et fine trotteuse qui effectue 6 pas par seconde est assurément l'élément qui donne le plus de charme. Les dimensions du boîtier (40,5mm de diamètre et 10,5mm d'épaisseur) sont un modèle d'équilibre.

La Richard Lange Or Gris est une belle réussite puisqu'elle combine tous les ingrédients qui font le succès de Lange. A ce titre, elle ne décevra pas les collectionneurs à la recherche d'une montre à 3 aiguilles de haut niveau. Cependant, j'ai toujours en tête le regret de ne pas avoir vu une proposition esthétique plus audacieuse alors que le contexte le permettait. Dommage que Lange soit trop resté dans le contrôle.


mardi 14 mai 2013

Zenith: Pilot Type 20 40mm

Petit à petit, Zenith est en train de constituer une véritable ligne inspirée par la Type 20 initiale au sein de sa collection Pilot. La Foire de Bâle de 2013 fut ainsi le théâtre de la présentation de plusieurs montres partageant en commun la forme du boîtier, le cadran noir mat, les chiffres et les aiguilles caractéristiques, la minuterie en chemin de fer, la couronne en oignon qui définissent le style unique de cette ligne.

Sans aucune hésitation, c'est la plus "petite" montre qui m'a le plus séduit. En fait, sa taille reste tout à fait raisonnable avec un diamètre de 40mm. Cependant, elle semble très mesurée lorsqu'elle est comparée aux autres membres de la collection et du fait de son design.


La question qui peut immanquablement surgir est la suivante: compte tenu des origines et de l'esthétique de cette Type 20, une taille de 40mm est-elle appropriée? Ne va-t-elle pas apparaître comme trop étriquée? J'avais cette crainte en mettant pour la première fois la montre au poignet et finalement, le charme agit.

A vrai dire, les dimensions des chiffres et du secteur de la trotteuse, combinées avec le noir mat du cadran rend de prime abord la Type 20 40mm plus petite qu'elle n'est. Cependant, ce sentiment est contre-balancé par l'imposante couronne. C'est d'ailleurs pour cela que cette Type 20 arrive à convaincre. Tous les ingrédients qui apportent leur originalité au design semblent encore plus présents: les chiffres occupent une large partie du cadran, les aiguilles se distinguent nettement et la couronne impose sa forme.


Un tel résultat ne serait pas atteint si les finitions n'étaient pas au rendez-vous. Zenith a particulièrement soigné les différents éléments qui composent la montre. Le cadran est à ce titre une véritable réussite. Les chiffres entièrement faits de Superluminova sont exécutés avec une grande précision. Les aiguilles sont magnifiques avec notamment une très belle courbure de l'aiguille des minutes. Enfin, l'aiguille Zenith éclaire le sommet du cadran.

Le boîtier n'est pas en reste avec un travail de qualité y compris sur la carrure. 

La bonne nouvelle est que Zenith a su résister à certaines sirènes en proposant un fond plein. Ce fond apparaît presque comme une évidence. Le style de la montre l'impose. Il permet ensuite de profiter d'une très séduisante gravure des instruments d'aviation. Enfin, le mouvement qui équipe la montre est un Elite 681 d'un diamètre de 25,6mm bien inférieur à celui du boîtier.


J'aurais préféré un mouvement à remontage manuel dans ce contexte mais il ne faut pas nier l'évidence: Zenith ne possède pas de mouvement simple à remontage manuel contemporain. Et comme un mouvement automatique amputé n'aurait pas été non plus une solution, l'Elite 681 devient logique. Il présente ses performances habituelles avec une réserve de marche d'une cinquantaine d'heures minimum. La finesse du mouvement (3,47mm) permet de contenir la hauteur du boîtier (11,8mm).

La Type 20 40mm est un peu paradoxale au poignet: elle combine caractère avec une certaine élégance. Eh oui! Malgré la couronne en oignon, ses grands chiffres, le cadran noir, elle possède un subtil raffinement grâce notamment à un rapport diamètre/épaisseur maîtrisé. En outre, la simplicité est peut-être le meilleur atout pour ce type de montre. Alors que la Type 20 équipée du mouvement 5011 possédait un indicateur de réserve de marche, l'absence de toute complication supplémentaire se révèle être une des clés du succès. La cadran respire mieux et devient plus cohérent avec la source d'inspiration, les montres d'aviation.


Le bracelet en cuir de veau doublé de caoutchouc est très confortable et positionne bien la Type 20 sur le poignet. Il est en adéquation avec l'atmosphère qui se dégage. Cependant, j'imagine que la montre peut se prêter à l'exercice des changements de  bracelet puisque son design de caractère autorise quelques libertés à ce niveau.

Grâce à son approche maîtrisée, sa simplicité et son tarif raisonnable, la Type 20 40mm possède d'incontestables atouts qui la rendent très séduisante. Elle parvient même selon moi à éclipser les autres montres de la collection qui ont tendance à se perdre dans des complications peu à l'aise avec cette approche esthétique.

jeudi 2 mai 2013

Ma sélection de Baselworld 2013

De retour de la Foire de Bâle 2013, je souhaite vous présenter ma sélection des montres qui m'ont le plus touché, surpris, séduit. Elle est évidemment subjective mais elle traduit la très grande diversité des nouveautés dévoilées ces derniers jours. C'est tout l'attrait de Baselworld: le meilleur côtoie le pire, le sublime peut succéder au consternant et en quelques secondes la banalité de l'offre de certaines marques coincées dans leurs stratégies et leur immobilisme est chassée, balayée par un trait de génie créatif inattendu.

Voici donc cette sélection sans aucun ordre particulier mais qui contient tous mes coups de coeur! J'aurai évidemment l'occasion de revenir plus tard avec beaucoup plus de détails sur ces montres.

La DB25LT n'est pas à proprement parler la De Bethune la plus surprenante mais elle combine deux complications parfaitement maîtrisées (Tourbillon et Lune Sphérique) dans un contexte esthétique proche de la perfection: le contraste entre le cadran en or rose guilloché, les aiguilles bleuies et la zone dédiée aux phases de lune est d'une rare beauté.


Peter Speake-Marin a un talent secret qui lui permet de faire passer des émotions particulières à travers ses montres. La Triad possède de nombreux messages cachés. Exprime-t-elle les 3 périodes de la vie? La nécessité de profiter du temps qui passe ou les différentes façons de l'utiliser? Chacun d'entre nous y trouvera le sens qui lui convient le mieux!


Beat Haldimann avait beaucoup surpris avec la H9 et sa démarche, tirée par les cheveux, avait été incomprise. Le voilà de retour dans ce qu'il fait de mieux, la création d'une montre très pure dont l'apparente simplicité met en valeur la magie et la fragilité du balancier central du mouvement. Une sorte de H1 à l'envers mais si séduisante!


Stepan Sarpaneva nous surprend de nouveau en allant cette fois-ci sur un territoire inattendu: celui de la montre fine et élégante! Cette K1 "Varjo" abandonne la trotteuse afin de profiter pleinement des reflets de lumière sur le cadran. Ma version préférée est celle à cadran bleu, le bleu fut d'ailleurs une couleur très présente à Bâle cette année.


C'est très simple: une sélection sans une montre de Kari Voutilainen ne pourrait pas être une sélection sérieuse! Cette montre GMT, belle et astucieuse, est une fois de plus touchée par la grâce.


Konstantin Chaykin n'est pas seulement un horloger de talent, son imagination est également galopante! Alors, quoi de mieux pour symboliser cette créativité qu'une montre qui anime la course d'un cheval. Cinema est le point de rencontre entre l'horlogerie et les premières techniques d'animation des images. Le résultat est bluffant et le mouvement de forme impressionnant.


Les frères Grönefeld présentaient cette évolution réussie de la 1hz Technieck Nocturne. La seconde morte survole la décoration aboutie du mouvement qui met mieux en valeur les détails.


L'Opus de l'année mérite incontestablement de faire partie de la sélection. Elle est à la fois très "Ludovic Ballouard" et très "Harry Winston". Le mouvement évoque au premier coup d'oeil le style inimitable de Ludovic tandis que le dôme à facette au centre de la montre incarne l'activité première de Harry Winston. La lisibilité n'est pas son point fort mais Opus XIII séduit par la cinématique de son affichage et l'architecture de son mouvement. Une montre digne de cette prestigieuse collection.


Si ma sélection est jusque là composée de montres d'horlogers indépendants, je n'oublie pas non plus les grandes marques. Parmi elles, Girard-Perregaux a particulièrement tiré son épingle du jeu avec la présentation du mouvement chronographe de manufacture à remontage manuel et de l'étonnante montre à échappement constant. Cette dernière est hypnotisante de chaque côté. La prouesse technique est de plus soutenue par un design réussi.



Ulysse Nardin a aussi fait preuve d'un beau dynamisme en conservant sa capacité d'oser esthétiquement tout en restant dans les limites d'un certain classicisme. Le plat est épicé mais jamais indigeste! Ce Tourbillon Squelette en est une nouvelle démonstration.


Tissot  a fait feu de tout bois pour célébrer son 160ième anniversaire. Et si cette montre inspirée de la "Banana" d'origine n'était pas une des plus jolies Tissot depuis bien longtemps? Et à remontage manuel pour ne pas gâcher le plaisir!


Mondaine a pensé aux lecteurs de la Vie du Rail avec la Stop2Go qui reprend le comportement des pendules de gare suisse. La trotteuse fait le tour de cadran en 58 secondes, s'arrête 2 secondes pour que l'aiguille des minutes saute puis elle reprend sa course. Une façon ludique de porter une montre à quartz!


Enfin, la 13ième et dernière montre de cette sélection est peut-être la plus importante de la Foire. La Swatch System 51 est bien plus qu'une simple montre, c'est une prouesse technique et industrielle qui dénote une intelligence de conception rare. Imaginez que la montre ne possède pas de raquetterie et que le réglage s'effectue grâce à un laser qui évide le balancier jusqu'à obtenir la précision voulue. Car malgré les volumes de production et la modicité de son prix, les performances sont au rendez-vous avec une réserve de marche et une précision optimales. Un défi de taille relevé de main de maître.






13 montres pour résumer Baselworld 2013, c'est beaucoup et peu à la fois mais j'ai voulu présenter un éventail large de complications et de prix. Si les indépendants ont été fidèles à leurs réputations, certaines grandes marques ont su également faire preuve d'audace et innover. Le cru est inégal mais exaltant! Je repars de Bâle avec de nombreuses images en tête et surtout avec le souvenir de belles rencontres et de discussion animée. La Foire de Bâle est avant tout un lieu d'échange et de passion à condition de savoir aller au-delà de l'atmosphère corporate des imposants stands du hall principal. Dans tous les cas, de l'horloger qui travaille seul aux plus grandes marques, l'accueil fut chaleureux malgré les agendas surbookés et le rythme incessant des visites. Je tiens donc à remercier toutes les personnes qui m'ont consacré du temps.

dimanche 21 avril 2013

Patek Philippe: 5959P

Patek Philippe est décidément une Manufacture à part qui peut se permettre des choix s'inscrivant en dehors des tendances générales du segment de la haute horlogerie. Un des exemples les plus frappants de cette approche indépendante et originale fut la présentation il y a quelques années du chronographe à rattrapante 5959P. En pleine période d'élevage aux hormones des boîtiers, Patek Philippe proposa alors une montre se caractérisant par la concentration de son savoir-faire dans un boîtier de 33,2mm.


Evidemment, la volonté d'utiliser une telle taille était loin d'être forfuite. Elle répondit en cela à plusieurs objectifs:
  • se distinguer par rapport aux autres marques du sommet de la pyramide horlogère en effectuant un virage esthétique à 180 degrés
  • rappeler que pendant des siècles, la miniaturisation des composants avait été le crédo des maîtres-horlogers et que seules les petites tailles étaient compatibles avec une véritable conception de la haute horlogerie
  • proposer une des complications les plus difficiles à maîtriser dans ce contexte réduit, rendant ainsi la tâche encore plus délicate
  • mettre en avant un nouveau mouvement, le CH 27-525 PS qui contrairement aux autres mouvements chronographes contemporains n'était pas conçu à partir d'une base Nouvelle-Lemania.
Le prix de cette montre (proche de 400.000 euros) se situe bien au-delà de celui de la 5204 qui combine pourtant à la fois le chronographe à rattrapante et un QP. Alors, comment expliquer cet écart? Il est toujours difficile de trouver des raisons objectives à la fixation des prix des montres exceptionnelles mais les explications logiques sont assurément liées à la taille du boîtier et à la finesse du mouvement. Si la 5959P est une petite montre selon les standards d'aujourd'hui, elle est également extrêmement fine grâce à une hauteur de mouvement de 5,25mm ce qui constitue une performance exceptionnelle pour un chronographe rattrapante.


Le mouvement CH 27-525 PS est d'une rare beauté. Grâce à son diamètre propre (27,3mm), il occupe généreusement le boîtier ce qui le rend visuellement encore plus attractif. Les deux chapeaux polis des roues à colonnes se distinguent nettement ce que ce n'est pas le cas avec le CHR 29-535 PS qui équipe la 5270P et la 5204P puisque sur ce mouvement, le chapeau de la roue à colonnes de rattrapante sert de ressort d'isolateur. 

L'architecture traditionnelle du CH 27-525 PS est logique puisqu'il puise son inspiration dans une ébauche Victorin Piguet du début du siècle dernier. Il comporte cependant toute l'avancée technologique de Patek Philippe qui par la suite sera utilisée pour développer les CH 29-535 et CHR 29-535. Ainsi les trois roues du mécanisme de chronographe possèdent des profils de dents triangulaires brevetés qui ont pour but d'optimiser le fonctionnement et de réduire l'usure. Le mouvement intègre aussi un système de compensation des différences de couple afin que la montre ait le même comportement que le chronographe soit enclenché ou pas. Le nombre total de composants (252) reste mesuré ce qui traduit une intelligence de conception.


Le balancier Gyromax, situé en arrière plan, demeure bien visible, à côté du poinçon Patek Philippe. En fait, malgré sa grande finesse, le mouvement CH 27-525 PS dégage un sentiment de profondeur dû à sa construction et à la qualité des finitions de ses éléments. Sa fréquence est de 3hz et sa réserve de marche de 48 heures oblige à un remontage quotidien. Mais il y a pire comme supplice car le remontage de la 5959P procure beaucoup de plaisir grâce au mouvement en lui-même et aux sensations liées à la manipulation d'une montre si délicate.


Le cadran en émail est au même diapason que le mouvement: il est parfaitement exécuté tout en restant dans un style  raffiné. Le charme de l'émail, combiné avec la netteté des chiffres, des compteurs et des graduations, crée une atmosphère classique, subtile et quasi monochrome. La taille du boîtier en cohérence avec celle du mouvement rend le cadran parfaitement équilibré. Les aiguilles, belles et singulières se marient parfaitement avec les autres éléments. C'est bien le sentiment d'harmonie et de perfection qui prédomine à l'observation attentive du cadran de la 5959P. Le tour de force a consisté à rendre toutes les indications lisibles sur un cadran en émail malgré le diamètre très contenu. J'ai été étonné par la capacité d'inscrire de façon irréprochable l'intégralité des marqueurs de 5 minutes sur le compteur du chronographe. Il en est de même de la graduation de la trotteuse du chronographe, très proprement réalisée. En revanche, cette graduation qui comporte 5 segments par seconde ne correspond pas à la fréquence du mouvement (3hz). Je trouve que c'est dommage dans le contexte d'une montre superlative comme peut l'être la 5959P.


La 5959P est à la base un chronographe monopoussoir puisque le lancement, l'arrêt et le retour à zéro s'effectuent par le biais du poussoir intégré dans la couronne. Le poussoir à 1h30 sert exclusivement à la manipulation de la rattrapante pour mesurer un temps intermédiaire ou pour afficher un temps de référence. Il est important de noter que l'aiguille du compteur des minutes avance de façon permanente et que le chronographe peut mesurer des temps jusqu'à 60 minutes. Cette intégration optimisée entre le mécanisme de chronographe et celui dédié à l'heure explique en partie comment Patek Philippe est arrivé à réduire l'épaisseur du mouvement.


Je craignais un peu le test au porté. Séduit par l'équilibre du cadran, envouté par le mouvement, n'allais-je finalement pas être déçu par la petite taille du boîtier en platine? Finalement non car la 5959P est relativement présente au poignet. L'ouverture du cadran, la longueur des cornes et surtout le monopoussoir agrandissent la taille perçue: à aucun moment, je n'ai eu l'impression de porter une montre minuscule. La 5959P apparaît donc plus comme étant une montre contenue, à la taille maîtrisée qu'une "petite" montre. Le rapport diamètre (33,2mm)/épaisseur (8,5mm) permet à la montre de garder un côté élancé malgré sa taille. Pour le reste, le charme de l'émail, le parfait équilibre du cadran, la touche de puissance apportée par le monopoussoir proéminent la rendent tout simplement irrésistible. Mais le plus fascinant demeure peut-être le contraste saisissant entre son apparente simplicité et le très haut niveau tant technique que décoratif qui la caractérise. J'imagine que le plaisir qu'elle procure est renforcé par ce savant mélange entre discrétion et exclusivité. Aux antipodes de l'ostentatoire, la 5959P s'appuie avant tout sur un contenu horloger exceptionnel pour séduire: les collectionneurs de Patek Philippe majeures ne s'y sont pas trompés puisque elle demeure une des montres les plus recherchées malgré une production inférieure à 10 pièces par an.

Merci à Patek Philippe Genève.