mardi 27 janvier 2015

Les montres les plus importantes du SIHH 2015

Les montres les plus importantes, c'est toujours la même histoire. Ce ne sont pas celles qui impressionnent le plus, ce ne sont pas forcément les plus séduisantes mais elles jouent un rôle stratégique dans le développement d'une marque. A ce titre, elles incarnent une certaine idée du consensus qui n'est généralement pas la principale vertu d'un design réussi. Cependant, il arrive parfois qu'une magie opère et qu'un point d'équilibre entre maîtrise et audace soit atteint. Et là, c'est le jackpot: la montre trouvant son public, elle devient alors un succès commercial incontestable. 

La recette miracle n'existe évidemment pas. Les réussites peuvent être inattendues et les échecs surprenants. Mais les marques espèrent toujours être en mesure de dévoiler les futures J12 ou Ballon Bleu.

Dans un SIHH très paradoxal, qui s'est ouvert dans une ambiance alourdie par la dévaluation de l'euro (autant exprimer les choses telles qu'elles sont), ce sont les montres les plus compliquées qui ont d'abord attiré les regards: Cartier Grande Complication, Audemars Piguet RD1, Roger Dubuis Excalibur Spider Double Tourbillon, Lange Zeitwerk Répétition Minute et j'en passe. Mais le contexte économique fit que l'attention s'est par la suite portée vers les montres plus stratégiques. Les résultats d'une marque de la taille de Cartier ne passent pas par la vente d'une ou de deux Grande Complication même si le rôle de vecteur d'image d'une telle pièce y contribue. En revanche, les volumes de vente de la nouvelle collection Clé seront le véritable indicateur de performance. Je vous propose donc de découvrir 5 montres qui, selon moi, vont avoir un impact important sur le marché les prochains mois.

La collection Clé a pour objectif d'accompagner Ballon Bleu au sommet de la réussite. Cartier a finalement choisi une approche similaire qu'avec sa montre icône des dernières années: un design de boîtier classique de prime abord mais en réalité bien plus complexe et ambitieux, une couronne originale et un cadran classique, cette-fois ci magnifié par des chiffres bleus. Animée par le dernier mouvement de manufacture 1847MC qui se distingue par son barillet rapide, Clé est disponible en trois tailles, avec ou sans sertissage. La version acier viendra plus tard. Inutile de préciser que Cartier fonde de grands espoirs comme le prouve son arrivée somme toute très rapide en boutique, dès le mois d'avril.


Montblanc s'est montré de nouveau très présent sur plusieurs segments notamment sur celui de la montre à remontage manuel abordable. Mais la montre la plus convaincante, qui arrive finalement à fédérer à la fois les amateurs d'horlogerie et les clients à budget serré est l'Heritage Spirit Orbis Terrarum, qui derrière ce nom est peu pompeux se révèle être une montre à heures universelles très aboutie. Du point de vue mécanique, nous retrouvons la recette habituelle à savoir la base Sellita et un module, dans ce contexte exclusif, Dubois-Depraz. Et la bonne surprise est le réglage par pas d'heure très pratique. Alors, certes, l'esthétique est très influencée par sa cousine prestigieuse de chez Vacheron Constantin mais au bout du compte, je me suis laissé charmé par cette montre très intelligemment pensée.


Le restylage cette année de la collection Saxonia chez Lange & Söhne est la démonstration que les bonnes vieilles recettes du passé ont du bon. Prenons par exemple la Saxonia à remontage manuel. Elle retrouve une taille (35mm) plus conforme à celle de son mouvement qui équipait la 1815 de 36mm et dans sa version avec date la Saxonia 34mm. Et les petits détails empruntés ici et là aux anciennes Langematik (index plus présents) lui donnent du punch. La voilà prête à affronter le marché des petits poignets amateurs de montres plus discrètes.  Traduction: la Chine. 


Chaque année, IWC revisite une collection. Mais cette année, il s'agissait de la collection la plus cruciale de son catalogue, celle de la Portugaise. Le droit à l'erreur était interdit et IWC s'est bien gardé de toucher à sa montre fondamentale, la Portugieser (le suisse allemand, cela fait toujours plus sérieux) chronographe. Malgré un choix très surprenant de mettre une date à la Portugieser à remontage manuel 75ième anniversaire, les nouvelles montres de la collection se révèlent être très séduisantes dont notamment la plus réussie du lot, celle à calendrier annuel.


Enfin, Jaeger-Lecoultre a placé sa collection 2015 sous le signe de la femme. La ligne Rendez-Vous prend de l'importance au sein du catalogue et cette Rendez-Vous Date avec sa parfaite intégration des quantièmes vise à concilier charme et aspect pratique. Dans l'horlogerie, l'avenir de l'homme est bel et bien la femme...


J'aurai l'occasion de revenir sur certaines de ces montres par la suite.

dimanche 25 janvier 2015

Quelques notes musicales enregistrées lors du SIHH 2015

Me voilà de retour après une Geneva Week et un SIHH 2015 très particuliers, marqués évidemment par la décision de la Banque Nationale Suisse qui remet l'euro à son taux de change réel face au franc suisse. La situation de ces dernières années avec un taux de change autour de 1,2 CHF pour un euro était, ne l'oublions pas, artificielle et il fallait bien qu'elle s'arrêtât un jour. Le timing de la décision n'en était pas moins catastrophique pour l'industrie horlogère à quelques jours du SIHH et pose des questions sur l'avenir d'un pan d'activité majeur du pays. Car les marques n'ont pas 36 solutions pour préserver leurs marges. La clientèle ne va sûrement pas supporter sans changer ses comportements d'achat une augmentation significative des prix alors que l'ensemble des marques semblait à peu près d'accord sur la nécessaire modération sur ce thème. Faut-il rappeler que dans une ville comme Paris, pourtant capitale touristique majeure, la clientèle a déserté les boutiques depuis maintenant un an? La faiblesse de l'euro permettra sûrement d'attirer quelques touristes mais cela ne fera pas revenir la clientèle locale. Les marques vont se trouver donc dans l'obligation de réduire leurs coûts avec tout ce que cela entraîne: pression sur les masses salariales, sur les fournisseurs et donc impact sur l'emploi. Enfin, la situation va aussi être difficile pour les distributeurs et détaillants qui seront mis à contribution pour maîtriser l'impact du renchérissement du franc suisse.

Je reviendrai plus en détails sur l'atmosphère du SIHH et les tendances qui se dessinent. Car malgré les difficultés, l'attitude qui consisterait à se lamenter ne serait pas la bonne (quel dirigeant avec un minimum de dimension entrepreneuriale agirait ainsi?) et ce n'est pas celle que j'ai observée. Prudence et réalisme furent certes de mise mais le pessimisme noir resta à la porte.

La preuve, le Titanic c'était tout de suite à gauche, le SIHH c'était au loin et encore préservé des icebergs:


Avant de découvrir les modèles phares du Salon et afin d'alléger cette atmosphère rendue pesante par la devise locale, je vous propose quelques notes de musique car après tout, rien de tel pour calmer les esprits et reprendre son souffle après une semaine très intense.

L'Audemars Piguet RD1, une Répétition Minute qui surprend par sa puissance et la pureté du son:



Le comportement aérien de la Cartier Astrotourbillon Squelette:



Les marteaux de la Jaeger-Lecoultre Grande Tradition Grande Complication à l'oeuvre:



Cette Parmigiani Répétition Minute est littéralement hypnotisante:



L'Hommage à Roger Dubuis Répétition Minute se distingue par son rythme que je trouve excellent. J'aime beaucoup l'interprétation des quarts:



La grande Zeitwerk Répétition Minute à l'entrée du stand Lange expliquait les spécificités d'une répétition décimale:



Les prochains articles seront dédiés aux montres marquantes du SIHH et de la Geneva Week.

dimanche 11 janvier 2015

Emmanuel Bouchet: Complication One

Un des événements du dernier SalonQP fut incontestablement la présentation par Emmanuel Bouchet de la première montre, la Complication One, qui porte sur les fonts baptismaux sa propre marque. Car la démarche d'Emmanuel Bouchet n'est pas à proprement parler celle d'un horloger indépendant. Sa volonté est bel et bien de créer une marque dont la Complication One ne constitue que l'étape initiale. Cela ne rend pas la tâche plus aisée, bien au contraire. Cette montre doit non seulement incarner les idées directrices du maître horloger mais aussi définir les tendances esthétiques qui pourront se retrouver dans le futur. Et il faut bien l'avouer, lorsqu'Emmanuel Bouchet a communiqué sur sa présence au SalonQP à travers des pré-annonces et des teasers, il suscita une attente très forte. En effet, tous les observateurs avaient à l'esprit Opus 12 d'Harry Winston qu'il créa et développa par le biais de sa société d'alors, Centagora. Au-delà de l'envoûtant ballet d'aiguilles qu'Opus 12 proposait, j'avais été personnellement très marqué par le fait que les prototypes fonctionnaient sans souci à Baselworld ce qui témoignait d'une intelligence de conception rare et orientée vers plus d'efficacité et de fiabilité.


Comme je l'espérais, Emmanuel Bouchet frappe un grand coup avec la Complication One. La montre est belle, très contemporaine tout en demeurant respectueuse de la tradition horlogère. Mais surtout, elle porte en elle une architecture de mouvement innovante qui met en avant (au sens propre et au sens figuré!) le module d'échappement qui, dans le contexte particulier de la Complication One, voit son rôle élargi. En sus de sa mission d'organe régulateur, le module d'échappement devient ici un élément qui donne directement le temps. Ce sont ses propres impulsions qui définissent les minutes, les heures tout en permettant une parfaite synchronisation de la grande seconde. Le mouvement se distingue donc par l'absence de chaussée, de roue des heures compte tenu de la fonction du module d'échappement. 

Il faut imaginer l'impact visuel d'une telle organisation de mouvement. Le module d'échappement est visible côté cadran. Les dents de la roue d'échappement, semblables à des crochets, sont orientées vers l'intérieur et l'ancre en elle-même impressionne par la taille. L'animation qui s'offre donc à nos yeux n'est pas du tout celle d'un balancier qui oscille. L'ancre et la roue d'échappement occupent une grande partie de la zone inférieure du cadran et toutes les 15 secondes, le module bouge. Cette animation extrêmement lente accentue le sentiment d'être en présence d'une montre à basse fréquence ce qui est d'ailleurs le cas puisque la fréquence du balancier est de 2,5hz. Elle fait penser, en un sens, à un remontoir d'égalité dans sa représentation visuelle comme si elle stockait de l'énergie pour la relâcher toutes les quinze secondes.


La synchronisation de la grande seconde est évidemment aussi mise en valeur. C'est la raison pour laquelle le sous-cadran de la trotteuse est le plus important  et qu'il se situe au sommet du cadran. Lorsque le module d'échappement effectue son mouvement, la trotteuse s'arrête pour se caler. Voici donc une montre, purement mécanique, qui m'évoque le comportement des pendules de gare suisses. Mais ici, la synchronisation s'opère toutes les 15 secondes! L'animation du cadran doit donc être considérée comme étant composée à la fois du module d'échappement et de la trotteuse.

La synchronisation de la trotteuse:





L'affichage du temps n'est pas, lui non plus, dénué d'originalité. J'y retrouve d'ailleurs quelques idées présentes sur Opus 12: la séparation en deux zones et l'indication des minutes en deux phases.

Les heures sont affichées sur un disque saphir surélevé à 8 heures. Elles se lisent de façon traditionnelle. Les minutes sont situées sur un disque similaire à 4 heures. Compte tenu de la taille réduite du disque, Emmanuel Bouchet fit le choix d'utiliser deux aiguilles. L'une indique les dizaines de minutes, l'autre les unités. Le disque étant gradué de 0 à 9, la première aiguille effectue un mouvement rétrograde à la fin de la cinquième dizaine. Bien entendu, l'aiguille sautante des heures effectue au même moment sa progression. Un joli petit effet visuel qui donne envie de surveiller les fins d'heure! Un tel affichage du temps nécessite de la part du propriétaire de la montre une période d'accoutumance notamment au niveau des minutes mais une fois maîtrisée, la lisibilité ne pose pas de souci.

L'aiguille des dizaines des minutes rétrograde et l'aiguille sautante des heures:





En raison de la taille du module d'échappement et de la présence des multiples sous-cadrans, le diamètre du boîtier ne pouvait pas être modeste. Les 44mm représentent certes un gabarit non négligeable mais la fluidité des lignes, la parfaite continuité créée par les cornes et les effets de lumière et de transparence provoquées par la forme du verre rendent le style de la montre très léger pour ne pas dire aérien. L'heureuse surprise est l'épaisseur qui reste maîtrisée avec une hauteur de boîtier de 11,2mm surprenante en raison de la surélévation des disques d'affichages et du rendu visuel du mouvement à l'arrière.

J'aime beaucoup le travail esthétique effectué sur la Complication One et mis en valeur par David Quinche. Il se dégage de la montre une atmosphère très contemporaine et très élégante. Elle parvient à être très lumineuse malgré les couleurs sombres dominantes. Deux détails m'ont particulièrement séduit: la forme des supports qui surélèvent les disques et celle du mouvement, tout en galbe et en rondeur, qui épouse le verre saphir arrière. Les finitions des mouvements des montres photographiées, les premiers prototypes disponibles, ne sont d'ailleurs pas achevées.


En retournant la montre, les spécificités du mouvement à remontage manuel EB-1963 (année de naissance d'Emmanuel Bouchet) se dévoilent. Les deux imposants barillets se détachent nettement. Leur mission est plus de conférer au mécanisme une régularité de comportement que de véritablement augmenter la réserve de marche qui reste raisonnable à 70 heures. Le balancier à inertie variable semble un peu modeste à côté de ces barillets. Notons cependant le pont à trois bras plutôt original. Mais la vrai star, le module d'échappement, se situe côté cadran.


La Complication One sera disponible en 5 versions: or jaune, or rose, or blanc, platine et titane avec un revêtement ADLC. La base du cadran sera soit en onyx soit en calcédoine, l'objectif étant que les disques et le module d'échappement puissent nettement se détacher et que les informations demeurent lisibles. En tout cas, une fois mise au poignet, la Complication One s'est révélée être aussi séduisante que son contenu technique. La forme du boîtier et des cornes lui permet de bien épouser le poignet assurant ainsi un confort adéquat. La taille ne m'est pas apparue comme problématique puisque le bracelet effleure le boîtier réduisant ainsi les dimensions perçues. Et très vite, j'ai eu le réflexe d'observer le comportement du module d'échappement et de la trotteuse. Le concept de synchronisation m'a beaucoup plu et je dois avouer que les deux sous-cadrans dédiés à l'affichage du temps me sont vite apparus comme accessoires! Emmanuel Bouchet a donc rendu un bien bel hommage à l'ancre suisse puisqu'elle est devenue, grâce à la Complication One, le centre d'intérêt de sa montre tant du point de vue technique que du point de vue esthétique.


Merci à Emmanuel Bouchet pour son accueil pendant le SalonQP.

Les plus:
+ la mise en avant du module d'échappement
+ l'animation du cadran
+ le design contemporain et élégant
+ le confort au porter

Les moins:
- le lecture du temps nécessite une période d'accoutumance notamment au niveau des minutes

dimanche 4 janvier 2015

Hoptroff: n°16

Et si le pays le plus créatif en matière d'horlogerie était l'Angleterre? Je ne sais pas si c'est le prisme du SalonQP qui me donne cette impression, mais chaque année je découvre à Londres de nouvelles marques et surtout de nouvelles démarches horlogères. Ce n'est pas la première fois que Richard Hoptroff honorait le Salon de sa présence mais cette année avait un goût particulier avec la présentation des prototypes des montres atomiques succédant ainsi aux montres électro-mécaniques de l'année précédente.

Montres atomiques? Voilà qui semble pour le moins étrange. Leur intérêt en termes de précision est évident mais les systèmes atomiques évoquent plus les horloges "maître" sur lesquelles s'ajustent les montres radio-pilotées. Alors l'idée de se retrouver avec une montre atomique peut surprendre: ne faudrait-il pas une brouette pour qu'une telle montre puisse nous accompagner? Mais telle est la grande réussite de Richard Hoptroff et de son équipe: être arrivé à réduire la taille du mécanisme afin qu'il puisse être logé tout d'abord dans une montre de poche avec la n° 10 puis dans une montre-bracelet avec la n° 16.


Le principe du mécanisme est le suivant: il mesure les transitions atomiques des atomes de gaz de Cesium contenu dans une petite capsule. Un processeur à signal numérique compte ces transitions et lorsque le nombre de 4.596.315.885 transitions est atteint, il considère qu'une seconde est écoulée. Pour que les transitions atomiques puissent s'opérer, les électrons de l'atome doivent être sollicités par un laser tandis qu'un résonateur à hyperfréquence détermine la fréquence de transition. S'il fallait comparer cette fréquence à celle d'une montre mécanique traditionnelle, nous obtiendrions le nombre impressionnant de 4.596.315.885 x 36.000 alternances soit plus de 16 millions de millions d'alternances par heure. La précision théorique d'un tel mécanisme est égale à un écart de 1,5 secondes tous les mille ans. Au-delà de la taille, la principale contrainte du mécanisme est le nécessaire maintien d'une température constante afin que les écarts de température n'affectent pas le comportement des capteurs. C'est la raison pour laquelle se trouve dans la montre une sorte de "four" qui chauffe à 130 degrés la capsule de gaz de Cesium.

La n° 10 est la preuve à la fois du potentiel d'un tel mécanisme et du talent de Richard Hoptroff. Se situant dans la lignée des montres de poche ultra compliquées qui ont marqué l'histoire de l'horlogerie, la n° 10 proposera, une fois achevée, vingt-huit indicateurs côté face et au moins une vingtaine supplémentaire sur le cadran arrière de la montre. Elle regroupera à la fois des données temporelles, astronomiques mais également géographiques ou barométriques.


La n° 16 poursuit le chemin tracé par la n° 10 mais cette fois-ci avec un atout majeur: il s'agit d'une montre-bracelet. Certes, les dimensions de cette montre à double-cadran demeurent extrêmement généreuses avec un gabarit de 83,7mm sur 43,4mm, sans parler de l'épaisseur se situant autour des deux centimètres aux points les plus hauts des verres. Mais après tout, qu'importe! Cette taille ne l'empêche pas de revendiquer le titre de montre-bracelet la plus précise au monde. Et puis, esthétiquement, elle dégage une atmosphère particulière. 

En fait, elle donne l'impression de surgir d'une faille spacio-temporelle: un mouvement atomique dans un boîtier que je trouve à l'esprit très Steampunk  sans oublier deux cadrans d'inspiration Art Nouveau avec les locutions latines qui inscrivent la pièce dans une certaine intemporalité...  La construction en deux cadrans est un choix intelligent. Elle permet de préserver la "portabilité" de la montre, de répartir de façon judicieuse les fonctions et d'améliorer la lisibilité.


Le cadran de droite est dédié à l'affichage du temps avec les traditionnelles heures, minutes et secondes à droite. A gauche de ce cadran, se trouve l'affichage du temps sidéral. Au sommet du cadran, se situe l'équation du temps. L'organisation de ce cadran n'est pas anodine. Elle est inspirée par celle de la Space Traveller de George Daniels. Une attitude typiquement anglaise revendiquée par les créateurs d'aujourd'hui qui n'hésitent pas à rendre hommage aux pièces majeures de leur patrimoine.

Le cadran de gauche est en revanche consacré à des fonctions plus astronomiques même si on y retrouve la date ou la réserve de marche: les phases de lune, l'heure du lever du soleil, du coucher y sont ainsi indiqués.

Une des plus belles réussites de la n° 16 est la cohérence entre les affichages et la forme du boîtier. Les continuités des longues courbes font référence au signe de l'infini dessiné par le boîtier et rappellent la longévité de la précision grâce au système atomique. Deux visages relient les cadrans. Contrairement aux apparences, leur rôle n'est pas uniquement décoratif. Les yeux en saphir bleu se mettent à briller une fois chacun pour indiquer qu'une minute vient de s'écouler: une façon élégante et subtile d'apporter une fonction supplémentaire à la montre. Les yeux permettent de signaler également si la montre est en mode atomique complet ou pas. Le poussoir supérieur active le mode Bluetooth permettant de régler la montre via une application iOS (et prévue pour Android cette année) et  utile lors d'un voyage afin que les heures du lever et du coucher soient correctement positionnées. Le poussoir inférieur sert à activer le mode atomique complet. Lorsqu'il n'est pas activé, la précision de la montre demeure extrêmement élevée avec un écart de 10 secondes tous les mille ans. L'intérêt de la désactivation est de prolonger la durée de fonctionnement de la batterie et donc de lui éviter des recharges trop fréquentes.


La Hoptroff n° 16 est bel et bien une montre marquante de l'horlogerie contemporaine. Si elle ne possède pas le côté magique d'une montre purement mécanique, elle n'en demeure pas moins une formidable démonstration du talent de Richard Hoptroff qui parvient à créer une première mondiale (elle est à ma connaissance la seule montre-bracelet atomique à être commercialisée) sans le soutien logistique de grands groupes. De plus, le système utilisé répond à l'objectif poursuivi par tout horloger qui se respecte: la quête pour la meilleure précision dans la durée. En rendant cette technologie atomique compatible avec une montre bracelet, Richard Hoptroff s'inscrit finalement dans cette tradition des horlogers du passé qui oeuvraient pour atteindre la meilleure chronométrie en utilisant les technologies contemporaines. Une chose est sûre: les performances chronométriques de la n° 16 seront maintenant difficiles à battre!

La Hoptroff n° 16 est disponible en acier (12.200 GBP HT), en or rose (22.500 GBP HT) et en platine (31.500 GBP HT) directement auprès de Richard Hoptroff. Elle sera produite en cent exemplaires.

Les plus:
+ une première mondiale dévoilée sans tambour ni trompette
+ la précision du système atomique
+ l'organisation en deux cadrans
+ la cohérence esthétique de l'ensemble

Les moins:
- la portabilité de la montre est acceptable mais le gabarit impressionnant oblige à la porter au-dessus d'une chemise