dimanche 17 septembre 2017

L'oscillateur "Sémon" peut-il sauver Zenith?

L'actualité horlogère de la rentrée est marquée par la présentation de la Zenith Defy Lab qui utilise un tout nouveau mouvement basé sur un oscillateur qui réinterprète le principe du balancier-spiral défini par Christian Huygens au XVIIième siècle. Rien que le fait que Zenith fasse les grands titres des médias horlogers est une excellente nouvelle pour Jean-Claude Biver. En effet, on ne peut pas lui retirer ce mérite: il est un des rares à croire encore à l'avenir de Zenith  quitte à agir de façon surprenante. Alors que la logique (ou tout du moins la raison) voudrait que Zenith se mette au service de LVMH en devenant principalement un "motoriste" pour les autres marques du Groupe, Jean-Claude Biver met la R&D du pôle horloger de LVMH (sous la responsabilité de Guy Sémon) au service de Zenith. Alors, évidemment, ce n'était pas l'idée première. Le prototype du mouvement à oscillateur "Sémon" portait encore le logo Tag Heuer il y a quelques semaines. Au bout du compte, Zenith fut choisi comme véhicule de cette innovation ce qui prouve que l'ambition de Jean-Claude Biver pour la marque reste intacte.

Un mouvement réellement innovant

Cela faisait plusieurs mois que la communauté horlogère savait que LVMH allait sortir un mouvement "révolutionnaire" et pourtant, la surprise fut au rendez-vous. Révolutionnaire, le terme est peut-être excessif car l'architecture d'une montre mécanique n'est pas modifiée. Cependant, le traitement de l'organe réglant bouscule les pratiques actuelles (et traditionnelles) en remplaçant la trentaine de pièces le constituant par une seule: ce fameux oscillateur en silicium. Les performances affichées (qui évidemment nécessiteront des confirmations sur la durée) sont impressionnantes: une fréquence de 15hz, une précision de 0,3s/jour (dont les conditions de calcul devront être fournies), un comportement stable sur 95% de la réserve de marche, une résistance aux champs magnétiques,  une insensibilité aux perturbateurs habituels (gravité, températures), l'absence de lubrification... tous ces points forcent le respect. De mon point de vue, le plus admirable est la gestion de l'énergie. Imaginons une montre traditionnelle avec une fréquence de 15hz. Compte tenu de la consommation d'énergie nécessaire, de la taille du balancier, il faudrait se promener avec une brouette contenant le barillet pour obtenir une réserve de marche de 60 heures. Or, la Zenith Defy Lab, la montre qui est animée par le mouvement à oscillateur "Sémon" a un diamètre fort raisonnable de 44mm. 

La forme particulière de l'oscillateur qui rassemble en une seule pièce tous les éléments constitutifs d'un organe réglant:

Crédits: Zenith 

La prouesse réside dans l'oscillateur qui rassemble en une seule pièce les différentes composantes de l'organe réglant. De fait, il n'y a plus de frictions, de pertes d'énergie, de contraintes entre ces éléments. En toute logique, il a fallu alléger au maximum cet oscillateur compte tenu de sa taille. C'est la raison pour laquelle il a été fabriqué en silicium monocristallin permettant par la même occasion d'obtenir une très grande finesse (0,5mm).

A la découverte de l'oscillateur "Sémon", je me suis fait deux réflexions: il justifie enfin le rôle du silicium dans l'horlogerie et il ringardise de façon quasi immédiate, non pas l'horlogerie traditionnelle mais toutes les concept-watches en cours ou à venir. Ces dernières peuvent rester dans les cartons, elles sont mortes.

Un mouvement intelligemment conçu

Et pourquoi elles sont mortes? Tout simplement parce que la Zenith Defy Lab a déjà franchi la première étape: on ne parle plus de prototype puisque 10 montres ont été vendues à des collectionneurs. Et tout le monde sait que le passage du prototypage à la micro-série est casse-gueule. Et je n'ai aucun doute sur le fait que le passage de la micro-série à la production plus large se passera sans problème. C'est toute l'intelligence autour de ce mouvement qui, avec l'évolution des technologies, deviendra de plus en plus simple à produire.

Simple à produire, simple à réparer également. Le problème du silicium est son comportement sur la durée. Il s'effrite et il casse. Mais aucun risque qu'il endommage en même temps d'autres éléments de l'organe réglant: l'oscillateur ne se réparera pas, il sera remplacé par une nouvelle pièce. L'entretien de la montre se focalisera sur les autres éléments mécaniques, de toutes les façons moins délicats que l'organe réglant. On pourra même imaginer un remplacement de l'oscillateur lors d'une révision périodique avant tout signe "de fatigue".

Enfin, le mouvement est évolutif: sa gestion de l'énergie est si efficace que l'adjonction de complications (et on pense évidemment au chronographe compte tenu de la fréquence élevée) ne devrait poser guère de problème.  

Les capacités de production sont prêtes. L'ambition est de produire un nombre élevé de mouvements:

Crédits: Zenith

Deux bémols à ce stade

Je n'ai pas pu assister à la présentation et donc je n'ai pas pu apprécier la Zenith Defy Lab de mes propres yeux... et oreilles. Car le mouvement à oscillateur "Sémon" a selon moi deux bémols mais qui me paraissent mineurs compte tenu des performances: la vision côté cadran donne la migraine et le mouvement fait beaucoup de bruit. La présentation à cadran ouvert de la montre à destination des collectionneurs est logique: elle met en valeur l'oscillateur et c'est la raison pour laquelle les défauts sont amplifiés. Gageons que par la suite ces problèmes seront fortement réduits avec un cadran adapté et une meilleure isolation sonore.

Tout ceci est très bien mais concrètement pour Zenith, qu'est-ce que ça va apporter?

Le choix d'utiliser le véhicule Zenith pour ce mouvement est louable. Mais la vrai question est de savoir si cela peut sauver la marque. Et sur ce point là, j'ai des doutes. Le problème de Zenith est que la marque souffre cruellement d'un modèle représentatif, connu du grand public, qui pourrait tirer les ventes. La force de Zenith est de posséder un mouvement "iconique" (El Primero) mais hélas, ne possède pas de montre "iconique". L'arrivée d'un tel mouvement ne pallie pas ce manque. Il faut donc espérer que la montre de série qui en sera équipé soit très désirable pour connaître le succès. On achète une montre mécanique avant tout pour l'émotion qu'elle crée, pas pour ses performances. Si c'était le cas, tout le monde porterait des System 51 qui est peut-être le mouvement traditionnel le plus innovant...le tout pour un prix de 150 euros. 

De plus, même si Jean-Claude Biver nous vend l'image "innovante" de Zenith à travers son histoire et ses développements de mouvement, force est de constater que pour le grand public l'innovation n'est pas forcément le trait de caractère qui définit le mieux la manufacture. Ne prend-il pas le risque de procéder à un mélange des genres peu compatibles?

Le boîtier de la Zenith Defy Lab est réalisé en Aeronith ce qui donne cette texture particulière:

Crédits: Zenith

En tout cas, Jean-Claude Biver a voulu être dès le départ très performant du point de vue tarifaire. Un signe ne trompe pas: les 10 montres initiales ont été vendues à un prix de 30.000 CHF soit un tarif très raisonnable pour une montre de micro-série (dont chaque exemplaire est unique) équipée d'un mouvement innovant. La volonté est de produire ce mouvement à grande échelle et sa conception le prouve. On pourra donc s'attendre à une montre Zenith à "oscillateur Sémon" avec un prix de plusieurs milliers d'euros... se trouvant dans un segment ultra-concurrentiel. 

Il est bien entendu trop tôt pour savoir quelles seront les orientations stratégiques définitives de Jean-Claude Biver autour de ce mouvement et je n'ai pas de boule de cristal. J'ai cependant la conviction que l'avenir à moyen terme d'un tel mouvement, si bien conçu et si "intelligent" est l'entrée de gamme. Il prendra tout son sens avec de fort volumes, réduisant ainsi l'appréhension des clients face à une technologie "propriétaire". Et comme Jean-Claude Biver le perçoit bien, il n'exclut pas de délivrer le mouvement à des marques extérieures à LVMH.

Alors, finalement, c'est peut-être cela l'avenir de Zenith et Jean-Claude Biver nous fait un billard à plusieurs bandes. Alors que j'imaginais Zenith comme motoriste de LVMH, il imagine Zenith (et LVMH) comme motoristes d'une grande partie de l'industrie horlogère. Et pourquoi pas?

dimanche 10 septembre 2017

Chroniques romaines (2017): 2) une visite chez Bulgari

La boutique historique de Bulgari située Via Condotti fait partie des lieux magiques de Rome. Même si elle fut récemment rénovée, elle a conservé son cachet et son âme comme l'attestent les étoiles qui accueillent les visiteurs derrière la porte d'entrée. Elle parvient ainsi à faire converger deux époques bien distinctes: le Rome des stars du cinéma, de Cinecitta, exubérante et audacieuse qui se ressent dans certaines pièces  et la Rome contemporaine, plus discrète mais toujours aussi raffinée incarnée notamment par la salle dédiée à l'horlogerie masculine.

Chaque année, je ne manque pas de visiter la boutique car mon séjour ne serait pas abouti sans passer un moment dans ce haut lieu de l'artisanat romain. L'argenterie, le métier d'origine de Bulgari, n'est plus sa principale activité  et cela est évidemment perceptible dans l'organisation de la boutique. La joaillerie et la maroquinerie occupent les principales pièces sans oublier l'horlogerie qui est un des piliers de l'ambition de croissance de Bulgari.

Lors de ma visite, je sélectionna plusieurs montres qui témoignent de la vitalité et de la créativité de la marque. Bulgari s'est donné les moyens de réussir grâce à l'intégration verticale de l'outil de production. Les derniers mouvements de manufacture dont notamment le calibre automatique à micro-rotor qui équipe la montre automatique la plus fine au monde sont le fruit de cette stratégie. Je vous propose de découvrir ma sélection représentative des multiples facettes de la collection de Bulgari.

Le 10 de la Via Condotti est une adresse mythique!


La Via Condotti permet de rejoindre la Piazza di Spagna depuis le Corso. Alors, même si on est réfractaire à ses artères occupées par des boutiques de luxe et dédiées au shopping, la remontée de cette rue est très recommandée car elle permet de s'approcher de la fontaine de la Barcaccia tout en profitant de la vue sur les escaliers de la Trinité des Monts:


Je ne pouvais commencer cette sélection qu'avec une Bulgari Roma... et avec la plus prestigieuse d'entre elles, la Bulgari Roma Tourbillon Finissimo. Cette montre élégante d'un diamètre de 41mm se caractérise par sa lunette typique et son tourbillon volant équipé d'un système à roulement à billes. Le calibre BVL 268 est le mouvement à tourbillon le plus fin au monde. Le boîtier présente ainsi un rapport diamètre/épaisseur (5,15mm) très élevé donnant un style élancé à la montre. Malgré la finesse de la pièce, le spectacle offert par le tourbillon est très agréable à observer et ne manque pas de "relief" au bout du compte. Je dois avouer que j'aime beaucoup cette Bulgari Roma.



L'Octo Finissimo équipée d'un calibre  à micro-rotor est actuellement la montre automatique la plus plate au monde (5,15mm) pour un diamètre de 40mm. Tout comme la Bulgari Roma Finissimo, elle présente un aspect très élancé et sa forme particulière la rend même plus grande au poignet. Cette montre n'est pas seulement une prouesse technique, elle l'est également du point de vue esthétique grâce à son boîtier en titane et son jeu de couleurs sobre et élégant. Cependant, pour des raisons de goût, je préfère  l'Octo Roma car j'ai besoin de sentir plus d'épaisseur au poignet.


Je change radicalement de style avec la Diagono Magnesium. La couleur jaune est la plus audacieuse de la collection. Même si ma préférée demeure la version bleu, je trouve que le jaune correspond bien à son esprit en lui donnant beaucoup d'énergie et de décontraction. La Diagono Magnesium, d'un diamètre de 41mm, est équipée d'un mouvement de manufacture BVL 191 d'une réserve de marche de 42 heures. J'aime cette montre simple et très contemporaine (boîtier magnésium, lunette céramique, rendu original du cadran) proposée à un prix raisonnable pour une marque comme Bulgari (3.900 euros).


L'Octo Roma à cadran marron est également équipée du calibre BVL 191. Son diamètre de 41mm lui confère un joli équilibre. Sa grande force demeure le design du boîtier, à la fois élégant et dynamique. A noter que malgré un diamètre équivalent, l'Octo Roma a une taille perçue supérieure à celle de la Diagono Magnesium.


La Papillon Daniel Roth à tourbillon volant et à heures sautantes est une représentante de l'offre de Bulgari dans le segment de la haute horlogerie. Elle se situe dans son approche à l'opposé de la Bulgari Roma Finissimo: la forme du boîtier est typique du style Daniel Roth, son gabarit est imposant (45mm de diamètre pour une épaisseur de 12mm) et son affichage alternatif distille une certaine originalité tout en mettant en valeur le tourbillon volant central.


Cette sélection, pourtant incomplète, met la lumière sur les capacités techniques et créatives de Bulgari. La tendance récente des développements est de favoriser la finesse des mouvements même si les calibres plus classiques ne sont pas oubliés. En tout cas, quel plaisir d'essayer ces montres dans la boutique historique! C'est une expérience toujours agréable et ce d'autant plus que la pièce dédiée à l'horlogerie a été rénovée avec beaucoup de goût. 

Merci à l'équipe de la boutique Bulgati de la Via Condotti.

samedi 9 septembre 2017

Chroniques romaines (2017): 1) une visite chez Zannetti

Je vous propose une série d'articles inspirés par mon dernier séjour à Rome. De Bulgari à Jaeger-Lecoultre en passant par IWC ou Chopard, je vous plongerai dans l'ambiance horlogère de la ville éternelle ce qui, en cette période de rentrée, constitue un excellent prétexte pour prolonger la douceur de l'été.

La visite de la boutique Zannetti est indispensable lors d'un séjour romain. Et pour être bien sûr de ne pas la rater à cause d'une fermeture pour vacances, je l'effectuai dès le début de mon séjour. Zannetti, c'est une approche particulière de l'horlogerie fondée sur la créativité artistique de son créateur, Riccardo Zannetti, influencée par cette atmosphère romaine, à la fois antique et baroque. Même si le catalogue de la marque est structurée autour d'une collection permanente, l'acquisition d'une montre Zannetti prend tout son sens si elle est le résultat d'une démarche de personnalisation. Le style Zannetti offre un rendu très artisanal que l'on pourrait presque qualifier de naïf. Cela explique une grande partie de son charme. Si un jour je devais commander une montre chez Zannetti, je choisirais un thème la reliant à mes nombreux séjours romains. Et pourquoi pas une Fiat 500 comme décoration? Un pied de nez aux nombreuses montres Ferrari du marché!

Voici donc une sélection des photos prises lors de ma visite.

Tous les chemins mènent à Rome et à Rome, tous les chemins mènent à la boutique Zannetti:


L'entrée de la boutique située via di Monte d'Oro:


Commençons par la toute dernière collection de Zannetti, Virtus.

Le Chrono Aero Date est un chronographe équipé d'un Valjoux 7750 au design plutôt classique avec des aiguilles Cathédrale. 3 types de cadran sont disponibles (argent, noir ou vert) et c'est cette dernière couleur qui est la plus intéressante.


Le Jocker est une montre plus ambitieuse esthétiquement parlant mais malheureusement équipée d'un mouvement à quartz. Dommage car le cadran est fort sympathique:


Cette Palatino Harlequin, malgré son nom m'évoque plus Venise qu'une des 7 collines de Rome. La montre équipée d'un mouvement ETA 2824 et elle est pour moi une des plus caractéristiques du style Zannetti:


L'excellente nouvelle de cette année est que la Scuba (et notamment celle à Piranha en nacre sur cadran squelette) est dorénavant disponible en 42mm. Elle ne perd rien de son impact visuel, ni de sa présence tout en devenant beaucoup plus portable:


La version 49mm est imposante mais son gabarit est cohérent avec l'agressivité des thèmes des cadrans. Une montre qui ne laisse pas indifférent!


Riccardo Zannetti a imaginé plusieurs cadrans autour du thème du meilleur ami de l'homme sur une base Gladatiore Art Collection. Le cadran est un camée d'agate bleue. La gravure de la lunette peut être également personnalisée. La montre est équipée d'un mouvement ETA 2824 et son diamètre est de 44mm.


Ce dragon gravé et peint a été logé dans un boîtier Magnificum d'un diamètre de 47mm. Le mouvement est toujours l'ETA 2824. Si je devais commander une montre personnalisée, je partirais sur cette base. La taille est certes imposante mais j'aime la forme du boîtier et ses cornes et cela laisse de la place pour l'expression de l'artiste.


Enfin, à Rome, tout se termine autour d'un bon plat de pâtes! Cette montre fait partie de la collection Montres for Chef et représente des Cavatelli Cacio e Pepe, une recette de Vito Mollica qui oeuvre au Four Seasons de Florence.


Comme tous les ans, j'ai ainsi pu apprécier la diversité des créations de Riccardo Zannetti. J'espère un jour pouvoir lui commander une montre ce qui par la même occasion constituera un excellent prétexte pour revenir à Rome!

Merci à l'équipe Zannetti pour son accueil.

dimanche 3 septembre 2017

Ulysse Nardin: Marine Chronomètre Torpilleur

La collection Marine est la pierre angulaire du catalogue d'Ulysse Nardin. Chaque nouvelle montre de cette collection est donc un événement  et dans le cas précis de la Marine Chronomètre Torpilleur, elle possède de plus une importance stratégique pour la marque. En effet, avec un prix de 6.900 euros en acier sur cuir, la Torpilleur devient une des portes d'entrée dans l'univers d'Ulysse Nardin, au même titre que la Classico mais avec un design caractéristique et reconnaissable.

Bien évidemment, Ulysse Nardin a dû faire des concessions pour obtenir un tel prix mais les bonnes nouvelles sont que cela ne se ressent pas trop et que du point de vue mécanique, le mouvement de manufacture UN-118 est de nouveau utilisé dans le contexte de la Torpilleur. 


Le cadran est joliment exécuté et disponible soit en bleu soit en blanc. Le blanc est la couleur naturelle pour ce type de montre "chronomètre" et le bleu est la couleur tendance du moment... mais aussi la couleur fétiche de la marque. Une fois n'est pas coutume, j'ai une préférence pour le cadran blanc qui met mieux en valeur sa présentation traditionnelle avec l'indicateur de réserve de marche au sommet et la petite seconde, accompagnée du guichet de date, dans la partie inférieure. La finition du cadran est soignée mais évidemment en retrait par rapport à celle du cadran de la Marine Chronomètre. Son aspect est beaucoup plus plat et les petits détails qui apportaient une dimension plus qualitative à la Marine Chronomètre ont disparu (rehaut périphérique, cerclage du guichet de date, effets de relief plus prononcés). Cependant, l'essentiel est préservé et il présente un rendu très agréable.


Son ouverture, compte tenu du retrait du rehaut, est plus importante et la Torpilleur, surtout dans sa version à cadran blanc, dégage une taille perçue supérieure aux 42mm de diamètre du boîtier. Ce cadran séduisant m'a plu même si je lui reproche d'être  un peu bavard (j'aurais par exemple supprimé l'habituel 1846 dans le registre de la trotteuse et réduit la taille du nom de la marque) et légèrement déséquilibré compte tenu de l'emplacement de la trotteuse. La montre m'aurait semblé plus harmonieuse avec un diamètre de 40mm. Les aiguilles ont aussi été revues et gagnent en finesse et raffinement car la luminescence caractéristique de la collection Marine a été retirée.

Le boîtier offre lui aussi un aspect simplifié par rapport à la Marine Chronomètre mais je n'y vois que des avantages dans ce cas. La disparition du protège-couronne et l'utilisation de cornes classiques à la place du système d'attache "Marine" allègent le design et apportent beaucoup de fluidité. La montre perd assurément en sophistication et en caractère mais ce style plus simple correspond bien à l'esprit d'un chronomètre de bord.


Le mouvement UN-118 est visible à travers un fond transparent. Sa présentation est correcte et permet d'apprécier son architecture contemporaine, comme par exemple le pont de balancier traversant et son échappement en silicium. J'aurais cependant aimé que la masse oscillante soit décorée d'une façon plus valorisante ou qu'au moins, elle apporte un contraste supérieur par rapport à la platine et aux ponts du mouvement. Les performances du mouvement sont en revanche irréprochables avec une réserve de marche d'une soixantaine d'heures pour une fréquence de 4hz. De plus, l'UN-118 est certifié COSC... ce qui est un excellent point pour une montre inspirée par les chronomètres de bord!

Malgré les réserves que j'ai exprimées précédemment, la Torpilleur présente un bilan très positif. Elle est réussie du point de vue esthétique car les simplifications ne nuisent pas au design de la montre, fidèle à l'esprit de la collection Marine. Sa taille perçue lui confère une grande présence sur le poignet sans sacrifier le confort au porter. J'aurais apprécié qu'Ulysse Nardin se passe du guichet de date mais il a tendance à se faire oublier sur le cadran. Le point fort demeure la présence du mouvement de manufacture UN-118 et le prix ajusté de la Torpilleur lui donne un atout supplémentaire. J'espère que cette montre rencontrera le succès afin de remettre Ulysse Nardin sur le devant de la scène. En tout cas, la manufacture s'est donné les moyens de cette ambition en proposant une pièce au contenu horloger solide pour un prix somme toute raisonnable.


Merci à Kronometry 1999 Paris.

Les plus:
+ un design simplifié mais fidèle à la collection Marine
+ les performances du mouvement UN-118 (certification COSC et réserve de marche)
+ le prix raisonnable

Les moins:
- la présentation du mouvement est un peu triste
- un peu moins de littérature sur le cadran n'aurait pas nui