jeudi 17 août 2017

Les maux de l'horlogerie: 3) la mascarade Instagram

Cela fait des mois que j'avais envie d'écrire cet article mais la situation devenant de plus en plus pathétique, il devenait urgent de passer à l'action. Je ne vais pas ici répéter ce que j'ai écrit dans mon article précédent dédié au lifestyle mais consacrer plutôt le sujet sur le changement de fonctionnement d'Instagram qui génère de fortes conséquences sur la pertinence du réseau social.

Au début, tout allait bien...

Instagram, c'est un sujet que je connais très bien puisque je le pratique tous les jours. J'y suis venu relativement tard en créant mon compte @equationdutemps le 1er août 2014. A cette date, de nombreux acteurs importants dans le monde de l'horlogerie étaient déjà présents. J'étais, je dois avouer, réticent à m'y impliquer car je ne percevais pas d'intérêt particulier dans cette application dédiée au partage de photos. Et puis des amis comme Anish de @Watchanish ou Greg de @Leguidedesmontres m'ont encouragé à le faire et  j'ai donc profité des vacances d'été pour me jeter à l'eau. La croissance de mon compte fut spectaculaire et très vite il devint le compte le plus influent  dédié à l'horlogerie tenu par un blogueur français. Il l'est toujours à cette date avec plus de 79.000 followers. Il faut dire que les recettes d'une croissance dynamique et régulière étaient faciles à comprendre et à appréhender car l'algorithme d'Instagram était simple et clair. Finalement, il suffisait de poster à heures régulières, d'utiliser les bons hashtags et surtout de s'appuyer sur des photos apportant du contenu nouveau (je profitais à fond de ma grande bibliothèque) et homogène (afin de définir son propre style) pour séduire les followers. En tant que modérateur sur PuristSPro et compte tenu de mes relations dans l'industrie, je fus également "regrammé" régulièrement par des comptes importants. Ainsi, tout était réuni pour que la progression du compte fût constante, soutenue par des taux d'engagement élevés. Mes photos étaient facilement reconnaissables (et le sont toujours) grâce à leur style... et à mes chemises rayées la plupart du temps. Depuis le début, ma ligne de conduite n'a pas changé: apporter du contenu original et présenter des photos de montres connues ou confidentielles au poignet, en se focalisant avant tout sur le cadran et en évitant des mises en scène ridicules. Inutile de singer Watchanish, il a défini son propre et il est inimitable...

Mon compte tel qu'il est aujourd'hui, bâti sans aucun achat de followers ni likes bidon. Il demeure à ce jour celui qui a le plus grand nombre de followers de la blogosphère horlogère française. N'en tirant aucun revenu et le gérant que pour le plaisir, je peux m'exprimer librement sur ce qui suit:


Les deux premières années, j'ai pris beaucoup de plaisir à animer le compte. La croissance et le taux d'engagement me stimulaient et il était intéressant d'observer comment le compte évoluait sans artifice, sans aucun achat de followers évidemment. Un compte 100% naturel et à ce titre, beaucoup plus satisfaisant et pertinent. Et puis, l'algorithme, particulièrement addictif, donnait constamment envie de poster et de progresser. Mais ça... c'était avant.

Puis cela s'est gâté...

Car maintenant, malheureusement, la situation a changé. Facebook ayant acheté en 2012 Instagram pour une somme très élevée, il était clair que la situation n'allait par durer, à savoir que la monétisation du réseau social devenait inévitable. Instagram mit ainsi en place en 2016 un nouvel algorithme  calqué sur celui de Facebook et dont l'objectif annoncé était d'être plus efficace en mettant en avant de façon automatique les posts susceptibles d'intéresser le plus les followers en fonction de leurs goûts et de leurs likes. A la poubelle donc ce qui faisait la particularité et le succès d'Instagram: l'ordre anti-chronologique qui faisait apparaître en premier les posts les plus récents. L'algorithme positionne dorénavant en premier les posts qui lui semble les plus pertinents pour chacun des utilisateurs. Décrypter le fonctionnement de l'algorithme revient à analyser la formule du Coca-Cola: c'est complexe, incompréhensible et le résultat d'un mélange subtil de dizaines de paramètres.

Dans ce contexte, j'ai vu mon taux d'engagement (ainsi que celui des comptes similaires au mien) dégringoler: certaines études parlent d'une baisse générale de 30%, je pense qu'elle est supérieure à ce taux me concernant puisque je dépassais régulièrement les 2.000 likes par photo, atteignant parfois les 5.000 alors qu'atteindre les 2.000 likes devient aujourd'hui extrêmement difficile. La raison principale de cette baisse est liée au nombre d'impressions en diminution du fait du nouvel algorithme. Mes posts sont dorénavant moins vus et cela est bien évidemment voulu par Instagram: tout est fait pour m'inciter à payer des promotions afin de retrouver ma visibilité passée.

L'autre conséquence de l'algorithme est qu'au gré des différentes mises à jours (ce qu'Instagram appelle "les correctifs et amélioration de la performance"), ma croissance du nombre de followers a fortement diminué pour atteindre quasiment zéro aujourd'hui. Mon compte progressait de plus de 100 followers par jour auparavant. Un tel ralentissement, pour ne pas parler d'arrêt, crée beaucoup de frustrations parmi les utilisateurs et le constat est simple: la fête est finie!

Ce tableau statistique de mes stats depuis début août est très intéressant. Une photo qui a très bien fonctionné m'a d'abord apporté des followers. Puis Instagram contrôle totalement mon nombre de followers. Dès que j'en gagne, il m'en enlève. Le compte n'est plus en mesure de bouger sauf si je me mets à créer du buzz. Une solution consiste à regrammer des photos/vidéos d'autres comptes qui fonctionnent bien. Mais cela n'a pas de sens: je ne veux apporter que du contenu original. Et si j'ai le malheur de poster sur une marque inconnue, je suis sanctionné par des retraits de followers. Tout est fait pour inciter à ne devenir qu'un soutien de comptes en fortes croissances. Ridicule.


Les charlatans ont pris le pouvoir

Le paysage d'Instagram est maintenant recomposé. Je peux y distinguer quatre catégories de comptes:
  • les stars, les filles en maillot de bains et les créateurs de buzz: les croissances sont spectaculaires
  • les comptes "classiques" qui postent sans arrière pensée ni soutien extérieur: les croissances sont nulles et certains comptes qui se sont fortement développés par le passé sont même en régression
  • les comptes qui s'appuient sur des outils, des agences et investissent du temps (et de l'argent): les croissances sont régulières et mesurées
  • les charlatans qui achètent des followers et des likes à tour de bras: les croissances sont importantes en fonction des sommes investies

Je touche ici le véritable problème d'Instagram: une croissance "normale" et "ciblée", telles que je connaissais auparavant (mes followers sont des amateurs d'horlogerie et suivent en même temps de nombreux autres comptes horlogers) est impossible à obtenir aujourd'hui. Les croissances artificielles sont de mise et l'analyse des comptes ayant fortement progressé ces derniers mois donne un résultat édifiant: la très grande majorité des followers ne s'intéresse absolument pas à l'horlogerie car ne suivant qu'un seul compte horloger, celui qui a récupéré ces followers.

Ce paysage donne l'impression d'être sur le Tour de France: aucune chance de gagner sans être dopé... et une frustration croissante gagne les titulaires des comptes sincères. Des tricheurs, il y en a toujours eu et ce, dès le début d'Instagram. Mais auparavant, tout le monde avait sa chance puisqu'un compte pouvait progresser sans tricher. Aujourd'hui, seuls les tricheurs et ceux qui ont les moyens de consacrer du temps et de l'argent peuvent se retrouver sur le devant de la scène.

J'ai bien évidemment essayé à plusieurs reprises les promotions telles que suggérées par Instagram... ce fut un bide total et une perte d'argent sèche. Les trois promotions que j'ai menées (heureusement à coup de 5 euros) n'ont généré aucun impact réel sur ma visibilité et ce, même en utilisant un ciblage personnalisé. Quant au ciblage automatique d'Instagram, ce fut une blague: pas une personne touchée par la promotion ne s'intéressait à l'horlogerie. Bilan des promotions: mon nombre de followers s'est réduit. A ce niveau-à, c'est du grand art. Le réseau social vous incite à dépenser pour un résultat négatif: on n'est pas loin de l'escroquerie pure et simple

Voici le résultat d'une promotion que j'ai mise en place à partir d'une photo qui avait très bien fonctionné (plus de 2.200 likes). Cette promotion qui m'a coûté 5 euros a généré 98 likes pour 43 visites de mon profil. Si on est gentil, on appelle ça un bide. Et si on est réaliste, on appelle ça de l'escroquerie.


La seule chose que je suis arrivé à comprendre du nouvel algorithme est qu'il privilégie le buzz. Seules les photos générant un nombre de likes bien plus élevé que la moyenne des posts du compte peut conduire à l'augmentation des followers. C'est la raison pour laquelle l'algorithme pousse plutôt les comptes à regrammer de photos à succès qu'à poster du contenu original. Un autre effet pervers...

Le monde horloger est en train de marcher sur la tête

La conséquence pour les marques horlogères est loin d'être neutre. Dans leurs raisonnements rapides (compte tenu des nombreuses sollicitations dont elles font l'objet), elles pourraient avoir tendance à se focaliser sur des critères (progression, likes etc...) qui vont privilégier des comptes bidons au détriment de comptes honnêtement bâtis. Or, une fois de plus, seuls ces derniers peuvent apporter un ciblage efficace, les comptes artificiels n'ayant aucune pertinence. J'ai vu des comptes européens à forte croissance composés à plus de 90% de brésiliens de moins de 20 ans... 

Je discutais il y a quelques semaines avec une marque sur cette situation. Elle m'indiquait que bien évidemment elle n'allait jamais rémunérer de tels comptes. Mais que cela ne la dérangeait pas d'être présente dessus car cela "apportait de la visibilité".

Voilà où en est l'horlogerie aujourd'hui. Complètement déboussolées face à la multiplication des acteurs de ces plateformes, ne comprenant pas les fonctionnements de ces réseaux sociaux, devant obéir aux stratégies digitales des groupes, certaines marques n'hésitent plus à s'impliquer avec des pseudo-influenceurs qui n'apporteront non seulement aucun client, aucune visibilité (si ce n'est dans les favelas si on avait envie d'être méchant...) mais qui en plus génèrent de la consternation auprès de la communauté des clients et des collectionneurs. 

Alors, vous allez me demander: mais pourquoi j'écris un tel texte? Après tout, je ne génère aucun revenu de mon compte Instagram et le gère que pour me faire plaisir. Si les marques ont envie de faire n'importe quoi, c'est leur problème. Et si Instagram devient aujourd'hui la caricature de ce qu'il fut, quelle importance cela a puisque il y a des choses plus graves dans la vie? Je réagis car tout simplement cette situation est symptomatique de ce que vit l'horlogerie et en tant qu'amoureux de ce petit monde, je ne peux pas rester les bras croisés. 

Il est important que tout le monde se réveille. Plus il y a de likes et followers, moins il y a de ventes... Aujourd'hui, de nombreuses personnes réagissent face à cette dictature d'Instagram qui est fondée de plus en plus sur le vent. Frank Gelen de Monochrome (@monochromewatches) m'avait informé de cet excellent article démontrant la facilité avec laquelle on devient un influenceur...bidon:
http://www.highsnobiety.com/2017/08/07/fake-instagram-influencer/

Il est pourtant relativement facile de reconnaître les charlatans. Quelques règles simples permettent de les détecter:
- croissance spectaculaire récente
- nombre de followers / nombre de posts extrêmement élevé
- composition de la communauté des followers incohérente (des brésiliens à n'en plus finir et des followers qui ne suivent qu'un seul compte horloger)
- nombre de likes par photo relativement stable et ce quelle que soit la qualité des clichés
- utilisation de termes pompeux (influencer, instablog, insider etc...) pour se définir comme ce qu'on n'est pas

Les comptes rassemblant ces critères sont à fuir. En revanche, quels pourraient être les acteurs à privilégier pour les marques en tant que relais solides et fiables? Face au bazar qu'est devenu Instagram et à sa perte de crédibilité et de pertinence, il faut utiliser des règles simples. Les comptes les plus sincères me semblent être ceux présents depuis plusieurs années, connus et reconnus et surtout qui n'ont pas seulement Instagram comme plateforme. Instagram est devenu une telle farce que s'appuyer sur un "pure Instagram player" qui ne proposerait que la visibilité de son compte reviendrait à jouer au bonneteau avec un fort risque de perdre sa mise...

Des brésiliens, encore des brésiliens et toujours des brésiliens... et beaucoup d'adolescents. Le compte d'une pop star brésilienne? Mais non, ce sont les followers d'un compte horloger français. On croit rêver mais non. Voici la réalité des comptes en croissance sur Instagram aujourd'hui. Cela prend 20 secondes à se rendre compte de la vacuité de ces comptes. Il serait temps que les marques prennent conscience de cet environnement en carton-pâte.


De mon côté, je vais tranquillement continuer à alimenter mon compte par pur plaisir (et à suivre les comptes français et étrangers qui en valent la peine et il y en a heureusement!), en espérant qu'Instagram ne va pas pousser plus loin son saccage... Car le point le plus étonnant est là. J'ai à ma connaissance jamais vu un réseau social changer à ce point ses règles du jeu. En touchant son algorithme, Instagram a totalement transformé sa nature et sa réseau d'être. A partir d'une application "plaisir" et de "partage", Instagram est maintenant devenu le reflet de notre société, bâtie presque exclusivement sur le buzz et la vacuité et privilégie les tricheurs et les petits malins au détriment des comptes sincères et honnêtes. Une vraie leçon de vie au bout du compte.

mercredi 19 juillet 2017

Panerai: Mare Nostrum (2017)

Il y a deux façons d'aborder une nouvelle montre chez Panerai lorsqu'elle s'inspire d'une référence mythique. La première, sans embûche, est de la décrire telle qu'elle est et d'oublier le contexte historique. La seconde consiste à aborder le sujet qui fâche: la réaction des collectionneurs propriétaires de la montre originale. Et avec la Mare Nostrum, cette seconde voie, plus périlleuse, est difficile à éviter car la version de 2017 est extrêmement proche de la Mare Nostrum de 1993 qui était la première montre inspirée par le premier chronographe de Panerai, datant de 1943.


Il faut tout de même se mettre à la place de ses collectionneurs, propriétaires de la montre de 1993 qui se retrouvent dorénavant avec un clone édité à 1.000 exemplaires et si j'étais à leur place, je ne sais pas comment je réagirais. Car, on a beau prendre le problème par tous les bouts, je considère la montre de 1993 non pas comme une réédition en tant que telle mais bel et bien comme une montre originale. En effet, si elle s'inspirait du fameux prototype de 1943 qui fut retrouvé (et qui auparavant ne fut pas mis en production), elle en divergeait cependant nettement ne serait-ce que par son diamètre beaucoup plus portable: 42mm vs 52mm. Il se dégageait de cette montre beaucoup de style, de raffinement, définissant ainsi derrière une apparente simplicité (pour ne pas dire un dépouillement inattendu pour un chronographe) un charme tout italien. Et évidemment, je trouve intégralement ce charme avec la PAM00716, référence de la Mare Nostrum de 2017.

Alors, comme je ne suis pas un collectionneur Panerai, je peux me permettre d'oublier le contexte et de goûter le plaisir simple de redécouvrir une montre que je trouve esthétiquement aboutie. Je dois même avouer que cette Mare Nostrum est pour moi une des plus belles Panerai de ces dernières années et qui a de plus le mérite de s'adapter à tous les poignets. Son diamètre de 42mm peut sembler important mais la taille perçue reste très raisonnable du fait de l'épaisseur de la lunette qui réduit considérablement l'ouverture du cadran. La lunette est d'ailleurs un des éléments reconnaissables de la Mare Nostrum avec son échelle tachymétrique épurée qui décore joliment la montre (la Mare Nostrum Slytech allait d'ailleurs encore plus loin dans le dépouillement en se passant de l'échelle tachymétrique).


Le cadran, qui utilise des chiffres et des index luminescents de couleur beige (pour créer une fausse "patine") est à l'image de la lunette: seules les informations strictement nécessaires sont présentes et il se dégage de l'ensemble une très belle harmonie. L'élément le plus important est la graduation circulaire centrale des minutes de l'heure et des secondes du chronographe qui relie les sous-cadrans. Cette graduation résume à elle toute seule le miracle de la Mare Nostrum: elle est réduite à sa plus simple expression mais elle contribue à la réussite esthétique du cadran. Le pire est qu'elle n'est pas totalement utilisable: la graduation est interrompue par les sous-cadrans, la rendant donc inadaptée à la mesure des temps du chronographe. Mais vous savez quoi? Je et on s'en fiche complètement. La montre est belle et le fait qu'elle ne puisse pas être considérée comme un véritable instrument de mesure ne me dérange absolument pas. D'autres références de Panerai offrent des chronographes parfaitement utilisables, la Mare Nostrum doit être plus vue comme une montre d'apparat, élégante et stylée et l'étanchéité à 50 mètres le confirme.


J'aime beaucoup par exemple le contraste entre le rendu satiné du boîtier en acier et le rendu poli des poussoirs et de la couronne. Cette dernière possède une forme originale dans le contexte de Panerai qui facilite le remontage manuel du mouvement. Le calibre OP XXXIII qui anime la montre est en effet à remontage manuel et il s'agit du même mouvement que celui de la Mare Nostrum de 1993. Il est caché par un fond plein ce qui est un excellent point. D'abord, le fond plein est plus dans l'esprit de la montre et ensuite le mouvement n'est pas d'une beauté stupéfiante. Il est constitué d'une base ETA2801-2 (un 2824-2 sans remontage automatique) qui alimente le module chronographe Dubois-Dépraz. Sa fréquence est de 4hz et sa réserve de marche est de 42 heures. A noter que ce mouvement est certifié chronomètre. Alors, même s'il n'est guère prestigieux et que les poussoirs sont relativement durs à actionner (ce n'est clairement pas un chronographe Lange...), au moins le calibre de base est largement répandu et est facilement réparable dans la durée. 


Le prix de la montre est de 9.900 euros TTC ce qui peut sembler excessif pour un contenu horloger somme toute modeste. Mais une fois mise au poignet, la Mare Nostrum balaye cette impression. Qu'importe si le mouvement de base est un 2801. Qu'importe si la graduation n'est pas complète. Qu'importe s'il s'agit d'un chronographe tout simple. La montre est belle et envoutante. Le bleu du cadran change constamment de teinte, passant du bleu profond, proche du noir à un bleu clair lorsque le soleil l'illumine directement. Enfin, le boîtier aux cornes parfaitement intégrée et le bracelet alligator bleu marine complètent la réussite esthétique de la Mare Nostrum. Panerai rappelle à travers cette montre que ce qui compte, ce n'est pas forcément la noblesse des calibres, de manufacture ou exclusif. Si la montre est belle, que le mouvement qui l'anime est cohérent avec son esprit et "fait le job", alors il n'y a pas de raison pour ne pas succomber à ses atouts. Après tout, avec Panerai, je recherche plus un design et un style qu'un contenu horloger de haut vol. Et la Mare Nostrum répond totalement à mes attentes de ce point de vue.


Merci à Panerai France.

Les plus:
+ une réussite esthétique
+ le confort au porter
+ une Panerai à la forte identité qui tranche avec les autres modèles de la collection
+ la certification chronomètre

Les moins:
- un clone de la montre de 1993 ce qui rend la décision de la ressortir en 2017 difficile à expliquer aux collectionneurs
- le calibre de base est modeste pour le prix

dimanche 9 juillet 2017

HYT: H0

Le plus impressionnant avec HYT, c'est que depuis le lancement de la H1 en 2012, la marque a su trouver son identité: les différents modèles sont reconnaissables au premier coup d'oeil ce qui est une performance remarquable pour une jeune marque. Cela est dû en grande partie à la singularité de l'affichage du temps fondé sur l'utilisation de liquides et qui réinterprète d'une façon originale le concept de la mono-aiguille rétrograde. Si je mets de côté la H3 qui est une sorte d'ovni parmi les ovnis, les H1, H2, H4 pourraient tout à fait se passer de l'affiche auxiliaire des minutes. Avec un peu d'habitude, il suffit d'examiner la position du liquide coloré dans le tube capillaire pour deviner les minutes de l'heure en cours. Et d'ailleurs, HYT est allé au bout du concept avec les Skull: ces dernières se passent carrément du sous-cadran des minutes, les yeux du crâne servant d'indicateur de réserve de marche et de témoin de marche.


Alors que généralement les marques indépendantes sont tentées d'étoffer leurs offres en matière de complications afin de maintenir l'intérêt des collectionneurs, HYT opère avec sa toute dernière montre un retour aux fondamentaux. En effet, la H0 se distingue par son approche très épurée tout en jouant avec les codes de la H1. Mais attention, la H0 n'est pas une H1 plus simple, bien au contraire. Elle m'apparaît plutôt comme un signe de maturité de la part de HYT qui semble ici trouver un bon équilibre entre l'audace des débuts et la raison donnée par le recul et l'analyse des premières années.

3 différences majeures permettent de distinguer la H0 de la H1. La première concerne le boîtier. Alors que son diamètre et son épaisseur demeurent identiques (48,8mm et 17,9mm), la H0 m'est apparue comme plus facile à porter grâce à la disparition des cornes qui augmentent significativement la taille perçue de la H1. Les attaches du bracelet sont en effet situées sous le boîtier et au-delà de l'allégement du design, cet effet de style contribue à la fluidité de l'ensemble.


La deuxième différence est peut-être la plus importante: la lunette périphérique qui contribue grandement à faciliter la lecture du temps sur la H1 disparaît et est remplacée par un verre qui joue dorénavant le premier rôle car il enveloppe toute la partie supérieure de la montre y compris au niveau de la carrure. Les chiffres ne disparaissent pas puisque ils se retrouvent positionnés sur un rehaut intérieur. La lecture du temps n'est donc pas altérée. Ce verre a deux fonctions. L'une esthétique, l'autre pratique. Du point de vue esthétique, il rend la H0 plus lumineuse et peut-être aussi plus "légère" visuellement parlant. Du point de vue pratique, il permet à HYT d'insérer le long de la carrure une seconde graduation, de 12 à 24h afin de rendre possible la lecture de l'heure sur le côté. Une façon de la rendre lisible sous toutes les coutures.


La dernière différence fondamentale est le traitement du cadran. La H1 est une montre très ouverte, dévoilant grandement son mécanisme ce qui est logique car étant la première pièce de la collection, elle a eu un rôle pédagogique à jouer. La H0 n'est plus dans le même contexte: comme je l'ai exprimé précédemment, elle symbolise la maturité de la marque. Le cadran se referme et ne dévoile plus qu'une partie des fameux réservoirs à soufflet qui sont la pierre angulaire du mécanisme d'affichage. Je rappelle qu'ils contiennent le liquide neutre et le liquide coloré et qu'en fonction de l'évolution du temps dans la journée, le liquide coloré pousse le liquide neutre (sans se mélanger évidemment) dans le sens des aiguilles d'une montre. Puis par un effet rétrograde, lorsqu'il est 6 heures, le liquide neutre renvoie le liquide coloré dans son réservoir. Le liquide coloré reprend alors sa progression de façon instantanée. 

Le cadran de la H0, quelle que soit sa version, privilégie l'accessibilité aux informations et les minutes, les secondes et la réserve de marche sont aisément lisibles. Finalement, en se refermant... la H0 peut s'ouvrir à une clientèle qui n'avait pas été séduite par le style trop radical de la H1 ou de la Skull.


Le mouvement qui anime la H0 est le même que celui de la H1. Il s'agit d'un mouvement exclusif à remontage manuel développé en partenariat avec Chronode: il fallut, lors de sa création, faire converger la partie mécanique horlogère (incarnée par Chronode) avec celle particulièrement dédiée à l'affichage et à la mécanique des fluides (incarnée par Preciflex, la société des équipes de HYT spécialisée dans ces technologies). L'architecture du mouvement est très contemporaine et j'aime beaucoup sa présentation, cohérente avec le style de la montre. Bien évidemment, la présence des deux réservoirs à soufflet renforce la singularité du mouvement mais la forme des ponts contribue également à la réussite visuelle. La fréquence du mouvement est de 4hz et sa réserve de marche est de 65 heures ce qui constituent une excellent performance en raison de l'énergie requise pour intervenir en permanence sur les soufflets des réservoirs.

La H0 est disponible en trois versions: Black (titane DLC noir), Orange et Silver (ces deux dernières avec un boîtier en titane brossé). C'est la version Silver que je préfère (et qui illustre cet article). Je trouve que sa couleur argentée profite particulièrement bien de l'impact du verre enveloppant. Les deux autres versions sont également réussies et les fans de HYT retrouveront avec la H0 Black les couleurs "traditionnelles" de la marque.


Je fus donc très convaincu et séduit par cette H0. Même si le gabarit reste volumineux (c'est surtout l'épaisseur qui est gênante plus que le diamètre en tant que tel), je l'ai trouvée plus facile à vivre que la H1. HYT est en train de refermer le premier chapitre de son histoire et cela se sent. La H0 est incontestablement une montre plus mature, moins radicale et dans ce contexte elle peut séduire des nouveaux clients. Mais HYT devra poursuivre son avancée technologique pour pouvoir proposer son affichage dans des boîtiers plus raisonnables pour véritablement franchir une seconde étape.

Merci à l'équipe HYT.

Les plus:
+ un design épuré et lumineux rendant la montre plus contemporaine et intemporelle
+ la lisibilité des informations
+ un boîtier plus facile à porter que celui de la H1
+ les performances du mouvement

Les moins:
- l'épaisseur demeure significative

Oris: Big Crown 1917

Et si Oris venait de réaliser avec la Big Crown 1917 sa meilleure montre de ces dernières années? Je ne suis pas loin de le penser car je la considère comme une des pièces néo-rétro les plus abouties. La genèse de cette montre vient de la découverte par Oris que la première montre-bracelet de pilote de la marque n'était pas la Big Crown de 1938 mais une Big Crown (que l'on qualifiera ainsi du fait de sa grande couronne "oignon") datant de 1917. Alors, comme la chance séduit aux audacieux, Oris ne pouvait pas rater l'opportunité de présenter une réédition lors du centième anniversaire de cette montre historique.


Il y a toujours un danger lorsqu'une marque généraliste s'attaque au néo-rétro. Les contraintes commerciales imposent régulièrement un guichet de date, l'inscription "automatique" sur le cadran, le fond transparent pour voir le mouvement si bien qu'au final, le résultat n'est plus très fidèle à l'original. Mais dans le cas précis de la Big Crown 1917, Oris a fait les bons choix et a su préserver tout l'esprit de la montre de 1917. Je dois l'avouer, je suis très surpris car la réédition s'inscrit dans le cadre d'une édition limitée relativement significative de 1917 exemplaires et que dans ce cadre, les tentations ont dû être très fortes de succomber aux vieux démons de la direction marketing. Mais non! Je ne rêve pas: le cadran de la Big Crown 1917 est vierge de toute inscription inutile: la montre n'affiche que les heures et les minutes et basta. Elle se passe même d'une trotteuse.

J'ai été rarement aussi séduit par une montre néo-rétro: la Big Crown 1917 est à  la fois charmante et cohérente. Son cadran argenté est très pur et la minuterie périphérique se paye même le luxe d'être relativement discrète. Pourtant, la montre évite de sombrer dans l'ennui. Elle a beau manquer d'animation compte tenu de l'absence de la trotteuse, les chiffres arabes et les aiguilles Cathédrale, grâce à la couleur beige de la matière luminescente, parviennent à bien remplir le cadran et à le décorer joliment. La montre dégage ainsi un sentiment de sobriété tout en offrant suffisamment de caractère.


Le boîtier en acier poli d'un diamètre de 40mm est également réussi avec sa forme galbée qui se marie idéalement avec la couronne "oignon" proéminente. Le fond du boîtier est très intéressant car plutôt que de rendre visible un mouvement standard, Oris a préféré l'orner d'une gravure représentant le logo historique de la marque. La montre conserve ainsi son fil conducteur y compris sur sa partie arrière et c'est très appréciable. La seule entorse à cette cohérence esthétique d'ensemble est l'abandon des anses à fil, remplacées par des cornes classiques mais au style vintage bien travaillé. Le client y gagne en confort d'utilisation lors du changement du bracelet sans que le rendu global du design ne soit trop altéré.


La très bonne surprise concernant cette montre se situe finalement au niveau du mouvement, ou pour être plus précis: de son utilisation. Le calibre qui anime la montre est en effet standard, pour ne pas dire banal puisqu'il s'agit d'un Sellita SW200-1 d'une fréquence de 4hz et d'une réserve de marche d'une quarantaine d'heures. Oris aurait pu se contenter d'en rester là mais la marque a souhaité apporter une petite modification technique pour rendre hommage à la pièce d'origine. Grâce au poussoir de réglage de l'heure à 2 heures, la montre peut être mise à l'heure sans tirer la couronne. Il suffit pour cela juste d'enfoncer le poussoir et de tourner la couronne. Ce n'est certes pas révolutionnaire mais ce clin d'oeil à la montre de 1917 est bienvenu et témoigne du sérieux avec lequel Oris a abordé cette réédition.

La Big Crown 1917 est vendue à un prix de 2.300 euros TTC avec deux bracelets, l'un à rivets, l'autre Bund, réalisés à partir du même cuir marron. Le rendu galbé de la montre, accentué par le verre saphir bombé est très agréable au porter mais il est important de souligner que l'épaisseur de la lunette rend la taille perçue légèrement inférieure au diamètre de 40mm ce qui n'est pas pour me déplaire.


Oris marque donc les esprits avec cette réédition très réussie. Fidèle, séduisante et cohérente, la Big Crown 1917 m'a permis de redécouvrir Oris sous un nouveau jour et rappelle le potentiel de cette marque indépendante qui veille à proposer des montres conçues avec sérieux à des tarifs maîtrisés. Et dans ce contexte, la Big Crown 1917 constitue un joli vecteur de savoir-faire pour Oris.

Les plus:
+ la cohérence de la montre, fidèle à l'esprit de la montre d'origine
+ la finition du cadran
+ le fond plein
+ l'utilisation originale du mouvement lors de la mise à l'heure

Les moins:
- un mouvement à remontage manuel aurait été plus adéquat
- la réserve du marche du mouvement est un peu faible