lundi 17 novembre 2014

Bonhoff: IP3.0W

Une des montres qu'il ne fallait rater sous aucun prétexte lors du dernier SalonQP était incontestablement la Bonhoff IP3.0. En effet, cette dernière apporte la preuve qu'il est possible d'innover et de réinventer l'affichage du temps tout en restant dans des concepts et des prix raisonnables.

L'IP3.0 qui se décline en deux versions (W: white et B: black) est une montre de prime abord déroutante car tant que la méthode de lecture de l'heure n'est pas expliquée, il est radicalement impossible de deviner rapidement comment elle fonctionne et surtout à quoi rime son cadran. Cependant, il se dégage de façon presque instantanée une atmosphère particulière: la pureté des disques présents sur le cadran, l'absence de chiffre ou de lettre et l'étonnante intégration du bracelet rendent le design de la montre à la fois abouti et très contemporain.

Les petits cercles coïncident, il est deux heures:


L'autre sentiment que l'IP3.0 procure est qu'elle laisse peu de place à la fantaisie malgré son originalité. Rien ne dépasse, sauf peut-être la couronne, tout est propre à la limite de la froideur clinique ce qui en l'occurrence est une composante de sa réussite. Cette montre est bien entendu à l'image de son créateur, Hannes Bonhoff, ingénieur acoustique de formation qui trouve à travers le lancement de sa marque horlogère un vecteur de ses idées et de ses brevets. L'IP3.0 reprend deux de ses idées fondamentales:
  • l'affichage du temps à la demande,
  • le bracelet qui devient en même temps composant du boîtier.
Amateurs de géométrie, cette montre est faite pour vous! La lecture du temps nécessite un petit effort de la part de la personne qui la porte. Il suffit d'observer le cadran et plus particulièrement les disques. En tournant la lunette, grâce aux différents verres saphir, les disques bougent les uns par rapport aux autres. En faisant coïncider les deux petits disques, la graduation apparaît dans l'ouverture principale en face de ce qui est l'unique marqueur de la montre: un petit carré noir situé sur le disque blanc supérieur. L'heure se lit alors comme sur une montre traditionnelle. Puis, il faut poursuivre l'effort pour faire coïncider les deux grands disques: la graduation indique dans ce cas les minutes.

Les grands cercles coïncident, il est 50 minutes:


Nous touchons ici le point crucial de la Bonhoff IP3.0. Compte tenu de l'affichage du temps à la demande et la double opération qu'elle impose, elle s'adresse avant tout à des amateurs à la recherche d'une interactivité et qui prennent plaisir à devoir agir, faire un effort pour que leurs montres daignent offrir ce pour quoi elles sont faites à la base: donner l'heure! Rares sont les montres mécaniques, même les plus étranges qui nécessitent une action pour que le temps s'affiche comme s'il existait une barrière psychologique empêchant le déploiement de ce concept. Il est vrai que nous nous heurtons à la mission première d'une montre. Dans nos sociétés contemporaines où le temps est si précieux, où tout va de plus en plus vite, il est impératif de pouvoir lire l'heure en une fraction de seconde et dans certains cas, de façon discrète pour ne pas vexer son interlocuteur ou ne pas trahir son ennui en réunion. Avec la Bonhoff IP3.0, il faut oublier immédiatement toute velléité de lecture du coin de l'oeil à la vitesse de l'éclair. Elle crée au bout du compte une autre relation avec le temps qui passe et en un sens, le rend beaucoup plus précieux. C'est peut-être sa plus belle vertu!

Les "clous de Paris" permettent une meilleure manipulation de la lunette: 


La lunette joue ainsi un rôle primordial puisqu'elle est le lien entre la montre et son propriétaire. Manipulée plusieurs fois par jour, elle se doit d'être précise et agréable. La notion d'effort ne devait pas se transformer en chemin de croix! Si l'IP3.0 me séduit, c'est bien parce que la rotation de la lunette est parfaitement dosée: elle est ni trop dure, ni trop douce, elle est idéalement adaptée à la fonction qui lui est assignée. Le rapprochement des petits et des grands disques s'effectue donc avec plaisir.


L'IP3.0, au-delà de son concept original est aussi une réussite esthétique. Epurée à l'extrême, à la limite même de l'austérité, la montre se singularise par sa "circularité" mise en valeur par le très étonnant bracelet. Ce dernier épouse le boîtier, l'englobe jusqu'à en devenir une composante. Le résultat est visuellement très surprenant et convaincant du point de vue du confort. Le diamètre du boîtier en titane est certes imposant (44,3mm) mais l'absence de corne permet de réduire la taille perçue. De plus, le bracelet n'est pas qu'un artifice de designer. Il maintient la montre avec efficacité et l'ensemble se porte avec plaisir grâce également à la légèreté du boîtier.


Un autre adjectif qui me vint à l'esprit en observant et manipulant l'IP3.0 est celui de "raisonnable". Le côté iconoclaste et déroutant ne sollicite pas un module d'affichage aux prouesses techniques superlatives. La montre demeure simple dans sa conception et dans le mouvement qui l'anime, un ETA2824-2 en finition élaborée. Le rotor a cependant été revu afin de rappeler les formes présentes sur le cadran. La conséquence de ce choix est évidente: la IP3.0 est commercialisée avec un prix de 4.300 euros TTC ce qui est finalement un tarif ajusté compte tenu de la qualité de l'usinage, les sensations procurées par la lunette et surtout l'ambiance créée par cette pièce unique en son genre.


L'IP3.0 est une montre qui me plaît beaucoup. Certes, son principe va à l'encontre de ce qu'une montre doit être: un instrument permettant une lecture aisée et rapide de l'heure. Et c'est bien ce côté rebrousse-poil qui me plaît le plus: je me suis surpris à jouer avec les cercles, plus pour dessiner des formes sur le cadran que pour véritablement lire l'heure. L'interactivité qu'elle propose et ce contexte esthétique contemporain abouti la rendent très séduisante. Mais ne perdez jamais de vue qu'elle s'adresse avant tout à des personnes qui aiment capter le temps qui passe de façon rare et posée.


Merci à Hannes Bonhoff pour son accueil pendant le SalonQP 2014.

Les plus:
+ une véritable originalité esthétique
+ l'interactivité créée par l'affichage de l'heure à la demande
+ la sensation provoquée par la manipulation de la lunette
+ le mouvement simple et fiable
+ le confort au porté malgré la taille

Les moins:
- la suppression de la couronne aurait rendu la montre encore plus esthétiquement aboutie
- même avec de l'habitude, la lecture de l'heure n'est pas instantanée: si vous êtes pressés, passez votre chemin

mercredi 12 novembre 2014

Ma sélection du SalonQP 2014

Fort d'un plateau extrêmement fourni faisant la part belle aux marques indépendantes, le SalonQP réserva cette année de nombreuses surprises grâce notamment à plusieurs montres dévoilées en avant-première. Je vous propose de faire un rapide tour d'horizon sachant que je reviendrai en détail sur certaines de ces pièces.

Je fus ravi de rencontrer les frères Grönefeld dans les couloirs du Salon ce qui me permit de mettre une nouvelle fois le Tourbillon Parallax au poignet, tout fraîchement auréolé  de son prix au GPHG:


Stepan Sarpaneva présenta à travers sa deuxième marque, S.U.F, une réédition (en deux versions) de la Paroni:


Emmanuel Bouchet dévoila sa première montre sous sa propre marque, la Complication One. Une pièce qui décoiffe car donnant à l'échappement une importance qui va bien au-delà de son rôle habituel. Un de mes coups de coeur du Salon.


En marge du Salon, chez Timothy Everest, Urwerk nous fit découvrir les deux dernières déclinaisons de l'UR-110 en partenariat avec le célèbre couturier. Les East Wood apportent une dimension nouvelle à Urwerk grâce à l'utilisation de matériaux que l'on imaginait pas dans l'univers de la marque de Martin Frei et de Felix Baumgartner.


Akrivia leva le voile sur ce prototype à heures sautantes dont la présentation finale se fera en janvier:


Arnold & Son présenta sa gamme complète dans laquelle se trouve la toute récente HMS1:


Je ne pouvais pas manquer l'opportunité de mettre au poignet une nouvelle fois la HM6, une montre qui m'a particulièrement séduit par son audace et ses rappels des Machines précédentes.


De nouveau Stepan Sarpaneva mais cette fois-ci avec sa marque éponyme. La Moonphase se décline dans le boîtier de 46mm pour un résultat étonnant:


Andreas Strehler est un des horlogers les plus doués et il le prouve une nouvelle fois avec la  Sauterelle à Lune Perpetuelle:


Ce n'est certes pas une nouveauté mais comment ne pas être sous le charme de l'étonnante et magique Deep Space de Vianney Halter?


Le bleu du cadran de cette Kari Voutilainen GMT est magnifique. Chaque déclinaison de ses montres fait mouche.


Ce n'est pas là non plus une nouveauté mais la JJJ de Marc Jenni demeure une montre très séduisante par son ingéniosité:


Cette pièce unique de la Décalogue de Konstantin Chaykin donna l'occasion d'explorer une nouvelle dimension décorative: 


Le QP "black" de Moser  à cadran fumé est étonnant et dépoussière l'approche trop souvent classique de ce type de montre:


Ce fut un véritable plaisir que de mettre au poignet le chronographe LUC 1963 de Chopard dans son édition limitée "Purists". L'absence de date, le cadran noir, les touches de rouge lui donnent beaucoup de charme.


Une des stars du Salon fut incontestablement la Metamorphosis II de Montblanc. Quelle animation dans le processus de transformation du cadran!


La H1 "Velvet Gun" est une déclinaison fort réussie de la H1 de HYT:


Armin Strom profita du Salon pour présenter sa toute nouvelle collection, les Skeleton Pure:


Seul Nomos pouvait oser une montre habillée avec un cadran jaune canari! La Lux voit en même temps sa taille réduite: 


La Beater est le dernier opus de Schofield animé par un mouvement NOS (ETA 2724R) et qui existe en trois déclinaisons.


Autre marque anglaise, Pinion aborde les complications avec le chronographe Revival 1964 animé par le Valjoux 7734.


Un ovni... La Hoptroff Montre Atomique n°16!


Virage à 180 degrés compte tenu de la montre précédente... Alexandre Meerson propose une gamme de montres simples et raffinées utilisant des mouvements Vaucher:


La Surya de Frédéric Jouvenot met en valeur l'originalité de son affichage:


Ludovic Ballouard  proposa une version noire et blanche de son Half Time:


L'affichage de l'heure à la demande vous tente? Bonhoff est une réussite esthétique et explore une nouvelle façon de lire le temps.


La Sopwith Aviator de Valour est une très grande montre (54mm!) inspirée par les avions militaires:


La Wright Flyer est peut-être la montre Bremont la plus ambitieuse:


Toujours plus d'audace et d'excès et pourtant... la recette fonctionne! La Harry Winston Histoire de Tourbillon 5 est selon moi la plus réussie de la collection:


Le spécialiste de la mosaïque, Sicis, était un des exposants à voir lors du Salon. La collection Memento Mori m'a particulièrement plu:


Cette sélection large et éclectique est finalement à l'image du Salon dont le plateau est aujourd'hui un des plus complets et originaux pour ce type d'événements en Europe.

mardi 11 novembre 2014

SalonQP 2014: une galerie de portraits

L'édition 2014 du SalonQP qui vient de se dérouler à la Saatchi Gallery fut une fois de plus d'un excellent niveau. Au-delà des montres, il permet une grande proximité entre les visiteurs et les horlogers indépendants qui furent représentés en force! Je vous propose ma traditionnelle galerie de portraits pris pendant les trois jours du Salon.

Avec Bart Grönefeld, Stepan Sarpaneva, Ludovic Ballouard et Tim Grönefeld:


Vianney Halter et Laurence Bretignier:


Marco Lang:


Aaron Becsei:


Konstantin Chaykin:


Daniel Jimenez Pastor et Aniceto Pita:


Monique Wysmüller est toujours fidèle à son établi:


 L'équipe de De Bethune (Katidja Valy, Tifanny Poupaert et Pierre Jacques):


Vincent Dupontreué (Breva):


Fiona Krüger et son Black Skull au poignet:


Marc Jenni:


Martin Frei, Timothy Everest et Felix Baumgartner dans l'atelier du couturier pour la présentation de l'UR-110 Est Wood sur laquelle je reviendrai:


Frédéric Jouvenot et sa fiancée:


Giles Ellis (Schofield):


 Avec Giles Ellis en train d'examiner la toute dernière montre de Schofield, la Beater:


Masaki Saito et Ludovic Ballouard:


Kari Voutilainen:


Un grand merci à tous les horlogers et aux équipes des marques pour leur disponibilité pendant le Salon. Je souhaite également saluer la qualité de l'organisation qui années après années, fait progresser l'événement pour le rendre incontournable.