dimanche 5 juillet 2015

Audemars Piguet: Chronographe Royal Oak Edition Limitée Italie 26326ST

Le SIHH 2015 réserva aux amateurs d'Audemars Piguet une petite surprise qui resta fort discrète jusqu'à sa présentation officielle plusieurs mois plus tard: la sortie de deux séries limitées du Chronographe Royal Oak qui ne se distinguent que par leurs jeux de couleurs différents et par les matériaux du boîtier.

La première série limitée de 200 exemplaires met en scène des nuances de gris (si on peut dire!) avec un boîtier en titane et célèbre la 17ième course hippique Audemars Piguet Queen Elizabeth II Cup à Hong Kong. La seconde, éditée en 500 exemplaires, utilise en revanche, autour d'un boîtier en acier, la couleur favorite de nos voisins transalpins pour fêter l'exposition universelle de Milan et rendre hommage de façon plus générale à un pays amoureux des Royal Oak: l'Italie.


La référence à l'Italie se retrouve en divers endroits. Au-delà du bleu de la zone périphérique et des sous-cadrans, les couleurs du drapeau italien sont très discrètement apposées sur les marqueurs des 10 minutes du compteur des minutes du chronographe. A peine perceptibles lorsque la montre est portée, ces petites touches sont cependant très agréables car elles permettent de rappeler l'élément de contexte sans la faire tomber dans le piège du folklore. L'élégance est donc préservée! Les couleurs du drapeau sont également utilisées pour décorer l'écrin qui bien entendu se pare intégralement de bleu.

Je dois avouer que je n'ai jamais été un grand admirateur de la référence 26320ST qui sert de base à cette série limitée. Avec son diamètre de 41mm, je l'ai toujours trouvée un peu grande pour être véritablement raffinée et surtout le positionnement du guichet de date trahit le diamètre réduit (26,2mm) du mouvement AP 2385 qui l'anime. 15mm entre le diamètre du mouvement et celui du boîtier, c'est beaucoup et ce qui semblait équilibré avec le boîtier précédent de 39mm de la référence 25860ST l'est beaucoup moins ici.


Et puis, quelques détails transforment comme par magie ce problème en atout. L'élément le plus important est assurément la zone périphérique colorée. Si je mets de côté son intérêt esthétique et le rappel qu'elle crée avec les sous-cadrans, elle joue un rôle important dans le retour à l'équilibre des proportions. La zone centrale du cadran demeurant en blanc, le guichet de date apparaît dorénavant plus proche de la lunette. L'ouverture du cadran se réduit et ce dernier gagne immédiatement en harmonie. Les dimensions du boîtier, dans ce contexte, n'apparaissent plus comme une contrainte mais au contraire comme une aubaine. Avec un ratio diamètre (41mm) sur épaisseur (11mm) relativement élevé, ce Chronographe Royal Oak apparaît comme élancé puisque la taille perçue est réduite par rapport à la référence 26320ST, pourtant d'un gabarit analogue. Il suffit parfois d'une petite évolution pour que la perception globale d'une montre change radicalement et cette édition limitée en est une nouvelle démonstration.


L'incontournable mouvement AP 2385 reprend sans surprise du service et je dois avouer que c'est un vrai plaisir pour moi. Bien évidemment, je préférerais qu'Audemars Piguet utilise un mouvement de manufacture pour animer ses chronographes automatiques mais mon coeur balance  nettement en faveur d'un calibre intégré et à roue à colonne comme l'est ce Frédéric Piguet 1185 par rapport à la  structure modulaire (AP 3120 + module Dubois Depraz) des Royal Oak Offshore. Sa finesse, son confort à l'usage le rendent particulièrement adapté à cette montre. Sa fréquence est de 3hz et sa réserve de marche d'une quarantaine d'heures est un peu courte selon les standards actuels. Mais rien de bien grave puisqu'il présente une excellente efficacité au remontage.

Le fond du boîtier plein comporte une seule petite originalité: l'inscription "Limited Edition" et son numéro. J'aurais apprécié un effort décoratif supérieur sur ce fond afin que la série limitée se distingue plus nettement encore de la montre de la collection permanente. Même si la partie centrale du fond est toujours aussi jolie, une gravure ou tout autre élément distinctif auraient été bienvenus. 


Heureusement, le bracelet en caoutchouc bleu demeure une véritable particularité dans l'univers des Chronographes Royal Oak puisque cette montre, ainsi que la Queen Elizabeth II Cup sont les premières à utiliser un tel matériau depuis la série limitée City of Sails. Un bracelet Alligator bleu est également fourni dans le set. J'aime beaucoup ce bracelet caoutchouc car il est très agréable à porter. Au départ, il donne une impression étrange puisque le poids de la montre semble presque entièrement concentré dans le boîtier. Mais cette sensation disparaît une fois mise au poignet. En revanche, la boucle déployante ne m'a pas laissé la même impression. Se positionnant mal sur le poignet, j'avais deux solutions: soit la retourner mais auquel cas le bracelet ressortait vers l'avant soit utiliser une boucle ardillon. J'ai opté pour la boucle ardillon car cela demeure la solution la plus confortable pour mon poignet. Le changement valait la peine car l'édition limitée Italie possède un charme incomparable. Ces touches de bleu, ces effets de contraste entre les sous-cadrans et le motif "Grande Tapisserie", le style élancé de l'ensemble sont un régal pour les yeux. Alors, même si j'aurais aimé un peu plus d'audace dans le traitement du fond du boîtier, je considère cette série limitée comme une réussite. Raffinée, élégante avec une petite touche sportive due à son bracelet caoutchouc, elle est digne d'une création italienne!


Les plus:
+ la finition du cadran et ses touches de bleu
+ la zone périphérique en bleu qui rééquilibre le cadran
+ la taille du boîtier donnant un style très élancé
+ le confort du bracelet caoutchouc
+ l'écrin est une fois n'est pas coutume très réussi

Les moins:
- j'aurais apprécié plus d'audace dans le traitement du fond du boîtier
- la réserve de marche un peu courte
- la boucle déployante n'est pas des plus confortables

Ressence: Type 1 V Genesis

2015 est décidément une année propice aux célébrations pour les marques indépendantes créatives. Après les 10 ans de MB&F, voici le cinquième anniversaire de la marque de Benoît Mintiens, Ressence. Le jeune designer belge profite de l'occasion pour observer le chemin parcouru en rendant hommage aux premiers prototypes. Cependant, il serait erroné de penser que c'est un retour à la case départ, bien au contraire! Car la Type 1 V Genesis, malgré son approche esthétique particulière, demeure avant tout une véritable Type 1 soit l'incarnation de l'aboutissement de la réflexion et du travail de Benoît Mintiens tant du point de vue esthétique que du point de vue technique. 


Les amateurs d'horlogerie indépendante se souviennent sans difficulté des Type 100x qui constituaient le point de départ de la marque. Les Type 1 d'aujourd'hui semblent très proches de ces montres initiales car le système d'affichage du temps, fondé sur une conception satellitaire et qui bannit l'usage de la moindre aiguille est partagé par les deux modèles. Et pourtant, que d'évolutions durant ces cinq années! Un point fondamental les distingue et symbolise à lui tout seul l'objectif à atteindre pour Benoît Mintiens: la suppression de la couronne.

Tant que ses montres continuaient à utiliser cette couronne, il ne pouvait être satisfait car une sorte d'intermédiaire existait entre elles et leurs propriétaires. Or il souhaitait avant tout une interaction totale, un lien direct. Le processus de création des Type 1 répond à sa logique de designer industriel, où la forme n'a pas qu'un seul but esthétique, mais également un rôle fonctionnel. La disparition de la couronne s'inscrit dans la même démarche que celle qui a conduit à éliminer les aiguilles. C'est l'horlogerie traditionnelle  qui est bousculée par une telle approche. Le client éprouve de nouvelles sensations à l'utilisation d'une Type 1 et c'est le but recherché.


La lecture du temps, malgré son caractère original, n'est guère difficile à maîtriser. L'élément central est le disque des minutes qui porte les autres disques de l'affichage, dédiés à la seconde, aux heures et aux jours de la semaine. Ce disque dominant, en évoluant dans le temps et en effectuant sa révolution complète en une heure, change la position des affichages sur le cadran. Ce dernier est donc en perpétuelle évolution et tout comme un visage, la montre semble exprimer des émotions changeantes.


Même si cela s'explique du point de vue esthétique et fonctionnel (la minute est peut-être l'indication la plus importante d'une montre), il y a également une raison technique au rôle joué par le disque des minutes. Le mouvement est en effet composé de deux parties. La base, un mouvement ETA2824 ne sert qu'à alimenter le module d'affichage, le ROCS1 (Ressence Orbital Convex System) qui concentre toute l'ingéniosité de Benoît Mintiens. L'intérêt horloger de la montre provient donc de ce module qui est animé par l'axe des minute du calibre de base. En effet, l'ETA2824 est ici réduit à sa plus simple expression et toutes ses autres fonctions ont été retirées. A noter que compte tenu de la consommation d'énergie requise par le module, la réserve de marche du mouvement est de 36 heures, en-deçà des standards de l'ETA2824.

Le réglage de la montre, que ce soit la mise à l'heure ou son remontage, nécessite en revanche de l'habitude et l'absence de couronne est déroutante au départ. Heureusement, des indications (et un conseil!) se trouvent inscrits à l'arrière. La couronne est remplacée par une roue dentée qui interagit  sur le mouvement directement positionné sur le fond du boîtier. Une fois la façon de procéder bien comprise, j'ai pu apprécier de pouvoir remonter le mouvement en mettant la montre à l'heure.


L'ensemble du cadran est légèrement courbé afin de créer cette sensation de parfaite homogénéité et d'intégration des éléments, épousant la forme du verre saphir. Cette cohérence esthétique n'est pas simple à obtenir puisqu'elle a obligé à incliner les axes et les roues dentées et à courber les planches. Mais le jeu en valait la chandelle puisque la façon dont le cadran accompagne le verre jusqu'au bord de la montre, qui ne possède pas à proprement parler de lunette, donne un effet spectaculaire et améliore la visibilité.

La spécificité de la Type 1 V Genesis est son style de finition qui évoque... l'absence de finition. Ne pas faire de finition du tout, c'est facile. Mais appliquer une finition qui donne un côté brut est beaucoup plus délicat. Ainsi, le rendu du cadran grené combine avec les index creusés sans Superluminova et les indicateurs galvanisés des disques pour définir une atmosphère très particulière amplifiée par l'utilisation d'un bracelet en veau barenia non traité. J'aime beaucoup le contraste entre la texture du cadran et les effets de profondeur des chiffres et index périphériques. De même, le boîtier en titane comporte encore des traces d'usinage. Mais je rassure sur ce point: la montre n'apparaît jamais comme mal finie. Cette démarche esthétique ne manque pas finalement de charme et de raffinement. Un peu paradoxal certes mais sur ce point, il y a un monde entre le rendu de la Type 1 V Genesis et celui d'un prototype qui aurait été rapidement terminé pour être présenté sur un salon.


Cette Type 1 particulière est donc fascinante à porter. Elle est dotée d'une grande présence sur le poignet du fait de sa très grande ouverture de cadran et de son diamètre de 42mm. Possédant des proportions équilibrées, ni trop fine, ni trop épaisse (13mm), elle se porte avec confort grâce à la souplesse du bracelet et l'intégration des anses à fil qui le positionne près du boîtier. Son cadran intrigue beaucoup et son apparence plus radicale la rend plus difficile à apprécier qu'une Type 1 de la collection permanente. Benoît Mintiens ne s'y est pas trompé: s'adressant avant tout aux passionnés de sa marque voulant retrouver l'esprit des premiers jours, elle est éditée dans le cadre d'une série très limitée de 5 exemplaires. Les collectionneurs voulant découvrir Ressence le feront plus aisément avec une autre Type 1 sans oublier l'étonnante Type 3 car leurs finitions plus élaborées les rendent plus simples à apprécier.

Merci à Benoît et à Gaëtan pour leur accueil à Bâle.

Les plus:
+ l'originalité de l'affichage du temps à la fois astucieux et facile à maîtriser
+ la cohérence entre l'approche esthétique et l'utilisation au quotidien
+ le calibre de base, simple et fiable
+ la conception du module d'affichage
+ la présence et le confort au poignet

Les moins:
- une réserve de marche un peu courte
- une édition réservée aux passionnés de la marque, plus difficile à apprécier compte tenu de son style décoratif

mercredi 24 juin 2015

Hublot: Big Bang Unico Italia Independent

Décidément, Hublot ne manque pas de flair. Alors que de nombreuses marques demeurent hésitantes sur le type de communication à adopter, s'éloignant petit à petit des  messages à contenu technique à l'attention des amateurs d'horlogerie pour s'ouvrir vers une clientèle plus lifestyle, Hublot s'engouffre dans cette nouvelle tendance en signant un partenariat avec la marque de mode du petit-fils de Giovanni Agnelli, Lapo Elkann. Une telle association peut ressembler au mariage de la carpe et du lapin et pourtant j'ai rarement vu un partenariat d'un tel type aussi bien pensé.

J'entends déjà les ricanements et les critiques. Que vient faire une marque horlogère avec une griffe qui se concentre maintenant sur des lunettes au style aisément reconnaissable? N'est-ce pas tirer Hublot vers le bas? Après tout, une paire de lunette coûte une centaine d'euros et Italia Independent fabrique même des caleçons et des coques d'Iphone! Justement, Hublot a compris qu'il fallait voir beaucoup plus loin que ces réactions un peu simplistes.


Italia Independent, c'est avant tout Lapo et Lapo fascine ou agace... un peu comme Hublot finalement. Et surtout, même ses pires détracteurs ne peuvent nier son style inimitable qui est un savant mélange d'élégance, d'originalité et de décontraction. Ensuite, Italia Independent joue avec les matériaux pour créer ses montures sans oublier l'utilisation de motifs caractéristiques qui donnent un rendu très technique. Si j'osais, je dirais que le métal, le plastique et l'acétate fusionnent! Cela ne vous rappelle pas quelque chose? Enfin, la clientèle d'Italia Independent est résolument férue de mode et incarne une sorte de refus des conventions à travers ces lunettes qui ne laissent personne indifférent. Pour Hublot, le message est clair. Pendant que certains posent à peine un orteil sur le territoire du lifestyle, Hublot y rentre avec envie et en devient un véritable acteur.

Car il y a tout de même un principe fondamental à respecter: la cohérence entre le produit et son ambition stratégique. Pas la peine d'aller chercher une clientèle peu sensible aux critères traditionnels de l'horlogerie avec une montre évoquant le petit chalet dans une lointaine vallée suisse. Hublot a non seulement la légitimité mais le savoir-faire pour oeuvrer dans des univers décalés, généralement peu pratiqués par les autres marques. Et le moins que l'on puisse dire, c'est que la Big Bang Unico Italia Independent ne fait pas dans la demi-mesure! Hublot va au bout de la logique et cela explique en grande partie la réussite de cette série limitée.


La Big Bang Unico Italia Independent propose en effet deux originalités. La première est l'utilisation d'un nouveau matériau, le Texalium, composé de fibres de carbone et d'une couche d'aluminium. L'intérêt d'un tel matériau est de pouvoir être coloré et d'offrir un rendu très brillant. Deux versions de la montre sont disponibles en 500 exemplaires chacune, en gris et en bleu. Cette dernière est de loin la plus passionnante car elle met bien mieux en valeur les motifs du Texalium. Elle me semble aussi plus proche du style Italia Independent avec sa brillance et son côté électrique plus affirmé. La grise joue plus la carte de la subtilité et se veut nettement plus discrète.


La deuxième originalité est le bracelet. Ce qui pourrait sembler ridicule sur n'importe quelle autre montre passe sans souci dans ce contexte: réalisé en jeans et clouté pour apporter une touche plus "fashion", il se marie idéalement avec le boîtier. Et s'il finit par lasser, aucun souci! Grâce au système de changement rapide du bracelet inhérent au boîtier de la Big Bang Unico, les jeans cloutés peuvent être rangés dans le placard et être remplacés en quelques secondes.

La montre profite également du contexte propre à la Big Bang Unico. Le cadran ouvert permettant d'observer l'anneau périphérique des quantièmes et une partie du mouvement, roue à colonnes comprise, renforce le style très contemporain de l'ensemble. Le diamètre du boîtier de 45mm est imposant mais cette taille apparaît fort à propos ici. Et comme toute Hublot, la Big Bang Unico Italia Independent se porte avec confort grâce à son excellente boucle déployante, une référence du marché.


Le mouvement HUB1242 de manufacture anime cette série limitée. Le fait que Hublot y consacre son mouvement phare est un signe que la montre est prise très au sérieux. Il indique aussi la progression de la réflexion de Hublot qui ne souhaite pas mettre de côté le contenu horloger malgré le contexte original. Il y a quelques années, une telle série limitée aurait sans aucun doute utilisé la base 7750. Le calibre Unico est ici fini avec un traitement PVD noir ou anthracite selon les versions. Son architecture très contemporaine est toujours très agréable à observer et il demeure très efficace au quotidien: les poussoirs se manipulent avec aisance (même si je n'aime toujours pas ces poussoirs ronds) et la réserve de marche de 3 jours est confortable. Le flyback est également un point positif.


Je suis donc face une montre qui au bout du compte est une excellente synthèse des capacités de Hublot en combinant un contenu horloger solide avec une apparence pour le moins déjantée. Cette opposition est surprenante et presque dérangeante. Mais le sérieux de la réalisation et les soins apportés au détail rappellent que ce n'est pas parce que cette série limitée semble surfer sur une vague éphémère qu'elle doit être abordée avec désinvolture. Hublot a voulu pérenniser le superflu et l'anecdotique. Et derrière cette ambition, se cache une stratégie de conquête de parts de marché redoutablement efficace car l'impact du partenariat va aller bien au-delà des 1000 montres de la série limitée.

Les plus:
+ la base Big Bang Unico
+ les performances du mouvement Unico
+ le système de changement rapide du bracelet
+ la couleur de la version bleu
+ le set comprenant une paire de lunettes réalisée dans le même matériau que le boîtier de la montre

Les moins:
- les poussoirs ronds que je trouve moins bien intégrés que ceux des Big Bang précédentes
- la version grise fait pâle figure par rapport à la version bleu
- l'aspect du bracelet, pourtant cohérent avec le style de la montre, peut rapidement lasser.

dimanche 21 juin 2015

Alexandre Meerson: D15 MK1-GMT

Avec la D15 MK1-GMT, Alexandre Meerson élargit non seulement sa collection mais son approche stylistique. Se rajoutant aux simples et raffinées Altitude, la D15 MK1-GMT a pour ambition d'être une montre plus décontractée, sans se départir d'une certaine élégance, faite pour accompagner son propriétaire en toutes circonstances et en proposant une complication utile: l'affichage du second fuseau horaire. Le concept est alléchant puisque j'ai toujours considéré la polyvalence comme un atout pour une montre de voyageur. 


Contrairement à ce que le rythme des présentations le laisse supposer, Alexandre Meerson a d'abord travaillé sur la D15 avant de se pencher sur l'exercice difficile et plus contraint de la montre à 2 ou 3 aiguilles avec les Altitude. Il a cependant souhaité créer la base de sa collection avec la pièce la plus abordable ce qui est très compréhensible du point de vue stratégique. Ainsi, si la D15 vient dans un second temps, elle intègre en revanche les premières orientations esthétiques d'Alexandre Meerson, et ce dans un contexte moins rigide. Le principe qui l'a guidé a été de rendre hommage aux sportifs de haut niveau qui ont la capacité à rendre naturels les gestes les plus complexes. Ne dit-on pas souvent d'un champion que l'exécution d'un de ses mouvements "semble facile"? Cette fluidité, cette aisance se retrouvent dans le boîtier de la D15 et notamment lorsqu'il est observé de profil.


Un fois posée sur la carrure, la D15 révèle en effet la silhouette d'un nageur de papillon en pleine action. Cette réussite esthétique est due au travail complexe effectué au niveau des cornes multi-facettées et à la finesse du boîtier. La forme ainsi obtenue a plusieurs vertus. Elle contribue à apporter une touche de raffinement nécessaire en raison de la présence des poussoirs latéraux. Elle améliore également le confort au porter permettant à la montre de bien se positionner sur le poignet malgré un diamètre généreux (44mm). Compte tenu du rapport diamètre / épaisseur (10,05mm) très élevé, la D15 est extrêmement élancée et à aucun moment, elle n'apparaît comme pataude, problème relativement récurrent pour les montres à double fuseaux qui utilisent des poussoirs pour régler la deuxième aiguille des heures. D'autres détails comme les carrures droites qui cassent agréablement l'uniformité ou l'efficace intégration des poussoirs apportent la preuve du soin apporté au design du boîtier, disponible, ambiance sportive oblige, qu'en titane ou en or gris.


Une telle finesse de boîtier n'est pas aisée à obtenir car Alexandre Meerson a veillé à ce que l'étanchéité de 100 mètres  soit à la hauteur du caractère polyvalent de la montre. De plus, les poussoirs, pour des raisons esthétiques et pratiques, ne possèdent pas de sécurité empêchant leur action inappropriée. Bien entendu, la hauteur maîtrisée du calibre de base en provenance de Vaucher est un atout dans ce contexte. Avec le module exclusif Dubois Dépraz, le mouvement complet qui anime la D15 ne dépasse pas les 5mm d'épaisseur. Mais ce n'est pas tout. Le mouvement est également inséré dans une cage protectrice dont le but est d'augmenter l'étanchéité. L'épaisseur du boîtier est donc étonnante compte tenu de la présence de cette cage.

Le calibre de base est visible à travers le fond transparent du boîtier. Malheureusement, son diamètre de 26,2mm semble un peu perdu dans le boîtier. J'aurais peut-être préféré un fond plein mais les contraintes commerciales imposent la visibilité du mouvement. Comme avec les Altitude, elles aussi équipées d'un calibre Vaucher, il est fini avec soin et sans effet spectaculaire. Le résultat est net et propre mais j'aurais aimé une présentation de la masse oscillante plus valorisante. Grâce au travail de design du cadran et au module, la taille du calibre de base ne se ressent pas côté cadran ce qui est une bonne nouvelle. Les performances du mouvement sont conformes à celles de la base Vaucher à savoir une fréquence de 4hz et une réserve de marche d'une cinquantaine d'heures. Il est important de préciser qu'un travail particulier a été effectué sur le double-barillet pour un meilleur couple et animer plus efficacement le module d'affichage.


L'esthétique du cadran suit le même principe que celui du boîtier en se focalisant sur la lisibilité afin que la montre soit agréable et pratique au quotidien. Un détail résume cette volonté: la trotteuse centrale a été raccourcie afin de libérer l'espace périphérique et rendre la lecture du second fuseau plus nette. Je dois avouer que cette trotteuse, qui devient avant tout un indicateur de marche, est surprenante à observer au départ mais je m'y suis habitué très vite. L'aiguille évidée à extrémité rouge indique l'heure du second fuseau grâce à une graduation sur 24 heures. Elle est généralement utilisée en voyage pour afficher l'heure du domicile tandis que l'heure locale utilise les aiguilles principales. A noter que cette graduation périphérique n'est pas finie de la même façon afin de distinguer le jour (finition lisse) de la nuit (finition grenée): une petite subtilité, à peine perceptible, très appréciable. Le cadran est complété par un discret indicateur jour&nuit lié aux aiguilles principales et par un affichage des quantièmes par aiguille.


Si la carrure du boîtier évoque la natation, le cadran en revanche quitte l'atmosphère de la piscine pour se retrouver sur un terrain de rugby. En l'observant attentivement, son caractère légèrement bombé et les index concentriques esquissent une sorte de représentation d'un ballon... qui serait toutefois spécial car d'une couleur bleu sur les photos!

En fait, 3 couleurs de cadran sont disponibles: blanc argenté, noir et bleu. C'est cette dernière qui me séduit le plus même si elle devient un peu trop la "couleur à la mode". Il s'agit toujours d'une couleur très délicate à obtenir et les cadraniers ont généralement des difficultés à répondre parfaitement aux spécifications des marques qui ont passé commande. Le bleu de la D15 est heureusement très bien dosé et se pare de beaux reflets de lumière. Le cadran blanc argenté m'a semblé beaucoup plus banal et rend la montre plus grande au poignet, ce qui est plutôt à éviter pour un diamètre déjà généreux.


La grande force de la D15 est finalement son usage facile au quotidien. Les poussoirs s'activent sans souci y compris lorsque la montre est au poignet, les informations du cadran sont clairement lisibles et le confort au porter est  incontestable. La D15 est donc pour moi une montre réussie et peut-être même plus convaincante que les Altitude car Alexandre Meerson a pu exercer son talent avec moins de contraintes étant plus dans les figures libres que dans le parcours imposé. Cependant, il doit veiller à ne pas créer un écart esthétique trop important entre les différentes lignes de sa collection afin de construire son identité et sa cohérence de marque. Si je retrouve quelques détails ici et là qui m'évoquent les Altitude comme le travail sur les cornes ou le bombé du cadran, la rupture de style demeure nette. Il doit donc travailler à créer un lien plus perceptible entre les composantes de la collection.

Merci à Alexandre Meerson pour sa disponibilité.

Les plus:
+ un boîtier d'une grande qualité, tant du point de vue esthétique que celui des finitions qui sont personnalisables au niveau des parties polies et brossées
+ une complication utile traitée d'une façon très pratique cumulant une graduation 24 heures et un affichage jour&nuit
+ la présentation du cadran, très rationnelle
+ la couleur bleu du cadran
+ le confort au porter

Les moins:
- le calibre Vaucher semble un peu perdu dans le boîtier
- la masse oscillante aurait mérité une finition plus valorisante