mardi 14 avril 2015

Patek Philippe: Calatrava Pilot Travel Time 5524G

La Calatrava Pilot Travel Time a au moins réussi une de ses missions: faire parler d'elle. Je n'ai pas le souvenir d'une montre Patek Philippe ayant fait couler autant d'encre ces dernières années. Elle a même subi un tir de barrage, une pluie de critiques ce qui a dû faire sourire Thierry Stern car avec Patek Philippe, les mêmes causes provoquent généralement les mêmes conséquences: plus une montre est critiquée, plus elle est désirée dans le futur. Et comme les collectionneurs ne voudront pas rater une telle opportunité, ils se sont déjà positionnés pour l'acquisition de cette pièce qui sera, je l'imagine, très difficile à voir en boutique.


Il faut avouer que la surprise fut grande le jour où Patek Philippe la dévoila. "Design incohérent", "Clone de la Zenith Pilot GMT", "Aucune logique avec la collection en cours", telles furent les remarques les plus fréquentes. Mais voilà, les raisonnements qui s'appliquent à de nombreuses marques sont rarement valables avec la manufacture genevoise. L'incohérence du design est tout d'abord un mauvais procès. Certes la montre donne l'impression d'arriver sans crier gare et sans connexion esthétique avec un modèle existant. Mais après tout, Patek Philippe a créé des montres de pilotes et de navigateurs dans les années 30. Qu'est-ce qui empêcherait la marque de présenter une telle montre? On ne peut pas leur reprocher une année leur immobilisme en matière de design et l'année suivante  d'oser sortir de leur style habituel.

Ensuite, la forme des chiffres appliqués qui définissent une grande partie du caractère de la Calatrava Pilot Travel Time sont pour moi un hommage aux montres de pilotes de la première guerre mondiale. Les différences avec la Zenith sautent aux yeux: forme des aiguilles, présence des deux poussoirs sur la carrure gauche, affichage de la date, de nombreux détails séparent les deux montres. Alors certes oui, elles évoluent dans une même atmosphère mais au même titre que des milliers d'autres duos de montres qui abordent des thèmes similaires.


Enfin, le lien avec la collection actuelle me semble assez évident. Il ne s'agit pas d'un lien esthétique mais fonctionnel. Ces dernières années, Patek Philippe a mis l'accent de plus en plus fréquemment sur les montres de voyage: l'Aquanaut Travel Time 5164A il y a 4 ans, la Nautilus 5990/1A l'année dernière, il n'est pas illogique de voir une nouvelle montre embarquant l'affichage d'un second fuseau cette année et ce d'autant plus qu'il s'agit d'une complication utile appréciée de la clientèle. A vrai dire, il est un peu abusif d'appeler cette montre "Pilot". Comme l'a concédé bien volontiers Thierry Stern lorsque je l'ai rencontré pendant la présentation des nouveautés à Bâle, il s'agit plus d'une montre de voyageur... et il sait de quoi il parle puisque l'Aquanaut Travel Time est une des montres qu'il porte le plus.

D'ailleurs, ceux qui connaissent la 5164A ne seront pas dépaysés avec la 5524G: elles utilisent le même mouvement, le calibre 324 S C FUS et donc leurs cadrans sont organisés de la même façon: l'aiguille creuse affiche l'heure du domicile tandis que l'aiguille pleine affiche l'heure locale. L'aiguille des minutes combine avec les deux aiguilles des heures puisque la montre ne gère pas les fuseaux décalés nécessaires pour des pays comme l'Inde ou l'Iran par exemple. Je retrouve également les deux guichets qui symbolisent l'affichage jour/nuit pour l'heure locale et l'heure du domicile. La date locale est affichée par le biais d'une aiguille au sein d'un sous-cadran à 6 heures. Petite originalité: pour une meilleure lisibilité et éviter la confusion, les quantièmes sont affichés tous les trois jours. Enfin, une trotteuse centrale anime le cadran.


J'aime beaucoup la finition de ce cadran, le verni bleu est à la fois intense et subtil et peut tirer presque vers le gris anthracite selon les conditions de lumière. Les chiffres appliqués en or revêtus d'une matière luminescente apportent leur effet de relief. En revanche, j'ai été moins séduit par les aiguilles "glaive". Elles ne possèdent aucun défaut majeur, elles sont cohérentes avec l'atmosphère et le style de la montre mais je les ai trouvées sans saveur particulière.

Le boîtier en or gris d'un diamètre de 42mm a d'agréables proportions et possède selon moi la taille idéale pour une telle pièce qui se doit d'être suffisamment grande pour être fidèle à l'esprit "montre de pilote" sans ressembler à une assiette à pizza pour conserver un minimum d'élégance. Je me suis posé la question si l'or gris était le matériau adapté à un tel contexte. L'acier m'aurait semblé plus adéquat mais l'étanchéité minimum (30m) rappelle que la vocation de la Calatrava Pilot Travel Time n'est pas d'être une montre de sport mais d'apporter un contexte différent à l'affichage du second fuseau. Après tout, l'Aquanaut Travel Time et la Nautilus Travel Time Chronograph sont déjà là pour proposer de l'acier et une étanchéité supérieure (120 mètres). Une troisième montre avec les mêmes caractéristiques aurait été de trop. L'or gris marque ainsi cette différence. La Calatrava Pilot Travel Time est certes avant tout une montre décontractée  mais de voyageur d'affaires et pas de bourlingueur aventurier.


La taille perçue de la Calatrava Pilot Travel Time est cependant supérieure à son diamètre affiché. Ce sentiment est dû aux deux poussoirs proéminents situés sur la carrure gauche. Ils servent à régler l'heure locale en avant ou en arrière. Leurs extrémités sont cannelées afin d'améliorer la prise en main. Je me suis demandé pourquoi alors que de prime abord, ils ne peuvent être que poussés. Il s'avère  que ces poussoirs comportent un verrouillage qui empêche tout mouvement intempestif de l'aiguille des heures. Ceux qui ont connu beaucoup de malheurs de ce type avec la Travel Time 5134 savent que ce verrouillage est bienvenu. Un petit quart de tour et le poussoir est actif. Un petit mouvement vers l'arrière et le poussoir est de nouveau bloqué.

La Calatrava Pilot Travel Time est donc équipée du mouvement 324 S C FUS visible à travers un fond transparent. Le module étant situé côté cadran, le spectacle offert est similaire à celui d'une montre 3 aiguilles utilisant le même mouvement de base. La finition est propre, nette et sans effet de style inutile. J'aurais cependant aimé trouver un fond plein, voire un fond officier s'ouvrant dans le sens vertical à cause des poussoirs, compte tenu de l'atmosphère dans laquelle évolue cette montre. Les performances du mouvement sont sans surprise, conformes à celles du mouvement 324 à savoir une fréquence de 4hz pour une réserve de marche comprise entre 35 et 45 heures. Je reste toujours dubitatif face à cette façon de présenter la réserve de marche de la part de Patek Philippe mais de toutes les façons, dans un contexte contemporain, quelle que soit sa durée réelle, elle demeure relativement courte malgré l'excellente efficacité au remontage.


Mais finalement, la vocation de la Calatrava Pilot Travel Time n'est-elle pas de rester constamment au poignet? Décontractée et élégante, elle incarne un style polyvalent la rendant à l'aise en toute circonstance... malgré une étanchéité et un matériau peu adaptés à des pratiques plus sportives. J'ai malgré tout apprécié son bon positionnement sur le poignet, le confort du bracelet en cuir de veau, sa présence non excessive et la touche de caractère apportée par les chiffres appliqués et les poussoirs latéraux.

Incontestablement, la Calatava Pilot Travel Time ne laisse pas indifférent. Loin d'être parfaite, elle est tout de même parvenue à me séduire grâce à son design unique dans la collection actuelle de Patek Philippe et à quelques détails bienvenus facilitant son usage au quotidien. Elle ne mérite clairement pas les foudres qui lui étaient destinées et j'ai la certitude que ses opposants les plus acharnés changeront petit à petit d'avis au fil du temps. La magie Patek Philippe fonctionnera une fois de plus.

Merci  l'équipe Patek Philippe pour son accueil à Baselworld.

Les plus:
+ un design unique dans la collection actuelle de Patek Philippe
+ la couleur du cadran oscillant entre le bleu et le gris
+ le système de sécurité des poussoirs
+ l'affichage des quantièmes tous les 3 jours rendant la lecture de la date plus facile
+ la polyvalence esthétique

Les moins:
- la réserve de marche du mouvement 324, en retrait par rapport aux standards contemporains
- des aiguilles glaives sans charme particulier
- l'étanchéité et le matériau du boîtier rendent la montre moins polyvalente à l'usage

dimanche 12 avril 2015

Roger Dubuis: Excalibur Automatique Squelette

Le squelettage est une des techniques décoratives préférées de la Manufacture Roger Dubuis et elle profita du SIHH 2015 pour le rappeler. En effet, elle nous réserva un véritable feu d'artifices de montres squelettes avec ou sans tourbillon(s). Parmi ces montres, c'est paradoxalement la plus simple, l'Excalibur Automatique Squelette, qui m'impressionna le plus. Peut-être parce que justement, l'absence de tourbillon permit de mieux observer et d'appréhender tout le soin apporté dans la qualité de l'exécution et dans l'architecture du mouvement. En fait, cette Excalibur Automatique Squelette rassemble de nombreux points d'intérêt:
  • elle est animée par le premier mouvement automatique à micro-rotor squelette de la marque,
  • le travail de squelettage se ressent dans les plus infimes détails y compris au niveau du micro-rotor,
  • existant en 3 versions (or rose, or rose à lunette sertie et titane DLC noir), son approche esthétique contemporaine est renforcée par le traitement du boîtier titane,
  • et compte-tenu que les tourbillons sont réservés à d'autres modèles, le prix  de cette montre se situe dans un segment inférieur à celui pratiqué habituellement pour des pièces similaires chez Roger Dubuis.


L'attrait principal de l'Excalibur Automatique Squelette est évidemment son mouvement RD820SQ d'une fréquence de 4hz et d'une réserve de marche de 60 heures. Je dois avouer que j'ai rarement été aussi convaincu par un mouvement squelette contemporain. Du point de vue visuel, il parvient à être dense sans être confus. Les 167 composants du calibre semblent être plus nombreux. L'intérêt est qu'une fois mise au poignet, les poils du poignet demeurent relativement bien cachés, surtout sur le côté droit du cadran. Ce rendu complexe accentue la dimension technique de l'ensemble et la cohérence de la pièce, contribuant ainsi à sa réussite esthétique. Roger Dubuis a cependant veillé à mettre en valeur des éléments clé pour apporter une touche de rationalité et organiser l'architecture de la présentation du mouvement.

C'est ainsi que je considère la face avant de la montre (j'ai un peu de mal à utiliser le terme de cadran) comme étant structurée en deux parties bien distinctes. A droite, un impressionnant regroupement de ponts en forme d'étoile lie les éléments mobiles du mouvement. Cette étoile imposante, majestueuse est une sorte de signature de style pour Roger Dubuis et se retrouve, en d'autres positions, sur les montres à tourbillon(s) volant(s). A gauche se détachent les deux principales animations: l'organe réglant en bas et le micro-rotor en haut.


Il est intéressant de revenir sur ce micro-rotor qui a fait l'objet d'un développement particulier. Il a été lui-même ouvert le plus possible pour s'intégrer au mieux esthétiquement dans le mouvement de la montre. La contrainte est d'effectuer ce travail sans réduire l'efficacité au remontage. Roger Dubuis est arrivé à un résultat très satisfaisant à ce niveau grâce à la hauteur propre du micro-rotor et à la répartition de la masse favorisant les zones périphériques.

Le pont du balancier est de son côté le plus léger possible afin de dégager au maximum la vue sur le balancier et le résultat est plaisant bien que n'ayant évidemment pas le rendu spectaculaire du tourbillon volant. Le balancier et le spiral sont bien visibles tout comme l'incabloc qui gâche un peu le spectacle.  L'échappement est malheureusement un peu caché.


L'ensemble est ainsi très agréable à observer. Au-delà de la qualité de la finition, irréprochable, de la dimension technique du mouvement  soulignée par des détails comme les effets de perlage ou la couleur dominante, c'est bien le sentiment d'observer une montre qui a trouvé le parfait équilibre entre finesse et puissance qui domine. Dans ce contexte, la lunette du boîtier Excalibur 42mm avec ses légères encoches combine joliment avec le mouvement. Le seul élément qui les sépare est la lunette interne qui supporte la graduation des minutes. Cette graduation est bienvenue puisqu'elle améliore grandement la lisibilité de la montre notamment au niveau des minutes puisque le bout de l'aiguille la surplombe légèrement. Le contraste entre les aiguilles et le mouvement est correct même si l'aiguille des heures peut se fondre dans le décor dans certaines positions.


Le mouvement à l'arrière de la montre réserve une petite surprise avec la présence de non pas une mais de deux étoiles. En sus de l'étoile qui est un effet miroir de celle se trouvant côté face, Roger Dubuis a dessiné une nouvelle étoile sous le micro-rotor. La finition du mouvement de ce côté est bien entendu homogène et du même niveau que celle de l'autre côté. A noter que la roue d'échappement se distingue mieux.


J'ai pris beaucoup de plaisir à porter cette Excalibur Automatique Squelette et notamment dans cette version titane DLC noir. La légèreté du matériau et ce rendu sombre sont cohérents avec la présentation et l'architecture du mouvement. La taille du boîtier est idéale car la grande ouverture du cadran favorise le côté spectaculaire. Résolument contemporaine, l'Excalibur Automatique Squelette évite le piège de la trop grande originalité et semble s'inscrire dans une certaine pérennité esthétique. Confortable, proposant de multiples animations grâce au balancier et au micro-rotor, elle est une digne représentante de la famille prestigieuse de montres squelettes de Roger Dubuis. Elle parvient même à faire oublier l'absence d'un tourbillon volant. Je la considère donc comme une des plus belles réussites de Roger Dubuis de ces dernières années.

Merci à l'équipe Roger Dubuis pour son accueil pendant le SIHH 2015.

Les plus:
+ l'architecture et la présentation du mouvement RD820SQ
+ les animations proposées par le micro-rotor et l'organe réglant
+ une approche stylistique contemporaine possédant une certaine intemporalité
+ le confort au porter

Les moins:
- l'incabloc est un peu trop visible
- la lisibilité de l'aiguille des heures dans certaines positions

lundi 6 avril 2015

Lange & Söhne: Datograph Perpetual Or Gris (2015)

Le retour du Datograph Perpetual en or gris au sein de la collection permanente de Lange & Söhne ne peut pas être considéré comme un événement majeur: la montre qui fut présentée lors du SIHH 2015 est quasiment la même que celle qui a quitté le catalogue il y a quelques années. Mais ce retour fait bigrement plaisir car je considère ce Datograph comme une des plus belles Lange. Il rappelle également que jusqu'à l'arrivée de la 1815 Rattrapante, le Datograph Perpetual fut l'unique démonstration de l'approche par la manufacture saxonne d'une des plus prestigieuses combinaisons de complications: le chronographe à quantième perpétuel.


Tirant profit de l'affichage des quantièmes par le biais de la grande date, le Datograph Perpetual apporte la preuve que pour ce type de montre, deux éléments doivent être traités de façon irréprochable et lisible: les données du chronographe évidemment et les quantièmes qui après tout, justifient la présence du mécanisme à quantième perpétuel dont l'objectif est de les afficher correctement sans besoin d'être corrigés. Clairement, l'objectif fut atteint car les secondes et les minutes du chronographe se lisent aussi facilement que sur un Datograph simple et la grande date domine la partie supérieure du cadran. Avec ce sens du résultat tout germanique, la concentration sur ces données clé a mis un peu de côté les autres informations du cadran et la lecture des mois, des jours de la semaine et des phases de lune est  plus délicate. Mais après tout, ce n'est pas si grave puisque depuis sa présentation, le Datograph Perpetual a séduit les collectionneurs grâce à sa simplicité à l'usage, à sa taille élargie par rapport à celle du Datograph simple (41mm vs 39mm à l'époque) et surtout à la beauté de son mouvement.


Le Datograph Perpetual en or gris fut d'abord dévoilé en 2009 soit 3 ans après la version initiale en platine. Je fus à l'époque totalement sous le charme de cette montre, à la fois puissante, élégante, raffinée et d'une grande discrétion du fait des teintes de gris du cadran combinant idéalement avec la couleur neutre du métal du boîtier. Ce type de combinaison chromatique était d'ailleurs à l'époque rare dans la collection permanente de Lange (elle se retrouvait notamment avec la Lange One) et elle évoquait d'une certaine façon, le fameux Datograph Pisa en platine. La dominante grise arrivait même à mettre en valeur le disque des phases de lune pourtant un peu écrasé dans la partie inférieure du cadran. Et bizarrement, seulement deux ans plus tard, ce même Datograph Perpetual en or gris quittait le catalogue. J'ai eu un peu de mal à comprendre cette décision et peut-être que la volonté de promouvoir la version platine était une explication.

En tout cas, quelle ne fut pas ma surprise de revoir cette montre parmi les nouveautés de Lange en 2015. J'ai cru d'abord qu'il s'agissait d'une reprise à l'identique de version initiale. Et je pouvais facilement me tromper: seuls quelques détails séparent la version 2015 de la version 2009. Quant on les connaît, ils sont évidents... mais quand il s'agit de les deviner sans avoir les deux montres côté à côté, c'est moins facile.


La principale différence est le retrait des chiffres romains remplacés par les index bâton. Ce changement allège le cadran, le fait mieux respirer et crée un lien esthétique évident avec le nouveau Datograph, le Up&Down qui lui aussi s'est affranchi de ces chiffres. L'autre différence est plus subtile: les indicateurs situés toutes les 5 secondes le long de la graduation de la trotteuse du chronographe et matérialisés par de petits chiffres arabes allant de 60 à 55 ont été également supprimés. Pour le reste: rien ne change!

Il y a pourtant un détail que j'aurais aimé voir évoluer: la réserve de marche du mouvement. Si le mouvement du Datograph Perpetual, le L952.1, demeure un des plus beaux calibres à remontage manuel, tant du point de vue de sa présentation que de sa finition (l'effet de profondeur est spectaculaire et plus impressionnant qu'avec le mouvement de la 1815 Rattrapante), sa réserve de marche de 36 heures reste faible pour une montre à remontage manuel et à quantième perpétuel. Or le Datograph et le Chronographe 1815 ont profité avec leurs dernières versions d'une augmentation de la réserve de marche qui atteint dorénavant les 60 heures. Il est dommage que le Datograph Perpetual n'ait pas profité d'une augmentation similaire, plus utile qu'avec des chronographes simples. Le spectacle offert par le calibre L952.1 offre tout de même une sacrée consolation et fait oublier cette occasion ratée!


Et comment ne pas évoquer les sensations au poignet? Je retrouve tout ce que la montre de 2009 m'avait apporté comme plaisir: le poids qui renforce la perception de la qualité, la finition irréprochable du cadran, le parfait déclenchement des poussoirs, la douceur du remontage... Décidément, il aurait été dommage de ne pas revoir ce Datograph Perpetual en or gris. Compte tenu de ses atouts, elle constitue une référence majeure de la collection 2015 de Lange & Söhne alors qu'elle est un quasi-clone de sa version précédente! Comme quoi, les non-événements ont parfois du bon...

Merci à l'équipe Lange & Söhne pour son accueil pendant le SIHH 2015.

Les plus:
+ le retour du cadran gris
+ la beauté du mouvement L951.2
+ le plaisir que la montre procure à l'usage (remontage, poussoirs, facilité du réglage)
+ les finitions décoratives

Les moins:
- dommage que la réserve de marche du mouvement n'ait pas été revue à la hausse comme avec le Datograph Up & Down

dimanche 5 avril 2015

Rolex: Oyster Perpetual 39mm

Le mouvement 3255 et  l'approche stylistique inédite incarnée par la Yacht-Master à bracelet Oysterflex  ont malheureusement un peu relégué au second plan les nouvelles Oyster Perpetual dorénavant disponibles avec un diamètre de 39mm. Il faut cependant prendre conscience que ces montres possèdent une importance stratégique pour Rolex car faisant partie de son entrée de gamme. Cette importance est d'ailleurs mise en lumière par le profond travail de refonte effectué autour de la collection Oyster Perpetual qui prend  petit à petit du poids au sein du catalogue.


Une Oyster Perpetual, c'est une sorte de concentré de tout ce qu'une montre Rolex est sensée représenter: elle est étanche, esthétiquement polyvalente, simple, efficace et robuste. Ces dernières années, Rolex a donc construit cette collection qui doit représenter la façon la plus naturelle et la plus abordable de rentrer dans l'univers de la marque à la couronne. C'est la raison pour laquelle jusqu'à cette année 4 tailles (26-31-34-36mm) étaient déjà disponibles sans oublier la multitude de combinaisons possibles au niveau des cadrans. Cependant, il manquait incontestablement un boîtier avec une taille plus conforme aux attentes de la clientèle notamment masculine. Certes, le catalogue Rolex ne manque pas de modèles autour des 40mm de diamètre qui peuvent être considérés aujourd'hui comme la dimension standard d'une montre pour homme. Mais les Submariner, Milgauss ou autre Explorer sont des montres très marquées par leurs vocations premières, leurs styles caractéristiques et peuvent ne pas répondre aux souhaits de certains à la recherche de pièces plus homogènes les accompagnant en toute circonstance. Quant à la Datejust II, son design plus imposant et les maillons centraux polis du bracelet peuvent la rendre plus difficile à porter.


Dans ce contexte, la présentation des Oyster Perpetual d'un diamètre de 39mm n'est  pas une véritable surprise. Cette évolution vers une taille plus contemporaine était attendue mais encore fallait-il que la mayonnaise prenne et que Rolex évite un effet de double-emploi avec des références existantes. Et comme souvent avec Rolex, ce sont les petits détails qui font la différence et qui expliquent la réussite de ces nouveaux modèles.

Les Oyster Perpetual 39mm reprennent évidemment les codes esthétiques de la collection. Déclinées à ce stade en acier avec trois couleurs de cadran, elles sont clairement orientées vers la simplicité et l'efficacité. J'aime beaucoup le boîtier qui, à défaut d'originalité, donne un sentiment de fluidité. La lunette lisse bombée apporte sa touche d'élégance. Et la très bonne nouvelle est que le bracelet Oyster à trois mailles a une finition satinée (le poli n'est que sur la tranche): cette approche plus discrète est la bienvenue. La couronne Twinlock et le fermoir Oysterclap se manipulent comme toujours de façon agréable et pratique. Les Oyster Perpetual 39mm s'inscrivent bien dans la tradition des montres Rolex faciles à vivre et confortables à porter.


Il aurait été cependant dommage de ne faire de ces montres que des versions élargies des autres Oyster Perpetual. Et c'est là où Rolex a su trouver le bon dosage: les 39mm possèdent la différence subtile qui les distingue des modèles plus petits. Elle se situe au niveau du cadran. Si je retrouve avec grand plaisir la finition soleil, Rolex a apporté une légère touche de couleur avec une décalque horaire périphérique qui n'est pas sans évoquer la Milgauss. Ainsi, le cadran rhodium foncé est accompagné d'une décalque bleue, le cadran bleu d'une décalque verte et le cadran reg grape, qui se retrouve dans les 5 tailles de la collection Oyster Perpetual, d'une décalque rouge. Cette touche de couleur peut surprendre et casser l'image de discrétion voulue autour de ces montres. Je la trouve personnellement bienvenue car elle évite de les faire basculer dans une trop grande austérité.


Le cadran que je préfère est sans hésitation le rhodium foncé. Très élégant, peut-être moins lassant sur le long terme, il est également celui qui m'a semblé être le plus polyvalent. Partant avec un a priori positif sur le bleu, je dois avouer que j'ai été moins séduit par la combinaison avec la décalque verte. Quitte à retrouver du bleu, autant partir sur le cadran rhodium foncé. Les trois couleurs disponibles ont une dominante plutôt sombre ce qui m'a un peu surpris. J'aurais imaginé au moins une couleur claire pour qu'une montre ait une taille perçue plus importante. En tout cas, quelle que soit la couleur, l'absence de date et la très discrète matière phosphorescente des aiguilles donnent à l'ensemble du cadran un côté très pur et très agréable à observer.


Une autre jolie surprise concerne le mouvement qui équipe les Oyster Perpetual 39mm. Rolex a pris la décision d'utiliser le calibre 3132 qui anime l'Explorer. Ces nouvelles Oyster Perpetual profitent donc au-delà du spiral Parachrom à courbe terminale Breguet et du balancier à écrous Microstella des amortisseurs de chocs Paraflex. Du point de vue de la fiabilité, de la précision et des performances pures (une fréquence de 4hz et une réserve de marche de 48 heures), le 3132 ne constitue pas une avancée significative par rapport au 3130. Il est cependant appréciable de pouvoir bénéficier des mouvements les plus récents.


Je fus donc très séduit par ces Oyster Perpetual 39mm. Intelligemment conçues, simples et efficaces, elles parviennent même à bousculer mes certitudes sur ce qui pourrait être la meilleure façon de rentrer dans l'univers Rolex. Ayant peut-être moins de caractère que d'autres modèles plus prestigieux comme la Submariner ou la Milgauss, il n'en demeure pas moins qu'elles possèdent le charme de leur discrétion et l'atout de leur polyvalence. Rolex n'est donc pas loin du sans faute et seules peut-être l'absence d'une proposition à cadran clair et l'impossibilité officielle d'utiliser un bracelet alternatif comme un bracelet cuir ternissent légèrement un bilan extrêmement positif.

Merci à l'équipe Rolex pour son accueil à Baselworld 2015.

Les plus:
+ le boîtier Oyster, simple, fluide et d'un grand confort
+ la pureté des cadrans
+ la taille mieux adaptée à la demande actuelle
+ l'utilisation du mouvement 3132
+ des montres d'une grande polyvalence

Les moins:
- l'absence d'une proposition de cadran clair
- cela a beau être une Oyster, il serait agréable de pouvoir officiellement utiliser un bracelet cuir alternatif