mercredi 29 décembre 2010

Un petit feu d'artifice pour finir l'année!

L'année 2010 s'achève avec son lot de coups de coeur et de déceptions. Elle a été marquée par la disparation de plusieurs marques et par la situation très délicate de certains sous-traitants. En contrepartie, d'autres acteurs tirent leur épingle du jeu et surfent sur une reprise encore inégale selon les zones géographiques. Si je devais résumer cette année en quelques mots, je dirais que j'y ai vu deux tendances contradictoires:
  • d'un côté, de l'audace, toujours plus d'audace: en cette période de crise, la nécessité de se démarquer est nécessaire. L'audace ne s'exprime pas uniquement par le design mais également par l'ambition des mouvements développés. Et le développement de ces mouvements est aussi rendu nécessaire pour échapper ou tout du moins pour être moins dépendant de fournisseurs puissants comme le Swatch Group. De fait, des entreprises peu connues du grand public se sont retrouvées sur le devant de la scène grâce à la demande croissante de calibres exclusifs: nous pensons à Chronode, Concepto, Les Artisans Horlogers, Agenhor etc... qui existent certes depuis de nombreuses années mais dont les noms reviennent fréquemment.
  • de l'autre, une vague, pour ne pas dire une lame de fond avec le néo-rétro: est-ce un moyen de vouloir effectuer un retour de balancier suite à des excès récents? Est-ce une façon de s'adapter rapidement aux évolutions de la demande? Est-ce une volonté de présenter un produit rassurant aux clients? Les faits sont là: cette tendance fut lourde en 2010. Le danger pour les marques qui font appel à cette démarche est de tuer la créativité. La réussite dans cet exercice consiste à savoir puiser dans son histoire pour évoluer et non pas pour cloner des montres du passé et de laisser "une respiration créative" dans la collection.
Je vous propose ci-après ma petite sélection des montres qui m'ont marqué en 2010. Ce sont donc des coups de coeurs et par définition, ils ne s'expliquent pas. C'est une alchimie spéciale qui fait que nous sommes touchés ou pas par une montre...

Je fus subjugué par la beauté de la DB25 Phase de Lune, une vraie montre de roi sans marque inscrite sur le cadran:


La Royal Oak Squelette sur la base du mouvement 3120 présente un squelettage vraiment contemporain qui s'adapte parfaitement au boîtier:

Tout le charme et la poésie du Pont des Amoureux sans oublier la malice de Jean-Marc Wiederrecht qui se retrouve dans le parcours des personnages:

La 5205, pour moi, le plus beau calendrier annuel de Patek:

La White Shark d'Urwerk dont les teintes plus claires rendent la montre lumineuse et ne sont pas sans rappeler l'Opus V:

La Frog, sûrement la déclinaison de la HM3 de Max Büsser que je préfère:

La 1815 Phase de Lune de la collection Hommage à F.A.Lange consacre le grand retour de la complication qui avait donné ses lettres de noblesse à la 1815 Emil Lange:

Et tellement d'autres... l'année 2010 fut riche en nouveautés de qualité, espérons que 2011 soit aussi fertile!

Excellent réveillon!

Fr.Xavier

lundi 20 décembre 2010

Lange & Söhne: Lange 1 Moonphase

La Lange 1 Moonphase fut présentée en 2002 soit 8 ans après la Lange 1. Ce n'est ni la première Lange avec un affichage des phases de lune (la 1815 Emil Lange a ce privilège) ni la première Lange 1 à comporter une complication additionnelle (la Lange 1 Tourbillon l'a précédée). Et pourtant, cette Lange 1 Moonphase occupe une place très intéressante dans la collection Lange grâce à son charme et à une spécificité technique sur laquelle nous reviendrons.

Lors de sa présentation, la Lange 1 Moonphase a provoqué des sentiments contrastés: d'un côté, les commentaires favorables soulignaient la parfaite intégration de la complication et la préservation de l'harmonie du cadran de la Lange 1. Les critiques mettaient en avant la présence inhabituelle pour une montre élégante d'aiguilles et d'index luminescents alors que la lune en elle-même ne l'était point.

En examinant la montre, c'est avec beaucoup de satisfaction que nous remarquons que les proportions idéales de la Lange 1 ont été préservées. Le diamètre du boîtier reste le même (38,5mm), l'organisation du cadran équilibrée, tout juste nous notons une légère augmentation de l'épaisseur (10,4mm contre 10mm) bien normale compte tenu du mécanisme complémentaire logé entre la platine et le cadran. L'affichage des phases de lune a été placé dans le seul endroit disponible, dans le secteur de la petite seconde. Du fait de l'organisation du cadran, lorsque la pleine lune est affichée, elle est parfaitement alignée avec l'axe de l'aiguille de la réserve de marche et la séparation entre les deux chiffres de la grande date.

L'organisation du cadran de la Lange 1:


Cependant, malgré ces similarités, des différences existent par rapport à la Lange 1. La plus évidente est l'utilisation des aiguilles et index luminescents. Je ne connais pas la raison fondamentale de ce choix si ce n'est celui d'apporter une rupture plus nette par rapport au cadran de la Lange 1 et de rappeler que la lune est visible... la nuit. L'utilisation des index carrés au niveau de l'affichage de l'heure a une conséquence: les chiffres romains sont positionnés plus près de l'axe des aiguilles pour faire un peu de place. De plus, un cercle intérieur a été dessiné afin de séparer la zone centrale de celle des chiffres et index. Au final, l'affichage de l'heure semble légèrement plus petit sur la Lange 1 Moonphase que sur la Lange 1.

Il est temps de retourner la montre. Au premier coup d'oeil, rien ne différencie le mouvement L901.5 du L901.0. Un petit détail nous permet cependant de les distinguer: le nombre de rubis est de 54 sur le L901.5 contre 53 pour le calibre sans phases de lune. Il suffit donc de lire cette indication présente sur la platine pour les reconnaître.

Nous nous retrouvons en terrain connu: la fréquence (3hz), la réserve de marche de 3 jours, les décorations typiques du style Lange, le plaisir au remontage malgré le double-barillet, tout est là. Le nombre de pièces dans le mouvement est logiquement supérieur à celui du L901.0: le mécanisme d'affichage comporte en effet 93 pièces. Il faut dire que cet affichage est tout sauf anodin.

Sa précision est d'une déviation d'une journée tous les 122,6 ans. Il s'agit d'une précision très appréciable mais qui finalement se retrouve très régulièrement dans les montres du même segment et qui fut même dépassée de façon théorique par celle de l'Emil Lange (1 jour tous les mille ans). Le principal intérêt est en revanche la course continue de la Lune sur le cadran. Contrairement aux affichages habituels qui sautent une fois ou deux par jour, la Lune est ici constamment en mouvement. Comment est-ce possible? Tout simplement en couplant l'affichage à la roue des heures. Bien évidemment, Lange a développé un système qui permet de régler les phases de lune par le biais d'un poussoir intégré dans le boîtier entre 7 et 8 heures sans influencer l'affichage de l'heure. C'est cette Lune jamais statique qui donne tout son intérêt à la Lange 1 Moonphase en plus évidemment de tout ce que nous pouvons apprécier dans une montre Lange.

La Lange 1 Moonphase est aujourd'hui disponible en or jaune, en or rose et en platine. Ma version préférée est cette dernière car j'apprécie particulièrement ses teintes et son cadran en argent rhodié. La version en or rose me plaît également beaucoup par la chaleur qu'elle dégage. Je suis moins convaincu par la version en or jaune même si elle reste une très belle montre.

L'affichage des phases de lune a également été intégré dans la Grande Lange 1 mais uniquement dans le cadre de la série limitée Luna Mundi composée de 101 sets de deux montres, une en or gris (affichant la Grande Ourse pour l'hémisphère nord) et une en or rose (affichant la Croix du Sud pour l'hémisphère sud). Petit détail amusant: le mouvement de la montre de l'hémisphère sud a 4 pièces de plus que l'autre montre afin d'inverser le parcours de la lune.

Il est également important de signaler que deux autres série limitées proposent une Lange 1 Moonphase sans aiguilles luminescentes: une de 100 pièces, en or gris, cadran blanc et aiguilles bleuies dédiée au marché italien et une de 25 pièces à cadran guilloché et en or gris: la Tokyo Edition.

Incontestablement, la Lange 1 Moonphase est une montre très désirable. Son charme provient sûrement de cette combinaison entre la rigueur toute germanique dans la conception et l'exécution et la poésie, pour ne pas dire le romantisme de la complication additionnelle. Tout cela fait que si je devais acheter une Lange 1, ce serait vers la Lange 1 Moonphase que je me tournerais.

mercredi 15 décembre 2010

Cuervo y Sobrinos: Historiador Semanal

Amateurs de cadrans épurés, passez votre chemin tant qu'il est temps: l'Historiador Semanal arrive! Mais une fois coutume, c'est pour la bonne cause que le cadran est chargé: il correspond à une complication particulière. Imaginez une montre triple calendrier qui propose également l'affichage du numéro de la semaine et où toutes les informations seraient affichées de façon circulaire. A partir de ce cocktail, vous obtenez l'Historiador Semanal et son design inimitable.

J'ai tenu à vous présenter cette montre pour deux raisons:
  • pour l'originalité de son cadran et de sa complication évidemment
  • et parce qu'elle symbolise la stratégie de Cuervo y Sobrinos
Quelle est cette stratégie? Après quelques moments d'égarement, Cuervo y Sobrinos, surfant sur la vague du néo-rétro, a souhaité puisé un peu plus dans sa riche histoire pour redéfinir sa collection. Profitant du caractère latin de son style fleurant bon l'ambiance d'après-guerre à la Havane, la marque présente des modèles à l'esthétique comportant un soupçon de vintage dans un contexte résolument actuel.

Cette Historiador Semanal en est la preuve: regardez la typographie utilisée, la forme du boîtier avec ses cornes si caractéristiques, les aiguilles... l'inspiration du passé est évidente. Il faut dire que cette montre est la descendante directe d'un modèle qui exista dans les années 40. A l'époque, le mouvement avait été créé et breveté à Fontainemelon. De nos jours, le mouvement qui équipe la montre est composé d'une base ETA 2892-A2 et d'un module exclusif qui a nécessité 2 ans de développement. Côté finition, c'est le minimum mais Cuervo y Sobrinos a eu l'intelligence d'agrandir la masse oscillante si bien que le mouvement ne fait pas perdu dans le boîtier... alors que techniquement, il l'est (cf la tige de la couronne visible et la taille de la platine du mouvement). Bien joué!

Face à un tel cadran, les aiguilles ont un rôle majeur pour rendre cet ensemble d'information lisible. Elles jouent parfaitement leur rôle en affichant deux informations à la fois. L'aiguille à bout horizontal indique les mois et les numéros des semaines (donnant ainsi le nom au modèle), celle en forme de diapason les jours et les quantièmes. Sur les photos, vous pouvez vous rendre compte de la façon dont la montre fonctionne. En fait, seuls 2 anneaux sont mobiles: celui des mois et des jours de la semaine. Une des deux couronnes à gauche du boîtier permet de régler les mois et les semaines, l'autre la date et le jour. La couronne à 3 heures a le rôle traditionnel de réglage de l'heure.

La concession à la modernité est la taille du boîtier: l'Historiador Semanal possède un très généreux boîtier de 45mm de diamètre. Compte tenu de plus de la forme et de la longueur des cornes, les petits poignets sont immédiatement exclus du champ des possibles. Pour les autres, c'est la certitude de porter une montre dont la taille, combinée à la présentation du cadran, transmet une forte présence.

L'Historiador Semanal est disponible avec deux couleurs de cadran: noir ou blanc. Pour avoir vu les deux versions, je préfère nettement le blanc, plus lisible et surtout d'aspect plus qualitatif.

Avec L'Historiador Semanal, Cuervo y Sobrinos profite de ses atouts pour se distinguer de la concurrence pourtant fort présente dans ce segment de prix. Ce n'est pas en dévoilant un calibre ou des finissions haut de gamme mais en dessinant une montre mélangeant agréablement style néo-rétro et originalité. Pour ceux qui s'attardent plus sur le style que sur le pur intérêt horloger, l'Historiador Semanal peut être une option à considérer... à condition d'avoir le poignet adéquat!

Un grand merci à Allan Casale qui m'a présenté cette montre lors du Salon Belles Montres 2010.

dimanche 12 décembre 2010

Leroy: la ligne Marine

Nous poursuivons la découverte de la nouvelle collection Leroy avec la ligne Marine. Compte tenu de l'histoire de Leroy, il était plus que logique qu'une ligne rendant hommage aux chronomètres de Marine soit proposée.

Le modèle Marine se décline dans des boîtiers en Or Rose et en Or Gris dont les vis de fixation de la lunette sont situées sur la carrure afin de préserver le fond.

L'organisation du cadran est respectueuse du principe des chronomètres avec la mise en avant de la trotteuse en la positionnant au sommet du cadran, l'indicateur de réserve de marche étant situé à 6 heures. Les aiguilles reprennent la forme de celles de la collection Osmior.

Le mouvement exclusif provient de la Manufacture Horlogère de la Vallée de Joux et tout comme celui de l'Osmior Régulateur à Tourbillon, il propose un train d'échappement original (en silicium avec revêtement diamant) et un balancier à 4 vis de réglage. L'ensemble de l'organe régulant de la montre contraste visuellement avec les autres éléments du mouvement fini avec beaucoup de soin.

J'aurais cependant préféré un mouvement de taille supérieure afin que la masse oscillante couvre une plus grande partie du fond du boîtier. L'excellent point est la finition différente des mouvements selon le boîtier: chaque mouvement est ainsi en harmonie avec les tons de la montre.

Je considère cette ligne Marine comme étant la plus aboutie de la nouvelle collection: le mouvement est exclusif, le design des montres est un vrai hommage aux chronomètres historiques Leroy, le boîtier est original. Elle constitue l'entrée de gamme de la collection mais comme il faudra compter autour de 25K euros pour acquérir un de ces chronomètres, elle n'en demeure pas moins exclusive.

Un grand merci à Guillaume Tripet pour le temps qu'il m'a consacré lors du Salon Belles Montres et bien évidemment, j'adresse tous mes voeux de réussite à l'équipe Leroy pour cette nouveau départ.

Leroy: la ligne Osmior

Il n'est jamais simple de relancer une marque surtout dans le créneau du haut de gamme où la clientèle est extrêmement attachée à la pérennité, à l'histoire et au contenu horloger. C'est pourtant le défi que se sont lancés Miguel Rodriguez, PDG de Festina, propriétaire de la marque depuis 2004, Guillaume Tripet, Directeur Général, créateur des modèles et Bruno Laville, maître horloger français, reprenant à eux trois le flambeau qui a un temps appartenu au duo Zanetta&Flageollet qui ont depuis créé De Bethune.

Ce nouveau projet comporte plusieurs intérêts:
  • il s'agit tout d'abord de vouloir réincarner l'esprit de la Manufacture Leroy qui fut en son temps une des plus prestigieuses et créatrice de la montre la plus compliquée au monde,
  • il incarne une certaine idée de l'horlogerie française,
  • il se veut clairement orienté vers une production exclusive.
Alors, le Leroy version 2010 peut-il être considéré comme le symbole du renouveau de l'horlogerie française? En un sens oui mais très partiellement. De nos jours, l'organisation industrielle du monde horloger empêche quasi systématiquement de pouvoir mener une démarche purement française de conception, fabrication et montage des mouvements qui seule pourrait justifier le concept de "Manufacture Française". Difficile de se passer de sous-traitants suisses en situation de quasi-monopole dans la fabrication de certaines pièces. Difficile de se passer des capacités de production de certaines sociétés suisses. Et pourtant, malgré cela, la nouvelle équipe Leroy a tenu que l'assemblage des montres soit réalisé dans les ateliers situés avenue de l'Observatoire à Besançon. Ce dernier est d'ailleurs impliqué puisque il délivrera les certificats de chronométrie aux montres Leroy. Ce sera avec fierté que les montres porteront soit sur le fond du boîtier soit sur le cadran le label "chronomètre certifié".

Le Salon Belles Montres 2010 a donné l'opportunité à Guillaume Tripet de présenter au public français en avant première les tout premiers modèles de cette renaissance. La collection s'articule autour de deux ligne: L'Osmior (nom déjà utilisé à la période Zanetta&Flageollet) et la Marine.

Je vous propose de découvrir la ligne Osmior pour commencer. Osmior fait référence à un alliage de métaux composé d'or, ayant une couleur neutre et qui a été régulièrement utilisé par la Manufacture Leroy pour les montres compliquées.

3 modèles composent la ligne, tous comprenant des complications prestigieuses afin de positionner la marque dans le haut de gamme.

La première montre est le chronographe monopoussoir automatique dont les compteurs sont alignés verticalement. Le mouvement a une base Vaucher VMF4000 d'une fréquence de 4hz tandis que le module du chronographe fut développé spécifiquement pour ce modèle par Bruno Laville. Le cadran est particulièrement réussi avec ses différents types de guillochage.

Côté mouvement, la construction modulaire permet d'apprécier avant tout le travail effectué sur le VMF4000: c'est fini avec soin mais visuellement, c'est un peu frustrant car la partie visible diffère peu de celle d'une montre simple. Vous noterez le rotor caractéristique qui reprend le logo de la marque.

Il faut souligner la présence parmi les déclinaisons du chronographe d'une très belle version or rose - cadran "champagne" qui rend hommage au style Leroy traditionnel.

La deuxième montre est le Calendrier Perpetuel. De nouveau, nous retrouvons la construction modulaire mais cette fois-ci, la base et le module proviennent de Vaucher: pas de surprise de ce côté là, nous reconnaissons à travers la présentation du cadran le module à aiguille rétrograde des quantièmes VMF5000.

La montre présente les phases de lune sur les deux hémisphères. Côté mouvement, mêmes causes, mêmes effets: la finition est irréprochable mais c'est le travail sur le VMF4000 qui apparaît sous nos yeux. La présentation du mouvement ne diffère pas de celle du chronographe.

Le Régulateur à Tourbillon est plus ambitieux et trace sans aucun doute la vrai voie du projet Leroy. En effet, contrairement aux deux montres précédentes, le Tourbillon Régulateur propose un mouvement exclusif développé au sein de la Manufacture Horlogère de la Vallée de Joux (MHVJ) appartenant au Groupe Festina. Ce mouvement est avant tout une démonstration technique de MHVJ et s'éloigne un peu du style traditionnel Leroy. En effet, cetains détails surprennent:
  • le balancier est ajouré,
  • le train d'échappement (ancre et roue) est en silicium avec revêtement diamant pour supprimer tout besoin de lubrification,
  • ce même train d'échappement a subi une découpe Strutech donnant une drôle d'impression visuelle (cf photo du mouvement ci-après):
En fait, le résultat est techniquement impressionnant mais choque un peu dans le contexte de la montre. N'aurait-il pas fallu attendre une montre avec une présentation plus originale pour utiliser de telles spécifications de mouvement?

Il n'en demeure pas moins que le potentiel de MHVJ et donc de Leroy semble réel. A noter que la montre Régulateur à Tourbillon est disponible dans un boîtier en or rose ou blanc d'un diamètre de 41mm.

Malgré ses imperfections, la collection Osmior affiche déjà de belles promesses qui pourront se concrétiser avec plus de maturité et cohérence.

lundi 6 décembre 2010

Harry Winston: Midnight Minute Repeater

La Midnight Minute Repeater, présentée en 2009, est la première montre de la collection Midnight chez Harry Winston. Comment pourrions-nous définir cette collection? Il s'agit de montres proposant des complications prestigieuses dans un cadre sobre pour ne pas dire épuré tranchant avec le style plus affirmé d'autres collections de la marque. Chaque Midnight est dessinée pour mettre en valeur la complication majeure qu'elle propose. C'est clairement le cas ici avec la Midnight Minute Repeater: le cadran et le mouvement furent conçus pour que tout notre regard soit attiré par le jeu des marteaux.

Le cadran est en effet très simple dans sa présentation: pas de fonction inutile, la montre se passe même de trotteuse. L'heure est affichée de façon décentrée tel un clin d'oeil à la collection Excenter. Un cercle en or est apposé sur le côté gauche du cadran afin de délimiter la zone dédiée à l'ouverture sur les marteaux et de servir de support à un très discret diamant. Outre le diamant, les références à Harry Winston sont au nombre de trois. Cela peut sembler beaucoup mais comme elles sont parfaitement intégrées, elles restent discrètes. La première est le classique logo à 12 heures. La deuxième est la pièce dont la forme est celle d'un marteau de répétition, située en bas à gauche du cadran, qui rappelle la complication principale de la montre. La dernière référence se situe sur les marteaux eux-mêmes: les lettres H et W sont gravés sur et sous chaque marteau. Ainsi, les lettres s'animent lorsque la montre sonne.

Il est évident que cette volonté d'isoler les marteaux côté cadran a nécessité un travail côté mouvement. L'ébauche utilisée est un calibre Renaud&Papi à remontage manuel. Lorsqu'on retourne la montre, c'est un spectacle pour le moins original qui s'offre à nos yeux: le mouvement semble littéralement flotter dans le boîtier. Ce qui pourrait paraître comme quelque chose de décevant prend ici tout son sens. Les deux marteaux et les deux gongs sont séparés de la platine principale expliquant cette présentation très particulière. Si le jeu des marteaux est visible côté cadran, il l'est également côté mouvement. Il est rare de rencontrer une montre qui propose le ballet des marteaux des deux côtés.

Le boîtier Midnight est une évolution très intéressante à mon sens du boîtier Ocean: plus petit (42mm vs 44) avec des cornes plus courtes, au caractère plus discret (cf les pièces qui sont situées à côté de la couronne qui ici ne dépassent pas) tout en restant raffiné, il s'adapte avec bonheur au contexte de cette Midnight Minute Repeater. Cela me fait d'ailleurs penser que ce boîtier serait idéal pour une montre plus simple, plus abordable, une trois aiguille par exemple.

Alors évidemment, vous allez me poser LA question: mais comment sonne cette montre? Et ma réponse va vous décevoir. Je ne peux pas vous répondre avec précision. Ayant testé cette montre pendant le Salon Belles Montres, l'environnement était trop bruyant pour porter un jugement objectif sur la qualité (pureté et puissance) du son. Le son m'a semblé relativement puissant cependant grâce à l'isolement des marteaux et des gongs qui ont un espace favorable à la propagation du son autour d'eux. Mais l'atout de cette montre est incontestablement le plaisir que procure la vue du mouvement des marteaux. Pas besoin de quitter la montre: on actionne le verrou (placé de façon très classique à 8 heures) et les marteaux s'animent. La Midnight Minute Repeater n'est donc pas seulement une montre pour les oreilles mais également pour les yeux!

Contrairement à la Midnight Tourbillon Chronographe qui m'a déçu par sa présentation trop simple, la Midnight Minute Repeater profite au contraire de son aspect épuré et m'a séduit par la mise en scène de sa complication, combinant avec élégance, originalité et discrétion.

La Midnight Minute Repeater est commercialisée en Or Rose et en Or Gris dans le cadre de séries limitées de 40 montres par métal avec deux types de cadran disponibles: argenté ou noir.

samedi 4 décembre 2010

Hautlence: HL2

Le Salon Belles Montres 2010 m'a donné l'opportunité de faire un point complet avec Guillaume Tetu sur Hautlence et sur la HL2 qui sera présentée dans sa version définitive lors du premier trimestre 2011.

A nouvelle équipe, nouvelle impulsion: Guillaume a saisi l'opportunité des changements intervenus au sein de la marque pour s'occuper de façon globale de la destinée de Hautlence et de plus s'impliquer dans la stratégie de communication. Cet aspect fut longtemps le talon d'Achille de Hautlence: sur un créneau horloger très particulier, celui des montres à affichage original de l'heure fabriquées en petites séries, il est nécessaire de présenter le produit, d'expliquer la démarche auprès des collectionneurs du monde entier. La qualité intrinsèque de la montre ne suffit pas: il faut convaincre l'acheteur potentiel de la pertinence de son choix et cela passe par une proximité entre la marque et le client final.

La nouvelle dynamique de Hautlence ne se résume pas uniquement à cette meilleure présence sur le marché. Elle est avant tout soutenue par la sortie prochaine d'une montre qui fait changer Hautlence de dimension: la HL2.

Jusqu'à maintenant, Hautlence est connu et apprécié pour ses montres à heures sautantes et à minutes rétrograde dont l'originalité réside dans l'organisation particulière du cadran, l'utilisation d'une aiguille des minutes fonctionnant comme un essuie-glace et la forme du boîtier en écran de télévision des premiers modèles. Les mouvements sont développés spécifiquement à partir d'un Peseux 7001 dont la puissance est suffisante pour tracter la complication de l'affichage.

Mais avec la HL2, Hautlence franchit un palier. Si nous retrouvons quelques éléments propres à Hautlence (les heures sautantes et les minutes rétrogrades), la HL2 veut symboliser une ambition horlogère bien supérieure.

Comment décrire la HL2 en quelques mots? Tout d'abord, à travers cette montre, Hautlence propose sa première montre automatique. Ensuite, les heures sont indiquées grâce à une chaîne dont chaque maillon représente l'heure à afficher. Et surtout: le système d'affichage interagit sur l'organe régulant de la montre, "renversant" un peu le principe traditionnel. Enfin, la HL2 marque une nette évolution esthétique.

Pendant le Salon, Guillaume présentait le prototype dans son tout nouveau boîtier. Ce dernier est en effet de taille plus contenue que le boîtier des premiers prototypes et mieux conçu: la surface vitrée est optimisée, l'entrecorne élargi et l'angle à 90° du verre ne cache plus une partie de la chaîne des heures: la montre gagne en lisibilité, en qualité perçue et en harmonie. Elle reste cependant imposante mais cela est dû aux complications qu'elle propose et à l'aspect tri-dimensionnel du mouvement.

Comme évoqué précédemment, l'affichage des heures s'effectue par une chaîne composée de 12 maillons liés entre eux par de subtiles charnières. 4 maillons sont visibles de façon permanente lorsque nous retournons la montre. Toute la difficulté concernant cette complication est de maîtriser la vitesse de rotation de la chaîne: elle n'est pas continue car l'heure est sautante. L'équipe Hautlence a donc imaginé un système bielle-manivelle similaire à ceux utilisés par les locomotives à vapeur pour piloter la chaîne et amortir les effets liés à son accélération et son arrêt. Mais ce n'est pas tout: lorsque la chaîne saute au changement d'heure, elle entraîne la mise en rotation de l'organe régulant ainsi que d'une partie des rouages: l'ensemble composé du balancier, du double-spiral Straumann, de la roue d'ancre et de la roue de seconde et de moyenne pivote instantanément de 60°. L'organe régulant effectue donc 4 révolutions complètes par jour. L'intérêt chronométrique d'une telle prouesse est plus que limité lorsque la montre est au poignet: dans ce cas, le principal atout est la transformation visuelle du calibre toutes les heures. Le spectacle devient impressionnant lorsque l'organe régulant se retrouve à 90° par rapport au cadran. Il est aussi très inhabituel: c'est différent de ce que peut proposer par exemple un Tourbillon incliné ou un Tourbillon multi-axial.

C'est en revanche lorsque la montre est posée qu'une telle rotation a plus de sens du point de vue horloger: elle a pour but de corriger statistiquement les écarts de fonctionnement de l'organe régulant dus à la gravité. Alors bien évidemment, même dans ce cas, l'utilité d'un tel système peut sembler utopique: la volonté d'intervenir sur la réduction des écarts entraînant d'autres contraintes comme notamment la transmission de l'énergie nécessaire à son fonctionnement. Mais après tout, qu'importe! Hautlence propose une complication alternative aux Tourbillons et la façon dont elle est mise en scène constitue un régal pour les yeux.

Comme nous pouvons nous en douter, l'énergie requise pour le déplacement de la chaîne et la rotation de l'organe régulant est importante et c'est la raison pour laquelle le mouvement comporte deux barillets: l'un est dédié au fonctionnement de la montre, l'autre à celui de la complication. Lorsque l'aiguille rétrograde des minutes retourne à zéro, le second barillet délivre alors son énergie et la complication de l'heure sautante et de l'organe régulant entre en action. En deux secondes, tout est calé pour l'heure qui débute.

L'affichage des minutes s'effectue sur un secteur à 180° plus naturel que celui à 120° utilisé sur les premières Hautlence: leur lecture devient plus intuitive. Vous noterez que sur le proto, un espace est ouvert sous la graduation des minutes: il sera dédié à l'affichage de la réserve de marche, prévue à 48 heures.

Au verso de la montre, outre les 4 maillons visibles de la chaîne et le côté opposé de l'organe régulant, grande première pour Hautlence, la masse oscillante est dévoilée. Il est clair qu'un calibre automatique est particulièrement adapté au contexte de la HL2 permettant le maintien de la réserve d'énergie des deux barillets à un niveau suffisant.

Comme vous le voyez à travers les photos du prototype, de nombreux détails sont encore à peaufiner afin de terminer la montre. Du fait de la taille de la chaîne et de la place nécessaire pour la rotation de l'organe régulant, la montre est volumineuse: c'est un sacré parallélépipède au poignet. Mais la taille ne choque pas car cohérente avec la montre.

Il est clair que nous attendons maintenant avec impatience la version finale de cette HL2 qui surprend par l'ingéniosité et l'originalité de sa complication, par son effet de volume et de profondeur, par son style audacieux. Avec la HL2, Hautlence quitte le monde des montres à affichage original pour rejoindre celui des montres superlatives. Il s'agit donc d'une première étape dans la nouvelle orientation stratégique de la marque. Bien évidemment, je souhaite à Guillaume Tetu et à son équipe que cette ambition soit couronnée de succès. La HL2 (j'espère qu'elle sera baptisée avec un nom plus évocateur) a tous les ingrédients pour y parvenir.

vendredi 3 décembre 2010

Piaget: Altiplano Automatique 43mm

L'Altiplano Automatique fut présentée lors du SIHH 2010 et le tout récent Salon Belles Montres m'a donné l'occasion de revoir les différentes déclinaisons de cette montre. Il s'agit bien plus que d'une version automatique de l'Altiplano: à travers cette Altiplano, Piaget a souhaité célébrer les 50 ans du calibre 12P qui fut, en son temps, le calibre automatique le plus fin au monde (2,3mm d'épaisseur) et rappeler ainsi la maîtrise de la manufacture dans le domaine particulier des calibres plats.

Puisant dans son histoire, Piaget n'est pas allé chercher bien loin la méthode qui lui permettrait de redéfinir un nouveau calibre automatique ultra-fin: c'est en utilisant un micro-rotor que Piaget a pu présenter deux dignes successeurs au 12P à travers les calibres 1200P et 1208P.

Si leur épaisseur est pratiquement la même par rapport à celle du calibre historique (2,35mm vs 2,3mm), ils s'en distinguent cependant fortement par leur présentation et par leur performance.

Tout d'abord, le 1208P permet l'affichage d'une trotteuse décentrée alors que le 12P n'affichait que l'heure et les minutes. La fréquence des calibres actuels est supérieure (3 hz vs 2,75 hz) tout comme leur diamètre (30mm vs 28mm). En revanche, les réserves de marche sont similaires (40 heures).

Leurs architectures différent également: il est d'ailleurs amusant de constater que le 12P a peut-être une présentation plus moderne (pont traversant au-dessus du micro-rotor) que celle du 1200P et 1208P, plus classique mais très aboutie. Les rouages sur la platine ne sont pas sans rappeler notamment le 838P alors que le 12P était plutôt discret dans ce domaine.

Piaget a donc introduit deux nouveaux calibres. Visuellement, ils sont identiques (avec les côtes de Genève circulaires dans les deux cas) sauf en ce qui concerne la masse oscillante en platine pour le 1200P et en or pour le 1208P.

Le 1200P et le 1208P:

Le premier est utilisé par les deux Altiplano Anniversaire qui sont des montres en or gris ou en or rose, sans trotteuse, à cadrans gris anthracite ou bleu, partiellement guillochés à la main. Une inscription sur le rehaut rappelle qu'il s'agit de montres célébrant le 50ième anniversaire du calibre 12P. Je pense que Piaget aurait pu se passer de cette inscription n'apportant finalement pas grand chose si ce n'est de réécrire une deuxième fois le mot Automatic sur le cadran. Cependant, l'inscription est plus discrète que ne le suggèrent les photos. Ces deux montres sont commercialisées par le biais de séries limitées de 235 pièces chacune.

L'Altiplano Automatique Anniversaire Or Rose, cadran bleu:

L'Altiplano Automatique Anniversaire Or Gris, cadran gris anthracite:

Le deuxième calibre est utilisé par les deux Altiplano (également en or gris et en or rose) qui rentrent dans la collection permanente: elles se distinguent des Altiplano Anniversaire par la présence de la trotteuse décentrée et par le cadran argenté. J'ai à titre personnel une nette préférence pour la version en or rose, très élégante, plus chaleureuse. L'absence de trotteuse sur les Altiplano Anniversaire, si elle renforce la pureté du cadran, rend les montres peu vivantes car la taille du boîtier (43mm de diamètre) est quand même considérable.

L'Altiplano Automatique en Or Gris et cadran argent:

Il faut bien aborder cet aspect un peu surprenant de l'Altiplano Automatique: pourquoi donc un tel diamètre pour une montre habillée, ultra-fine (5,25mm d'épaisseur) de surcroît? Tout d'abord, Piaget a fait le pari que les grandes tailles restent malgré tout un élément important du marché. On note certes un retour vers des tailles plus modestes mais il faut être lucide: les diamètres moyens des montres restent supérieurs à ce qu'ils étaient il y a quelques années. Ensuite, avec cette taille, Piaget a souhaité élargir la gamme: pourquoi ne pas profiter des nouveaux calibres pour présenter une Altiplano de taille supérieure à celles à remontage manuel? Enfin, il faut l'avouer, quelque soit sa version, l'Altiplano Automatique passe très bien au poignet. Les cornes sont courtes et la façon dont sont dessinés les cadrans (avec une espèce de cercle intérieur qui délimite deux niveaux de cadran (voire 3 avec le secteur de la trotteuse) "casse" leur côté plat et rend la taille plus qu'acceptable. Aussi surprenant que cela puisse paraître, l'Altiplano Automatique dégage un certain sentiment d'harmonie alors que ce n'était vraiment pas gagné d'avance.

L'Altiplano Automatique en Or Rose et cadran argent:

Toutes les versions utilisent les aiguilles bâton caractéristiques de la marque, que je préfère personnellement aux aiguilles Dauphine dans le contexte des Altiplano.

Incontestablement, Piaget a marqué un grand coup à travers ces Altiplano Automatique et leurs calibres 1200P et 1208P. Malgré la taille de leurs boîtiers, ces Altiplano ont su conserver l'élégance intemporelle de la collection et la qualité de la présentation des calibres les rendent très séduisantes. Une fois n'est pas coutume, ce sont clairement les versions non limitées qui m'ont le plus séduit: je trouve leurs cadrans plus animés grâce à la trotteuse et en même temps plus purs car moins bavards. Même si elles présentent un très beau guillochage main, les deux Altiplano Anniversaire auraient gagné à plus de discrétion dans la célébration des 50 ans du 12P côté cadran. C'est un peu dommage car elles apportent un style différent dans la collection.

Un grand merci à l'accueil de l'équipe Piaget sur le stand du Salon Belles Montres 2010.