mardi 30 octobre 2012

Audemars Piguet: Royal Oak Offshore Michael Schumacher

Ce n'est évidemment pas la toute première fois qu'Audemars Piguet consacre une montre à un pilote de Formule 1. Mais avec un pilote de la trempe de Michael Schumacher qui possède le plus beau palmarès de la compétition, Audemars Piguet n'avait pas le droit de proposer une série limitée peu différente des modèles précédents. En fait, l'enjeu pour la Manufacture du Brassus n'était pas simple consistant à renouveler le genre tout en conservant les traits caractéristiques des Royal Oak Offshore. Soyons clairs tout de suite, la ROO Michael Schumacher ne cache pas ses origines puisqu'elle reprend les codes de la ROO Grand Prix: diamètre (44mm), protège-poussoirs proéminents, vis sur la lunette caractéristiques, cerclage des compteurs, même mouvement, nous retrouvons bien ces éléments qui ont permis à la Grand Prix de se distinguer début 2010. Et pourtant, la ROO Michael Schumacher fourmille de détails qui lui donne une identité propre.

 Si certains de ces détails sont subtils, d'autres apparaissent de façon plus évidente. Le premier est la lunette. Si la montre est disponible avec 3 boîtiers, en titane (1.000 exemplaires), en or rose (500) et en platine (100), ils ont en commun l'utilisation d'une lunette en Cermet et de protège-poussoirs en titane microbillé. Incontestablement, la lunette en Cermet est une très bonne nouvelle car les propriétés du matériau la protège contre quasiment toutes les rayures. Or les rayures apparaissent toujours comme des balafres sur une ROO car étant extrêmement visibles.  L'autre détail qui permet de reconnaître la ROO Michael Schumacher est la forme des aiguilles originales, inspirée par les lignes d'une monocoque. Je dois avouer qu'elles surprennent de prime abord du fait de leur prolongement très fin contrastant avec les habituelles aiguilles spatule. Mais elles ne choquent nullement et apportent une touche de nouveauté.

La graduation principale est également inspirée par l'univers de la course automobile avec ses différentes alternances de positionnement des traits des intervalles qui dessinent une sorte de drapeau à damier. Je ne la trouve pas franchement pratique, préférant la graduation de la Grand Prix. Elle dessine cependant un joli motif qui décore agréablement le cadran.

Les compteurs sont très épurés et très raffinés. Ils constituent une des plus belles réussites esthétiques de cette ROO. Je les trouve à la fois plus cohérents et plus élégants que ceux de la Grand Prix dont la section jaune des 10 premières minutes du compteur des minutes n'était pas du plus bel effet. La sobriété est ici de mise et elle est bienvenue dans le contexte d'une montre qui ne manque pas de caractère par ailleurs. Afin d'éviter toute confusion, les compteurs du chronographe à 6 heures et à 9 heures utilisent des aiguilles rouges, de la même couleur que la trotteuse du chronographe.

Comme sur la Grand Prix, le rehaut est dédié à l'échelle tachymétrique. Mais pas uniquement. Car c'est bien sur le rehaut que se trouve le plus bel hommage rendu par Audemars Piguet à Michael Schumacher. En effet, 7 étoiles situées entre midi et 1 heure rappellent non seulement le nombre de titres de champion du monde remportés par le pilote allemand  mais aussi les écuries avec lesquelles ces titres ont été glanés. Par ordre chronologique, les deux étoiles bleues font référence à la période Benetton puis les 5 étoiles rouges à celle de la Scuderia Ferrari. La crainte avec ces montres "hommage", c'est que les références deviennent tellement présentes qu'elles relèguent au second plan la montre dans son ensemble. Heureusement, Audemars Piguet a un vrai savoir-faire en la matière et que ce soit avec la Lionel Messi ou avec cette Schumacher, les clins d'oeil sont discrets si bien qu'une personne qui n'a que faire de la star en question pourra profiter de la montre pleinement sans se soucier du contexte de sa création. Les 7 étoiles demeurent discrètes et constituent une façon plutôt subtile de faire le lien avec Michael Schumacher. L'idée est donc excellente.

Le mouvement de la ROO Michael Schumacher est le 3126/3840. Sans surprise, nous retrouvons donc le mouvement modulaire qui équipait la Grand Prix. Le calibre de base est le mouvement maison, le 3120, adapté pour accueillir le module de chronographe. Sa fréquence est de 3hz et sa réserve de marche de 60 heures comme d'habitude. Le fond du boîtier permet d'apprécier la finition, excellente, du 3120. En effet, j'apprécie particulièrement la façon dont il est décoré. La masse oscillante en or ajourée est recouverte d'un traitement galvanique anthracite qui se marie bien avec les ponts du mouvement.

Malheureusement, mouvement modulaire oblige, il ne propose visuellement rien de plus qu'une simple montre à 3 aiguilles. Il est temps pour Audemars Piguet de présenter son mouvement chronographe intégré car les prix pratiqués (plus de 100.000 euros pour la version platine) ont de plus en plus de mal à justifier un mouvement modulaire même si les finitions, le soin apporté aux détails sont au rendez-vous.

 J'ai eu l'occasion de porter les versions platine et or rose. Je pense qu'il est inutile de préciser que compte tenu de leur gabarit, ces versions se distinguent par la forte concentration du poids au niveau du boîtier. Il est vrai que le bracelet caoutchouc renforce ce sentiment. Cependant, il est d'une redoutable efficacité car il maintient parfaitement, version platine comprise, la montre sur le poignet. La ROO Michael Schumacher est à la fois lourde mais confortable car elle ne bouge pas. C'est un sentiment que je trouve agréable... et lorsque le prix d'une montre atteint les 6 chiffres, je préfère que cela se sente aussi au poignet et pas uniquement au portefeuille.

Audemars Piguet a trouvé la bonne alchimie qui permet à la ROO Michael Schumacher de dégager un sentiment de puissance, accentué par les protège-poussoirs, tout en préservant un certain raffinement. J'ai évoqué plus tôt les compteurs. Mais c'est assurément l'harmonie des couleurs et ce, quelque soit les versions, qui parachève la réussite esthétique de cette montre. Prenons ainsi la version platine. Le bleu "pétrole" se combine idéalement avec les différentes teintes de gris. Et une fois n'est pas coutume, la couleur du bracelet caoutchouc est adaptée.

Avec cette série limitée, Audemars Piguet a réussi à renouveler de façon très favorable la ROO Grand Prix présentée il y a deux ans. Plus raffinée, aux couleurs plus douces, la ROO Schumacher trouve le bon équilibre entre esthétique imposante et une certaine élégance. A ce titre la mission est remplie. Mais Audemars Piguet ne pourra pas éternellement se contenter d'un mouvement modulaire surtout à ce niveau de prix.

Un grand merci à l'équipe de la boutique Audemars Piguet à Paris.

dimanche 28 octobre 2012

Harry Winston: Midnight Squelette

La Midnight Squelette est la dernière représentante de la collection Midnight qui prend de plus en plus d'importance au sein du catalogue Harry Winston. La collection se caractérise par l'utilisation d'un boîtier fin  dont le diamètre relativement important (42mm) lui confère un style très élancé. Si le boîtier Premier semble plus sophistiqué, si le boîtier Ocean est plus polyvalent en jouant la carte du sport-chic, le boîtier Midnight séduit par sa simplicité et par ses traits adoucis comme le prouve le très léger rappel des arches Harry Winston sur la lunette à côté de la couronne. A titre personnel, c'est bien le boîtier Ocean que je préfère car il possède plus de caractère et de punch. Cependant, la discrétion et la raffinement du boîtier Midnight ne sont pas dénués d'intérêt surtout dans le contexte de cet exercice de style particulier qu'est la montre squelette.

Compte tenu du cadran extrêmement fouillé, la simplicité du boîtier est bienvenue. Elle permet d'éviter à la montre d'apparaître comme surchargée et surtout elle met en valeur le travail effectué sur le cadran. Le grand atout de la Midnight Squelette n'est pas à proprement parler sa finition même si elle est irréprochable et très proprement exécutée. Il ne s'agit pas d'un mouvement "squeletté" au sens littéral du terme mais usiné avec ses platines et ponts ouverts. Le pouvoir d'attraction de cette montre réside plutôt dans l'esthétique originale et contemporaine du mouvement.

Plus j'observe la Midnight Squelette, plus elle me fait penser à une représentation d'un système solaire où des planètes graviteraient autour d'un astre symbolisé par le micro-rotor. J'apprécie particulièrement ce mélange de cercles, de courbes et de lignes droites convergentes qui apportent beaucoup d'énergie et qui renouvelle cette démarche décorative traditionnelle de l'horlogerie. La forme de chaque élément du mouvement est soulignée par une rainure médiane qui suit les moindres contours, les moindres circonvolutions. Le résultat est emprunt d'une très grande modernité qui mélange complexité et fluidité. Le logo et le nom de la marque sont parfaitement insérés devant le système de remontage automatique et évitent de trop attirer le regard.

 Le caractère dynamique du cadran est dû à la grande courbe qui démarre à la gauche de la partie ajourée du micro-rotor et qui l'encercle pour rejoindre la lunette à 11 heures. Tous les cercles du cadran, quelles que soient leurs tailles, s'organisent, se positionnent sur cette courbe ou autour créant ainsi une sorte de propagation visuelle.

L'équipe Harry Winston a eu la très bonne idée de réduire au maximum la palette des couleurs compte tenu des détails du cadran. Seuls finalement les roues et le balancier tranchent par rapport à la platine ajourée et ce de façon très subtile car ils demeurent peu visibles. Ils sont d'ailleurs plus suggérés que réellement offerts à notre regard. De même, les écueils habituels des montres squelette que sont les incablocs et autres barillets sont relativement cachés ce qui est très positif pour la réussite esthétique de la pièce.

Le spectacle est selon moi encore plus abouti côté ponts. En retournant la montre, toute l'architecture du mouvement se dévoile: les roues, le micro-rotor, le rochet, le barillet, le système de remontage automatique se distinguent nettement tout en s'insérant harmonieusement dans le style décoratif du mouvement. Je dois avouer que je suis plus convaincu en termes de finition par ce côté de la montre car si la démarche esthétique reste la même, j'ai trouvé la qualité perçue supérieure à celle du côté cadran.

L'observation du mouvement côté ponts laisse aussi apparaître son véritable diamètre d'encageage. Ce dernier aurait permis l'utilisation d'un diamètre de boîtier plus petit. Je comprends tout à fait la volonté de Harry Winston de conserver au sein de sa collection un diamètre constant pour ses différentes montres Midnight. Je pense cependant que la montre aurait été encore plus convaincante dans un boîtier de 40 et ce pour plusieurs raisons.

Tout d'abord, la lunette du boîtier Midnight est relativement fine si bien que l'ouverture du cadran demeure importante. Ensuite la réduction de la taille aurait permis d'éviter les ouvertures régulières à la périphérie qui ne sont pas l'élément le plus réussi de la montre. Puis un diamètre contenu me semble généralement mieux adapté à une montre squelette. La montre aurait alors convenu à des poignets plus petits sans forcément gêner les grands poignets. Le rééquilibrage entre diamètre et épaisseur aurait en contrepartie atténué le caractère élancé et la montre serait apparue comme plus ramassée. 

 Le mouvement à micro-rotor est une évolution du calibre Vaucher VMF5300. Il s'agit d'un mouvement d'excellente facture  équipant entre autres la Parmigiani Tonda 1950 et la Richard Mille RM033. Il est intéressant de remarquer que le résultat visuel de la Midnight Squelette côté ponts soutient la comparaison avec la Richard Mille: le squelettage n'est pas le même mais en termes d'exécution, les deux montres se valent.

Le mouvement a une fréquence de 3hz et une réserve de marche de 42 heures. Sa finesse (2,6mm) est évidemment adaptée au contexte du boîtier Midnight (dans ce cas d'une épaisseur de 7,5mm). Son efficacité au remontage est tout à fait satisfaisante pour un calibre à micro-rotor.


La Midnight Squelette dégage une belle présence au poignet de par la complexité du cadran et son caractère élancé qui accentue la perception de la taille. Les poils du poignet sont malheureusement visibles à travers certains parties ajourées mais elles sont suffisamment petites pour que cette contrainte ne devienne gênante. La lisibilité peut être délicate dans certaines conditions de lumière car le contraste entre les aiguilles et le cadran squeletté demeure faible. Ceci dit, je préfère pour l'élégance de la montre que les aiguilles ne jurent pas avec le contexte dans lequel elles évoluent. Le confort de la montre est appréciable: il s'agit d'une constante du boîtier Midnight 42mm. Les cornes épousent bien le poignet et le boîtier se positionne idéalement.

Avec cette nouvelle venue qui tranche radicalement avec les autres modèles existants, Harry Winston étoffe de façon pertinente sa collection Midnight. La Midnight Squelette n'est certes pas une montre irréprochable: elle aurait sûrement mérité une taille plus petite et sa lisibilité est loin d'être optimale. Mais la discrète élégance et la finesse du boîtier Midnight offrent un cadre idéal pour une telle présentation de cadran et de mouvement. L'approche esthétique réussie, à la fois contemporaine, audacieuse et dynamique et l'utilisation d'un mouvement à micro-rotor de qualité font au final nettement pencher la balance du côté positif. C'est la raison pour laquelle le Midnight Squelette, disponible en or gris ou en or rose est une des nouveautés Harry Winston 2012 que je préfère.

lundi 15 octobre 2012

De Bethune: DB25 IXième inframonde Maya

Une fois n'est pas coutume, une nouveauté De Bethune n'apporte rien de particulier techniquement parlant par rapport aux modèles existants. Alors que la Manufacture de L'Auberson peut être considérée comme un formidable laboratoire d'idées horlogères, elle a choisi à travers la DB25 Maya de jouer sur un tout autre registre, celui de l'approche purement artistique ce qui rend cette montre si particulière.

La DB25 Maya, commercialisée dans le cadre d'une série limitée de 12 exemplaires, est avant tout une véritable montre De Bethune, avec tout ce que cela suppose comme solidité et sérieux du contenu horloger. Le mouvement qui l'équipe est le DB2005 à remontage manuel. Il profite d'un certain nombre de brevets propres à la Manufacture comme le balancier en silicium&platine et le système d'antichoc à triple pare-chute. Sa réserve de marche est comme de coutume sur les mouvements de base de 6 jours et sa fréquence de 4hz. Son architecture est évidemment similaire à celle des mouvements à remontage manuel de De Bethune et notamment de celui qui équipe le QP DB26. Pour tout dire, il s'agit du même mouvement sans la complication. Malgré son côté déjà vu, le spectacle qu'il propose est toujours aussi réjouissant.

 Il y a quelque chose de fascinant à observer sur un mouvement à remontage manuel conçu par Denis Flageollet. Est-ce la forme caractéristique des ponts? Les deux barillets qui se dévoilent? L'effet visuel créé par le balancier? Le système d'antichoc et le pont du balancier? La qualité de la finition? Peut-être tout cela à la fois... mais je pense surtout qu'un tel mouvement, grâce aux effets de lumière provoqué par le contraste entre la décoration de la platine et les aciers polis, semble totalement ancré dans une démarche technique et esthétique contemporaine. Un mouvement comme le DB2005 est une sorte de point de rencontre entre l'horlogerie traditionnelle et la dimension  innovante de l'horlogerie d'aujourd'hui. Il possède une beauté que je trouve unique, à la fois froide et lumineuse.

Du point de vue pratique, ses deux barillets et sa longue réserve de marche ne rendent pas le remontage extrêmement doux mais il n'y a rien de gênant: le geste s'opère sans souci et la couronne se manipule aisément.

Une autre constante chez De Bethune est le boîtier typique de la ligne classique DB25. Je retrouve avec plaisir son côté élancé accentué par les cornes évidées et par son diamètre de 44mm. L'épaisseur de 12,5mm est idéale rendant les proportions de la montre harmonieuses. Sa forme est dite "tambour" du fait de sa carrure droite mais il évoque plus à la rigueur un tambourin! Je le trouve d'une grande élégance et surtout assez facile à porter même pour des poignets de taille moyenne. La forme des cornes fait qu'elles semblent disparaître sous le boîtier. Le cadran s'offre alors à notre regard sans retenue... pour notre plus grande joie!

Le cadran de la DB25 Maya se distingue clairement de tous les autres cadrans qui ont pu exister chez De Bethune. C'est donc un voyage au sein de la culture Maya qui nous est proposé ce qui n'est pas d'une extrême originalité en cette année 2012. Ce qui l'est beaucoup plus est la façon d'aborder le thème.

Grâce au talent de la jeune artiste Michèle Rothen, les trois parties du cadran en or massif gravé à la main se combinent pour créer une atmosphère magique, mythologique et sacrée. Les glyphes numériques en acier bleui de l'anneau périphérique et les 20 glyphes de l'anneau intérieur rappellent l'importance de la mesure du temps au sein de la culture Maya ainsi que les unités et mesures particulières qui furent imaginées. Le travail, particulièrement sur les 20 glyphes qui représentent des thèmes extrêmement variés traduit une très grande maîtrise et une qualité d'exécution sans faille. Les deux anneaux font converger notre regard vers la partie centrale de la montre qui est illustrée par un glyphe, le baktun qui symbolise une période de 144.000 jours.

Compte tenu de la taille du cadran, cette grande superficie d'or aurait pu générer un sentiment d'excès. Heureusement, c'est la dimension délicate qui l'emporte. Je pense que les ruptures esthétiques entre les différentes parties du cadran et les touches d'acier bleuies arrivent à casser l'uniformité de l'or et à rendre la montre plus raffinée. Le contraste entre le cadran et le boîtier en or gris est également un facteur qui adoucit la dimension précieuse de la DB25 Maya.

Il aurait été dommage de ne pas pouvoir profiter pleinement d'un tel cadran. Après le mouvement, la DB26 prête l'idée des aiguilles saphir à la DB25 Maya. L'utilisation de telles aiguilles fait mouche dans ce contexte et permet de parachever avec élégance et style cette montre si spéciale. Le souci de la cohérence se retrouve dans le cerclage des aiguilles en acier bleui qui se marie avec les index du même métal. Je dois avouer que j'ai rarement vu des aiguilles à la fois aussi originales et aussi adaptées au cadran qu'elles animent. L'absence de trotteuse n'est pas un problème. Lorsqu'un cadran présente un symbole d'une période de 144.000 jours, nous ne ressentons plus le besoin  de vivre à la seconde près! Après tout, la DB25 Maya se situe dans une autre dimension temporelle. Le temps semble presque accessoire comme la transparence des aiguilles le suggère. Ce qui compte le plus, c'est de profiter de la multitude des détails du cadran  dont le charme durera bien après la fin du monde supposée arriver le 21 décembre 2012. Si cela devait arriver, ce serait fort dommage car de nouveau, De Bethune, mais cette fois-ci d'une façon différente, nous démontre sa capacité intacte à combiner charme et technique. Et franchement, rater la collection 2013 pour de telles raisons serait très frustrant!

Merci à l'équipe De Bethune pour son accueil pendant la semaine du SIHH.

samedi 13 octobre 2012

Burberry: The Britain Réserve de Marche Automatique

Il est toujours intéressant d'observer une nouvelle orientation stratégique d'une marque y compris lorsque cette dernière intervient dans le monde du luxe au sens large. Burberry en lançant sa dernière collection  "The Britain" souhaite se donner une nouvelle ambition horlogère en proposant une gamme complète de montres homme et femme marquée par un bond qualitatif certain par rapport aux lignes déjà existante.

De prime abord, la tâche de Burberry, qui continue à s'appuyer sur le Groupe Fossil pour le développement de son pôle horloger, semble très difficile pour ne pas dire insurmontable. Après tout, n'avons-nous pas en tête une longue liste d'échecs de stratégies similaires? C'est un peu comme si la démonstration avait été faite à maintes reprises que seules les marques exclusivement dédiées à l'horlogerie pouvaient espérer prospérer dans cette industrie, les notions d'image et d'histoire jouant un rôle prépondérant dans l'acte d'achat des clients. Cependant, en analysant plus finement les raisons de ces échecs, nous nous rendons compte que très rarement ces ambitions avaient été soutenues par des produits adaptés. Il ne suffit pas de recouvrir les magasines de pub pour automatiquement générer du succès, les clients attendent plus qu'un seul nom sur un cadran, ce qui est plutôt rassurant d'ailleurs. Entre montres fabriquées dans des contrées exotiques en total décalage avec l'image que veut projeter la marque et montres positionnées dans un segment trop élevé ne correspondant ni aux aspirations de la clientèle ni à leur légitimité horlogère, les explications de ces déboires sont à vrai dire assez simples à percevoir. 

Cependant, la réussite de Chanel montre bien qu'il n'existe pas de fatalité et lorsque le produit est bien pensé, est cohérent et suffisamment qualitatif, la porte du succès commercial et de la crédibilité peut s'entrouvrir.

En examinant la collection "The Britain" de Burberry, je retrouve d'ailleurs beaucoup de points communs avec la démarche de Chanel:
  • un design original dans ce segment et constant au sein de l'ensemble de la collection,
  • une bonne qualité d'exécution et des finitions tout à fait respectables,
  • un positionnement tarifaire "médian" ni trop bas pour contribuer à la perception de la qualité ni trop haut pour éviter que la clientèle ne se tourne vers des marques traditionnelles.
La Britain Réserve de Marche est la montre la plus ambitieuse de la collection et à ce titre, en constitue le porte-drapeau. Son design imaginé par le directeur de la création de Burberry, Christopher Bailey est inspiré par l'univers du trench-coat. Je vais être franc: le lien avec le trench-coat ne m'a pas paru si évident que cela, couleurs mises à part. C'est la raison pour laquelle nous retrouvons ce mélange de noir, bronze, marron foncé plutôt réussi d'ailleurs.

Mais soit le hasard fait bien les choses soit la véritable source d'inspiration se trouve ailleurs!  En effet, la Britain Réserve de Marche évoque bien plus une sorte de croisement entre une Patek Philippe Aquanaut du fait du boîtier octogonal et à une BR01-92 Carbon en raison de la façon dont les vis sont positionnées sur la lunette. Le design n'est donc pas à proprement parler "original" pour les amateurs d'horlogerie car les rappels sont évidents. En revanche, une clientèle moins au fait des icônes percevra dans ce boîtier une certaine personnalité. Il faut l'avouer, pour une marque de luxe généraliste, ce type de design est plutôt rare et il permet de définir en peu de temps les critères esthétiques facilement reconnaissables qui créeront l'identité horlogère de Burberry. C'est donc bien joué.

Le meilleur atout de la Britain Réserve de Marche est la qualité de la finition du boîtier en acier inoxydable et plaqué gris par ionisation. Sa construction en trois pièces permet de mélanger les couleurs et sa forme galbée lui confère une certaine complexité. Les effets brossés de la lunette donnent un beau jeu de couleurs selon l'inclinaison du poignet. Son diamètre est imposant (47mm!) mais heureusement les cornes sont courtes et le fond intelligemment conçu. Seul bémol au sujet du boîtier: j'aurais apprécié qu'une inscription soit gravée sur la couronne, un peu trop simpliste à mon goût.

Le cadran est également bien fini même s'il m'a moins séduit que le boîtier. Les chiffres et index sont correctement peints sur un fond légèrement grainé. J'ai trouvé visuellement ces chiffres un peu petits par rapport au gabarit général de la montre. L'heure et la réserve de marche se lisent sans souci ce qui n'est pas le cas de la date. Le guichet est franchement minuscule et la date semble se trouver au fond d'un puits. Je trouve que l'utilisation du mouvement Soprod 9090 qui combine réserve de marche et grande date aurait été plus judicieux que le 9040 qui équipe cette montre.

Le Soprod 9040 est un mouvement fiable et sans histoire qui est également utilisé par Panerai. Ce n'est évidemment pas un mouvement exclusif mais il fera son office sans problème. Sa fréquence est de 4hz et sa réserve de marche est de 40 heures. Sa finition est plutôt convaincante avec un joli rotor  décoré avec des côtes circulaires, le perlage des ponts etc... Bref, c'est proprement réalisé et le mouvement s'insère visuellement bien dans le fond du boîtier. Un détail amusant est à noter. Le communiqué de presse évoque le spectre de couleurs qui comprend l'or, le noir, le gris, l'acier inoxydable et le fushia. J'ai cherché l'or et le fushia qui ne me sautaient pas aux yeux. La réponse était évidente: l'or, c'était le balancier, le fushia, l'incabloc. Ah les envolées lyriques des communiqués de presse!

Avec ces 47mm de diamètre, la Britain Réserve de Marche ne passe pas inaperçue. Je l'ai présentée à des amis qui immédiatement ont fait la relation avec l'Aquanaut. Ils ont tous souligné l'approche qualitative et le design caractéristique. Deux bons points donc. Le bracelet a également  suscité des remarques: à la fois épais et souple, il contribue au confort de la montre et sa couleur se combine parfaitement avec celle du boîtier. S'agissant d'amateurs d'horlogerie, le prix (autour de 3.500 euros pour ce modèle) a semblé rédhibitoire à leurs yeux. Non pas vis à vis de la qualité intrinsèque de la montre mais bien par rapport à la marque dont la légitimité horlogère est à construire. Je suis à titre personnel d'accord avec leur analyse. Cependant, cela ne veut pas dire que le prix est mal fixé, bien au contraire.


La véritable question est donc de savoir à qui s'adresse une telle montre. L'expérience prouve qu'il faut beaucoup de modestie lorsqu'il s'agit d'essayer de répondre à cette interrogation. Il n'y a jamais de clientèle monolithique quels que soient les modèles, les marques, les segments. Je pense tout simplement que Burberry a positionné le prix pour que le client en boutique ait la conviction que l'objet convoité corresponde bien au même univers que celui de la marque en général: le client en question reste donc dans sa zone de confiance, conforté en cela par la qualité de la pièce. Et le tour est joué. Le client traditionnel de l'horlogerie ira de son côté explorer d'autres horizons à la recherche de montres de marques fortement ancrées dans leur domaine de compétence.

En résumé, je trouve la démarche de Burberry bien pensée à la fois en termes de produit et de positionement. Les ingrédients sont réunis pour que cette nouvelle collection soit un succès auprès d'une clientèle à laquelle je n'appartiens pas pour différentes raisons.

Merci à Burberry France.

samedi 6 octobre 2012

Girard-Perregaux: Tourbillon Bi-axial or gris

La présentation récente par Girard-Perregaux du Tourbillon Bi-axial Titane DLC m'a donné envie de vous parler de la version en or gris qui fut dévoilée en 2010. Je regrette d'ailleurs de ne pas l'avoir fait plus tôt car il s'agit d'une des montres les plus envoûtantes de ces dernières années.

Le Tourbillon Bi-axial fit son apparition au sein de la collection en 2008 dans un boîtier en or rose et très vite, il contribua à crédibiliser l'approche haute-horlogerie de Girard-Perregaux. Il symbolise parfaitement la stratégie  poursuivie dans ce segment   par la Manufacture de la Chaux-de-Fonds  qui consiste à s'inspirer de sa riche histoire tout en explorant de nouvelles voies pour viser l'excellence et se distinguer de la concurrence. A ce titre, l'observation de cette montre provoque un sentiment très particulier, celui d'être en face d'une pièce à la fois classique et contemporaine. Girard-Perregaux joue beaucoup sur les contrastes, les paradoxes avec ce Tourbillon Bi-axial et c'est la raison pour laquelle elle possède un charme très particulier.

Un premier regard très rapide donne l'impression que la montre est extrêmement dépouillée. Girard-Perregaux a éliminé tout élément qui pourrait nuire à la pureté du cadran: ici, point de chiffres ou d'inscriptions inutiles. Les index sont discrètement positionnés sur le rehaut. Seuls finalement les vis des ponts et le "Girard-Perregaux" sur le barillet agrémente le cadran au design très géométrique.

Ce cadran aime en effet mélanger les formes en jouant sur l'opposition entre les lignes droites des ponts et le disque du barillet: il est donc simple sans être ennuyeux. En fait, il regorge de subtilités qu'une observation plus attentive permet de déceler. Ainsi, le pont de barillet et le pont de centre en or rose sont satinés et parfaitement anglés. Leur couleur apporte la légère touche de chaleur qui permet de relever l'ambiance chromatique de la montre, très homogène et très sobre. Le fond du cadran, en deux parties, est décoré avec un guillochage circulaire qui contribue au raffinement et à la modernité du design. Mais comment ne pas évoquer le décor à ellipse du barillet? Ce motif ornait déjà la montre de poche Tourbillon sous 3 ponts d'or de Constant Girard et sert donc de fil conducteur sur plus de 120 ans d'histoire de la Manufacture, entre la récompense obtenue lors de l'Exposition Universelle de 1889 et la présence du Tourbillon Bi-axial dans la collection actuelle.

La montre de Constant Girard est une source d'inspiration évidente. Cependant, seuls deux ponts semblent visibles sur le Tourbillon Bi-axial. Ce serait oublier le troisième pont, bien présent mais qui du fait de l'utilisation de deux cages concentriques ne s'offre à notre regard que pendant quelques secondes par cycle. 

Le clou du spectacle est proposé par le caractère hypnotisant du comportement des deux cages. Le design imaginé par Girard-Perregaux prend alors tout son sens. Le cadran, le rehaut, les subtils détails, ils ont tous été conçus pour mettre en valeur le Tourbillon. Rarement une montre aura atteint une telle cohérence entre le jeu du Tourbillon et la scène qui lui est destinée. Tout en apportant un grand soin à leurs finitions, Girard-Perregaux a oeuvré pour que les éléments constitutifs du cadran s'estompent derrière la magie du Tourbillon. Rien ne perturbe son observation et c'est un vrai régal pour les yeux. Ce contraste entre l'extrême dépouillement du style et l'incroyable complexité du ballet de l'organe régulant est à vrai dire très surprenant.


Le Tourbillon est composé de deux cages concentriques. La cage intérieure qui contient le balancier effectue une rotation en 45 secondes. La cage extérieure qui permet la rotation autour d'un second axe effectue une rotation toute  les 75 secondes. Compte tenu de ces paramètres, 225 secondes sont nécessaires pour effectuer une révolution complète. Même si le Tourbillon Bi-axial ne suit pas le cycle traditionnel des Tourbillons simples qui effectuent leurs rotations en une minute, Girard-Perregaux n'a pas souhaité rajouter une trotteuse qui aurait gâché la vue. C'est une excellente idée qui prouve que la priorité demeure la faculté de pouvoir profiter pleinement du Tourbillon.


Le choix des matériaux n'a pas été laissé au hasard non plus. La cage intérieure est en acier pour concentrer le poids et atteindre un meilleur équilibre. La cage extérieure est en titane afin de l'alléger et d'optimiser la consommation d'énergie. L'or est utilisé pour les vis du balancier et comme chaton sur le troisième pont. Enfin, le balancier est incliné par rapport au pont afin de réduire l'amplitude entre les positions horizontales et verticales, l'objectif derrière un tel choix étant d'éviter que le balancier ne se retrouve dans une position extrême.

Le Tourbillon est également visible à l'arrière de la montre. La présentation  du mouvement GPE0201 à remontage manuel reste à l'image du cadran: épurée et subtile. Cela n'empêche pas Girard-Perregaux de faire preuve d'imagination pour la rendre la plus attractive possible. Tout d'abord, il y a un effet de volume saisissant que l'épaisseur du boîtier (18,5mm) permet. Ensuite, les ponts du cadran sont rappelés par les plaques du nom et du numéro du mouvement. Mais le pont du barillet est de ce côté tout en courbe afin de ne pas jurer avec la forme des deux principaux ponts médians. Le fond du Tourbillon Bi-axial est donc à la fois conforme au cadran tout en présentant un aspect moins strict.

J'ai évoqué à plusieurs reprises "le barillet". Mais pour être plus juste, il faudrait plutôt parler "des barillets". En effet, le Tourbillon Bi-axial est équipé de deux barillets co-axiaux comportant deux ressorts en série chacun. Ils ont des rôles très précis: l'un est dédié à l'augmentation de la réserve de marche (72 heures), l'autre à la régularité de marche. A noter que la fréquence du mouvement est de 3hz.

Mettre le Tourbillon Bi-axial au poignet est une expérience réellement jouissive. La montre est certes imposante (45mm de diamètre) et épaisse. Mais sa rondeur, son galbe lui évitent de sombrer dans le lourd et le massif. Et la délicatesse du Tourbillon fait le reste: le rideau se lève et il entre en jeu. A ce moment précis, je n'ai retenu que sa légèreté, son ballet me faisant oublier totalement le gabarit du boîtier... voire même les ponts d'or pourtant si caractéristiques de la marque! Les cornes sont relativement longues pour l'équilibrage esthétique. Heureusement, elles sont fortement courbées ce qui rend la montre portable.

Incontestablement, Girard-Perregaux a frappé un grand coup avec le Tourbillon Bi-axial. Il remplit parfaitement deux missions importantes: il inscrit dans une dimension plus contemporaine l'approche esthétique liée aux trois ponts d'or et il apporte la preuve des capacités techniques de la Manufacture. Grâce à sa sobriété et à la mise en valeur du Tourbillon, la montre séduit par sa finesse d'exécution et son caractère hypnotisant.

Merci à l'équipe Girard-Perregaux UK pour la présentation pendant le Salon QP 2011.