dimanche 26 février 2012

Van Cleef & Arpels: Poetic Wish

Je me souviens très bien de l'émotion ressentie lors du SIHH 2010 en découvrant le Pont des Amoureux de Van Cleef & Arpels: l'indication de l'heure n'était qu'un prétexte pour mettre en scène un jeune couple qui parcourait un pont afin de se rejoindre pour un baiser de quelques instants. C'est aucun doute cette montre qui a mis en lumière, plus encore que la Lady Arpels Féerie, la collection des Complications Poétiques de la célèbre maison parisienne. Le but de cette collection est de proposer des montres dont le but premier n'est pas d'indiquer le temps mais bien de raconter une histoire. Elles possèdent donc un côté apaisant voire rassurant car la dimension poétique voire malicieuse prend le dessus sur tout autre considération: l'évocation de l'amour est bien plus réjouissante que celle du temps qui passe!

Van Cleef & Arpels et Jean-Marc Wiederrecht sont allés encore plus loin dans cette démarche avec les deux montres Poetic Wish présentées au cours du SIHH 2012. Le Pont des Amoureux mobilisait un sens (la vue): les deux Poetic Wish en mobilisent deux voire trois (la vue, l'ouïe, le toucher pour lancer via la couronne l'animation). L'affichage du temps, permanent sur le Pont des Amoureux, disparaît du cadran pour n'apparaître qu'à la demande. Enfin, nous retrouvons nos deux personnages qui se transforment en automates.

Rarement des montres se sont autant converties en scène de théâtre! La dimension fonctionnelle des cadrans s'efface pour laisse place à de véritables décors tri-dimensionnels dans lesquels évoluent de nouveau les deux amoureux.

La ville reste la même, Paris. Mais cette fois-ci, le couple est séparé, la jeune femme se retrouvant dans la Tour Eiffel tandis que le jeune homme lui fait face, au loin, dans Notre-Dame. Les deux montres forment un duo indissociable. A travers une complication similaire, chacune interprète à sa façon la communication entre les deux personnages. Il y a un point de vue féminin que nous retrouvons dans la Lady Arpels Poetic Wish et un point de vue masculin dans la Midnight Poetic Wish. Non seulement les deux montres se complètent mais l'une ne peut aller sans l'autre puisque le message envoyé par un des personnages nécessite obligatoirement une réponse... sinon le charme se brise!

C'est un geste, un simple geste qui a donné l'idée de créer ce duo de montres. Un mouvement ample du bras qui consiste à lancer vers le ciel un objet qui devient sur les deux Poetic Wish le véhicule du message entre les deux personnages et accessoirement, l'indicateur des minutes (l'étoile filante pour l'homme et le cerf-volant pour la femme). Le contenu de ce message est un voeu que s'envoient les amoureux et comme pour tout voeu, il y a un instant précis pendant lequel il faut le faire. Cet instant se déclenche grâce à la couronne à 2 heures.

Les Lady Arpels et Midnight Poetic Wish partagent le même principe. en manipulant la couronne supérieure, l'animation des automates débute. Sur la Lady Arpels, la jeune femme se déplace le long du premier étage de la Tour Eiffel et s'arrête lorsque le nuage la touche. La graduation indique les heures. Puis le cerf-volant s'envole pour se rapprocher de Notre-Dame située au second plan du décor. De façon symétrique, le jeune homme envoie l'étoile filante vers la Tour Eiffel. Une fois le voeu lancé, les automates reviennent lentement, sans mouvement brusque, à leurs positions initiales. Il n'y a rien d'immédiat et d'instantané ici: les Poetic Wish sont un ode aux déplacements continus et lents afin de conserver cette ambiance de quiétude!

Toute cette animation est accompagnée par le son de la Répétition 5 Minutes: les heures sont interprétées par le biais d'une note grave tandis qu'une note aigüe indique les segments de 5 minutes écoulés. Il y a une totale osmose entre l'affichage du temps par le biais des automates et le son de la Répétition notamment lors du changement de note qui correspond au démarrage du lancer du voeu.

La fascination qu'exerce le jeu des automates nous ferait presque oublier la qualité exceptionnelle de l'exécution des cadrans et de leurs détails. De nombreux métiers d'art furent mobilisés pour arriver à un tel résultat. Sculpture sur or, sur nacre, gravure, peinture se rejoignent dans un seul but: créer le décor parfait, celui d'un Paris hors du temps et onirique. La sensation de profondeur et la précision des détails produisent un résultat spectaculaire qui s'apprécie tout autant pendant l'animation ou en dehors.

La Lady Arpels Poetic Wish:



La Midnight Poetic Wish:



Les deux boîtiers en or gris ne sont pas en reste. Ils ont été revus par Eric Giroud et nous sentons bien que cela lui a fait très plaisir de retrouver son compère Jean-Marc Wiederrecht dans cette aventure. Le travail sur les carrures permettent de poursuivre le voyage dans ce Paris idéal même lorsque nous n'observons pas le cadran.

Lorsque j'ai indiqué que l'affichage du temps n'apparaissait qu'à la demande, ce n'était pas tout à fait exact. Car en retournant les deux montres, nous découvrons une architecture de mouvement unique. Le mouvement comporte deux sous-cadrans: l'un dédié à l'affichage du temps permanent, l'autre à la trotteuse. Ces sous-cadrans sont bien pratiques et indispensables pour un réglage précis de l'heure.

Mais ce qui frappe le plus (sans jeu de mots) est la position des deux marteaux et des gongs. Les deux marteaux sont situés au centre du mouvement et surtout se déplacent verticalement au lieu du traditionnel va et vient horizontal. Quand aux deux gongs, concentriques, eux aussi placés de façon surprenante, ils participent à la décoration du mouvement.

Compte tenu de la complexité du mouvement (458 pièces) et des deux sous-cadrans, l'optimisation de la surface disponible a été un enjeu important pour Agenhor d'autant plus que la réserve de marche est loin d'être ridicule: 60 heures (pour une fréquence de 3hz). Le balancier, caché derrière le pont traversant a ainsi un diamètre plutôt petit. Inutile de le préciser, l'architecture de ce mouvement est tout bonnement unique et pour leurs premières montres sonores, Agenhor et Jean-Marc Wiederrecht sont arrivés à un résultat stupéfiant.

Je ne peux malheureusement pas vous donner mon point de vue sur la qualité du son: l'endroit était trop bruyant pour se forger une opinion valable.

Je ne pouvais pas résister à la tentation de mettre la Midnight Poetic Wish à mon poignet: le boîtier de 43mm est important mais il permet de créer une rupture visuelle importante avec la Lady Arpels de 39mm. Il se porte avec confort grâce à la forme des cornes très courbées. Le cadran attire tellement le regard que j'ai oublié que la lunette et les cornes étaient serties. La couronne à deux heures se manipule sans trop de difficulté la montre au poignet mais à titre personnel j'aurais préféré un verrou glissant. Cependant, il n'aurait pas été simple à intégrer dans l'esthétique de la montre et il nous aurait privé du travail sur la carrure.

Avec les deux montres Poetic Wish, Van Cleef & Arpels, tout comme ses deux personnages dans les monuments parisiens, a gravi un étage dans la pyramide horlogère. Les Poetic Wish explorent en effet de nouvelles dimensions grâce à la combinaison du son avec le jeu des automates sans oublier le travail exceptionnel réalisé sur les cadrans. Montres envoutantes et fascinantes, elles apportent la preuve que l'indication du temps n'est pas l'élément essentiel et que rien n'est plus précieux que l'émotion de l'instant présent.

Un grand merci à l'équipe Van Cleef & Arpels et à Jean-Marc Wiederrecht pour leur accueil pendant le SIHH.

mercredi 22 février 2012

Heritage Watch Manufactory: Viator

Heritage Watch Manufactory est la marque fondée en 2010 et basée à Neuchâtel dans laquelle officie Karsten Frässdorf. C'est en toute logique que nous retrouvons avec la Viator sa conception, sa vision de l'horlogerie. Karsten Frässdorf, au delà de son talent d'horloger, c'est une façon particulière d'aborder la chronométrie. Alors que les tendances lourdes du marché sont marquées par l'augmentation sensible de la fréquence obligeant l'utilisation de matériaux innovants plus légers, aux propriétés physiques adaptées, Karsten Frässdorf prend le contrepied et conçoit ses mouvements autour des principes de la basse fréquence, des grands balanciers afin de concilier précision et stabilité.

Corollaire de cette démarche, une des caractéristiques principales de ses mouvements reconnaissables au premier coup d'oeil, est le diamètre imposant du balancier qui atteint les 16mm de diamètre. L'observation du comportement de ce balancier, aux oscillations lentes et régulières (la fréquence est de 2,5hz) provoque beaucoup de plaisir et rappelle les montres chronomètres qui ont participé aux concours avant que les fréquences ne commencent à augmenter dans les années 60. Karsten Frässdorf a consacré beaucoup de temps aux systèmes de réglage et d'ajustement de chaque élément de l'organe régulant. En observant de près le balancier, vous remarquerez 2 éléments importants: le bras du balancier "évidé" et les 2 pièces courbées qui épousent la serge sur à peu 100 degrés chacune et qui permettent un réglage plus fin du balancier. Le spiral est réglé grâce au système "Tenere" qui permet une pose précise et surtout d'éviter tout risque de perturbation au moment délicat où il est fixé. Enfin, le système Sectator permet à l'horloger de procéder à des ajustements sur l'échappement. L'organe régulant est ainsi dans son ensemble facilement paramétrable grâce aux différentes variables que les systèmes brevetés décrits précédemment ont définies.

Le mouvement qui équipe la Viator, conçu dans cet esprit, a un diamètre considérable de 38,3 mm et occupe généreusement le boîtier de 42,5mm. Il s'agit d'un mouvement relativement ouvert grâce à la forme des ponts dans sa partie inférieure, la solution de ponts "individuels" ayant été privilégiée par rapport à un pont qui aurait recouvert une grande partie du mouvement. La roue d'échappement est clairement visible ce qui met de nouveau en valeur l'organe régulant. La finition est très sobre et soignée. Les anglages, pourtant bien réels restent discret et j'aurais aimé qu'ils apparaissent mieux. Ce n'est pas, à vrai dire, un problème très grave puisque le rendu visuel du mouvement est cohérent avec son esprit, celui d'un mouvement lent, "diesel", à la fois précis et robuste.

De prime abord, la Viator diffère peu de la Magnus qui est la montre la plus simple de Heritage Watch Manufactory. Toute la subtilité se retrouve dans le guichet sur le cadran. Non, ce guichet n'est pas dédié à la date mais l'indication d'un second fuseau horaire grâce à une heure sautante. La Viator n'est pas une vraie montre GMT car le second fuseau est indiqué sur 12 heures seulement. Mais ce guichet constitue une jolie réinterprétation de la complication et la rend très pratique car à lecture directe et sans risque de confusion avec l'heure du fuseau principal. Les aiguilles étant évidées, le guichet reste visible même lorsqu'elles le survolent.

Le réglage s'opère à la couronne. La montre est d'abord réglée sur l'heure du fuseau principal. Puis en reculant et en avançant l'aiguille des minutes pour lui faire franchir la 60ième minute, nous faisons sauter l'heure dans le guichet le nombre de fois nécessaire. Le second fuseau est ainsi réglé et synchronisé. Evidemment, si l'heure du guichet correspond à l'heure de l'aiguille des heures, la Viator se transforme en pure montre à heures sautantes... ce qui après tout ne serait pas une mauvaise idée car sur le cadran ne sont inscrites que les dizaines de minutes.

Nous retrouvons dans le design du cadran toute la patte d'Eric Giroud: il a été crée tout en reliefs, tout en volumes mettant en valeur les sections de 10 minutes renforçant en cela l'inspiration chronométrique de la Viator. Les aiguilles sont de véritables stylos à plume stylisés qui nous rappellent qu'une montre ne fait que dessiner le temps qui passe. Je trouve cette combinaison cadran&aiguilles réussie car elle présente une certaine originalité tout en conservant le classicisme requis pour ce genre de pièce.

Le boîtier, crée lui aussi par Eric Giroud est plus traditionnel même s'il alterne efficacement parties polies et brossées. La petite touche de folie se trouve au niveau des cornes: elles sont courbées pour apporter le confort au poignet mais la partie attenante au boîtier est parfaitement plate. Le rendu visuel est pour le moins inhabituel et il a suffit d'un petit détail, ce décrochage entre la partie plate et la courbure pour donner un effet de style bienvenu à la Viator. La couronne a été conçue pour une bonne prise en main afin de faciliter sa manipulation et le remontage.

Le cadran est disponible en deux couleurs: l'une, plus claire, confère à la Viator un aspect plus classique. L'autre, plus sombre, lui apporte une certaine modernité et réduit la perception de taille. C'est cette version que je préfère. La Viator reste une montre relativement imposante du fait de la longueur des cornes et de son épaisseur (13,05mm). De barrette à barrette, la distance est de 53,10mm ce qui obligera les petits poignets à bien la tester car le diamètre du boîtier n'est qu'un paramètre à prendre à compte. La taille ne m'a pas gêné car elle est fidèle à l'esprit du mouvement et je n'aurais pas imaginé une petite montre dans un tel contexte.

Je fus donc séduit par la Viator car elle apporte un vent de fraîcheur à travers son approche très traditionnelle de la chronométrie. Mon seul regret est l'absence d'un discret indicateur jour&nuit pour le second fuseau qui aurait permis de gérer une plage de 24 heures. Mais derrière un mouvement qui semble classique, se cachent des astuces en matière de réglage qui démontrent l'intelligence de la conception. La Viator s'apprécie dans la durée et s'adresse aux collectionneurs qui ont envie d'éprouver le plaisir de porter une montre inspirée par les pièces ayant participé aux anciens concours de chronométrie.

Un grand merci à Karsten pour son accueil pendant le GTE 2012.

lundi 20 février 2012

Lange & Söhne: Grand Lange 1 (2012)

C'est peu dire que cette nouvelle Grand Lange 1 était très attendue. L'ancienne version cristallisait en effet un certain nombre de critiques dont les plus fréquentes étaient la présentation du cadran dont les zones circulaires se coupaient et l'utilisation d'un mouvement prévu pour un boîtier plus petit. Une vraie hérésie pour les fans de la manufacture saxonne même si au fil du temps, la Grand Lange 1 avait trouvé sa clientèle peut-être attirée par le côté moins parfait lui donnant une certaine originalité au sein de la collection.

Cependant, en découvrant cette nouvelle version, je dois avouer que je vais peu regretter sa devancière. Parler de "nouvelle version" est un peu faux d'ailleurs car en l'analysant de près, nous nous rendons compte très vite qu'il s'agit d'une montre radicalement différente.

Tout l'esprit de la Grand Lange 1 de 2012 repose sur le nouveau mouvement qui a été spécifiquement développé à son attention: le calibre L095.1. Il possède 4 principales caractéristiques qui l'éloignent du L901.0 traditionnel de la Lange 1 et dont la plupart expliquent le design de la montre qui l'héberge:
  • son diamètre est imposant: 34,1mm (soit 3,7mm de plus que le L901.0)
  • son épaisseur est contenue: 4,7mm (soit 1,2mm de moins que le L901.0)
  • il n'utilise qu'un seul barillet au lieu du double-barillet habituel
  • il est équipé du spiral maison.
Grâce au diamètre élargi, Lange a pu loger un barillet plus important et donc y insérer un ressort plus long. Le calibre L095.1 conserve ainsi la même réserve de marche que le L901.0 tout en étant plus fin. Cette particularité se remarque même côté cadran puisque l'inscription "Doppelfederhaus" a été remplacée par le rappel de la réserve de marche: "Gangreserve 72 Stunden". Puisque je vous parle du cadran, je vous propose d'y rester quelques instants. Grâce au nouveau mouvement, il respecte la présentation parfaite et harmonieuse de la Lange 1 : aucune aiguille dédiée à une fonction ne survole une zone dédiée à une autre fonction. Contrairement à la Daymatic, le sens habituel de l'organisation du cadran est préservé avec la réserve de marche, la date et la petite seconde à droite et l'heure à gauche. Certes, pour ceux qui portent la montre sur le poignet gauche, cela oblige à découvrir entièrement le cadran pour lire l'heure mais ce serait dommage de se priver d'un tel spectacle. Au-delà de cette organisation des éléments rigoureuse et harmonieuse, c'est bien la qualité de la finition qui s'apprécie le plus. Ce qui attire le plus le regard, outre les index et les chiffres appliquées, c'est la décoration "en soleil" des deux sous cadrans qui crée un très beau contraste avec le reste du cadran et provoque de magnifiques reflets de lumière.

La grande date "à la Lange" est évidemment présente mais j'aurais tort de ne pas vous en parler. Elle a l'air tout ce qu'il y a de plus normale par rapport à n'importe quelle Lange 1. Et pourtant, Lange a veillé à l'agrandir proportionnellement à l'augmentation de la taille du boîtier afin que l'architecture harmonieuse de la Lange 1 soit intégralement respectée. Un souci du détail naturel chez Lange mais qu'il est bon de rappeler. Que ceux qui n'aiment pas cette grande date ne se réjouissent pas trop: comme de coutume, elle n'affiche aucun zéro de dizaine ce qui pour moi n'a jamais été un souci, la montre semblant différente les 9 premiers jours du mois.

La finition du mouvement est à l'unisson, l'immense platine 3/4 donnant une belle surface à décorer avec les éléments traditionnels de la Manufacture. Les détracteurs regretteront que cette platine cache une grande partie du mouvement mais c'est un effet stylistique que j'apprécie beaucoup et qui fait partie des "gènes germaniques" de Lange. A noter la présence de deux petits ponts à côté du balancier contre un seul sur le L901.0.

Au poignet, la Grand Lange 1 surprend beaucoup car elle joue une partition peu présente chez Lange: celle de la montre élancée. Et ce ratio diamètre/épaisseur très important (40,9mm/8,8mm) tranche par rapport à la Grand Lange 1 précédente (41,9mm/11mm). La Grand Lange 1 est incontestablement plus élégante, plus raffinée, plus discrète que sa devancière. Eh oui, elle perd un mm de diamètre au passage ce qui est assez rare pour être souligné. C'est la raison pour laquelle je les trouve si opposées et finalement presque complémentaires.

La Grand Lange 1 fut dévoilée au cours du SIHH 2012 en 3 versions: platine (cadran rhodié), or rose (cadran argenté) et or jaune (cadran champagne). Je regrette l'absence d'une version en or gris avec un cadran ardoise ou noir. Il est en effet dommage que la couleur "neutre" soit réservée à la version la plus onéreuse. Malgré ce regret, je trouve que cette nouvelle Grand Lange 1 est une véritable réussite car elle a été repensée intégralement comme le prouve son boîtier particulier et son tout nouveau mouvement.

Plusieurs questions se posent maintenant: que va devenir la Lange 1 "classique" de 38,5mm? Quelles seront les complications qui viendront se greffer? Car j'en ai la conviction, la Grand Lange 1 de 2012 est bien plus qu'une nouvelle montre mais bien le point de départ d'une nouvelle ligne.

Merci à l'équipe Lange pour son accueil chaleureux au cours du SIHH 2012.

dimanche 19 février 2012

Vacheron Constantin: Malte Tourbillon

La Malte Tourbillon fait partie des trois montres qui ont été dévoilées au cours du SIHH 2012 et qui utilisent le tout nouveau boîtier Malte. L'année pour effectuer cette évolution est très bien choisie, Vacheron Constantin célébrant en 2012 le centième anniversaire du premier boîtier tonneau de la marque.

Cependant, cette évolution a quand même considérablement transformé le rendu du boîtier. Il a suffi de rendre plus anguleuse, moins arrondie la courbure de la carrure pour qu'il semble plus proche d'une forme hexagonale que d'un tonneau traditionnel. L'écart entre le diamètre au centre et la distance entre les cornes est plus prononcé. Les cornes proéminentes et volumineuses qui font partie du style caractéristique Malte (même si elles ne sont pas utilisées avec tous les boîtiers tonneau de Vacheron) deviennent très discrètes grâce à leur longueur maîtrisée et à leur forme.

Ce nouveau boîtier est incontestablement plus contemporain et plus raffiné grâce à son style néo-rétro affirmé. A titre personnel, je n'en suis pas un fan absolu car je regrette la perte de caractère due aux cornes plus effacées. Cependant, il possède une certaine présence que sa taille (38mm x 48,2mm) ne démentit pas. Cette taille est supérieure à celle des deux autres nouveautés Malte de l'année (37,6mm x 47,6mm) afin de laisser la place suffisante à la complication majeure de la montre: le Tourbillon.

Vacheron a eu la très bonne idée de ne rajouter aucune autre complication afin que le Tourbillon devienne le centre d'intérêt. Force est de constater qu'il est difficile de le louper tant l'ouverture du cadran est importante. Je ne suis généralement pas séduit par ce type d'ouverture mais ici, cela fonctionne bien car, un peu paradoxalement, elle se marie idéalement avec la forme du boîtier. A elle toute seule, cette ouverture occupe quasiment l'intégralité de la partie inférieure du cadran, dévoilant un superbe Tourbillon magnifié grâce à sa cage en forme de croix de Malte. Nous pouvons reprocher que la cage soit justement trop présente mais elle contribue grandement au charme de la montre. Peut-être qu'un Tourbillon volant aurait peut-être plus adapté afin de mieux apprécier son évolution. Je pense que le pont n'est pas gênant mais j'aurais sûrement retiré la trotteuse, inutile car le Tourbillon effectue une rotation complète par minute. La finition de la cage et du pont est superbe et préfigure celle que nous allons trouver sur le mouvement.

Le cadran est d'une grande sobriété. Les index et l'unique chiffre romain sont appliqués et sont en harmonie avec les aiguilles. Vous noterez que ces dernières sont légèrement décentrées comme pour laisser le devant de la scène au Tourbillon.

Le mouvement 2795 à remontage manuel qui équipe cette Malte Tourbillon est, fort heureusement, de forme. Ce n'est pas le cas de la Malte Petites Secondes et de l'Edition 100ième Anniversaire qui utilisent toutes les deux le 4400.

Les performances du 2795 sont classiques avec une fréquence de 2,5hz et une réserve de marche de 45 heures. La réserve de marche n'est donc pas élargie comme avec la Patrimony. Le 2795 est un mouvement d'une grande beauté grâce à son architecture en 3 ponts et à sa finition irréprochable. J'aime beaucoup la forme des ponts, notamment celle du pont supérieur qui dessine deux vagues créant deux angles rentrants. Le pont du Tourbillon est suspendu par 4 bras assez fins pour préserver la visibilité. L'ensemble est très réussi et suffisamment aéré pour dévoiler les pièces essentielles. Le soin particulier apporté aux détails (anglages, continuité des côtes de Genève) souligne la grande qualité d'exécution.

La Malte Tourbillon a une sacrée présence au poignet du fait de la taille du boîtier et de celle de l'ouverture. Le Tourbillon concentre le regard grâce à sa dimension et à la forme de la cage. Son caractère hypnotisant met en valeur le boîtier qui trouve à travers cette montre sa meilleure ambassadrice. En effet, je la trouve plus convaincante que les deux autres nouvelles Malte comme si le nouveau boîtier était finalement plus à l'aise dans ce contexte plus compliqué. Et le mouvement de forme fait mouche.

Merci à l'équipe Vacheron pour son accueil chaleureux au cours du SIHH 2012.

mercredi 15 février 2012

Ludovic Ballouard: Half Time

C'est une belle surprise que nous propose Ludovic Ballouard avec la Half Time. La Half Time s'inscrit dans la même mouvance que l'Upside Down: les chiffres des heures sont transformés et finissent par être affichés correctement que lorsqu'ils indiquent l'heure en cours. Sur l'Upside Down, ils se retrouvaient la tête en bas et effectuaient une rotation instantanée de 180 degrés pour retrouver la position adéquate. Avec la Half Time, comme son nom l'indique, le chiffre est coupé en deux et se reconstitue de façon immédiate, dans un guichet situé à 12 heures.

La cinématique est donc totalement différente de celle de l'Upside Down. Ici, le disque central et l'anneau périphérique effectuent des rotations pour que les deux parties du chiffre puissent coïncider. La puissance du mouvement requise pour une telle complication est supérieure car le poids des parties en mouvement est peu comparable avec les petits disques supportant les chiffres de l'Upside Down.

Le cadran présente un aspect étrange, voire énigmatique: les chiffres romains semblent brisés, destructurés et cet effet est renforcé par le parfait positionnement du disque central et de l'anneau. Ces deux pièces étant situées sur le même plan, leur séparation est à peine visible. La nature de la complication explique l'emploi de chiffres romains au lieu de chiffres arabes: avec ces derniers, le fait de les couper en deux ne les aurait pas empêchés de représenter un chiffre existant, même si les parties supérieures ou inférieures sont mélangées.

Mais la Half Time ne se distingue pas de l'Upside Down que par son affichage de l'heure: elle le fait également par celui des minutes. L'affichage classique autour du cadran est ici remplacé par une aiguille rétrograde située sur la partie inférieure. Heures sautantes et minutes rétrogrades, voici un cocktail bien connu par les amateurs de Gérald Genta! A noter que la Half Time ne comporte pas de trotteuse. Je trouve personnellement que cette aiguille rétrograde est particulièrement adaptée au contexte de la montre: le changement d'heure se ressent doublement, avec le retour instantané de l'aiguille et la rotation des deux pièces du cadran.

Le mouvement de l'Upside Down, du fait de la présence des douze croix de Malte, donnait une impression d'effet miroir par rapport à l'organisation du cadran. Rien de tel avec la Half Time. Ludovic Ballouard a souhaité imaginer un mouvement qui, au-delà de l'énergie qu'il doit produire lors du changement de l'heure, soit un véritable régal pour les yeux. Nous retrouvons la base du Peseux 7001 qui se reconnaît au diamètre de la partie centrale, au rochet et à la roue de couronne. Mais quel travail à partir de cette base! Le mouvement est conçu tout en relief et dévoile ses pièces essentielles. Au-delà de la finition magnifiquement exécutée et du contraste entre la couleur des ponts, de la platine et celle des pièces, il présente un bel aboutissement technique (de plus de 300 éléments!) devant animer les deux pièces principales du cadran de façon simultanée sans oublier le jeu de l'aiguille rétrograde. Au cours des 60 minutes qui s'écoulent, il constitue l'énergie qui sera ensuite libérée instantanément lors du changement de l'heure. Son diamètre imposant (35mm) permet de généreusement occuper le boîtier platine de 41mm. Ce dernier est la reprise à l'identique de celui de l'Upside Down.

Le mouvement de la Half Time à gauche et celui de l'Upside Down à droite:

La Half Time fait partie de ces montres qui "vivent" au poignet, qui transmettent une sorte de vibration lors d'un événement particulier se déroulant sur le cadran. Même si l'impression est légère, nous sentons quand même le changement d'heure qui s'opère. C'est agréable et cela contribue au charme de la montre. Le confort au poignet est similaire à celui de l'Upside Down.

La Half Time n'est pas une montre facile à aborder. La présentation de son cadran peut dérouter mélangeant austérité avec fantaisie. Elle s'adresse avant tout à une clientèle de connaisseurs appréciant le travail de Ludovic Ballouard et sa capacité à réinventer le concept de l'heure sautante. Car c'est bien cela que propose la Half Time: de façon discrète, elle propose une nouvelle façon d'afficher le temps en jouant sur la dimension graphique des chiffres romains.

Le changement d'heure:



12 exemplaires furent initialement fabriqués et vendus dans le cadre d'une souscription. Les exemplaires ultérieurs ne seront pas numérotés même si évidemment, la production sera extrêmement limitée.

Un grand merci à Ludovic et à Masa pour leur accueil pendant la folle semaine genevoise.

dimanche 12 février 2012

Girard-Perregaux: 1966 Répétition Minutes

La collection 2012 est chargée de symboles pour Girard-Perregaux: il s'agit en même temps de la première sous l'ère PPR et la dernière présentée au sein du SIHH, les marques de Sowind rejoignant Baselworld en 2013. Je pense sincèrement que ce changement apportera une dynamique positive à Girard-Perregaux en lui donnant une meilleure projection même si à titre personnel je regretterai de ne plus pouvoir rencontrer l'équipe de la marque dans le cadre feutré, organisé et accueillant du SIHH.

C'est malheureusement un constat inévitable, malgré la grande qualité des montres qu'elle produit, Girard-Perregaux n'est pas une marque reconnue comme peuvent l'être d'autres Manufactures suisses. Et pourtant, Girard-Perregaux présente un catalogue de complications que seule peut-être une marque comme Jaeger-Lecoultre est capable de surpasser. Parmi ses complications, se trouvent les Tourbillons sur 3 ponts d'or, les Répétitions Minutes (Opera 1 et 2) sans oublier les sonneries au passage (Opera 3), les chronographes Heures Universelles, la délirante Jackpot etc...

L'expertise de Girard-Perregaux dans les montres sonores est réelle et ce ne fut donc pas une grande surprise de découvrir dans la collection 2012 cette 1966 Répétition Minutes. La collection 1966 propose dorénavant un large éventail de complications à travers un boîtier et un design simples et raffinés. La Répétition Minutes s'inscrit dans cette même démarche même si son caractère discret est contre-balancé par la magnificence de son mouvement.

De prime abord, la 1966 Répétition Minutes semble être une montre trois aiguilles très simple. Et puis rapidement, nous devinons grâce au verrou sur la carrure gauche qu'il s'agit d'une montre particulière.

Le cadran en émail est un modèle d'équilibre: le sous-cadran de la petite seconde est idéalement placé et de taille adéquate. Les chiffres appliqués apportent leur touche d'élégance et donne l'effet de volume nécessaire. Enfin les aiguilles feuille bleuies se marient parfaitement avec le blanc de l'émail comme sur le cadran de la 1966 Petite Seconde. Mon seul regret est finalement l'inscription "Répétition Minutes" autour de la graduation de la petite seconde car elle est inutile, le verrou étant visible sur le côté. Ceci dit, elle reste relativement discrète et ne nuit pas à la pureté du cadran.

J'ai évoqué la 1966 Petite Seconde: la 1966 Répétition Minutes partage avec elle une similitude esthétique même si la taille du boîtier de la montre sonore est supérieure (42mm vs 40). Le boîtier 1966 est d'une grande élégance grâce notamment à sa fluidité et à la forme des cornes courtes et incurvées qui épousent le poignet. La 1966 Répétition Minutes est cependant une montre plus épaisse que nous pourrions l'imaginer malgré la relative finesse du mouvement (5,36mm). En effet, un espace a été créé afin de permettre une meilleure circulation de l'air et améliorer la propagation du son.

Le mouvement E09-0001 (peut-être faudrait-il trouver des noms de mouvements plus évocateurs?) a été développé par la Fabrique du Temps et c'est la raison pour laquelle nous retrouvons une architecture similaire à celle du mouvement de la Louis Vuitton Répétition Minutes. Mais en dehors de cela, il faut avouer que les équipes de Girard-Perregaux s'en sont données à coeur joie pour travailler sur ce mouvement!

Pour des raisons à la fois technique (l'amélioration de la pureté et de la puissance du son) et esthétique, le mouvement a été ajouré afin de bien séparer les fonctions essentielles qui se détachent au premier coup d'oeil. La première pièce que nous observons est le pont du balancier évidemment inspiré par les ponts d'or des Tourbillons. J'ai rarement vu un pont de balancier aussi beau, peut-être chez Voutilainen et chez Speake-Marin. La forme des autres ponts n'est pas en reste, toute en courbes, angles rentrants (admirez le pont du barillet) et formes inhabituelles. La finition est remarquable et pourtant sans tomber dans la démonstration. C'est peut-être là le plus impressionnant: Girard-Perregaux a souhaité démontrer les capacités de sa Manufacture sans tomber... dans le pur démonstratif. J'aime beaucoup la façon avec laquelle les chatons en or s'insèrent visuellement dans le mouvement et même l'incabloc ne semble pas hors sujet!


L'ouverture du mouvement met en valeur plusieurs éléments essentiels: l'échappement en silicium reconnaissable à sa couleur, le barillet de sonnerie, le volant inertiel et les contre-ressorts. Au-delà de sa beauté, le mouvement présente une organisation rationnelle qui permet un réglage facilité grâce à une meilleure accessibilité. A noter que le mouvement a une fréquence de 3 hz et une réserve de marche d'une centaine d'heures ce qui est une excellente performance.

Mais bien évidemment, tout ce descriptif serait bien inutile si la qualité du son n'était pas au rendez-vous. Compte tenu de l'ambiance animée de la pièce dans laquelle je fus reçu, nous avons placé la montre sur un amplificateur: il est donc difficile de juger ainsi la puissance du son même si, une fois en main, elle m'a semblé au rendez-vous. En revanche, j'ai pu apprécier la pureté du son: les notes sont émises clairement grâce au silence qui a été créé autour. Le volant se fait ainsi particulièrement discret. Incontestablement, c'est une belle réussite de la part de Girard-Perregaux et ce d'autant plus que la montre était un prototype. Il est important de préciser qu'il ne s'agit pas d'un carillon comme les Opera 1 et 2, la Répétition jouant sur deux notes. Le seul petit reproche que je pourrais émettre est la vitesse un poil trop rapide avec laquelle les notes sont jouées.

Le son côté cadran:



Et côté mouvement:



La 1966 Répétition Minutes se porte sans souci donnant l'impression d'être une 1966 Petite Seconde élargie. Comme précisé précédemment, malgré la taille du boîtier, les cornes permettent un bon positionnement sur le poignet. Ce sont les chiffres appliqués qui se remarquent le plus, leur relief prenant la lumière et se détachant du cadran selon l'inclinaison de la montre. La lisibilité est évidemment optimale du fait du contraste entre les aiguilles et le cadran et la simplicité de ce dernier.

Avec cette 1966 Répétition Minutes, Girard-Perregaux définit une montre qui permet aux talents de sa Manufacture de s'exprimer. Montre à la fois discrète et étonnante, elle constitue une des pièces maîtresses du SIHH 2012. C'est donc avec une douce et agréable musique que Girard-Perregaux quitte le SIHH avant de retrouver en 2013 la folle animation de Baselworld.

dimanche 5 février 2012

MB&F: une visite à la MAD Gallery

Une fois n'est pas coutume, je ne vais pas vous parler d'une montre mais d'un lieu certes lié à l'horlogerie mais pas uniquement. Etant présent à Genève pour le SIHH, une visite de la MAD Gallery s'imposait! Et j'avais réservé dans mon agenda le temps suffisant pour en profiter pleinement car je savais que j'allais découvrir un endroit magique. Je ne fus pas déçu, la MAD Gallery, c'est un magasin de jouets pour adultes, c'est le laboratoire de savants fous, c'est la boutique de Jules Verne...

Quel est le but poursuivi derrière la création de cette galerie? Depuis 2005, Max Büsser, à travers sa marque MB&F a présenté plus que des montres, de véritables machines horlogères. Elles sont distribuées par un réseau de détaillants exclusifs, parmi les plus célèbres boutiques, et qui sont capables de communiquer cette vision particulière de l'horlogerie auprès de leurs clients. Et puis l'idée d'avoir sa propre boutique en sus du réseau de distribution est venue. Mais immédiatement le constat qu'une boutique traditionnelle n'apporterait rien de plus par rapport à l'existant a été fait. Il fallait donc imaginer un lieu qui puisse à la fois présenter les montres mais aussi les inscrire dans une atmosphère particulière les mettant en valeur ainsi que les idées qu'elles contiennent: le principe de la galerie a été défini. Une galerie, c'est bien plus qu'une boutique. Certes les objets, la plupart des oeuvres qui s'y trouvent peuvent être achetés. Mais le visiteur est convié avant tout à parcourir le lieu à la découverte de créations qui de prime abord, ont peu de points communs entre elles: des lampes, une main qui tapote, un engin qui fait clap-clap, un vélo, des voitures d'enfants, de petites machines à vapeur...

Et très vite, nous comprenons la communauté d'esprit qui règne entre tous ces objets: ils sont tous insolites, inventifs, ludiques, décalés, hors du temps et font preuves d'une ingéniosité mécanique... tout comme les différentes Horological ou Legacy Machines de Max Büsser! Mais surtout tous ces objets sont le fruit des parcours personnels de leurs créateurs. Ils contiennent tous leur propre histoire et ne demandent qu'à accompagner celle de leur futur propriétaire.

Bref, je me suis retrouvé dans un cabinet de curiosités comme un enfant dans un magasin de bonbons, avec la volonté immédiate d'en savoir plus sur telle ou telle création. Mais pourquoi a-t-il ou elle voulu faire ça? Qu'est-ce qui l'a poussé à imaginer un tel objet? Voilà le type de questions qui viennent instantanément à l'esprit face au caractère pour le moins original des créations.

Ce qui m'a également beaucoup plu, au-delà de la cohérence du lieu (c'est tout sauf un bric-à-brac), c'est la large palette des prix qui s'y pratiquent. J'aurais pu craindre que chaque objet ne soit inaccessible financièrement parlant mais non: à partir de quelques centaines d'euros, la MAD Gallery propose une oeuvre d'un designer, d'un créateur. Bien évidemment, d'autres pièces sont beaucoup plus onéreuses mais c'est un point qui m'a touché.

Je vous propose de parcourir très rapidement quelques créations présentées au sein de la galerie sachant que rien ne remplace la visite sur les lieux mêmes!

Cette lampe-objet, crée par Franck Buchwald semble être sur le point de se déplacer... elle aurait toute sa place dans un décor à la Brazil! Je suis totalement tombé sous son charme.

La machine à applaudir ainsi que la main qui tapote sont le fruit de l'imagination de l'artiste Martin Smith et de l'ingénieur Nick Regan qui à travers leur laboratoire créatif Laikingland conçoivent des objets ludiques... et utiles! Si, si! Je vous promets que la machine à applaudir balaye tous les coups de blues... et sans médicament. Elle devrait être prescrite par la sécurité sociale celle-là!







Ces voitures d'enfants imaginées par Nika Zupanc sont toute en fluidité, en courbes... je vous rassure, la clé n'est pas fonctionnelle, elle fait office de dossier! Un accident serait si vite arrivé...

Cette sculpture en acier inoxydable de l'artiste Xia Hang est un véritable lego! Plusieurs motifs peuvent être construits à partir des éléments qui la composent.

Les lampes de Jake Dyson (le fils du créateur des aspirateurs du même nom) ont des angles d'éclairage indirects variables:

Les photos de Denis Hayoun décorent idéalement la galerie:

Ce casque de scaphandre n'est pas mis à la vente. Il est difficile de le dater (années 30 - 50) mais au-delà son intérêt esthétique, il symbolise l'ingéniosité de l'homme qui face à un problème peut détourner un objet de sa fonction première: ainsi la poignet du masque provient d'un seau à charbon.

Je fus séduit par les incroyables petites machines d'Hermann Böhm! On allume la mèche, le moteur chauffe et la machine démarre. J'ai l'impression de revivre l'aventure du fardier de Cugnot avec une telle machine!

Une LM1 et une machine d'Hermann Böhm, les fruits d'une même passion pour les mécanismes d'antan adaptés au contexte du XXIième siècle:

Comment ne pas évoquer la présence au sein de la galerie d'une créature animée... Palette, créée par Tatsuya Matsui, est un robot humanoïde qui grâce à des capteurs adapte ses mouvements en fonction des personnes qui se trouvent autour de lui. Ce qui surprend le plus est la grâce de ses mouvements, certes lents mais fluides. Inutile de préciser que compte tenu de son emplacement dans la vitrine, il suscite énormément de curiosité!

Une Machine portée par une Machine, la boucle est bouclée!



Les mouvements de Palette fascinent les passants:



La visite est maintenant terminée et je ne vous ai pas tout présenté. Cela vous donne une raison supplémentaire, s'il en était besoin, de vous rendre à la MAD Gallery, rue Verdaine à Genève. Vous plongerez dans un univers parallèle dans lequel le monde mécanique quitte sa dimension utilitaire pour rejoindre celles du ludique et de l'artistique. MAD est l'acronyme de Mechanical Art Devices, je dirais simplement que pour moi cela symbolise les Machines A Découvrir impérativement lors d'un prochain séjour à Genève.

Un grand merci à toute l'équipe de la galerie pour son accueil chaleureux et pour les explications détaillées!

Piaget: Gouverneur Chronographe

L'arrivée d'un nouveau boîtier au sein d'une collection est toujours un événement d'importance pour une marque. La présentation par Piaget du boîtier Gouverneur au cours du SIHH 2012 n'a pas dérogé à la règle: il s'agit d'une démonstration de l'ambition de développement de Piaget qui grâce à cette ligne de montre complète et renforce sa collection Black Tie. C'est, à vrai dire, une excellente nouvelle, j'avais très fréquemment ressenti une sorte de manque dans cette collection. Si nous examinons le catalogue Piaget, nous observons une grande diversité de boîtiers:
  • l'Altiplano, rond et ultra-plat, n'a pas la vocation d'accueillir des complications.
  • Les Emperador, du fait de leur différentes formes, sont d'un abord plus difficile.
  • Le Polo joue sur le thème du sport-chic avec une personnalité très affirmé.
Il manque donc un boîtier plus consensuel, plus à même d'être utilisé à la fois pour des montres simples et compliqués et qui conserve les principes d'élégance inhérents à Piaget: tel est l'objectif du Gouverneur.

Pour bien montrer le rôle clé que va jouer cette nouvelle ligne, Piaget a dévoilé d'entrée de jeu 3 montres (en or rose sans sertissage et en or gris avec sertissage): une automatique avec date, un Tourbillon volant avec affichage des phases de lune et un chronographe avec second fuseau. Je propose de rentrer un peu plus en détails sur cette dernière qui constitue ma préférée.

Je considère le boîtier Gouverneur comme une réussite esthétique car il joue avec deux formes (le rond et l'ovale) pour créer un effet visuel original tout en préservant le classicisme et le raffinement requis. Il faut dire que deux prestigieux designers se sont penchés sur son berceau, deux designers qui connaissent très bien la maison Piaget: Emmanuel Gueit et son père. Au-delà de la belle histoire familiale, leur maîtrise des codes Piaget a sûrement contribué à donner l'impression que ce boîtier, pourtant tout nouveau, était déjà présent chez Piaget depuis de nombreuses années. C'est pour moi sa plus grande réussite.

Le diamètre du boîtier est de 43mm et il est parfaitement rond. La lunette est l'élément fondamental. Elle joue un double-rôle. Par sa forme, elle définit le pourtour ovale du cadran et apporte cette dimension originale. Par son épaisseur, elle maîtrise voire réduit le sentiment de taille, ce qui est le bienvenu compte tenu du diamètre. Les cornes sont aussi cruciales: courtes, galbés, elles aussi permettent de contrôler la taille perçue et d'améliorer le confort: la montre épouse très bien la forme du poignet. Un détail esthétique rappelle le soin apporté dans la conception du boîtier: les poussoirs du chronographe sont ovales et se fondent harmonieusement dans le style de la montre.

De prime abord, la Gouverneur Chronographe semble être un chronographe classique avec compteur des minutes et trotteuse permanente. Ce n'est pas le cas. Comme de coutume chez Piaget, le mouvement chronographe automatique de manufacture s'accompagne de l'affichage du second fuseau: tel est le rôle du sous-cadran à gauche. Le sous-cadran de droite est dédié au compteur des minutes tandis que la trotteuse centrale mesure les secondes écoulées. Il n'y a donc pas de trotteuse permanente ce qui n'est pas très grave sauf pour ceux qui aiment avoir cet indicateur de marche. Le mouvement 882P est, il faut bien l'avouer, petit (27mm) pour un boîtier de 43mm. Heureusement, un gros travail esthétique a été effectué sur le cadran. Sa partie périphérique, décorée avec des rayons de soleil, permet de l'équilibrer en faisant office d'une sorte de seconde lunette. Le guichet de date est donc moins perdu sur le cadran et les sous-cadrans semblent moins "loucher". La finition du cadran est au même niveau d'excellence que celle du boîtier. J'apprécie notamment la façon dont les deux sous-cadrans sont mis en valeur.

Du point de vue des performances, le 882P se situe parmi les références des calibres chronographes de manufacture: outre un fonctionnement très agréable des poussoirs, il propose un flyback et l'affichage sur 24 heures d'un second fuseau comme indiqué précédemment. Les amateurs de la Polo Chronographe ne seront donc pas dépaysés même si ici, le guichet de date se trouve positionné à 6 heures. Grâce à l'utilisation d'un double-barillet, sa réserve de marche est de 50 heures, chronographe en fonctionnement. La fréquence est de 4hz. La finition du mouvement est à l'image de la montre: sobre et raffiné. Le mouvement en soi n'est pas d'une beauté fracassante mais il respire la qualité. Sa finesse (5,6mm) constitue aussi un atout dans ce contexte d'élégance.

Pour les raisons évoquées ci-dessus, malgré ses 43mm, la Piaget Gouverneur Chronographe se porte de façon très confortable et donne l'impression d'être plus petite qu'elle n'est. Evidemment, la question logique est de se demander pourquoi Piaget n'a pas souhaité proposer un diamètre plus petit, peut-être plus dans l'esprit d'élégance. J'y vois au moins deux raisons à cela. La première pour compléter la collection avec un boîtier se démarquant plus des boîtiers ronds existant. La seconde pour permettre la mise en valeur de la lunette qui crée tout le style et l'originalité de ses lignes. Dans un contexte plus petit, je ne suis pas sûr que le résultat aurait été aussi convainquant. En tout cas, j'ai pris du plaisir à porter ce chronographe très sensuel par ses courbes.

Je souhaite chaleureusement remercier l'équipe Piaget pour son accueil au cours du SIHH 2012.