dimanche 30 novembre 2014

Patek Philippe: 5575G

Je me souviens des discussions qui ont précédé la présentation il y a quelques semaines de la collection célébrant le 175ième anniversaire de Patek Philippe. De nombreux collectionneurs avaient imaginé (et souhaité?) la sortie d'une montre Heures Universelles avec une complication additionnelle: le chronographe. L'idée était là et cette fameuse Heures Universelles compliquée est bel et bien sortie mais avec une autre fonction: l'affichage des phases de lune.

A la base, qu'une montre Heures Universelles serve de base à deux modèles commémoratifs (la 5575G pour hommes et la 7175R pour femmes) est une excellente nouvelle. Complication iconique chez Patek Philippe, les Heures Universelles reposent sur le système conçu par Louis Cottier qui permet l'affichage instantané des heures des 24 fuseaux et un réglage d'une très grand simplicité grâce à un poussoir qui est actionné pour changer la ville de référence située à 12 heures. L'indépendance entre le disque des villes et celui des heures est la pierre angulaire du système: en changeant la ville de référence, le disque des heures tourne également automatiquement pour s'ajuster. Bizarrement, la complication fut absente des collections Patek Philippe pendant plusieurs décennies avant son grand retour avec la 5110. La 5130 suivit ainsi que la 5131, célèbre pour son cadran central en émail. J'ai beau réfléchir, je ne vois aucune marque, dans ce contexte précis, qui arrive à atteindre le niveau d'élégance et de simplicité de Patek Philippe qui demeure pour moi la manufacture de référence pour les montres Heures Universelles.


La 5575G se caractérise donc par l'adjonction de l'affichage des phases de lune. Le choix d'une telle complication peut sembler surprenante. Alors que les Heures Universelles semblent être une fonction utile car destinée aux personnes qui voyagent beaucoup ou qui travaillent avec des correspondants éloignés, les phases de lune apparaissent plutôt comme futiles ou anecdotiques. Le lien entre les deux complications n'est guère évident et je considère ce cocktail comme clivant: soit nous y adhérons et la montre dévoile des charmes insoupçonnés soit nous le considérons comme le mariage de la carpe et du lapin et la montre devient alors énigmatique.

A titre personnel, cette combinaison entre deux complications peu en rapport m'a beaucoup plu. L'élément qui crée la jonction entre elles est l'aiguille des heures, absolument magnifique. C'est une sorte de constante chez Patek Philippe: les montres Heures Universelles sont systématiquement accompagnées d'aiguilles des heures fascinantes comme par exemple l'aiguille ciseau de la 5130. Celle de la 5575G est une évocation de la Croix du Sud et renforce la dimension poétique de la montre. Nous touchons ici tout l'intérêt de cette pièce commémorative. Comme je le dis souvent, les Heures Universelles permettent avant tout de voyager dans sa tête. La Croix du Sud et les phases de Lune nous font quitter la Terre et le voyage se poursuit dans les cieux et l'espace. Après tout, pourquoi pas? Notre imagination peut ainsi vagabonder à loisir et se perdre dans les profondeurs du cadran.


Il ne faut cependant pas croire que la 5575G reste une montre très classique comme peut l'être une 5130 par exemple. Avec sa couleur dominante noire et la représentation très réaliste de la lune, elle s'inscrit, au moment de la célébration du 175ième anniversaire, dans une dimension contemporaine rarement vue. A cet égard je la trouve beaucoup plus réussie que la 5175R qui continue à m'interpeler des semaines après sa présentation. Il y a deux détails particulièrement soignés qui rendent la 5575G si spéciale:
  • la forme des cornes qui s'inscrivent dans la continuité de la carrure du boîtier: elles tournent légèrement donnant beaucoup de fluidité et de raffinement au design général. Ces cornes marquent une rupture par rapport aux 5110 et autres 5130.
  • la façon dont est traité l'affichage des phases de lune.
Patek Philippe a veillé à rendre cet affichage le plus précis possible dans sa lecture. Il est fondé sur l'utilisation conjointe de deux disques. Le disque inférieur est celui qui effectue une rotation complète par cycle lunaire soit tous les 29,53 jours. Il est parsemé d'étoiles et porte la lune qui est reproduite de façon très fidèle comme le prouve la présence des cratères. La taille de l'astre est elle-même généreuse car l'affichage profite de tout l'espace créé par la zone centrale de la montre. Le disque supérieur est immobile et également étoilé. Sa forme particulière, une sorte de coeur inversé, a été déterminée avec soin pour afficher avec justesse les phases de lune qui se lisent grâce à la superposition des deux disques.


L'ensemble est très beau à observer même si la profusion d'étoile et le contraste assez faible entre la lune et le disque supérieur nuit (sans jeu de mots)  à la lisibilité. Le grand souci est que le problème de lisibilité ne se limite pas aux phases de lune. Les aiguilles ont tendance elles-aussi à se fondre dans le décor et dans certaines conditions de lumière à carrément disparaître! Je parlais précédemment d'imagination vagabonde... elle peut s'avérer fort utile lorsque la fonction première de la montre a tendance à faiblir!

Sans surprise, le mouvement de la 5575G est basé sur le calibre 240HU. Patek Philippe a ainsi développé le mouvement 240HU LU pour intégrer la complication additionnelle. Il conserve le même diamètre que le mouvement d'origine (27,5mm) mais évidemment, il devient plus épais (5,5mm). Sa fréquence reste de 3hz mais la réserve de marche, là aussi en toute logique, est annoncée en baisse se situant entre 38 et 48 heures contre 48 heures mini pour le 240HU. Je suis très surpris par cette façon de communiquer de la part de Patek Philippe. La complication Phases de Lune tournant en permanence, je ne vois pas ce qui empêche de donner une plage de réserve de marche plus précise que celle-ci. Est-ce une attitude trop prudente de la part de Patek Philippe?


Le mouvement n'est pas visible dans le contexte précis de la montre commémoratrice puisque le fond du boîtier est plein, orné de la gravure célébrant le 175ième anniversaire. Sa présentation, d'après les photos officielles, est proche pour ne pas dire identique à celle du 240HU. C'est décevant. J'aurais espéré pour une montre de cette importance un travail dédié comme par exemple un guillochage du rotor. 

La 5575G provoque une multitude de sentiments lorsqu'elle est mise au poignet. J'ai immédiatement été séduit par le charme qu'elle dégage, par ce voyage interstellaire qu'elle propose alors que sa vocation est de parcourir les fuseaux terrestres, par la taille et la représentation de notre satellite... Et la beauté du boîtier en or gris, modèle de raffinement et d'équilibre (39,8mm de diamètre pour une épaisseur de 9,5mm) constitue finalement son argument le plus solide. Mais rapidement le principal défaut surgit: selon l'inclinaison du poignet, la lecture de l'heure se révèle très délicate. Difficile d'occulter ce problème même si ce ne sera pas la préoccupation première des 1.300 acquéreurs de cette montre. En revanche, j'aurais aimé plus d'ambition décorative au niveau du mouvement pour rendre la 5575G encore plus digne de ce bel anniversaire. C'est la raison pour laquelle, malgré ses atouts, elle finit par me laisser un sentiment mitigé.


Merci à l'équipe de la boutique de Greef à Bruxelles.

Les plus:
+ le plaisir de retrouver une nouvelle montre Heures Universelles chez Patek Philippe
+ la représentation réaliste de la lune et l'approche esthétique très contemporaine tout en restant intemporelle
+ le boîtier, modèle d'équilibre à la grande fluidité
+ l'ambiance poétique que la montre dégage

Les moins:
- l'heure est illisible dans certaines conditions en raison du faible contraste entre les aiguilles et le fond étoilé
- le mouvement aurait mérité une approche décorative plus ambitieuse pour se distinguer du 240HU

Lange & Söhne: Langematik Perpétuelle Or Gris Cadran Noir

La toute récente présentation de la Langematik Perpétuelle en or gris et à cadran noir lors de la dernière édition de Watches & Wonders est tombée à point nommé pour rappeler deux évidences. La première est que 13 ans après son introduction, la Langematik Perpétuelle demeure un des plus belles montres à quantième perpétuel du segment de la haute horlogerie. La seconde est que le mouvement Sax-O-Mat conserve tout son charme et son attrait, faisant de lui un des calibres automatiques majeurs de l'horlogerie contemporaine.


Cette nouvelle Langematik Perpétuelle a une autre vertu. Elle évoque également un temps où l'élégance et les complications se conjuguaient avec des boîtiers aux tailles raisonnables. Il est vrai que de nos jours, une montre compliquée arborant un diamètre de 38,5mm (pour une épaisseur de 10,2mm dans ce cas précis) se fait plutôt rare d'autant plus que le cadran noir a tendance à réduire la perception de la taille. Mais nous le savons parfaitement, ce n'est pas la taille qui donne de la présence à une montre au poignet: c'est son caractère.

Du caractère, la Langematik Perpétuelle n'en a jamais manqué et cette nouvelle version est fidèle à ses devancières. Tout l'intérêt de cette montre est la mise en avant par le biais de la grande date de l'information la plus importante pour un quantième perpétuel: l'affichage des quantièmes. Car telle est la finalité de cette complication qui consiste à toujours donner le bon quantième même lors des changements de mois, années bissextiles ou pas. La Langematik Perpétuelle gére donc sans souci tous ces passages... jusqu'au premier qui posera problème mais qui ne m'inquiètera pas beaucoup a priori! Il s'agit du passage du 28 février au 1er mars 2100 car contrairement à ce que nous pourrions penser, cette année-là ne sera pas bissextile car n'étant pas divisible par 400 alors qu'elle l'est par 100. Les règles du calendrier  grégorien sont plus subtiles qu'on ne le croît!


De fait, tout le cadran est organisé pour mettre en valeur la grande date située en son sommet et qui n'est malheureusement pas instantanée comme celle de la Lange One Tourbillon QP. Malgré la présence de multiples informations, l'ensemble demeure relativement lisible et détail appréciable, une trotteuse anime le sous-cadran des phases de lune. Cela peut sembler anodin mais de nombreux Quantièmes Perpétuels sur le marché ne possèdent pas cet indicateur de marche fort utile. Les deux autres sous-cadrans se fondent dans la couleur dominante même si sur cette dernière version à cadran noir, les heures de jour de l'affichage 24 heures (à gauche) et le segment dédié aux années (à droite) se détachent plus nettement. Le cadran noir apporte beaucoup d'élégance à la montre et lui donne un style peut-être plus contemporain que le cadran argent. Les chiffres romains périphériques et les aiguilles subtilement luminescentes complètent un tableau d'une rigueur toute germanique et au pouvoir de séduction incontestable.


Mais au bout du compte, c'est bien le fait de retrouver le mouvement Sax-O-Mat (et son inséparable Zero-Reset) qui me procure le plus de plaisir avec cette nouvelle Langematik Perpétuelle. Je ne le dis jamais assez: je regrette que dans la collection de Lange & Söhne d'aujourd'hui, ce mouvement, ô combien fascinant, ne soit utilisé qu'avec les montres calendriers: celle-ci et la Saxonia Calendrier Annuel. Je rêve de son retour dans la collection permanente avec une montre plus simple!

Ne boudons pas notre plaisir: le Sax-O-Mat (ici en tant que calibre L922.1) est dans son élément et propulse la Langematik Perpétuelle parmi les Lange qui comptent le plus dans les 20 ans qui ont suivi la renaissance de la marque. Grâce à son rotor 3/4 et à sa finition caractéristique, il séduit immédiatement par sa présentation et son exécution sans faille. Mais il sait aussi être performant grâce à son efficacité au remontage. En revanche, sa réserve de marche de 46 heures se situe dans la fourchette basse des standards actuels surtout pour un Quantième Perpétuel. Cependant, ce point est loin d'être ennuyeux puisqu'une des grandes forces de la Langematik Perpétuelle est sa facilité au réglage.


Elle cumule en effet deux façons d'ajuster les informations. La première consiste à utiliser les poussoirs intégrés afin de régler les données indépendamment les unes des autres. La seconde se résume à utiliser le poussoir à dix heures qui au-delà de son rôle habituel de système de date rapide, fait bouger de façon synchronisée les autres éléments calendaires. Cette simplicité à l'usage a beaucoup joué en faveur du succès de cette montre.


J'ai éprouvé de très belles sensations en mettant au poignet cette nouvelle version. La combinaison entre le boîtier en or gris et le cadran noir lui confère un style discret et raffiné. Comme précisé précédemment, la taille perçue est inférieure à celle de ses devancières à cadran argent. Pourtant, elle n'a aucune difficulté à imposer son charme et sa beauté. Le détail qui m'a surpris et séduit est le léger contraste entre le noir du cadran et le bleu du disque des phases de lune. Le cadran gagne une petite originalité et les étoiles apportent leur touche de poésie.


Je fus donc conquis par cette version en or gris et cadran noir. Bien évidemment, elle n'apporte aucune nouvelle complication, aucun nouveau mouvement par rapport à la collection actuelle. Mais il y a des signes qui ne trompent pas. Le fait que le cadran soit noir en est un. Est-ce que cela témoigne d'un retour de Lange vers plus de cadrans alternatifs alors que les cadrans argent dominent largement le catalogue? J'ose l'espérer! L'autre signe important est que la montre qui a servi de base a été dévoilée en 2001. Est-ce à dire que la manufacture saxonne va revenir vers plus de fondamentaux appréciés par les collectionneurs des premières années? Je le souhaite également.

Merci à l'équipe Lange & Söhne pour son accueil à Dresde.

Les plus:
+ le plaisir de retrouver cette montre mythique et son mouvement Sax-O-Mat
+ la beauté du cadran noir et la discrétion de la combinaison avec le boîtier en or gris
+ la facilité à l'usage
+ la présence d'un indicateur de marche
+ ses dimensions, idéales pour une montre élégante et raffinée

Les moins:
- la réserve de marche un peu courte du mouvement Sax-O-Mat
- la grande date n'est pas instantanée

mardi 25 novembre 2014

Schofield: Beater

C'est devenu une habitude dont personne ne se plaindra: Schofield profite de chaque édition du SalonQP pour présenter en avant-première une nouvelle montre au public anglais dont la fibre patriotique n'est plus à démontrer. Schofield revendique avec force et style ses origines et son identité qui furent mises en avant avec la première montre de la marque, la Signalman. Cette dernière rend hommage aux gardiens de phare des côtes anglaises et reprend des codes esthétiques inspirés par les superbes tours lumineuses du sud du pays qui protègent et guident les bateaux lorsque les conditions de navigation deviennent délicates. Dans ce contexte, la Signalman est une montre qui retranscrit à la fois toute la rudesse de la vie côtière avec son boîtier imposant et épais et aussi la puissance de l'éclairage des phares grâce à la forme particulière de la carrure et du verre.


La nouveauté de cette année, la Beater, s'inscrit dans cette continuité tout en apportant des changements que je trouve pertinents. L'air de famille avec la Signalman est incontestable: un boîtier aux formes et aux dimensions similaires (44mm de diamètre pour une épaisseur de 14,5mm légèrement inférieure), les graduations, index et chiffres identiques, le logo de la marque inspiré par la rotation du rayon lumineux du phare, tout est fait pour se retrouver dans une atmosphère connue et appréciée par les fans de Giles Ellis, le créateur de la marque.

Cependant, petit à petit, les différences apparaissent et finissent par créer une nette distinction par rapport à la Signalman. Ce sont ces différences à la fois subtiles et déterminantes qui me font plus apprécier la Beater par rapport à sa devancière.


La Beater suit deux principes: la diversité et la simplicité. La diversité puisque, dès sa sortie, la montre est disponible en trois versions: boîtier en acier, cadran gris, boîtier en bronze, cadran bleu profond, boîtier en titane bleui, cadran vert marin. La simplicité car aucune complication, ne serait-ce qu'une trotteuse, n'orne le cadran. Le charme de la Beater vient de cette combinaison et de la qualité de sa fabrication.

Profitant de ses dimensions généreuses, la Beater permet d'apprécier les trois couleurs des cadrans en émail qui dans chaque cas forment une paire assortie avec les matériaux du boîtier. J'aime beaucoup la façon avec laquelle les index et graduations se détachent de la couleur du fond et la petite touche décalée apportée par le B rouge situé juste au dessus des lieux de fabrication (Sussex & England). Du point de vue purement esthétique, les versions acier et bronze sont mes préférées car je trouve leurs couleurs plus douces et plus en harmonie. La version titane bleuie n'en demeure pas moins séduisante mais plus audacieuse et peut-être plus lassante sur le long terme. 


Compte tenu de leur fabrication, les cadrans offrent un large spectre d'effets de couleur qui les décorent et les animent à la fois. Ces reflets sont, il faut bien l'avouer, bienvenus car la Beater m'aurait semblé un peu trop inerte sans. La quête de la simplicité poussée à son paroxysme me fait regretter l'absence d'une trotteuse centrale qui n'aurait pas dénaturée la montre. Mais rendons hommage à Giles Ellis: il va au bout de ses idées et je ne peux pas lui en tenir rigueur. 


J'ai évoqué la revendication des origines anglaises de Schofield. Elle semble plus délicate à mettre en avant lorsqu'il s'agit d'évoquer le mouvement. Giles Ellis ne s'est effectivement pas lancé dans un projet aussi ambitieux que celui de Robert Loomes qui visait à rendre sa montre 100% anglaise. Cependant, il s'en sort avec astuce. Il utilise  un stock de mouvements ETA 2724-R en état de marche, nettoyés, ré-assemblés et ajustés en Angleterre pour animer la Beater. Ces mouvements étaient initialement  destinés à une marque s'appelant Synchron 67. Je trouve que l'idée de conserver ce marquage présent sur la masse oscillante est excellente: c'est un peu comme si la traçabilité du mouvement était préservée! Et puis, il aurait été presque ridicule de cacher son origine. Sans être d'une beauté stupéfiante (l'ETA 2724-R reste après tout un mouvement simple), il est agréable à regarder et le piège de la décoration en arbre de Noël a été évité. Le rendu brut est après tout fidèle à l'atmosphère dégagée par la montre. En termes de performances, l'ETA 2724-R se situe dans les standards de l'époque avec une fréquence de 4hz et une réserve de marche de 42 heures. Il semble un peu perdu dans le boîtier mais les teintes de la bague et de la lunette donnent l'impression que le mouvement est plus grand qu'il n'est.


La Beater impose ses dimensions et son épaisseur une fois mise sur le poignet. La hauteur du boîtier surprend beaucoup pour une montre à deux aiguilles. La forme du verre accentue sa présence et renforce le charme du cadran. La courbure des cornes et le positionnement du bracelet sous la carrure du boîtier ont heureusement une influence positive sur le confort. Mais la grande force de Schofield est son incroyable diversité de bracelets à disposition. Tweed, caoutchouc, veau, cordovan, difficile de ne pas trouver son bonheur  parmi toutes ces textures... et ces couleurs! Finalement Schofield joue sur le même registre, mais avec son propre style, qu'une célèbre marque italienne: le plus grand plaisir procuré par la Beater est sa capacité à se transformer grâce à l'utilisation de nouveaux bracelets. New strap, new watch... jamais ce vieil adage n'aura été aussi vrai qu'avec cette montre simple et séduisante.


Merci à Giles Ellis pour son accueil pendant le SalonQP 2014.

Les plus:
+ la cohérence stylistique avec les autres montres de la collection Schofield
+ le caractère affirmé du boîtier
+ la présentation des cadrans
+ la diversité offerte par les trois versions et les bracelets aux multiples textures et couleurs

Les moins:
- l'épaisseur du boîtier surprend pour une montre à deux aiguilles
- l'absence de trotteuse pour ceux qui souhaitent la présence d'un témoin de marche

lundi 24 novembre 2014

Ma sélection du Salon Belles Montres 2014

Les adeptes du verre à moitié vide ne vont pas manquer de souligner l'absence de quelques locomotives qui permettraient au Salon de retrouver sa dynamique des premières années. Cependant, je préfère mettre en avant la part belle faite aux horlogers indépendants au cours de cette édition 2014, la huitième du salon parisien qui fut, ne l'oublions pas, le premier à s'adresser directement aux clients finaux. De plus, force est de constater que l'organisation a tenu compte des remarques de l'an passé et les progrès sont notables:
  • un très bel espace en double arc-de-cercle dédié aux marques indépendantes,
  • une lumière individuelle plus adaptée permettant la manipulation et la photographie des montres dans de meilleures conditions,
  • une salle de conférence digne de ce nom,
  • une large entrée faisant la part belle aux prestations et services associés au Salon comme par exemple le centre Presse ou les établis d'Objectif Horlogerie,
  • sans oublier un cocktail d'inauguration plus sélectif permettant aux invités de vraiment l'apprécier.
Tous ces détails donnent le sentiment d'une meilleure compréhension des attentes des visiteurs et espérons-le, pourront fournir des arguments concrets pour convaincre certaines marques de revenir au Salon l'année prochaine.

Au-delà des indépendants, de très belles marques d'une envergure supérieure comme Greubel Forsey, Bovet, Richard Mille, Girard-Perregaux, Ulysse Nardin ou Lange & Söhne étaient présentes soit, tout de même, trois participantes du SIHH. La diversité des styles et des segments de prix pratiqués par les exposants demeurent finalement le meilleur argument en faveur du Salon Belles Montres: difficile dans un tel contexte de ne pas avoir au moins un coup de coeur!

Je vous propose de découvrir une sélection des montres du Salon qui m'ont le plus séduit et qui symbolisent avec justesse le spectre très large des pièces à disposition pendant les trois jours.

Comment ne pas évoquer cette superbe version de la GMT de Kari Voutilainen magnifiée par son cadran Art-déco qui démontre une fois de plus sa totale maîtrise artistique? Le spectacle offert par les chiffres et les motifs du cadran est bluffant. La montre se voit d'ailleurs transformée par cette approche stylistique.


La We3S de WATCHe est évidemment une montre imposante. Cependant, tout le savoir-faire de Luc Pellaton lui permet de demeurer confortable et surtout extrêmement ludique grâce à sa réversibilité. La présentation du mouvement Unitas similaire à celle d'un micro-processeur plonge la We3S dans une dimension plus que contemporaine mais bel et bien futuriste.


La SP1-Landship d'Azimuth ressemble à un char d'assaut et constitue un parfait exemple de la créativité de la marque. Le seul aspect raisonnable de cette montre reste son prix ce qui est une excellente nouvelle!


Bovet est célèbre pour ses montres compliquées et ses Tourbillons. La Recital 12 Monsieur Dimier évolue dans un registre différent mais parvient à conserver tous les atouts de la marque grâce à une présentation originale et animée du cadran.


Les montres Greco se reconnaissent grâce à leurs formes de boîtier et aux traitements phosphorescents ou fluorescents. A porter en priorité dans l'obscurité!


La RM63-01 à aiguilles virevoltantes est une de mes Richard Mille préférées. Je la trouve belle tout simplement et elle est peut-être la plus convaincante dans un boîtier rond.


Cette imposante montre de Pierre Thomas justifie sa taille par l'utilisation d'un mouvement Fontainemelon des années 30 d'un diamètre de 41mm. La sensation d'avoir une montre de poche au poignet!


La combinaison entre le mécanisme à chaîne-fusée et la lune tri-dimensionnelle de la Cabestan Luna Nera est fascinante! Le choix de cette complication additionnelle surprend mais elle s'intègre parfaitement dans le contexte Cabestan.


Edox propose une large gamme de montres automatiques ou à quartz à prix raisonnables. La montre la plus intéressante reste la réédition de l'Hydro Sub avec son astucieux système de protège-couronne.


Chopard a proposé au cours du Salon une représentation très large de sa collection actuelle y compris le chronographe LUC 1963 Edition Limitée Purists. En tout cas, lorsque l'Engine One devient horizontale, elle devient quasiment irrésistible!


Un peu de musique avec la Jazz Répétition Minute! Ulysse Nardin démontre une fois de plus son expertise dans les montres à répétition qui mettent en scène des jacquemarts. Elle n'est donc pas uniquement un ravissement pour les oreilles, elle est aussi un régal pour les yeux!


Le Quadruple Tourbillon Secret de Greubel Forsey est une véritable montre de collectionneur qui ne dévoile la magie de son mouvement qu'à son heureux propriétaire. Comme toujours avec Greubel Forsey, l'exécution est remarquable.


Eh oui, même une marque suisse peut célébrer la chute du Mur de Berlin! RJ-Romain Jerome rappelle ici sa capacité à saisir les thèmes de l'air du temps que peu de marques osent aborder! Et de façon surprenante, elle se révèle être séduisante grâce à son cadran unique en son genre.


L'AG7 de MAT Watches est la montre idéale pour un officier de l'Etat Major! Grâce à son cadran California et à ses aiguilles dorées, elle arrive à conserver tout son caractère malgré son style plus élégant. Une approche stylistique réussie pour MAT Watches qui complète ainsi idéalement sa collection.


La WRX Manufacture Pirates de Ralf Tech se distingue non seulement par son mouvement exclusif mais par son design audacieux renforcé par le traitement brut de la lunette. Le résultat est assurément décoiffant!


D'autres montres auraient évidemment mérité de faire partie de cette sélection qui fut difficile à dresser: la preuve que le contenu du plateau du Salon  était à la fois dense et original. Je tiens à remercier l'organisation pour le travail effectué tout au long de l'année qui a permis la réussite de cette édition.

lundi 17 novembre 2014

Bonhoff: IP3.0W

Une des montres qu'il ne fallait rater sous aucun prétexte lors du dernier SalonQP était incontestablement la Bonhoff IP3.0. En effet, cette dernière apporte la preuve qu'il est possible d'innover et de réinventer l'affichage du temps tout en restant dans des concepts et des prix raisonnables.

L'IP3.0 qui se décline en deux versions (W: white et B: black) est une montre de prime abord déroutante car tant que la méthode de lecture de l'heure n'est pas expliquée, il est radicalement impossible de deviner rapidement comment elle fonctionne et surtout à quoi rime son cadran. Cependant, il se dégage de façon presque instantanée une atmosphère particulière: la pureté des disques présents sur le cadran, l'absence de chiffre ou de lettre et l'étonnante intégration du bracelet rendent le design de la montre à la fois abouti et très contemporain.

Les petits cercles coïncident, il est deux heures:


L'autre sentiment que l'IP3.0 procure est qu'elle laisse peu de place à la fantaisie malgré son originalité. Rien ne dépasse, sauf peut-être la couronne, tout est propre à la limite de la froideur clinique ce qui en l'occurrence est une composante de sa réussite. Cette montre est bien entendu à l'image de son créateur, Hannes Bonhoff, ingénieur acoustique de formation qui trouve à travers le lancement de sa marque horlogère un vecteur de ses idées et de ses brevets. L'IP3.0 reprend deux de ses idées fondamentales:
  • l'affichage du temps à la demande,
  • le bracelet qui devient en même temps composant du boîtier.
Amateurs de géométrie, cette montre est faite pour vous! La lecture du temps nécessite un petit effort de la part de la personne qui la porte. Il suffit d'observer le cadran et plus particulièrement les disques. En tournant la lunette, grâce aux différents verres saphir, les disques bougent les uns par rapport aux autres. En faisant coïncider les deux petits disques, la graduation apparaît dans l'ouverture principale en face de ce qui est l'unique marqueur de la montre: un petit carré noir situé sur le disque blanc supérieur. L'heure se lit alors comme sur une montre traditionnelle. Puis, il faut poursuivre l'effort pour faire coïncider les deux grands disques: la graduation indique dans ce cas les minutes.

Les grands cercles coïncident, il est 50 minutes:


Nous touchons ici le point crucial de la Bonhoff IP3.0. Compte tenu de l'affichage du temps à la demande et la double opération qu'elle impose, elle s'adresse avant tout à des amateurs à la recherche d'une interactivité et qui prennent plaisir à devoir agir, faire un effort pour que leurs montres daignent offrir ce pour quoi elles sont faites à la base: donner l'heure! Rares sont les montres mécaniques, même les plus étranges qui nécessitent une action pour que le temps s'affiche comme s'il existait une barrière psychologique empêchant le déploiement de ce concept. Il est vrai que nous nous heurtons à la mission première d'une montre. Dans nos sociétés contemporaines où le temps est si précieux, où tout va de plus en plus vite, il est impératif de pouvoir lire l'heure en une fraction de seconde et dans certains cas, de façon discrète pour ne pas vexer son interlocuteur ou ne pas trahir son ennui en réunion. Avec la Bonhoff IP3.0, il faut oublier immédiatement toute velléité de lecture du coin de l'oeil à la vitesse de l'éclair. Elle crée au bout du compte une autre relation avec le temps qui passe et en un sens, le rend beaucoup plus précieux. C'est peut-être sa plus belle vertu!

Les "clous de Paris" permettent une meilleure manipulation de la lunette: 


La lunette joue ainsi un rôle primordial puisqu'elle est le lien entre la montre et son propriétaire. Manipulée plusieurs fois par jour, elle se doit d'être précise et agréable. La notion d'effort ne devait pas se transformer en chemin de croix! Si l'IP3.0 me séduit, c'est bien parce que la rotation de la lunette est parfaitement dosée: elle est ni trop dure, ni trop douce, elle est idéalement adaptée à la fonction qui lui est assignée. Le rapprochement des petits et des grands disques s'effectue donc avec plaisir.


L'IP3.0, au-delà de son concept original est aussi une réussite esthétique. Epurée à l'extrême, à la limite même de l'austérité, la montre se singularise par sa "circularité" mise en valeur par le très étonnant bracelet. Ce dernier épouse le boîtier, l'englobe jusqu'à en devenir une composante. Le résultat est visuellement très surprenant et convaincant du point de vue du confort. Le diamètre du boîtier en titane est certes imposant (44,3mm) mais l'absence de corne permet de réduire la taille perçue. De plus, le bracelet n'est pas qu'un artifice de designer. Il maintient la montre avec efficacité et l'ensemble se porte avec plaisir grâce également à la légèreté du boîtier.


Un autre adjectif qui me vint à l'esprit en observant et manipulant l'IP3.0 est celui de "raisonnable". Le côté iconoclaste et déroutant ne sollicite pas un module d'affichage aux prouesses techniques superlatives. La montre demeure simple dans sa conception et dans le mouvement qui l'anime, un ETA2824-2 en finition élaborée. Le rotor a cependant été revu afin de rappeler les formes présentes sur le cadran. La conséquence de ce choix est évidente: la IP3.0 est commercialisée avec un prix de 4.300 euros TTC ce qui est finalement un tarif ajusté compte tenu de la qualité de l'usinage, les sensations procurées par la lunette et surtout l'ambiance créée par cette pièce unique en son genre.


L'IP3.0 est une montre qui me plaît beaucoup. Certes, son principe va à l'encontre de ce qu'une montre doit être: un instrument permettant une lecture aisée et rapide de l'heure. Et c'est bien ce côté rebrousse-poil qui me plaît le plus: je me suis surpris à jouer avec les cercles, plus pour dessiner des formes sur le cadran que pour véritablement lire l'heure. L'interactivité qu'elle propose et ce contexte esthétique contemporain abouti la rendent très séduisante. Mais ne perdez jamais de vue qu'elle s'adresse avant tout à des personnes qui aiment capter le temps qui passe de façon rare et posée.


Merci à Hannes Bonhoff pour son accueil pendant le SalonQP 2014.

Les plus:
+ une véritable originalité esthétique
+ l'interactivité créée par l'affichage de l'heure à la demande
+ la sensation provoquée par la manipulation de la lunette
+ le mouvement simple et fiable
+ le confort au porté malgré la taille

Les moins:
- la suppression de la couronne aurait rendu la montre encore plus esthétiquement aboutie
- même avec de l'habitude, la lecture de l'heure n'est pas instantanée: si vous êtes pressés, passez votre chemin

mercredi 12 novembre 2014

Ma sélection du SalonQP 2014

Fort d'un plateau extrêmement fourni faisant la part belle aux marques indépendantes, le SalonQP réserva cette année de nombreuses surprises grâce notamment à plusieurs montres dévoilées en avant-première. Je vous propose de faire un rapide tour d'horizon sachant que je reviendrai en détail sur certaines de ces pièces.

Je fus ravi de rencontrer les frères Grönefeld dans les couloirs du Salon ce qui me permit de mettre une nouvelle fois le Tourbillon Parallax au poignet, tout fraîchement auréolé  de son prix au GPHG:


Stepan Sarpaneva présenta à travers sa deuxième marque, S.U.F, une réédition (en deux versions) de la Paroni:


Emmanuel Bouchet dévoila sa première montre sous sa propre marque, la Complication One. Une pièce qui décoiffe car donnant à l'échappement une importance qui va bien au-delà de son rôle habituel. Un de mes coups de coeur du Salon.


En marge du Salon, chez Timothy Everest, Urwerk nous fit découvrir les deux dernières déclinaisons de l'UR-110 en partenariat avec le célèbre couturier. Les East Wood apportent une dimension nouvelle à Urwerk grâce à l'utilisation de matériaux que l'on imaginait pas dans l'univers de la marque de Martin Frei et de Felix Baumgartner.


Akrivia leva le voile sur ce prototype à heures sautantes dont la présentation finale se fera en janvier:


Arnold & Son présenta sa gamme complète dans laquelle se trouve la toute récente HMS1:


Je ne pouvais pas manquer l'opportunité de mettre au poignet une nouvelle fois la HM6, une montre qui m'a particulièrement séduit par son audace et ses rappels des Machines précédentes.


De nouveau Stepan Sarpaneva mais cette fois-ci avec sa marque éponyme. La Moonphase se décline dans le boîtier de 46mm pour un résultat étonnant:


Andreas Strehler est un des horlogers les plus doués et il le prouve une nouvelle fois avec la  Sauterelle à Lune Perpetuelle:


Ce n'est certes pas une nouveauté mais comment ne pas être sous le charme de l'étonnante et magique Deep Space de Vianney Halter?


Le bleu du cadran de cette Kari Voutilainen GMT est magnifique. Chaque déclinaison de ses montres fait mouche.


Ce n'est pas là non plus une nouveauté mais la JJJ de Marc Jenni demeure une montre très séduisante par son ingéniosité:


Cette pièce unique de la Décalogue de Konstantin Chaykin donna l'occasion d'explorer une nouvelle dimension décorative: 


Le QP "black" de Moser  à cadran fumé est étonnant et dépoussière l'approche trop souvent classique de ce type de montre:


Ce fut un véritable plaisir que de mettre au poignet le chronographe LUC 1963 de Chopard dans son édition limitée "Purists". L'absence de date, le cadran noir, les touches de rouge lui donnent beaucoup de charme.


Une des stars du Salon fut incontestablement la Metamorphosis II de Montblanc. Quelle animation dans le processus de transformation du cadran!


La H1 "Velvet Gun" est une déclinaison fort réussie de la H1 de HYT:


Armin Strom profita du Salon pour présenter sa toute nouvelle collection, les Skeleton Pure:


Seul Nomos pouvait oser une montre habillée avec un cadran jaune canari! La Lux voit en même temps sa taille réduite: 


La Beater est le dernier opus de Schofield animé par un mouvement NOS (ETA 2724R) et qui existe en trois déclinaisons.


Autre marque anglaise, Pinion aborde les complications avec le chronographe Revival 1964 animé par le Valjoux 7734.


Un ovni... La Hoptroff Montre Atomique n°16!


Virage à 180 degrés compte tenu de la montre précédente... Alexandre Meerson propose une gamme de montres simples et raffinées utilisant des mouvements Vaucher:


La Surya de Frédéric Jouvenot met en valeur l'originalité de son affichage:


Ludovic Ballouard  proposa une version noire et blanche de son Half Time:


L'affichage de l'heure à la demande vous tente? Bonhoff est une réussite esthétique et explore une nouvelle façon de lire le temps.


La Sopwith Aviator de Valour est une très grande montre (54mm!) inspirée par les avions militaires:


La Wright Flyer est peut-être la montre Bremont la plus ambitieuse:


Toujours plus d'audace et d'excès et pourtant... la recette fonctionne! La Harry Winston Histoire de Tourbillon 5 est selon moi la plus réussie de la collection:


Le spécialiste de la mosaïque, Sicis, était un des exposants à voir lors du Salon. La collection Memento Mori m'a particulièrement plu:


Cette sélection large et éclectique est finalement à l'image du Salon dont le plateau est aujourd'hui un des plus complets et originaux pour ce type d'événements en Europe.