mercredi 27 février 2013

MB&F: HM4 Final Edition

La HM4 est décidément un objet horloger non identifié plein de paradoxes! C'est par exemple la Horological Machine au boîtier le plus original mais c'est en même temps, la seule qui affiche le temps de façon traditionnelle. Inspirée par les avions du milieu du siècle dernier, elle semble plus contemporaine que n'importe quelle montre. A la base évoluant dans une ambiance militaire, elle a su ne pas se prendre trop au sérieux jusqu'à se retrouver pilotée par un panda ou affublée de pin-ups sur la carlingue. Son histoire ne pouvait donc s'achever que sur un dernier clin d'oeil. Afin de rendre cette édition finale de 8 pièces la plus spectaculaire possible, Max Büsser et son équipe sont allés rechercher les codes d'un avion... furtif. C'est bien évidemment l'effet inverse de celui de la vocation première de l'engin volant qui est recherché car contrairement à un F-117 Nighthawk ou à un B-2 Spirit, la HM4 Final Edition n'a nullement l'objectif de disparaître non pas sous la couche des nuages mais sous la manche de la chemise.

J'ai déjà présenté en détails différentes versions de la HM4 comme la Thunderbolt en 2010, les Razzle Dazzle et Double Trouble en 2011 et la Thunderbolt RT en 2012. Je ne vais donc pas revenir sur les caractéristiques techniques de la HM4. En revanche, il est bon de rappeler que le point commun entre toutes les Horological Machine est leur capacité de transformation et cette HM4 Final Edition en est une nouvelle preuve.

A bien y regarder, quelques regards font la différence, toute la différence.

Le matériau et la couleur du boîtier d'abord: le traitement en PVD noir du boîtier en titane est spectaculaire car subtil et lumineux. Eh oui! La HM4 Final Edition est une montre lumineuse malgré son côté obscur. Grâce à cette couleur, ni gris anthracite, ni noir profond, le boîtier se pare de multiples reflets provoquées par la complexité de ses formes, ses nombreuses parties vitrées et par les alternances de types de finition. Rien de pire qu'une montre immense monocolore et monosaveur qui ressemblerait à un gros bloc sur le poignet. La HM4 est tout le contraire: imposante certes mais remplie de détails, de décrochages, de formes différentes et de dégradés de sa  couleur dominante qui la rendent passionnante à observer sous toutes les coutures.


Le changement esthétique ensuite: il n'est finalement pas si significatif que cela si on raisonne en pourcentage de la surface concernée. Mais voilà: en transformant la forme des deux cadrans devenant des panneaux angulaires carrés, l'équipe de MB&F a métamorphosé la HM4.

Cette combinaison de couleurs sombres et d'angles droits et vifs donne une nouvelle dimension à la HM4: d'avion militaire, elle devient engin volant guerrier et menaçant. J'aurais ainsi beaucoup de mal à retrouver le Panda sur cette Final Edition: sa présence serait alors totalement hors de propos! C'est dire à quel point l'esprit de la HM4 n'est plus le même. J'ai presque envie de dire que c'est un Max Büsser adulte qui est derrière cette montre alors que c'était plus l'enfant qui se cachait derrière la Thunderbolt initiale.

Je dois avouer qu'elle ne me fait pas uniquement penser à un avion furtif. Avec ces deux carrés aux extrémités des cônes, elle m'évoque aussi les premiers appareils photos, de véritables chambres noires.

Le noir a d'autres vertus: il met d'abord en valeur les éléments qui conservent leurs couleurs d'origine comme le mouvement dont les détails se détachent de façon spectaculaire, particulièrement lorsque la HM4 Final Edition est retournée. Il réduit ensuite la perception de la taille ce qui dans le contexte particulier de cette Horological Machine n'est pas un mauvais point.

La HM4 Final Edition conserve tous les atouts de ses devancières à savoir un excellent maintien au poignet grâce à la boucle déployante qui est un vrai bonheur à manipuler, un mouvement agréable à utiliser au quotidien grâce à ses deux couronnes et à ses 3 jours de réserve de marche, une lecture de l'heure aisée malgré la taille du cadran et l'étrangeté de ses formes qui provoque de fortes émotions. En revanche, comme toujours, les amateurs de discrétion l'oublieront sur le champ car sa hauteur et son gabarit empêchent tout passage sous la chemise. Et comme la HM4 se remarque instantanément, aucune fuite n'est possible!

Le feu d'artifice final de la HM4 est réussi et arrive à me convaincre car il projette la Machine dans un nouvel environnement. Si d'un côté, je regrette qu'elle perde une dose de dérision et d'humour, son côté agressif et sombre colle bien à l'esprit du boîtier. Cependant elle ne remplace pas dans mon coeur la Razzle Dazzle ou la Double Trouble qui sont pour moi les plus abouties de toutes les HM4 car combinant style, expression artistique et second degré. Un second degré qui manque tout de même un peu ici. 

dimanche 24 février 2013

Audemars Piguet: Royal Oak Offshore Diver Céramique

Année de transition oblige, le SIHH 2013 a été plutôt calme pour Audemars Piguet en termes de présentation de nouveautés. Cependant, la nouvelle déclinaison de la Royal Oak Offshore Diver a attiré mon attention. 

Je suis à la base un fan de la Diver d'origine car je la considère comme une excellente interprétation sportive de la Royal Oak qui arrive à conserver une grande partie du charme et de l'élégance de la montre dont elle s'inspire. Elle est certes plus grande (42mm), plus épaisse (13,8mm) et ni la présence de la deuxième couronne qui sert à manipuler le rehaut interne ni le bracelet caoutchouc n'altèrent le sentiment d'équilibre et de raffinement qu'elle dégage. Il faut dire que le travail d'adaptation du cadran à ce contexte de montre de plongée a été particulièrement réussi. Les aiguilles spatule, les index, le rehaut se marient idéalement avec le motif "Méga Tapisserie" noir et à aucun moment, elle ne tombe dans l'excès comme cela a pu être le cas avec certaines Royal Oak Offshore.

Par la suite, Audemars Piguet a profité du développement de l'utilisation de nouveaux matériaux pour présenter au cours du SIHH 2012 une version en carbone forgé et à lunette céramique noire plus brute et radicale que la Diver à boîtier acier. Et cette année, de façon logique, la Diver Céramique fait son apparition pour compléter la gamme.

Elle conserve quasiment les mêmes caractéristiques que ses devancières à savoir un boîtier de 42mm, une étanchéité de 300 mètres, le mouvement 3120, le bracelet caoutchouc sans oublier la paire d'aiguilles caractéristiques qui se distinguent nettement par leurs formes et leurs couleurs. La différence majeure vient du fond saphir qui permet d'observer le 3120. Le fait de dévoiler le mouvement est un peu surprenant compte tenue de la destination première de cette montre mais il est évident que cette modification répond au souhait des clients qui désirent profiter de la vue du rotor en or et de la jolie finition du mouvement. Ses performances demeurent habituelles à savoir une fréquence de 3hz, une réserve de marche de 60 heures et le stop-seconde. Même s'il s'agit d'un mouvement de série, son architecture contemporaine (pont de balancier traversant etc...) et sa masse oscillante lui donnent un style très agréable qui peut justifier le fond saphir.


Je dois avouer que pour plusieurs raisons, je préfère nettement cette version Céramique par rapport à la version en carbone forgé. Tout d'abord, le rendu homogène du boîtier me convient mieux. Le contraste entre la lunette et le boîtier de la Diver Carbone Forgé lui donne beaucoup de caractère et met en valeur le rendu spécifique du boîtier. Mais justement, je ne suis pas très attiré par l'aspect du carbone forgé qui ne répond pas à mes attentes du point de vue esthétique surtout de la part d'une montre qui se veut, au-delà de ses performance, à l'aise dans des circonstance plus formelles. La finition du boîtier de la Diver Céramique est réussie avec une belle alternance des parties polies et satinées qui évite de tomber dans la monotonie.

Ensuite la combinaison noire et jaune de la Diver Carbone Forgé est tout de même assez agressive. Elle est certes adaptée au contexte du boîtier mais l'orange de la Diver Céramique est plus apaisant, au moins à mes yeux. Comme la montre ne perd pas en lisibilité, ce changement me semble très positif.

Enfin, la présence du fond saphir apporte la preuve que la destination de la Diver Céramique n'est pas exactement la même que celle de la Diver Carbone Forgé. Je comprends que l'on puisse trouver ce fond un peu incongru d'autant plus que le diamètre propre du 3120 (26,6mm) le rend un peu petit pour le boîtier. Le fond plein reste sûrement la meilleure option. Mais il fallait trouver un moyen de distinguer plus nettement les deux Diver "noire". Sans ce fond saphir, les différences auraient été plus subtiles. Maintenant, en sus de la Diver d'origine, Audemars Piguet propose deux Diver aux matériaux contemporains mais qui ne poursuivent pas le même objectif. La Diver Carbone Forgé demeure la plus  typée, celle qui a le plus de caractère. La Diver Céramique est plus raffinée et est celle qui incarne le mieux l'esprit Sport-Chic. 

La Diver Céramique se porte avec confort grâce au bon maintien apporté par le bracelet caoutchouc. Compte tenu de sa couleur dominante, de l'ouverture de cadran mesurée, elle semble plus petite que ses 42mm de diamètre. J'apprécie toujours autant le déplacement du petit disque de la trotteuse qui anime joliment le cadran. Les index créent des reflets de lumière qui contribuent au charme de la montre. A noter que la partie au contact de la peau est en titane.


Audemars Piguet ne présente pas une  nouveauté révolutionnaire avec cette nouvelle Diver. Elle comporte cependant suffisamment d'atouts pour créer son propre intérêt et surtout pour se distinguer des deux versions antérieures. La présence du fond saphir peut prêter à discussion mais au final, le client a le choix maintenant entre  trois modèles complémentaires. Je ne peux donc que me réjouir de cette possibilité nouvelle de profiter de la vue du mouvement.

Merci à l'équipe Audemars Piguet pour son accueil pendant le SIHH 2013.

mercredi 20 février 2013

RJ-Romain Jerome: Spacecraft

Cela devait arriver: à force de placer des invaders et des aliens sur les cadrans ou de se promener sur la lune, Manuel Emch a transformé sa dernière montre en vaisseau spatial! La Spacecraft marque un véritable tournant pour RJ-Romain Jerome: incontestablement, elle incarne une nouvelle ambition esthétique et horlogère qui préfigure l'orientation que veut prendre la marque ces prochaines années.

La Spacecraft est en même temps un retour aux années 70 et aux années 80: inspirée par les montres "Casquette" comme le fut encore récemment la HM5 de Max Büsser, elle arrive à sortir du carcan de ce concept grâce à une approche artistique ambitieuse. Si le principe de base évoque les montres à affichage digital qui symbolisèrent le chant du cygne de l'horlogerie mécanique face à la progression du quartz, la forme en trapèze, les angles, les traitements des surfaces, l'aérodynamisme de la ligne font plus penser au casque de Dark Vador ou à certains buildings à l'architecture décoiffante. Il faut dire que deux belles fées se sont penchées sur le berceau de cette Spacecraft. Une fois de plus, le duo Jean-Marc Wiederrecht & Eric Giroud fait mouche en conciliant le contenu horloger, l'originalité de l'affichage avec le coup de crayon du designer.

Deux mots me vinrent à l'esprit quand je découvris la Space Craft: audace et cohérence. L'audace s'exprime par le style volontairement insolite et à la limite belliqueux du boîtier en titane traité avec un PVD noir. C'est bel et bien un vaisseau d'une force extraterrestre pas forcément habitée des meilleures intentions qui s'est retrouvée à mon poignet. Les couleurs, l'alternance de gris, de noir, les formes anguleuses, le rouge de l'affichage de l'heure, la partie supérieure qui fait penser à un engin furtif, tout concourt à ce sentiment d'ambiance hostile. La montre a un caractère bien trempé pour mon plus grand plaisir! RJ-Romain Jerome s'éloigne sur ce coup de l'horlogerie guimauve et de bons sentiments de certains et cela fait beaucoup de bien! Je retrouve en cela cette agressivité maîtrisée de certaines Urwerk et Horological Machine. J'espère juste que le travail d'adoucissement de certains traits qui était prévu après ma visite chez RJ-Romain Jerome ne va pas être trop prononcé car les angles clairement marqués font partie des gênes de la Spacecraft et contribuent fortement à sa réussite.

La lisibilité de l'affichage sera améliorée par rapport à celle de ce prototype:


La cohérence provient de la parfaite symbiose entre le design et l'affichage du temps. Les heures sont indiquées par le biais d'une graduation latérale qu'un chariot rouge parcourt à l'arrière en sautant toutes les heures. La Spacecraft est nullement un chronographe, une montre qui littéralement écrit le temps, mais elle embarque un module développé par Agenhor qui reprend le principe du chariot de la machine à écrire: il avance d'un pas par heure et à l'issue de la douzième heure, il effectue un mouvement de retour instantané pour se repositionner derrière la fenêtre de la première heure. J'apprécie le principe des heures sautantes sur les montres à affichage digital car nulle part ailleurs, il ne me semble aussi bien adapté. Pas d'erreur de jugement, de mauvaise lecture: ce n'est qu'à la soixantième minute que l'heure "saute". Mais limiter cet affichage à seulement une heure sautante serait réducteur: les heures de la Spacecraft sont sautantes, linéaires, latérales et rétrogrades à la fois, excusez du peu!

Les minutes se lisent sur la surface supérieure de la montre. Avec un peu d'habitude, on peut même trouver l'angle du poignet qui permet de déchiffrer de façon simultanée les heures et les minutes. Pour une lisibilité optimale, il vaut mieux oublier ce genre d'astuce et lire les informations les unes derrière les autres. Les minutes sont trainantes et indiquées par le biais d'un disque noir et d'une discrète flèche rouge situés au beau milieu des plaques en titane microbillé. La montre ne possède en revanche aucune trotteuse ni indicateur de marche.

Le module d'affichage est alimenté par un mouvement ETA2892 ce qui est une très bonne nouvelle quand à la régularité de fonctionnement et à la fiabilité de la montre. Je préfère nettement que des modules originaux soient tractés par des calibres connus tel cet ETA2892 ou le GP3000 que par des mouvements originaux. Jean-Marc Wiederrecht a ainsi pu totalement se concentrer dans le développement spécifique du chariot qui constitue la pièce centrale de la montre. La faiblesse de l'ETA2892 est en revanche son efficacité du remontage toute relative. C'est la raison pour laquelle j'aurais préféré que la couronne ne soit pas vissée afin de faciliter le remontage manuel de temps en temps.


L'arrière de la montre est au diapason des autres parties du boîtier: imaginez un croisement du casque de Dark Vador avec la tête d'un Transformer et vous voyez le résultat.

La Spacecraft se porte avec confort grâce à au bon positionnement de la montre sur le poignet. Le bracelet en polyamide tressé noir est bien dans l'esprit "high tech" et ne jure pas avec le boîtier. En revanche, n'espérez pas un seul instant pouvoir porter la Spacecraft sous la manche de chemise. Montre "Casquette" oblige, sa forme rend ce geste impossible. Mais après tout, ce n'est pas grave. Comment imaginer un seul instant avoir envie d'être discret avec une telle montre au poignet?

Vous l'avez compris, j'ai été très séduit par cette Spacecraft. Evidemment, certains feront le rapprochement avec la HM5 mais je trouve que ce serait un raccourci rapide. La HM5 va sur la route et son affichage joue avec la lumière et les prismes. C'est une montre qui évoque la liberté, le rêve américain et l'insouciance du début des années 70. La Spacecraft se déplace dans l'espace, est plus sombre, plus agressive et son affichage est radicalement différent. Je trouve au contraire intéressant et stimulant de découvrir en peu de temps deux montres "Casquette" si opposées. En tout cas, personne ne peut contester qu'avec la Spacecraft, RJ-Romain Jerome change de braquet grâce au module exclusif et à une esthétique à l'avenant. Montre vendue dans le cadre d'une série limitée de 99 exemplaires à un prix "raisonnable" (autour de 21.000 CHF), elle donne un bon indicateur sur la future stratégie de la marque qui alternera sa collection de pièces habituelles (si je peux le dire) avec des montres plus inventives horlogèrement parlant.

Merci à l'équipe RJ-Romain Jerome pour son accueil pendant la semaine du SIHH à Genève.

dimanche 17 février 2013

Hublot: Classic Fusion Chrono Aero

Depuis plusieurs années, Hublot profite de la présence des détaillants et journalistes du monde entier venus assister au SIHH pour dévoiler une partie de ses nouveautés en janvier à Genève.  Cette présentation anticipée vise à mieux répartir le calendrier des nouveautés autrefois intégralement concentré pendant Baselworld et à assurer une présence médiatique à Hublot dans une période de l'année habituellement presque entièrement dédiée aux marques de Richemont et à Audemars-Piguet.

La collection qui fut présentée il y a quelques semaines s'appuie sur les fondamentaux de la marque et sur les tendances de l'année dernière. A vrai dire, j'y ai surtout vu des évolutions pertinentes des modèles les plus significatifs de 2012 comme la Big Bang Ferrari et la Classic Fusion Squelette. L'audace n'était pas de mise comme si Hublot rentrait dans une période de consolidation, reprenait sa respiration avant de se lancer dans de nouveaux projets. Car si début 2012 j'avais pu découvrir de nouveaux mouvements comme l'Unico GMT ou le HUB1300 de la Classic Fusion Squelette, la collection de Genève de cette année n'en contenait aucun de nouveau.

La seule véritable nouveauté est la Classic Fusion Chrono Aero et encore s'appuie-t-elle sur des éléments fort connus des amateurs de Hublot: le boîtier Classic Fusion de 45mm et le mouvement ouvert HUB1155. Le mélange de ces ingrédients est loin d'être indigeste et le résultat est même très convaincant. C'est la raison pour laquelle je souhaite vous apporter quelques détails complémentaires.

Je pouvais craindre que l'utilisation du cadran ajouré Aero Bang ne convienne pas au boîtier Classic Fusion, considéré à juste titre comme plus élégant que le boîtier Big Bang. Or, c'est tout l'inverse qui se passe: je trouve que le cadran trouve une nouvelle dimension dans ce contexte plus raffiné. En fait, la réussite de la Classic Fusion Chrono Aero repose essentiellement sur le contraste entre le côté très fouillis du cadran et l'aspect plus lisse du boîtier. 

La lisibilité de la montre est préservée grâce au traitement noir du mouvement côté face. Ainsi, les aiguilles, très jolies au demeurant, se détachent bien par rapport au mouvement et l'absence de cadran plein n'est pas problématique. En outre, les deux sous-cadrans et notamment le compteur des minutes  sont très  épurés ce qui simplifie leur lecture. Quant à la graduation des secondes utilisée par la trotteuse du chronographe, elle est clairement affichée. Pour respecter le style général, seules les secondes sont marquées. Il est donc impossible de lire les temps intermédiaires même si la fréquence du mouvement (4hz) aurait permis un affichage au 1/8ième de seconde. Ce n'est pas très gênant du point de vue fonctionnel et plutôt recommandé du point de vue esthétique dans ce cas précis . Enfin, un très discret guichet à 6 heures affiche les quantièmes. 

La montre propose de jolis effets de relief. Les index biseautés et les cerclages des compteurs ressortent de façon nette alors que le mouvement offre quelques sensations de profondeur. Rien de vraiment spectaculaire mais l'observation de ces détails est très agréable.


Le mouvement est le HUB1155 à savoir une base ETA2894. Le style Aero nécessite un mouvement modulaire afin que le travail d'ouverture du module puisse être visible côté cadran. Le module est donc ajouré tout comme le disque de date. C'est bien côté cadran que le rendu du mouvement est le plus intéressant. La finition propre et industrielle correspond bien à l'esprit Hublot en créant une atmosphère contemporaine cohérente.

L'arrière de la montre est bien plus standard: la base du mouvement semble même un peu perdue dans le boîtier et le travail décoratif est très sommaire. Je pense sincèrement qu'un fond plein aurait été une meilleure option.

La Classic Fusion Chrono Aero est disponible en deux versions, Titane et King Gold (Or Rose) avec la possibilité de choisir un bracelet du même métal. Dans chaque cas, le boîtier est réalisé avec soin alternant parties polies (couronne, poussoirs) et satinées (lunette). J'apprécie particulièrement la forme des poussoirs, larges et plutôt proéminents, qui permettent une mise en action plus facile. Ce n'est pas du luxe car l'ETA2894 n'est pas réputé pour la douceur de son déclenchement.

Les 45mm de diamètre se portent sans souci pour tous ceux qui ont la taille de poignet adaptée. Tout d'abord, la lunette épaisse et la complexité du cadran réduisent la perception de taille. Ensuite, comme toujours avec Hublot, la boucle déployante agit efficacement pour bien maintenir la montre. Le confort est assuré. Enfin, les deux sous-cadrans ont la taille suffisante et l'emplacement adéquat pour donner un sentiment d'équilibre.

Je considère donc cette Classic Fusion Chrono Aero comme une jolie réussite de la part de Hublot. Certes, elle ne présente fondamentalement rien de nouveau mais tous les ingrédients se marient idéalement pour définir un ensemble harmonieux. Je préfère même retrouver le cadran Aero dans un tel contexte car plus raffiné et surtout moins lassant que celui de la Big Bang. Bref, comme quoi, certaines expériences méritent d'être tentées! Demeure l'éternelle question du positionnement tarifaire par rapport au contenu horloger. Mais Hublot a un savoir-faire incontestable pour rendre très désirables auprès de ses fans des montres qui ne se résument pas uniquement à leurs mouvements. Et cette Classic Fusion Chrono Aero ne déroge pas à la règle.

Je tiens à remercier l'équipe Hublot pour son accueil au Kempinski pendant la semaine genevoise.

jeudi 14 février 2013

Van Cleef & Arpels: Lady Arpels Ballerine Enchantée

En cette St Valentin, je souhaite vous présenter une des montres les plus charmantes du dernier SIHH: la Lady Arpels Ballerine Enchantée.

La Ballerine Enchantée est une montre à remontage manuel qui peut être considérée comme le point de rencontre entre plusieurs thèmes favoris de VC&A (la danse, les papillons, les travaux des émaux) et l'univers de la collection des Complications Poétiques. Fidèle à l'esprit de la collection, elle propose un affichage de l'heure original et subtil qui n'est disponible qu'à la demande: une jolie façon de contrôler de temps et finalement de montrer à la propriétaire de la montre qu'il n'a pas de prise sur elle.


Ce type d'affichage puise son inspiration dans une de des plus célèbres créations horlogères de VC&A, la montre de poche Magicien chinois de 1927 qui indiquait les heures et les minutes grâce aux mouvements des deux bras qui s'arrêtaient pendant quelques secondes devant les graduations  adéquates. Un examen rapide de la Ballerine Enchantée peut laisser penser qu'elle reprend simplement le principe du double affichage rétrograde de la Féérie qui fonctionne en permanence. Or ce n'est pas le cas puisque les deux jupons de la Ballerine ne s'animent que lorsque le poussoir à 8 heures est activé: la lecture de l'heure devient alors possible mais il ne faut pas perdre un seul instant! Comme par magie, après quelques secondes d'arrêt, les jupons reprennent leur mouvement pour retrouver leur position initiale.

En fait, et c'est toute la difficulté d'une telle montre, la Ballerine Enchantée est un éloge de la lenteur, un modèle de délicatesse. Rien ne se passe instantanément et les jupons bougent doucement, telles des ailes d'un papillon qui se déploient et se replient. C'est un vrai régal que d'observer cette fluidité de fonctionnement qui met en valeur la beauté de la figurine.

Le poussoir situé à 8 heures permet d'activer l'affichage du temps:


Le cadran permet évidemment aux équipes de VC&A d'exprimer tout leur talent artistique et de mélanger différentes techniques décoratives. La ballerine en elle-même est une délicate sculpture en or dont le sertissage de diamants dessine la taille et le visage. Elle est habillée d'une corolle en émail champlevé dont les couleurs se fondent parfaitement dans le fond guilloché en rayons ondulants. Les deux jupons, semblables à des pièces squelettées de par la finesse de leur exécution, contribuent au sentiment de légèreté et de grâce.

VC&A nous rappelle que le temps est précieux grâce aux diamants qui font office d'index le long des deux graduations. Parfaitement alignés, ils sont complétés par d'autres pierres situées de façon plus aléatoire sur le cadran afin de casser la rigidité de la symétrie qu'ils créent. La lunette sertie complète cette dimension raffinée mais à aucun moment les diamants ne prennent le premier rôle: ils sont au service de la ballerine. La montre est avant tout précieuse par son originalité, sa délicatesse, son animation.

Le diamètre du boitier Lady Arpels en or gris est ici de 40,5mm ce qui peut sembler important pour une montre féminine. Je considère la taille comme parfaite car le plus important est de pouvoir profiter du spectacle offert par la ballerine. En outre, un tel affichage qui n'indique le temps que par sections de 2 heures et de 10 minutes nécessite une taille de cadran suffisante pour éviter toute confusion... surtout lorsque la montre n'affiche le temps que pendant quelques instants!

Mais est-ce cela le plus important finalement? La Lady Arpels Ballerine Enchantée est bien plus qu'une montre. Le temps n'est pas la finalité, il n'est qu'un prétexte qui permet de profiter de l'animation de la ballerine et de la beauté des décorations. Cette dernière création de VC&A s'inscrit dans la continuité des Poetic Wish qui indiquent également l'heure à la demande. Elle ne possède pas le même niveau de complexité et pourtant la magie opère autant. Cela prouve que ce qui compte le plus est la cohérence de la pièce et les émotions qu'elle provoque grâce à la qualité de la mise en scène de l'animation et la maîtrise de l'exécution.

Merci à l'équipe VC&A pour son accueil pendant le SIHH 2013.

lundi 11 février 2013

Artya: Horlogère

La nouvelle version de l'Artya Horlogère prouve une fois encore que l'imagination d'Yvan Arpa connaît peu de limites. Je dois avouer que je suis loin d'apprécier toute sa production mais que certains modèles ne me laissent pas insensibles. Cette Horlogère fait partie de cette catégorie car elle incarne une sorte d'incarnation de la volonté  d'Yvan Arpa de secouer le microcosme horloger, de bousculer les lignes, de renverser les idées reçues. Et lorsque vous secouez trop fort un délicat mécanisme, tous ses composants s'éparpillent comme sur cette Horlogère quasiment intégralement recouverte de roues, de rouages et autres pièces de mouvements!

La structure de la montre en elle-même est connue et éprouvée car elle sert de base à de nombreuses montres Artya. Le diamètre réduit du mouvement automatique ETA 2671  permet de libérer un espace conséquent entre la partie centrale qui contient le mouvement et la lunette. Avec un diamètre de boîtier de 47mm, l'espace est suffisant pour laisser libre cours à l'inspiration et pour profiter des effets de transparence.

J'aime le rendu visuel de cette Horlogère pleine de paradoxes. Du fait de l'explosion du mouvement, elle ressemble plus à une montre cassée retrouvée au fond d'un tiroir qu'à un garde-temps majestueux, pérenne et intemporel. Le rotor de l'ETA 2671, à la base minuscule,  a été remplacé par une masse oscillante plus imposante composée d'un élément central qui supporte 3 rouages carrés symbolisant chacun le logo de la marque. Et puis, le hasard fait que la montre photographiée comporte un pont d'un mouvement à remontage manuel des années 60, le Certina 13-21! Une façon de le refaire revivre alors qu'il est mort comme Ramsès II... Est-ce une façon de se moquer de certaines marques qui utilisent d'anciens mouvements "vintage" pour se créer une légitimité horlogère sans trop d'efforts? Je n'en sais rien mais j'ai trouvé amusant de clairement voir la provenance d'une des pièces décoratives.


La finition de l'Horlogère est, il faut bien le concéder, assez brute. Mais dans ce contexte de sans dessus-dessous, de joyeux bazar, cela passe sans souci et c'est même recommandé pour être en cohérence avec l'atmosphère recherchée!

 Inutile de préciser qu'au poignet cette Artya ne passe pas inaperçue. Ce n'est finalement pas son diamètre qui en est la principale raison mais bien les multiples composants qui apportent autant d'effets de couleurs et de contrastes. En fait, l'Horlogère provoque le même sentiment qu'une montre sertie. Finalement, seul le matériau change! Chaque modèle produit sera évidemment unique car les composants et leurs emplacements changeront.


Même si la discrétion n'est pas sa principale vertu, j'ai apprécié l'Horlogère pour l'ironie qu'elle dégage. J'y perçois quelques messages cachés et je suis généralement sensible aux montres qui provoquent des émotions. Fidèle à l'esprit décapant d'Yvan Arpa, elle constitue une des nouveautés Artya les plus convaincantes car le caractère provocateur est cette fois-ci bien dosé.

Merci à Yvan Arpa et à l'équipe Artya pour leur accueil pendant le GTE 2013.

dimanche 10 février 2013

Piaget: Altiplano Automatique Date

De nos jours, de nombreuses marques n'hésitent pas à qualifier d'"ultra-thin" ou d'"extra-thin" des montres tout simplement relativement plates. Piaget évite ce travers en utilisant uniquement le nom d'Altiplano qui, à lui seul, évoque la grande tradition de la marque dans les montres extra-plates, jalonnée par de nombreux records de finesse de mouvements ou de boîtiers. Avec l'Altiplano Automatique Date présentée au cours du SIHH 2013, Piaget prouve de nouveau qu'elle est la marque référence en la matière.

Lorsque les mouvements automatiques à micro-rotor 1200P/1208P furent présentés en 2010, j'ai regretté le choix de Piaget de les utiliser dans des boîtiers de 43mm. Même si l'Altiplano Automatique est une montre  bien conçue, sa taille est pour moi quasiment rédhibitoire car peu cohérente avec la finesse du boîtier, le côté épouillé du cadran et le style de la montre. Les designers ont certes efficacement travaillé afin de réduire cette perception de taille (cadran à deux niveaux, longueur des index, cornes incurvées etc...) et au final les 43mm de diamètre ont tendance à mieux passer que prévu. Mais dans mon esprit, Piaget aurait dû demeurer dans la même plage de diamètres (38-40mm) que les Altiplano à remontage manuel. Ce sentiment s'est retrouvé renforcé par la présentation de l'Altiplano Squelette Automatique et de son mouvement 1200S: malgré le diamètre de mouvement identique, Piaget a choisi un boîtier de 38mm pour mettre en valeur le remarquable travail de squelettage. 5mm d'écart entre l'Altiplano Squelette et l'Altiplano Automatique, il devenait évident qu'une voie intermédiaire était non seulement possible mais souhaitable.

Dans ce contexte, l'Altiplano Automatique Date n'est pas une surprise avec ses 40mm de diamètre: elle répond donc à une forte attente. Mais il serait dommage de ne considérer cette nouvelle Altiplano que comme une Altiplano Automatique réduite. Piaget a dû lever plusieurs obstacles pour la concevoir.

Le premier obstacle est mécanique. Pour la première fois si nous mettons de côté la seconde décentrée, une complication accompagne une Altiplano. Certes, l'affichage des quantièmes n'est pas un exploit retentissant mais il a nécessité la mise en oeuvre d'un nouveau mouvement, le 1205P, basé sur le 1208P (du fait de la présence de la trotteuse). Avec ces 3mm d'épaisseur, il devient le mouvement automatique avec date le plus fin au monde. Pour le reste, esthétiquement parlant, il est similaire aux 1200P/1208P lorsque la montre est retournée... pour notre plus grand plaisir. En effet, au-delà de l'architecture du mouvement, le comportement du micro-rotor, la finition simple et raffinée et la petite originalité au niveau de la raquetterie (le P de Piaget telle une signature secrète) le rendent très séduisant.

Le deuxième obstacle est celui de la production du mouvement. Ce n'est un secret pour personne mais il faut rappeler que les 1200P/1208P furent complexes à produire conduisant à des retards de livraison et à une production au compte-goutte. Piaget semble avoir résolu ce problème puisque les délais de livraison annoncés pour ce nouveau modèle seront réduits. A suivre donc car même si Piaget reste une Manufacture avec une production limitée, la difficulté à voir l'Altiplano Automatique en boutique  fut préjudiciable.

Le dernier obstacle est esthétique. L'enjeu pour Piaget était d'être capable de présenter une nouvelle Altiplano 40mm sans cloner le modèle existant de même taille à remontage manuel. La mission est accomplie puisque le cadran de l'Altiplano Automatique Date ne ressemble nullement à celui de sa devancière équipée du 838P. L'organisation du cadran est totalement différente comme le prouve les  présences de la petite seconde à 5 heures, du nom de la marque dans la partie centrale et évidemment du guichet de date à 9 heures. Cette position peut surprendre car étant inhabituelle. Elle a le mérite d'équilibrer le cadran et l'ensemble est harmonieux. Mon seul regret est peut-être la longueur de l'aiguille des heures que je trouve un poil trop courte. J'aurais préféré qu'elle frôle de plus près le cercle de la partie centrale du cadran: le petit écart me dérange un peu.

Les proportions plus conformes de l'Altiplano Automatique Date constituent son plus bel atout: le rapport diamètre (40mm)/épaisseur (6,36mm) est adéquat et la taille plus contenue renforce l'élégance et le charme discret de cette montre. Le guichet de date est bien intégré grâce à une fenêtre très proprement réalisé et le fait que le double-index soit coupé n'est pas gênant. L'Altiplano Automatique Date est disponible en or rose et en or gris avec un cadran argenté. C'est la version en or rose qui remporte mes suffrages car j'apprécie ce matériau pour une montre habillée et sa couleur casse le côté trop uniforme et discret de la version en or gris.

Avec l'Altiplano Automatique Date, Piaget répond à l'attente de nombreux amateurs qui souhaitent pouvoir profiter du mouvement à micro-rotor dans un boîtier plus conforme à l'esprit de la collection. L'adjonction de la date permet une organisation de cadran originale qui distingue ce modèle des autres Altiplano. Il ne reste donc plus qu'à espérer que le rythme de production soit respecté pour que la réussite soit totale!

Merci à l'équipe Piaget pour son accueil au cours du SIHH 2013.

dimanche 3 février 2013

De Bethune: DB28 Skybridge

La DB28 Skybridge est une des montres les plus envoûtantes de la semaine genevoise qui vient de s'achever. De Bethune maîtrise parfaitement la formule magique qui permet de créer des pièces qui arrivent à allier contenu horloger et dimension onirique: la DB28 Skybridge nous en apporte une nouvelle preuve.

De Bethune et les ciels étoilés, c'est une longue histoire qui fut initiée avec la DB25L et poursuivie avec la DB25T, la DB25 Jewellery et la Dream Watch 4. De façon étonnante, la DB28 n'avait jamais fait l'objet d'une telle approche esthétique alors que le contexte s'y prêtait parfaitement. En effet, quoi de plus approprié que de faire reposer le ciel étoilé sur des berceaux mobiles qui donnent à l'ensemble un côté léger et aérien?

La DB28 Skybridge est donc logique en un sens: elle répond à l'attente de nombreux fans de la marque qui souhaitaient profiter du cadran en titane poli miroir parsemé d'étoiles  avec le boîtier caractéristique des DB28. Mais elle va beaucoup plus loin qu'une simple adaptation de la DB25L: la DB28 Skybridge transcende littéralement le concept en proposant un ciel tri-dimensionnel à l'image de la lune sphérique de De Bethune.

C'est une véritable voûte céleste concave qui est représentée sur le cadran. Grâce à cette forme particulière, le ciel dans sa globalité n'est quasiment jamais éclairé de la même façon: les reflets sont multiples et variés, les teintes de bleu se mélangent de façon harmonieuse et créent un jeu de couleurs harmonieux et magique qui anime le cadran de façon permanente. La montre ne possède pas de trotteuse mais cela n'a aucune importance: le cadran se charge de l'animation. Outre les reflets de couleurs, De Bethune a eu l'idée de positionner des étoiles en or gris et en diamant. Tout comme le vrai ciel, les étoiles scintillent avec plusieurs degrés d'intensité. Rarement des diamants auront été insérés dans un cadran d'une façon aussi discrète et raffinée. Ils éclairent subtilement, presque timidement, certaines zones du cadran et n'apportent finalement que leur éclats particuliers pour se fondre au milieu des étoiles en or gris. Ce délicat contraste entre les scintillements des étoiles est étonnant et contribue de façon ingénieuse à la magie de la pièce.

Les index des heures font également partie de la décoration du cadran par le biais de sphères en acier poli qui se transforment elles aussi en étoiles. Je dois avouer qu'au premier regard, je ne les avais pas perçues comme index mais comme composante du ciel ce qui est un signe d'intégration réussie. Les deux aiguilles en acier bleui et poli miroir forment un duo d'une extrême originalité.  Compte tenu de la position de ces index, proches du centre, l'aiguille des heures est relativement large et courte. L'aiguille des minutes est au contraire très longue et fine. Cette grande disparité facilite la lecture de l'heure dans un contexte de lisibilité plus ardu du fait des couleurs et des reflets du ciel. De plus, l'écart des tailles des aiguilles met en valeur la forme concave du cadran.

Le nom de la montre provient du pont en forme de flèche qui traverse verticalement le cadran et qui évoque la Dream Watch 4. Il symbolise la dimension infinie du ciel et invite à un voyage dans les étoiles. L'effet pervers du pont est qu'il a tendance à faire oublier la présence de la lune sphérique à sa base et c'est un peu dommage. Le regard étant immanquablement attiré vers le sommet de la montre, la lune sphérique devient presque imperceptible et perd son statut d'élément majeur du cadran alors que sur la DB25L, son positionnement lui assurait  le premier rôle. Après tout, ce n'est pas si grave puisque la beauté de la DB28 Skybridge provient de la fusion des éléments, de cette mosaïque de détails, de ce jeu de lumière et de reflets. 

Le pont n'a pas qu'un rôle esthétique ou symbolique. Sa présence est également justifiée techniquement. Compte tenu de la forme du ciel qui descend profondément au niveau de son axe vertical, le pont permet de  soutenir les roues et certains éléments du mouvement côté cadran.

Le boîtier en titane possède un diamètre de 45mm lunette comprise. Cette taille peut sembler imposante mais je n'imagine pas un seul instant cette montre avec un diamètre plus contenu. Il faut en effet une dimension suffisante pour que le rendu concave soit perceptible et pour que les reflets de lumière deviennent  spectaculaires. Les berceaux mobiles contribuent au confort et grâce à leurs lignes fluides, ils définissent cette atmosphère aérienne et futuriste  qui souligne la beauté du cadran. 

Le mouvement DB2105 est classique dans l'univers De Bethune et est déjà utilisé dans un contexte similaire avec la DB25L et la DB25 Jewellery. Je retrouve avec plaisir cette architecture si caractéristique qui met en avant le double-barillet autorégulateur et les finitions en poli miroir qui donnent ce côté si lumineux. L'organe régulant composé du balancier annulaire en silicium/palladium et du spiral avec sa courbe terminale plate se distingue nettement. Le système triple pare-chute d'absorption des chocs et la roue d'échappement en silicium complètent les caractéristiques brevetées. Si les performances du DB2105 sont habituelles, à savoir une fréquence de 4hz et une réserve de marche de 6 jours, sa décoration est en revanche originale. En effet, c'est la première fois que je découvre cette platine en acier bleui, du plus bel effet, qui  rappelle la couleur dominante du cadran. Je trouve cet effet de style adapté au contexte particulier de la DB28 Skybridge mais je dois avouer que j'aime autant la décoration traditionnelle du DB2105.

La grande force de la DB28 Skybridge est le grand sentiment de cohérence qu'elle dégage malgré la multitude de détails originaux: les berceaux mobiles, le cadran concave, les couleurs du cadran, la forme des aiguilles. Tout se marie parfaitement et le boîtier futuriste s'adapte avec bonheur à cette invitation à l'exploration spatiale. Et puis, une fois mise au poignet, la lumière entre en jeu et crée cet environnement magique toujours en mouvement. J'ai rarement vu une montre à deux aiguilles aussi subtile, aussi variée, aussi lumineuse. J'ai profité de chaque seconde avec la DB28 pour observer l'influence de l'éclairage sur les différentes zones du cadran et sur le scintillement des étoiles: un spectacle incomparable!


Une fois de plus, De Bethune propose une montre fascinante où la technique se met au service des émotions. Il me semblait impossible de transcender la beauté de la DB25L. Et pourtant, la DB28 Skybridge parvient à cette performance grâce à l'apport du boîtier à berceaux mobiles et aux courbes du cadran. La représentation du ciel est si envoûtante qu'elle arrive à faire oublier la lune sphérique. Finalement, l'orientation du pont vers les sommets me semble un bon indicateur de la courbe des performances de De Bethune qui arrive année après année à m'étonner et à me séduire avec des montres chaque fois plus abouties.  

Merci à l'équipe De Bethune pour son accueil pendant la semaine du SIHH 2013 à Genève.