samedi 31 janvier 2009

Piaget: L'Emperador Coussin Grande Lune

Cette Emperador Coussin Grande Lune fut une de mes nouveautés préférées du SIHH 2009.


La montre a été entièrement conçue pour mettre en avant le spectacle offert par l'indication de phases de lune:

  • Sa taille, imposante (46,5 mm !) permet en effet de présenter un disque de lune au diamètre généreux (l'ouverture sur le cadran est de 12mm).
  • La montre ne comporte ni trotteuse, ni quantième afin que le cadran soit le plus pur possible donnant à l'indication de phases de lune le rôle majeur
  • Enfin, le disque de lune est réalisé à partir d'une plaque d'or chauffée: chaque disque ainsi obtenu fait immédiatement penser aux cratères et de ce fait, est unique.
La montre est équipée du calibre de manufacture 860P d'une réserve de marche de 3 jours. Nous retrouvons les caractéristiques principales des derniers calibres Piaget à savoir une décoration simple et raffinée, les côtes de Genève circulaires ainsi qu'un pont de balancier traversant.

Au poignet, la taille de la montre s'oublie quelque peu grâce à l'épaisseur de la lunette qui réduit l'ouverture du cadran et au côté hypnotisant de l'indication des phases de lune. De façon surprenante, les 46,5mm "passent" plutôt bien même si quelques mm de moins auraient été peut-être préférables. Cependant, le côté positif de la grande taille est de permettre des jeux de lumières de toute beauté. Le contraste entre le disque en or et le reste du cadran est magnifique. On en vient à regretter que les jours passent car ce disque est peu à peu recouvert par le cache afin de permettre de visualiser les différentes phases de lune.

L'Emperador Coussin Grande Lune est disponible en or rose ou en or gris. J'ai une préférence pour cette dernière version, plus discrète et dont le ton général est plus proche de celui du disque de lune. Mais les deux versions valent le détour.

Faisant partie de la très rare famille des montres à phases de lune sans quantième, cette Piaget se révèle être une montre pleine de poésie et dont le côté envoutant l'emporte nettement sur le côté imposant du boîtier.

vendredi 23 janvier 2009

Lange & Söhne: Richard Lange Pour Le Mérite

J'ai eu l'occasion de découvrir cette nouveauté de la Manufacture saxonne lors d'une présentation à Paris en décembre par Fabian Krone et Arnd Einhorn. Le SIHH 2009 m'a donné l'occasion et le grand plaisir de la revoir.

La Richard Lange Pour Le Mérite peut être considérée comme une des montres trois aiguilles les plus abouties.

Elle se caractérise par la présence d'un cadran en émail 3 couches et par un calibre exclusif comportant un système de transmission à chaîne & fusée (d'où la terminologie Pour Le Mérite utilisée chez Lange pour les montres avec un tel système).

Logée dans un boîtier de diamètre identique à celui de la Richard Lange (40,5mm), la montre se distingue par son esthétique classique et parfaitement équilibrée.

Elle existe en deux versions, toutes les 2 limitées (50 exemplaires en platine et 200 en or rose).

Le contraste entre les aiguilles en acier bleui et l'émail est visuellement superbe tout comme les effets de relief du cadran. Pour fabriquer un tel cadran, 3 couches en émail sont nécessaires ce qui rend le taux de chute extrêmement élevé.

La version en platine:

La version en or rose:

La beauté du cadran ne doit pas faire oublier que le plat de résistance est constitué par le calibre L044.1 spécifiquement développé pour cette montre, d'une fréquence de 3hz, d'une réserve de marche de 36 heures et composé de 279 pièces (sans compter celles de la chaîne).

Son atout réside donc dans la présence du système de transmission par chaîne & fusée. Grâce à ce système, la force transmise est constante ce qui permet une précision de marche tout le long de la réserve de marche y compris au bout de celle-ci. Lorsqu'elle est arrêtée, la montre se remet à fonctionner dès le premier tour de couronne.

La chaîne qui relie la fusée au barillet est composée de 636 composants. Les maillons sont très fins, bien plus fins que celui de la Breguet Tourbillon par exemple.

Vous pouvez observer cette chaîne sur les photos suivantes prises lors du SIHH. En effet, un horloger de la Manufacture était présent pour faire une démonstration du montage du système de transmission:



Le remontage est très doux tout en étant particulier car la présence de la chaîne se sent. Une sensation fort agréable, il faut l'avouer.

Le calibre est bien évidemment construit selon les standards de finition de Lange, c'est-à-dire très élevés. La chaîne est visible et on se prend très facilement au jeu de remonter la montre à l'envers, c'est-à-dire en regardant le calibre.

Les photos suivantes vous permettent de comparer les 2 modèles Richard Lange: le "classique" à cadran argenté et à grande seconde et le Pour Le Mérite. 2 montres partageant des caractéristiques communes mais finalement très différentes dans leur style.

Au poignet, grâce à son dessin équilibré, au rapport diamètre / épaisseur (10,7mm) sans reproche, malgré son poids, la montre procure beaucoup de plaisir. La réussite est totale.

Cette montre n'a finalement que peu de défauts... sauf celui d'être extrêmement attirante rendant son positionnement tarifaire (près de 100KE pour la version platine) très frustrant. Lange devra donc convaincre les collectionneurs de débourser une telle somme pour une montre trois aiguilles dont la complexité se révèle subtilement. Mais en ce qui me concerne, je suis extrêmement séduit par cette Richard Lange Pour Le Mérite témoignant de tout le talent des équipes de Lange.

dimanche 11 janvier 2009

Blancpain: Fifty Fathoms Monaco Yacht Show

Je souhaite vous présenter cette montre car elle témoigne d'une nouvelle orientation de Blancpain par rapport à la Fifty Fathoms.

Lorsque l'annonce de la nouvelle Fifty Fathoms avait été faite il y a quelques années par Blancpain, nous pouvions penser qu'un seul modèle allait sortir. Or, il s'avère que maintenant la dénomination Fifty Fathoms englobe toute une collection: des complications sont rajoutées et des variations de couleur introduites.

Cela plaît ou cela ne plaît pas, Blancpain décline donc de nombreuses versions autour de son modèle mythique au risque peut-être de l'écorner.

Lorsque le communiqué de presse présentant cette Monaco Yacht Show est sorti, j'ai immédiatement pensé qu'elle constituait un peu une antithèse de ce qu'était la Fifty Fathoms d'origine. Nous nous retrouvions face à une montre chronographe flyback entièrement blanche et il faut bien le dire, avec un look "fashion". C'est la raison pour laquelle j'avais vraiment envie de voir cette "étrangeté" qui de plus, est rare: seulement 20 exemplaires existent.

Malgré sa blancheur, nous retrouvons quelques traits de la réintréprétation actuelle de la Fifty Fathoms: la forme du verre, l'épaisseur et l'aspect brillant de la lunette, les index. Il faut l'avouer, la finition du cadran est sans reproche. Concession faite au contexte de la création de cette version: la présence des armes de Monaco sur le cadran.

Le cadran est bien équilibré et les index lui donnent du volume. Je regrette juste la présence du guichet de la date qui coupe le compteur.

Le boîtier est également fini avec beaucoup de soin: les poussoirs sont particulièrement réussis.


Le calibre qui équipe la montre est le F185 qui est une base Piguet 1185 retraillée par Blancpain pour notamment lui rajouter le retour en vol. Le calibre a une quarantaine d'heures de réserve de marche. Cette série limitée comporte un fond saphir permettant d'apprécier le calibre. Vous noterez la finition particulière de la masse oscillante.


Malgré sa taille (45mm), son épaisseur (15,5mm), la montre reste visuellement équilibrée. Cela est dû à l'épaisseur de la lunette qui réduit la perception de la taille.

Au poignet, la montre est confortable, le bracelet en toile de voile maintenant bien la montre:

Cette Monaco Yacht Show, bien finie, confortable, au dessin équilibré est finalement assez peu critiquable si nous la sortons de son contexte. Pour un usage quotidien, le blanc est, cependant, il faut bien l'avouer, très difficile à porter. De plus, avec le temps, gardera-t-elle cette blancheur immaculée? Car rien de pire qu'une montre blanche dont le couleur commence à changer. Il s'agit donc plus d'une montre "fun", d'un complément de collection pour un amateur qui cherchera une montre estivale bien exécutée. La question est maintenant de savoir si un tel produit ne constitue pas un accroc au mythe de la Fifty Fathoms. Une marque peut toujours être tentée de profiter de la présence d'une montre célèbre dans son histoire pour la décliner selon les goûts et les aspirations actuels de la clientèle. Mais n'est-ce pas alors un calcul dangereux pouvant à terme nuire au modèle d'origine (et ainsi décevoir ses collectionneurs)? C'est un vrai débat et espérons que Blancpain n'est pas allé trop loin avec toutes les déclinaisons de la Fifty Fathoms.

dimanche 4 janvier 2009

Urwerk: La 202 Or Rouge

J'avais déjà présenté la 202 dans cet article suite à ma rencontre avec l'équipe Urwerk à Genève. Le Salon Belles Montres m'a permis de découvrir le modèle en or rouge.

Rappelons très brièvement les principales caractéristiques de la 202 : première montre automatique d'Urwerk, elle reprend l'affichage par aiguilles de la 201. Chacune des 3 aiguilles se rallonge ou se rétracte pour pouvoir suivre à une distance constante la graduation des minutes. Les aiguilles pivotent également sur elles-même pour faire apparaître l'heure adéquate.

Il est 1h 57 sur la montre photographiée. Vous remarquerez que l'aiguille affichant la deuxième heure est en train de se positionner sur la graduation des minutes.

Visuellement, peu de choses la distinguent de la 201 côté cadran si ce n'est la présence de l'affichage des phases de lune à gauche de la graduation des minutes à la place de la réserve de marche.

L'indicateur jour/nuit est lui toujours présent à droite.

Un tel affichage de l'heure nécessite une énergie très importante de la part du calibre, au moins égale à celle nécessaire au fonctionnement d'un QP. C'est la raison pour laquelle Félix Baumgartner a choisi une base GP3100 (utilisé également par Max Büsser pour les HM 2 et HM3 et par Gérald Genta) pour le calibre automatique de la montre.

La principale différence entre la 201 et la 202 apparaît lorsqu'on retourne la montre. En effet, sur la 202, se trouvent 2 turbines qui ont une fonction très précise. Le propriétaire de la montre peut en effet, en fonction du levier de réglage se situant entre les 2 turbines, choisir la vitesse et l'efficacité du remontage de la masse oscillante. En position stop, elles peuvent même la bloquer totalement et transformer la 202 en montre à remontage manuel.

L'or rouge apporte une touche de chaleur à une montre qui se distingue par son design audacieux. Peut-être trop esthétiquement radicale dans sa version platine noir, l'or rouge adoucit le dessin et finalement lui va très bien.

La carrure de la montre est imposante mais les lignes restent très fluides. Tout le talent de Martin Frei s'est exprimé à travers ce boîtier idéal pour un tel affichage de l'heure. La montre photographiée est la montre personnelle de Félix. Ayant servi à de nombreuses démonstrations, c'est la raison pour laquelle elle n'est pas dans un état parfait.

La réussite du dessin s'apprécie au poignet:

Compte tenu du poids de la montre, il est important qu'elle soit bien positionnée sur le poignet. En ce qui me concerne, je la trouve très confortable. Cependant, elle peut ne pas l'être pour certains poignets. Il est donc important de prendre son temps lors des essais.

Montre très originale, la 202 séduit par sa cohérence et par sa réussite technique. C'est peut-être une des montres mécaniques "avant-gardistes" les plus réussies.

La presse ne s'y est pas trompée d'ailleurs. Juste avant le Salon Belles Montres, la 202 a été récompensée par le magazine français "La Revue des Montres". La 202 a en effet remporté la catégorie "Montre à complication" lors de la cérémonie des prix officiels de la Revue des Montres 2008.

Yacine Sar, responsable de la communication chez Urwerk fut donc ravie de pouvoir rentrer à Genève avec cette consécration méritée!


Gageons maintenant qu'en 2009, Urwerk continuera à nous surprendre!

jeudi 1 janvier 2009

Vacheron Constantin: L'American 1921

Grâce à Alex Ghotbi, j'ai eu l'occasion de pouvoir juger de visu cette nouveauté de Vacheron Constantin. La très longue et riche histoire de la marque genevoise est une source d'inspiration quasiment inépuisable et c'est pour notre plus grand plaisir que l'American 1921 a été dessinée dans cet esprit.

Elle est en effet la réinterprétation actuelle d'une montre que Vacheron avait présentée en 1921. Elle en reprend les principaux codes (boîtier coussin, couronne à un, cadran décalé) mais bien évidemment, comporte également des éléments bien actuels.

Les montres Vacheron se caractérisent par un classicisme toujours teinté d'une dose d'originalité. Cette montre ne déroge pas à la règle. Elle est donc à la fois traditionnelle, originale et innovante.

Le côté classique se retrouve dans le boîtier coussin en or rose, superbement élancé (il est d'une taille de 40mm sur 40mm avec une épaisseur de 8mm). Les aiguilles de type Breguet, les chiffres et le chemin de fer imprimés sur le cadran crème renforcent ce côté traditionnel. Le cadran n'est pas plat: l'impression des chiffres leur a donné un léger relief. Le compteur des secondes et l'applique de la croix de Malte contribuent également à donnner du volume. La finition de tous ces éléments est excellente.

Selon la lumière, le cadran prend des teintes différentes et le compteur des secondes peut se détacher plus sensiblement du cadran. C'est un vrai régal pour les yeux.

La photo suivante souligne le côté élancé du boîtier qui donne toute l'élégance à la montre:

Le côté original, et même si le modèle initial était conçu avec le même principe, provient de la position de la couronne (à 1 heure) et de l'orientation du cadran, décalée par rapport à celle d'un cadran classique. Cependant, il faut noter que tout le cadran n'est pas orienté suivant le même axe, bizarrement le compteur des secondes conserve l'orientation classique. Cela donne une impression étrange et je ne comprends pas le pourquoi de la décision de Vacheron à ce sujet: le modèle de 1921 n'avait pas cette différence. Rien de rédibitoire cependant.

La position de la couronne rend le remontage un peu délicat surtout si on a des gros doigts. Il faut donc un peu d'habitude avant de bien la manipuler.

Le tout nouveau calibre 4400 constitue le côté innovant de la montre. Vacheron ne s'est pas contenté d'améliorer un calibre existant: il s'agit ici d'un calibre totalement nouveau conçu pour faciliter son réglage et les interventions. D'un fréquence de 4hz, d'une réserve de marche de 65 heures, sa taille de 28mm lui permettra d'occuper des boîtiers de diamétres plus actuels que certains calibres Vacheron qui semblaient trop petits.

Vous remarquerez son architecture, pas si classique que cela et sa décoration à la fois sobre et raffinée. Bien évidemment, il arbore le poinçon de Genève. Cependant, je trouve qu'il existe un petit décalage entre l'aspect du cadran, classique et le dessin du calibre, plutôt actuel.

Tout le charme de la montre agit lorsque nous la mettons au poignet: la forme du boîtier, l'élégance du dessin, la finition et l'originalité du cadran, son confort, tout cela contribue à la rendre très séduisante.

Au final, cette American 1921 est une réussite. Vacheron a su recréer, à partir d'un dessin de près de 90 ans, une montre originale dans le paysage horloger actuel. Les quelques défauts que l'on peut ressentir sont vite oubliés face à l'élégance de la montre qui a tout pour devenir une des stars du SIHH 2009.

J'aime beaucoup:
  • la finition du cadran et du boîtier
  • l'originalité de l'orientation du cadran
  • la taille, parfaite pour mon poignet
  • les caractéristiques du calibre 4400
Je suis moins convaincu par:
  • le remontage qui nécessite une période d'adaptation due à la position de la couronne
  • l'orientation différente du compteur des secondes par rapport à celle du cadran
  • le dessin du calibre un peu en décalage avec l'aspect général de la montre
Pour en savoir plus:

Un excellent article d'Alex Ghotbi sur The Hour Lounge