Baltic: MR01

Baltic nous offre un joli rayon de soleil pour débuter le dernier trimestre de l'année. La toute nouvelle MR01 est en effet une montre séduisante qui permet de renouveler l'offre de la marque tout en conservant l'esprit néo-rétro cher à Etienne Malec, son fondateur. Elle peut être considérée comme une pièce importante du point de vue stratégique car elle symbolise une rupture stylistique par rapport aux modèles précédents et donne probablement des indices sur les futures orientations esthétiques. Elle permet également à Baltic de compléter intelligemment son offre grâce à une proposition d'une montre à 3 aiguilles et à petite seconde, plus habillée que ne l'est la HMS à  trotteuse centrale.


Une chose est certaine: seuls les clients décident du succès d'une montre. Et la preuve que la MR01 a trouvé son public est arrivée très vite: les 600 premiers exemplaires numérotés (200 par type de cadran) qui étaient commercialisés via le site de Baltic ont trouvé preneurs en un laps de temps très court, en quelques heures.

Ce succès est mérité car pour avoir eu la chance de découvrir les trois versions de la MR01, j'ai pu apprécier le sérieux de son exécution, son design abouti et le niveau de qualité satisfaisant qu'elle offre pour un prix de 650 euros. Bien entendu, la MR01 ne révolutionne pas les codes horlogers et puise au contraire son inspiration dans les pièces classiques du passé comme par exemple les premières Calatrava dont il est fait régulièrement référence en évoquant cette dernière mouture de Baltic. De toutes les façons, Etienne Malec n'a jamais eu la prétention d'explorer des voies esthétiques de rupture et sa volonté a toujours été depuis les débuts de proposer des montres classiques et intemporelles, jouant avec efficacité et talent sur la fibre nostalgique.


Ceci dit, il serait réducteur de ne considérer la MR01 que comme la réinterprétation d'une montre du passé. Elle possède en effet un caractère qui lui est propre. Ce caractère est basé sur un design que je qualifierais de "concentré". Le boîtier a de fait un diamètre qui peut être considéré comme modeste de nos jours: 36mm. De plus la lunette est relativement épaisse ce qui rend l'ouverture du cadran très mesurée. Enfin, le cadran est plutôt occupé compte tenu des chiffres appliqués, du secteur de la petite seconde décentré et d'une finition grainée prononcée. La conjonction de ces paramètres pourrait nous faire penser que la taille perçue, une fois la montre mise au poignet, serait encore plus petite que le diamètre annoncé. 


Et pourtant, c'est le contraire qui se passe et à aucun moment je n'ai eu la sensation de porter une "petite montre". Certes mon poignet n'est pas imposant (17,5/18mm). Mais je possède quelques montres ayant le même diamètre et elles m'ont semblé plus petites que la Baltic MR01. Ce sentiment est dû à plusieurs phénomènes qui renforcent la présence au poignet. Tout d'abord, les cadrans sont lumineux et mis en valeur par la finition grainée. C'est surtout vrai avec les cadrans saumon et argenté qui captent joliment la lumière et créent de beaux reflets. Le cadran bleu est sur ce point plus décevant. Très sombre, il permet de moins profiter de la finition particulière et pour le compte, réduit la taille perçue par rapport aux deux autres versions.


L'autre point qui influence favorablement la présence au poignet est la forme bombée du verre en hésalite qui déforme légèrement la minuterie périphérique avec un effet d'agrandissement. Ce verre contribue à la réussite esthétique puisqu'il souligne le style néo-rétro tout en donnant du volume sans rendre la montre trop épaisse (sa hauteur est de 9,9mm verre compris). Attention cependant à la fragilité de ce verre en hésalite compte tenu de son aspect proéminent.

Le travail sur le boîtier est également un élément participatif au rendu visuel impactant. La forme et la longueur des cornes étirent le boîtier tandis que l'alternance entre les parties polies et brossées donnent de la subtilité au design, notamment au niveau de la carrure. Le boîtier se pose en tout cas bien sur le poignet et les cornes prolongent visuellement la lunette grâce à leur surface polie. Le fait qu'elles soient incurvées permettent de conserver des proportions harmonieuses avec le diamètre de 36mm tout en prononçant la fluidité des lignes. Ma seule remarque négative à propos du boîtier concerne la couronne. Esthétiquement, sa taille et forme sont cohérentes. Cependant, elle m'a semblé un peu petite, la rendant délicate à manipuler. Heureusement, le mouvement qui anime la MR01 est automatique ce qui permet de réduire la probabilité de devoir l'utiliser.


Enfin, il est impossible d'évoquer le caractère distinctif de cette nouvelle montre Baltic sans parler de l'esthétique du cadran. Le design du cadran est pour moi la composante la plus réussie de la MR01. Grâce à la taille contenu de l'ouverture, les différents éléments s'organisent autour d'un secteur de petite seconde décentré sans laisser beaucoup de zones vides. Le cadran fourmille de détails, de la minuterie périphérique à la finition grainée. Les chiffres appliqués de type "Breguet" sont très joliment exécutés et ils renforcent la qualité perçue. Ils se marient en tout cas avec bonheur avec les aiguilles "feuille" et le fond grainé. La petite seconde décentrée due à la position de l'axe de l'aiguille du mouvement  apporte une touche d'originalité. L'équipe de Baltic a agrandi le secteur de cette trotteuse et il semble occuper une grande partie du cadran. En tout cas, l'ensemble m'est apparu comme très harmonieux  ce qui n'était pas gagné d'avance car le mouvement positionne la trotteuse de façon trop proche du centre. Mais grâce à la taille contenue, l'épaisseur de la lunette et au cadran rempli, c'est au contraire l'équilibre esthétique qui est perceptible. 


Comme évoqué précédemment, la MR01 devient plus convaincante lorsqu'elle tire profit de son rendu lumineux. C'est la raison pour laquelle j'ai une nette préférence pour les versions Saumon (plus originale) et Argentée (plus classique), plus claires, plus éclairées par rapport à une version bleue qui m'a semblé en retrait.

La Baltic MR01 tire son nom de l'utilisation d'un calibre automatique à micro-rotor. La surprise vient de la provenance chinoise de ce mouvement. Autant l'avouer tout de suite: il s'agissait d'une prise de risque pour Baltic compte tenu de l'image générée par les mouvements en provenance de Chine et des prix pratiqués par les marques les utilisant, généralement nettement inférieurs à ceux de Baltic.

Ce mouvement est le calibre 5000A de Hangzhou. Il possède en tout cas des performances correctes avec une réserve de marche de 42 heures pour une fréquence de 4hz. Sa présentation est plutôt séduisante avec un micro-rotor assez présent et des découpes de ponts satisfaisantes. La décoration industrielle n'est pas désagréable. Même les vis sont entièrement bleues ce qui est positif du point de vue esthétique. Son diamètre propre de 30mm fait qu'il occupe généreusement le boîtier. Il s'agit d'un mouvement fiable et robuste. Sa large diffusion est un atout dans ce contexte. L'interrogation se situe en revanche du côté de la précision. Elle est annoncée dans une fourchette comprise entre + ou - 20 secondes par jour. Non seulement il s'agit d'une fourchette prudente (et peu réjouissante), mais il y a en plus la sensation d'être dans une sorte de loterie avec ce type de mouvement : s'il est réglé correctement, la précision sera acceptable. Sinon, les résultats sont très médiocres. Dans le cas de Baltic, les montres sont assemblées, réglées et testées en France, près de Besançon. Donc, nous pouvons avoir la conviction qu'un réglage homogène des mouvements est opéré ce qui permettra d'éviter ce côté aléatoire.


En conclusion, la Baltic MR01 est une montre que j'apprécie grâce à son esthétique aboutie et à sa cohérence d'ensemble. La qualité de la présentation du cadran et l'élégance qui s'en dégage font de la MR01 une montre séduisante qui parvient à apporter une nouvelle dimension à l'offre de Baltic que ce soit à travers la vocation de la pièce ou par le biais de certains détails esthétiques. Je sais très bien que cette montre est clivante. Ses fans ont témoigné de leur intérêt à travers la prise de commande rapide mais les détracteurs ont en même temps déploré la provenance chinoise du mouvement et le prix élevé de la montre (650 euros) en comparaison avec d'autres pièces animées par le même calibre. Je peux comprendre ces arguments mais je pense qu'ils ne résistent pas à la prise en compte du contexte de Baltic. Tout d'abord, l'habillage est de qualité. Ensuite le fait qu'il y ait l'intervention d'horlogers en France positionne la MR01 dans un cadre différent de celui de montres 100% chinoises. A Baltic de nous démontrer avec les pièces de production qu'une précision correcte sera au rendez-vous. Enfin, Baltic a travaillé avec soin le design pour proposer une montre homogène et équilibrée ce qui n'est pas vraiment le cas de toutes les montres équipées du calibre 5000A, la plupart offrant une trotteuse perdue au milieu du cadran. Quoi qu'il en soit, je dis toujours qu'une montre réussie est une montre qui suscite des émotions fortes et diverses. Et c'est le cas ici.


Les plus:

+ la présentation du cadran

+ la qualité générale de l'habillage

+ le concept du micro-rotor est cohérent avec l'esthétique

Les moins:

- la couronne est un peu délicate à manipuler

- un cadran bleu moins convaincant que les deux autres

A confirmer:

- la diminution du risque de précision aléatoire du mouvement grâce au réglage par les horlogers en France