Lange & Söhne: Tourbograph Perpetual Honeygold

Je clôture la présentation des 3 pièces célébrant le 175ième anniversaire de l'ouverture du premier atelier de F.A.Lange à Glashütte avec le Tourbograph Perpetual Honeygold. Le meilleur pour la fin ? Pas tout à fait. Le plus compliqué, assurément. Mais est-ce vraiment la montre que je préfère en provenance de cette trilogie ? Non et je vais vous expliquer pourquoi.

En fait, les raisons sont très simples. Je ne nie pas tout l'intérêt mécanique du Tourbograph Perpetual. Il s'agit d'une montre superlative et intelligemment conçue. Elle combine 6 complications (ou solutions techniques) avec brio: un tourbillon, un chronographe, un mécanisme de rattrapante, un quantième perpétuel, un affichage des phases de lune et une transmission fusée-chaîne qui lui permet de porter l'appellation "Pour le Mérite" (seules les montres Lange & Söhne ayant ce mécanisme peuvent l'avoir, qu'elles aient ou pas un tourbillon). La transmission fusée-chaîne prend ici tout son sens car elle permet de cumuler précision (apportée au moins de façon théorique avec le tourbillon) avec régularité de marche. Et cette problématique de gestion de la consommation de l'énergie est encore plus prégnante compte tenu de la présence d'une complication supplémentaire par rapport au Tourbograph initial: le quantième perpétuel.


Le Tourbograph Perpetual Honeygold, contrairement aux deux autres montres de la trilogie ne présente pas une configuration inédite. Le Tourbograph Perpetual a été présenté en 2017 et cette toute dernière version en or miel ne diffère pas du modèle d'il y a 4 ans. Aucune complication n'a été rajoutée ni retirée. Ce qui déjà explique qu'elle n'a pas la même singularité que la 1815 Thin Honeygold ou que la 1815 Rattrapante Honeygold. C'est une des raisons pour lesquelles je n'ai pas été aussi séduit. L'autre raison est peut-être plus subjective. Je trouve que du point de vue pratique la décoration spécifique du cadran, certes parfaitement réalisée, certes très séduisante du point de vue esthétique, n'est pas aussi pertinente que celles des deux autres pièces. A vrai dire, la montre devient bien moins lisible notamment (et c'est gênant pour une montre à quantième perpétuel) au niveau des quantièmes. Ma position sur ce point n'a guère changé et je l'avais déjà exprimée lors de l'article sur la 1815 Rattrapante Honeygold. Je persiste à penser que Lange & Söhne n'a pas intérêt à proposer un quantième perpétuel lorsque la manufacture n'utilise pas le système de grande date à double-guichet. Le contraste entre le fond du cadran en or miel et rhodié noir (dont le rendu est un gris somptueux) et le couple formé par la petite aiguille et la graduation des quantièmes est insuffisant pour obtenir une lecture aisée de la date.

Il ne faut pas se méprendre sur mes propos: le Tourbograph Perpetual Honeygold est une très belle montre. Du point de vue mécanique, elle demeure ainsi une des montres les plus impressionnantes du marché et la présentation du mouvement est à proprement parler extraordinaire. En retournant le boîtier, le calibre L133.1 dévoile ses entrailles et offre un spectaculaire effet de profondeur. La hauteur propre du mouvement est de 10,9mm ce qui explique en partie ce phénomène. Cette sensation est même accentuée par le fait que l'organe réglant se retrouve côté cadran. Mais c'est surtout l'incroyable entrelacs des 684 composants qui en est la principale raison.  En revanche, l'écart entre le diamètre propre du mouvement (32mm) et celui du boîtier (43mm) est assez important. Je ne retrouve pas le même plaisir qu'avec la 1815 Rattrapante Honeygold où le mouvement semblait mieux réparti dans le boîtier. Mais pour le reste, quel festin! Toute la complexité du mécanisme à rattrapante se dévoile avec une organisation distincte de celui de la 1815 Rattrapante Honeygold comme le prouve la position de la deuxième roue à colonnes. Les finitions sont superbes et mises en valeur par la décoration typique de la trilogie commémoratrice. J'apprécie particulièrement la finition grainée des ponts ainsi que le rhodiage noir qui fait ressortir la gravure du pont du chronographe.


Même si ce n'est pas en soi un problème majeur, le paramètre de la faible durée de la réserve de marche demeure. Elle n'est que de 36 heures. Certes, je m'en accommode très bien avec mon chronographe 1815 de première génération. Mais ici, nous avons aussi un quantième perpétuel et j'estime qu'une telle complication mérite, lorsque le mouvement est à remontage manuel, une longue réserve de marche pour éviter un réglage si la montre n'est pas remontée pendant quelques jours. A noter que la fréquence est sans surprise de 3hz ce qui est la règle pour tous les chronographes à rattrapante de Lange & Söhne. Pour être franc, j'ai tout de même une autre frustration liée à la construction propre du mouvement. La mécanisme fusée-chaîne est peu perceptible et je trouve cela dommage. Mais compte tenu de la complexité du calibre, je pense qu'il était difficile de faire autrement.

Le cadran est également très beau et il faut avouer que sa couleur, ses reflets se marient idéalement avec le boîtier en or miel. D'ailleurs le cadran est lui même en or miel (avec un rhodiage noir) et l'ensemble est très harmonieux. L'ambiance est différente de celle de la 1815 Rattrapante Honeygold. Le résultat est plus doux, avec moins de contraste. Bien entendu, le clou du spectacle réside dans le comportement du tourbillon mis en valeur par la grande ouverture. Le cadran comporte de nombreux effets de relief, amplifiés par le rehaut périphérique et les chiffres et graduations gravés. La finition du disque de la lune est magnifique et je regrette qu'il ne soit pas plus visible. En fait, les quantièmes se trouvent autour de cet affichage. La bonne nouvelle est qu'il est situé à 12 heures. La mauvaise est que j'ai eu beaucoup de mal à lire la date. Les données du chronographe sont par contre facile à distinguer du fait des aiguilles bleuies dédiées à cette complication (la deuxième trotteuse du chronographe est en acier doré). L'ensemble est évidemment très beau, exceptionnel dans la qualité de l'exécution mais je n'ai pas été totalement convaincu. Le pêché originel vient selon moi de l'adjonction du quantième perpétuel qui rend les affichages plus compliqués et d'une certaine façon moins propices à cette approche esthétique plus subtile. C'est la raison pour laquelle je préfère nettement le Tourbograph Pour la Mérite Honeygold d'il y a 10 ans qui fut produit  pour célébrer le 165ième anniversaire de l'installation de F.A.Lange.


Malgré ces réticences, le fait de mettre au poignet le Tourbograph Perpetual Honeygold me procura beaucoup de plaisir. La montre est majestueuse et imposante. Ses dimensions la rendent peu adaptée à un poignet modeste mais plus que le diamètre (43mm), c'est l'épaisseur (16,6mm) qui renforce la sensation de volume. Le poids aussi est conséquent mais c'est une constante chez Lange & Söhne au niveau des pièces compliquées. Le rendu du cadran est magnifique et c'est également un régal d'observer le tourbillon parfaitement exécuté. Il s'agit d'un tourbillon classique qui effectue une révolution par minute mais un tel comportement est cohérent avec l'esprit de la montre. Comme toujours avec la manufacture saxonne, les sensations au remontage et à l'enclenchement des poussoirs sont parfaits.


Le Tourbograph Perpetual Honeygold est disponible dans le cadre d'une série limitée de 50 exemplaires à un prix de 504.300 euros. A ce niveau de prix, je n'ai aucun doute sur le fait que les clients ne seront guère gênés par une difficulté de lecture des quantièmes ou des autres informations calendaires... C'est avant tout une démonstration d'excellence que les collectionneurs recherchent et sur ce point là, ils ne seront pas déçus: le mouvement reste une référence et l'approche décorative du cadran est au moins convaincante et séduisante du point de vue esthétique.

Les plus:

+ un mouvement superlatif

+ la qualité des finitions du mouvement et du cadran

+ l'harmonie entre le boîtier et le cadran

Les moins:

- un gabarit imposant

- une réserve de marche courte

- les quantièmes sont peu lisibles