mardi 27 mai 2014

Artya: Tourbillon Microcosmos

Je ne pensais pas que cela allait m'arriver mais il faut que je me rende à l'évidence: je vais placer les mots "charmante" et "Artya" dans une même phrase! Comme quoi, tout est possible dans le monde merveilleux de l'horlogerie! J'aime beaucoup la démarche d'Yvan Arpa qui arrive toujours à insuffler de nouvelles idées dans les montres qu'il crée avec le soupçon de provocation qui suscite de l'excitation tout en évitant de franchir la ligne rouge. Malgré leur intérêt, ses montres ne m'ont jamais donné l'impression d'être d'une extrême délicatesse: Yvan Arpa joue sciemment sur un autre registre, celui des fortes émotions. Mais voilà: ce qu'il aime avant tout, c'est de tenter de nouvelles expériences et le Tourbillon Microcosmos en constitue une. Qu'on se le dise! Je considère ce Tourbillon Microcosmos comme une des montres les plus charmantes de Baselworld 2014... une autre façon de nous surprendre et de se placer là où on ne l'attend pas.


En fait, le Tourbillon Microcosmos est avec le Tourbillon Rock&Load le porte-étendard de la nouvelle collection d'Artya: Son of  Complications. Il fallait une montre marquante pour placer cette collection sur les bons rails et le Tourbillon Microcosmos joue parfaitement ce rôle. Ce n'est certes pas la première fois qu'Yvan Arpa, à travers d'Artya, propose une montre Tourbillon. Mais c'est en revanche un tout nouveau sentiment qu'il provoque car le Tourbillon Microcosmos est une pièce raffinée à l'aspect presque fragile.

Elle se distingue tout d'abord par son boîtier en or gris, certes toujours d'un diamètre imposant (47mm) mais assurément plus élégant que les boîtiers habituels d'Artya. La lunette plus fine, les formes plus élancées et plus subtiles lui conférent un aspect plus consensuel. Le rehaut incliné permet de contrôler l'ouverture du cadran et de réduire la taille perçue ce qui est une bonne nouvelle.


Ce boîtier, d'une relative discrétion, n'est finalement là que pour mettre en valeur le travail remarquable effectué sur le cadran. Ce dernier a été créé par Dominique Arpa-Cirpka, épouse d'Yvan et également sa compagne d'aventure dans la marque Artya. Tout son talent s'y exprime grâce à la maîtrise de la pose des ailes des papillons tropicaux et des feuilles d'or. Mais au-delà de cet aspect technique, j'adore l'idée d'imbriquer des éléments mécaniques dans ce contexte naturel. A moins que ce ne soit l'inverse? La nature, la machine ne font plus qu'une et rentrent en osmose. La finesse, la quasi-transparence des feuilles et des ailes associées à la révolution de la cage du Tourbillon me donnent l'impression d'être en face d'une pierre fossilisée animée... dans laquelle l'élément mécanique serait prisonnier. Il se dégage de ce cadran malgré le contraste entre ses deux composantes un sentiment de quiétude et d'harmonie. Bien entendu, compte tenu de la façon dont il est crée, chaque cadran est unique. Je dois avouer que j'ai rarement vu un contexte aussi idéal pour le Tourbillon Concepto.


Yvan Arpa utilise en effet de nouveau ce mouvement qu'il connaît bien. Aisément reconnaissable grâce à son ressort pieuvre à 3 bras visible à l'arrière de la montre, il propose une réserve de marche intéressante de 3 jours pour une fréquence de 3hz. La finition du mouvement côté cadran est soignée pour faciliter l'intégration esthétique avec les éléments naturels. En revanche, même si elle ne présente aucun défaut, j'ai trouvé la décoration du mouvement à l'arrière de la montre trop austère. Cela génère un contraste assez fort entre les deux côtés et je pense qu'il aurait été pertinent de plus agrémenter le rendu visuel du mouvement notamment dans la zone à droite du ressort pieuvre qui semble un peu vide malgré les côtes de Genève.

Ce problème n'est pas rédhibitoire puisque, une fois mise au poignet, le charme du cadran se met à agir. Je me suis surpris à plus observer les détails des ailes et des feuilles que la propre révolution de la cage malgré la forme "électrique" du pont du Tourbillon. Les couleurs à dominante gris et bleu restent raisonnables et grâce son originalité, la montre présente un aspect sage et élégant qui ne tombe pas dans le classicisme ennuyeux.   La taille du boîtier devient au bout du compte plus acceptable car le spectacle offert par le cadran nécessite une scène suffisamment large.


Yvan Arpa arrive ainsi à nous séduire en utilisant une recette inhabituelle pour lui. Loin de certaines audaces et des messages de puissance, d'énergie que ses montres véhiculent,  le Tourbillon Microcosmos joue une autre partition, plus délicate, plus charmante. Et si derrière ce grand pratiquant des Arts Martiaux se cachait un homme d'une grande sensibilité? En tout cas, le Tourbillon Microcosmos nous permet de découvrir une facette méconnue de sa personnalité.

Merci à Yvan Arpa et à son équipe pour leur accueil à Baselworld.

Les plus:
+ un style inhabituel pour une montre Artya
+ la finition du cadran et l'imbrication entre les éléments naturels et mécaniques
+ la discrétion du boîtier qui met en valeur le cadran 
+ la réserve de marche de 3 jours

Les moins:
- la décoration du mouvement trop austère côté ponts
- le diamètre du boîtier demeure important

lundi 19 mai 2014

JEANRICHARD: Aquascope Kind Surf

Grâce au travail de rationalisation opéré sous la houlette de Michele Sofisti, la collection de JEANRICHARD a gagné en simplicité et en lisibilité. Comme son nom l'indique, la ligne Aquascope est dédiée aux montres de plongée proposant une étanchéité de 300 mètres et une lunette caractéristique. Cependant, ce ne sont pas les performances propres des Aquascope qui m'ont attiré dans le cas présent mais le contexte qui a justifié la création de cette série limitée Kind Surf.


Kind Surf est une organisation à but non lucratif dont l'objectif est de venir en aide aux enfants défavorisés grâce à la pratique du surf et à l'éducation à l'environnement. Cette organisation, fondée par le top-model espagnol Almudena Fernandez, organise des ateliers de surf dont la pratique apporte bien plus que de grands moments de plaisir et des sensations de liberté. Le surf agit comme une sorte de thérapie en donnant confiance à l'enfant qui monte pour la première fois sur la planche et en annihilant ses craintes face aux vagues. C'est une vraie leçon de vie qui est délivrée par l'équipe de Kind Surf essentiellement composée de surfers aguerris. Ayant beaucoup suivi la carrière d'Almudena Fernandez par le passé puisque je lui ai dédié un site créé en 1998 et connaissant son engagement écologique, je ne fus guère surpris par sa décision de se lancer dans un tel projet.

Almudena Fernandez dans le calendrier Greenpeace (photo par Jaume de Laiguana)


JEANRICHARD rend hommage au travail de Kind Surf en devenant un de ses partenaires et en éditant une série limitée de 88 exemplaires de l'Aquascope, une montre toute désignée compte tenu de l'univers aquatique dans lequel oeuvre l'organisation. L'Aquascope Kind Surf reprend évidemment tous les traits caractéristiques des autres montres de la ligne dont notamment la forme du boîtier qui joue sur le contraste entre la forme coussin de la carrure et la lunette ronde. Cette dernière, qui tourne de façon unidirectionnelle, est large et imposante afin de rendre sa graduation très lisible.


La forme et l'épaisseur des aiguilles permettent une lecture optimale en toutes circonstances: l'aiguille des heures ne risque pas se confondre avec celle des minutes! Les index appliqués décorent joliment le cadran tout en se mariant efficacement avec les aiguilles. L'Aquascope Kind Surf se distingue par la présence du logo de l'organisation sur le cadran et par un motif très discret représentant des vaguelettes. La trotteuse dont l'extrémité est symbolisée, comme de tradition chez JEANRICHARD, par une flèche rouge apporte une petite diversité chromatique sur le cadran. J'aime beaucoup les teintes qui se dégagent de cette montre, ce mélange de blanc et de bleu-gris que je trouve à la fois assez original et reposant. L'élément que j'apprécie le plus dans cette montre est sa lunette en aluminium car au-delà de sa couleur, elle propose une finition satinée circulaire agréable à observer.


En toute logique, le fond du boîtier est plein. Il ne présente pas de décoration particulière, comportant uniquement l'inscription "Kind Surf NGO by Almudena Fernandez". J'aurais aimé un fond plus original en reprenant en grand par exemple le logo de l'organisation. La montre est animée par le mouvement JR60, en fait un Sellita SW200 d'une fréquence de 4hz et d'une réserve de marche de 38 heures minimum. Il s'agit d'un mouvement fiable et sans histoire, parfait dans ce contexte.

Le boîtier en acier d'un diamètre de 44mm alterne parties polies et satinées ce qui donne un côté plus raffiné à l'ensemble. Malgré sa taille et son épaisseur (13,05mm), il se porte sans difficulté car les cornes sont extrêmement courtes et parce que le bracelet caoutchouc maintient la montre efficacement sur le poignet. Le confort au porté est un grand atout de cette Aquascope Kind Surf.


J'ai donc apprécié cette série limitée. Certes, elle ne présente aucune prouesse horlogère mais elle est réalisée avec soin et la douceur de ses couleurs est séduisante. Et puis les objectifs poursuivis par Kind Surf la rendent encore plus sympathique! Porter cette montre est une jolie façon de rendre hommage aux actions engagées de l'organisation d'Almudena Fernandez.

Pour en savoir plus sur Kind Surf:

Merci à l'équipe JEANRICHARD pour son accueil à Baselworld.

Les plus:
+ le contexte de cette série limitée
+ la couleur et la finition de la lunette
+ la finition du cadran et du boîtier
+ le confort au porté

Les moins:
- j'aurais aimé un fond de boîtier plus ambitieux
- la couronne n'est pas protégée

dimanche 18 mai 2014

Cartier: Rotonde Jour et Nuit

Une des plus jolies montres de la Collection Privée Cartier Paris fut la Rotonde Jour et Nuit. Présentée au milieu des années 2000, elle se distinguait par son affichage des heures original qui mettait en scène un disque sur lequel étaient dessinés une lune et un soleil dont les extrémités servaient d'aiguilles. Ce fut donc pour moi un plaisir non dissimulé que de découvrir la réédition de cette montre au cours du SIHH 2014. Mais il ne s'agit pas d'une reprise à l'identique puisque la nouvelle Rotonde Jour et Nuit, disponible en or rose ou en palladium, possède une complication additionnelle avec l'affichage des phases de lune. L'indication des minutes est elle-même transformée.


La partie inférieure du cadran est dorénavant réservée à la nouvelle complication avec un traitement pas si courant puisque les différentes phases de lune sont indiquées par le biais d'une aiguille. La raison de ce choix est simple: il permet de positionner la série de phases de lune en arc de cercle et ainsi de décorer le cadran. Les graduations des minutes disparaissent alors que le modèle précédent se caractérisait par leur présence avec des chiffres arabes, les chiffres romains étant dédiés, dans la partie supérieure de la montre, aux heures. Nous touchons ici l'autre différence, plus subtile, entre les deux modèles. Sur la Rotonde Jour et Nuit initiale, les minutes se lisaient grâce à une aiguille rétrograde qui ne parcourait que la partie inférieure du cadran. Le cadran était donc divisé en deux parties du point de vue fonctionnel. En revanche, avec la nouvelle version, l'aiguille des minutes parcourt l'intégralité du cadran. Ce sont les phases de lune qui récupère l'aiguille rétrograde.


Un tel affichage nécessite une période d'accoutumance puisque notre esprit est habitué à suivre le parcours conjoint des deux aiguilles principales et qu'il est inutile de chercher l'aiguille traditionnelle des heures. Elle est avantageusement remplacée, du point de vue esthétique,  par le disque qui en effectuant sa rotation continue fait tour à tour apparaître le soleil (entre 6 heures du matin et 6 heures du soir) et la lune. Pour lire l'heure, il suffit d'observer l'emplacement de l'extrémité de l'astre concerné. Compte tenu de la décoration du disque, notre regard peut se laisser distraire et la lecture peut alors devenir imprécise, surtout avec le soleil. Mais après tout, est-ce si important? Le charme de la Rotonde Jour et Nuit provient essentiellement de l'impact visuel provoqué par ce disque à l'inspiration Art déco. Les rayons du soleil, les deux astres, le mélange entre les lignes et les cercles, le rendu plus sombre de la nuit, tous ces détails créent un environnement magique qui évolue de façon constante au fil de la journée. 


Pour ne rien gâcher, je trouve que le choix de la complication additionnelle est judicieux. La lune est représentée à la fois dans la partie supérieure pour indiquer les heures et maintenant aussi dans la partie inférieure pour la complication qui lui est propre. De plus, le lent mouvement des phases de lune est bien dans l'esprit de la rotation du disque, elle-même peu véloce. En fait, la Rotonde Jour et Nuit crée une relation par rapport au temps qui est différente. Rien ne s'agite sur le cadran (nous n'y trouvons aucun indicateur de marche ou trotteuse), tout est paisible, calme. J'ai presque envie de dire qu'une telle montre est reposante pour l'esprit dans un monde  qui veut aller tous les jours encore plus vite. Cartier nous rappelle ici que finalement le temps s'écoule toujours au même rythme. Tout n'est qu'une affaire de perception au bout du compte!


La Rotonde Jour et Nuit est animée par le mouvement automatique 9912MC d'une fréquence de 4hz et d'une réserve de marche de 48 heures. Même s'il m'apparaît un peu petit pour le  boîtier d'un diamètre de 43,5mm, il est décoré sobrement et avec soin avec notamment des rayons sur les ponts qui contribuent positivement à la qualité perçue de l'ensemble. J'ai trouvé sa présentation en progrès par rapport à d'autres mouvements Manufacture Cartier de ces dernières années. Cartier est en progrès et cela se voit.

L'enjeu pour cette montre était de conserver l'élégance du modèle d'origine malgré la taille élargie et la présence de la complication complémentaire. Elle y parvient car le diamètre du boîtier s'accepte sans difficulté, mettant en valeur le clou du spectacle: le disque des heures. Elle propose en outre de nombreux détails raffinés comme l'aiguille pomme des minutes, l'aiguille à croissant de lune de la complication, la couronne ornée d'un saphir cabochon bleu. Enfin, l'organisation du cadran est optimale puisque tout l'espace est occupé harmonieusement. 


Je fus donc très séduit par cette nouvelle version de la Rotonde Jour et Nuit. Cartier est arrivé à s'inspirer du modèle d'origine sans le cloner et sans trahir non plus son élégance et son charme. Je la considère comme une des plus belles réussites de la nouvelle collection et elle constitue à mes yeux une sorte de chaînon abouti entre l'ancienne Collection Privée et la nouvelle collection de Haute Horlogerie.

Merci à l'équipe Cartier pour son accueil.

Les plus:
+ le charme de l'affichage des heures
+ la complication additionnelle idéale dans ce contexte
+ la présentation du mouvement, sobre et raffinée
+ la finition des éléments du cadran
+ une montre "reposante"

Les moins:
- la lecture de l'heure nécessite une période d'accoutumance
- le mouvement est un peu petit pour le boîtier

mardi 13 mai 2014

Gustafsson & Sjögren: Bifrost Isbla

La Bifrost est la toute nouvelle collection du duo Johan Gustafsson et Patrik Sjögren. Elle marque le retour de l'utilisation d'un mouvement automatique mais surtout l'introduction d'un nouveau type d'acier damassé. Bifrost est le nom du pont sacré qui relie la Terre au Royaume des Dieux dans la mythologie nordique. Reste à savoir si la montre se révèle être à la hauteur des attentes que suscite ce nom prometteur!


Comme toujours avec G&S, l'intérêt est avant tout esthétique. Le contenu horloger sous l'impulsion de Patrik Sjögren demeure solide et sans faille mais sa vocation est de créer le contexte idéal à l'expression du talent de Johan Gustafsson. Une montre G&S, c'est avant tout une invitation au voyage, le sentiment de parcourir une lointaine contrée où la lumière jouerait avec notre perception pour créer des reflets énigmatiques. Il n'y a rien d'agressif, rien d'inutilement tape-à-l'oeil. Les couleurs demeurent toujours dans des spectres chromatiques qui évoquent ces terres du nord de l'Europe. La Bifrost Isbla ne déroge pas à la règle.

Cette première représentante de la collection Bifrost propose  un cadran dont l'éclat, les réverbérations évoquent les nuances de bleu qui se retrouvent dans les épaisses couches de glace (Isbla signifiant glace bleue en suédois). Une montre G&S se reconnaît au premier coup d'oeil. Le cadran en acier damassé incarne le style unique et inimitable de Johan Gustafsson qui en le travaillant le transforme en kaléidoscope. Il est vraiment très difficile de décrire le rendu d'un tel cadran puisqu'il évolue sans cesse selon les conditions d'éclairage et l'inclinaison du poignet. La trotteuse centrale paraît même superflue dans un tel contexte puisque l'animation propre du cadran suffit. Les index sont quant à eux traditionnels et fidèles à la production récente de G&S.


Cependant, l'observation attentive de la montre laisse apparaître un changement par rapport à l'esthétique d'autres pièces de G&S. Ce changement visuel est dû au contraste inhabituel qui existe entre le cadran et la lunette du boîtier. Contrairement  par exemple à une Midnight Sun ou une Winter Nights sur lesquelles les motifs de la lunette sont très visibles et apparaissent presque comme des prolongements des cadrans, la Bifrost Isbla joue en revanche sur un autre registre. L'acier damassé du boîtier possède un contraste élevé ce qui lui confère un rendu miroir avec une finition qui me fait penser aux ensoleillages de certains cadrans. Compte tenu que le motif de la lunette devient plus lisse, plus fin, les motifs du cadran ressortent alors plus fortement. La montre gagne ainsi peut-être en raffinement car son design apparaît plus allégé. Je ne dis pas que cette présentation est plus réussie que la précédente: le résultat est différent. A titre personnel, j'aime beaucoup le sentiment de prolongement du cadran sur la lunette tel qu'exprimé sur la Winter Nights. L'autre élément qui ressort alors nettement sur la Bifrost Isbla est la couronne. Conservant ses motifs nettement apparents, la couronne se détache alors sensiblement du rendu de la lunette. Là encore, c'est une histoire de goût. Je préfère peut-être que la lunette et la couronne gardent leur cohérence visuelle.


La Bifrost Isbla est équipée d'un mouvement Soprod A10 d'une fréquence de 4hz et d'une réserve de marche de 42 heures. Le mouvement est fiable et réglé avec une précision chronométrique. Mais la plus jolie surprise réside dans la masse oscillante dont la forme cache presque intégralement le mouvement. Cette masse oscillante tripale utilise le même type d'acier damassé à fort contraste que le boîtier. La montre photographiée étant un prototype non achevé, son rendu sera différent de celui des photos (tout comme d'ailleurs celui de l'arrière du boîtier dont les finitions rappelleront celles de la lunette). Mais d'ores et déjà le prototype permet d'apprécier la beauté de cette masse dont le design est inspiré par le Triskèle celte. Mon seul regret de ce côté de la montre est la taille limitée du mouvement pour un boîtier de 42,5mm: la largeur de la lunette arrière gâche un peu le travail sur la masse oscillante que j'aurais aimé voir plus présente.


Grâce à une taille plus contenue et à une épaisseur maîtrisée (9,5mm), la Bifrost Isbla est une montre qui se porte plus facilement qu'une Winter Nights ou une Midnight Sun. Elle dégage donc un sentiment d'élégance, de sobriété tout en permettant de profiter du caractère hypnotisant du cadran. A ce titre, elle apparaît comme un excellent compromis pour des collectionneurs souhaitant découvrir l'univers particulier de Johan Gustafsson et de Patrik Sjögren tout en conservant un contexte raisonnable. Je considère la Bifrost Isbla comme une très belle réussite car elle marque une évolution intéressante du style de G&S qui devient peut-être plus abordable mais qui préserve son charme et son caractère envoûtant.


Merci à Patrik Sjögren pour son accueil à Baselworld 2014.

Les plus:
+ Des dimensions plus raisonnables
+ Le rendu spectaculaire du cadran
+ Le contraste entre la lunette et le cadran
+ La présentation de la masse oscillante

Les moins:
- Le mouvement est petit pour la taille du boîtier
- Le contraste entre la couronne et la lunette me semble un peu trop fort

dimanche 11 mai 2014

RJ-Romain Jerome: PinUP-DNA Red & Black

Après avoir exploré l'Espace et la Lune, RJ-Romain Jerome rentre de nouveau dans l'atmosphère pour voler à des altitudes plus raisonnables avec les  PinUP-DNA Red & Black. A travers ces montres, RJ-Romain Jerome aborde un nouveau style dans sa collection avec une inspiration puisée dans les montres de pilotes et les montres militaires. Mais heureusement, il ne s'agit nullement d'une nième interprétation de ces pièces à cadran noir et à chiffres luminescents dont l'industrie horlogère nous fournit de multiples exemplaires chaque année.


L'objectif est plus de rendre hommage à l'audace de ces pilotes et de profiter du contexte pour apporter la petite touche d'originalité et de décalage propre à la marque. Les PinUP-DNA Red & Black sont deux montres chronographe qui se distinguent par la présence sous la glace saphir du fond du boîtier de leurs propres Pin-up peintes à la main. Ce n'est certes pas la première fois que l'horlogerie reprend ce thème qui rappelle le Nose Art, forme artistique qui émergea dès la première guerre mondiale et qui était une façon pour les soldats de voler avec un porte-bonheur, un ange-gardien proche d'eux. Dans des styles très différents, BRM et MB&F  ont précédemment adopté une approche décorative similaire en apposant des Pin-up sur les cadrans des Bombers ou sur la "carlingue" des HM5 Double Trouble ou Razzle Dazzle. Cette fois-ci, les Pin-up se retrouvent à l'arrière de la montre, à l'abri des regards et connues des seuls propriétaires des montres.


Les PinUP-DNA Red & Black profitent d'un tout nouveau boîtier d'un diamètre imposant de 46mm. Ce boîtier intègre des morceaux d'acier en provenance du Boeing B-17 Forteresse Volante comme de tradition chez RJ-Romain Jerome où on aime procéder à cette "fusion" entre la montre et le contexte dans lequel elle évolue. Quelle que soit la version, en acier PVD noir ou en or rouge, les montres se caractérisent par des poussoirs et une couronne extrêmement proéminents et par une finition de cadran (heureusement sans date) de type camouflage correctement réalisée qui renforce l'inspiration militaire. Incontestablement, l'objectif de ces deux montres est d'offrir un design viril et caractéristique mais pas de jouer sur l'aspect pratique: la lisibilité des deux principales aiguilles est correcte mais celle des aiguilles du chronographe est à proprement parler très faible. Elles ont un faible contraste par rapport au camouflage du cadran et la graduation des compteurs est réduite à sa plus simple expression. Certes, ces compteurs sont inspirés par les instruments de bord des cockpits mais dans ce cas précis, il vaut mieux faire confiance à son propre ressenti qu'aux "instruments"!



Le mouvement qui équipe les deux PinUP-DNA est un Valjoux 7750 et c'est la raison pour laquelle nous retrouvons ses performances habituelles à savoir une fréquence de 4hz et une réserve de marche de 42 heures. Comme indiqué précédemment, le mouvement n'est pas visible, avantageusement remplacé par la représentation de la Pin-up. Cette dernière est joliment faite et plusieurs modèles sont disponibles. La peinture  étant réalisée à la main, chaque Pin-up est unique. Et il n'y a pas de souci à avoir quant à la pérennité de cette peinture, cette dernière étant protégée par la glace saphir.


Il y a cependant une décision que je ne comprends pas concernant ces deux montres, c'est l'utilisation d'un bracelet NATO cuir. Certes, il est conforme au contexte militaire et se marie plutôt bien avec le style du boîtier et la décoration camouflage du cadran. Mais  il cache la Pin-up en recouvrant le fond du boîtier! Ainsi, pour profiter de la décoration de la montre, il faut partiellement retirer le bracelet! Je trouve cette idée fort étrange puisque la Pin-up devrait être facilement visible. La première  chose que je ferais si je décidais d'acheter cette montre serait de changer le bracelet.


Le bracelet NATO a au moins l'atout de bien positionner les montres sur le poignet ce qui n'est pas du luxe compte tenu du gabarit amplifié par la taille des poussoirs. Amateurs de pièces discrètes, passez votre chemin! Je dois avouer que malgré l'audace revendiquée par ces deux montres, je ne fus pas emballé comme je le fus précédemment avec d'autres RJ-Romain Jerome. Derrière une originalité de façade, elles se révèlent être plutôt classiques dans leur traitement et la taille imposante ne change pas cette perception. Même si le boîtier est joliment dessiné en conservant quelques traits caractéristiques de la marque tout en étant plus sobre, je n'ai pas ressenti les mêmes émotions qu'avec d'autres pièces de la collection. Il est difficile de faire mouche à chaque fois... mais reste le plaisir d'avoir son propre ange-gardien sexy au poignet!


Merci à l'équipe RJ-Romain Jerome pour son accueil à Baselworld 2014.

Les plus:
+ une évolution intéressante du boîtier
+ la Pin-up sur le fond du boîtier
+ l'efficacité du bracelet NATO et sa cohérence avec le style de la montre

Les moins:
- une faible lisibilité du chronographe
- une taille XXL amplifiée par les poussoirs proéminents
- le bracelet NATO cache la Pin-up ce qui est tout de même étrange

samedi 10 mai 2014

Bell&Ross: Vintage WW1 Guynemer

En cette année commémorant le centième anniversaire du début de la Première Guerre Mondiale, Bell&Ross a souhaité rendre hommage à un des plus célèbres héros de l'aviation militaire, Georges Guynemer, par le biais d'une série limitée de 500 exemplaires. En toute logique, Bell&Ross est parti d'une base Vintage WW1 pour définir une montre censée incarner  cette période de l'histoire en reprenant certains codes des pièces utilisées par les acteurs du conflit. 


Avec son style évoquant une montre de poche mise au poignet, son bracelet fin, ses anses fil, sa couronne légèrement surdimensionnée, la Vintage WW1 est en effet la montre idéale pour un tel exercice. Il restait donc à l'adapter au contexte de l'hommage. Fort heureusement, Bell&Ross a adopté une démarche très épurée conférant à la montre un côté très élégant malgré sa taille et son contexte militaire.

L'élément clé de la Vintage WW1 Guynemer est évidemment son cadran opalin. Sa clarté fait ressortir le superluminova beige des chiffres qui leur donne une sorte de patine artificielle très agréable à regarder. La finition de ces chiffres est très satisfaisante avec un effet en relief prononcé et des contours nets et sans bavure. Le chemin de fer de la minuterie périphérique agrémente également le cadran et renforce l'inspiration militaire de la montre. Les aiguilles bleuies dont les creux des deux principales sont remplis de superluminova m'ont en revanche moins convaincu. Leur réalisation est sans reproche mais j'aurais aimé voir des formes plus originales ou tout du moins plus conformes à l'esprit d'une montre de la Première Guerre Mondiale. Mais du point de vue pratique, il n'y a aucun souci à déplorer puisque la lisibilité est optimale et l'animation du cadran est assurée par la grande trotteuse.


Le détail qui fait tout le charme de la montre, qui attire imparablement notre regard, est évidemment la cigogne qui était le symbole de l'escadrille dans laquelle Guynemer combattait. Cette cigogne dite "passant au naturel", les ailes vers le bas, est ici peinte sur le cadran avec une couleur rouge qui correspond à une période précise de l'histoire de l'escadrille puisque les couleurs ont évolué pendant la guerre. Sa taille, sa couleur, sa forme font de cette cigogne l'élément qui renforce l'intérêt esthétique de la montre. Grâce au contexte simple qui l'entoure, la cigogne s'intègre parfaitement sur le cadran et rend même l'ensemble raffiné. La Vintage WW1 Guynemer devient donc presque originale et de façon surprenante, elle dégage un sentiment de calme et de sérénité ce qui est plutôt paradoxal pour une montre d'inspiration militaire. La seule question que je me pose concernant cette cigogne est de savoir dans quel sens elle vole. Sur la montre que j'ai photographiée, la tête est à droite tandis que sur d'autres photos, la tête est à gauche! La réponse viendra avec la livraison des premières pièces.


Le boîtier d'un diamètre de 45mm en acier grenaillé est recouvert d'un PVD gris. Si ce revêtement se marie bien avec le cadran, j'aurais cependant préféré que le boîtier conservât sa couleur naturelle pour des raisons de pérennité. La montre est équipée d'un mouvement ETA2892-A2, extrêmement répandu et fiable, d'une fréquence de 4hz et d'une réserve de marche de 42 heures. Cependant, je le trouve un peu paresseux au remontage: quelques tours de couronne de temps en temps ne sont pas superflus. Le mouvement est bien entendu petit pour le boîtier mais Bell&Ross a eu la très bonne idée d'utiliser un fond plein plus conforme avec l'esprit de la montre et qui permet de représenter un portrait de Georges Guynemer.


La Vintage WW1 Guynemer du fait de son cadran opalin et de son style épuré possède une taille perçue plus importante que la Vintage WW1 "classique" à fond noir. C'est un élément à considérer même si la montre se porte sans souci au niveau du confort y compris pour les poignets de taille moyenne. En revanche, un grand poignet est requis pour l'esthétique: les anses fil ont tendance à écarter un peu le bracelet du boîtier. Cependant, ne perdons pas de vue que la grande taille fait partie du concept puisque l'idée est de retrouver la sensation d'une montre de poche au poignet.


Je  fus donc très agréablement surpris par cette Vintage WW1 Guynemer. Son contenu horloger n'est absolument pas révolutionnaire mais le soin apporté à la finition du cadran et le charme qu'elle dégage malgré sa taille la rendent très séduisante. J'aurais cependant aimé un peu plus d'ambition esthétique au niveau des aiguilles pour qu'elle soit encore plus convaincante. Mais telle qu'elle est, elle apporte déjà beaucoup de plaisir.


Merci à l'équipe Bell&Ross.

Les plus:
+ un style plutôt épuré et raffiné
+ la finition du cadran et l'originalité apportée par la cigogne
+ le confort au porté malgré la taille
+ le fond plein

Les moins:
- j'aurais apprécié des aiguilles plus conformes à l'esprit de la montre
- un boîtier sans PVD aurait été préférable

vendredi 9 mai 2014

Girard-Perregaux: 1966 Dual Time

Girard-Perregaux a marqué les esprits lors du dernier Baselworld avec des montres d'un très haut niveau technique comme par exemple le Tourbillon Tri-Axial ou le Néo-Tourbillon sous 3 ponts. Cependant, il serait dommage d'oublier les autres montres,  sous prétexte qu'elles sont beaucoup plus modestes. Elles jouent un rôle tout aussi important dans le catalogue et elles contribuent  à leur manière au renforcement de la crédibilité et de l'image de la marque. La 1966 Dual Time rentre dans cette catégorie en ajoutant une nouvelle complication à la collection à laquelle elle appartient: l'affichage d'un second fuseau horaire.

Girard-Perregaux a une grande pratique des montres à multiples fuseaux horaires puisque l'heure universelle, qui s'incarne dorénavant dans la collection Traveller, est une de ses complications favorites. Néanmoins, cette complication rend le cadran plus complexe et la lecture de l'heure d'un fuseau donné peut nécessiter une petite gymnastique visuelle. Plus faciles à appréhender, les montres à second fuseau horaire attirent une clientèle à la recherche d'une complication utile tout en restant dans un contexte simple. De façon étonnante, la collection actuelle ne proposait pas ce type de montre alors qu'il existe une vraie demande. La 1966 Dual Time vise donc à combler ce "trou" dans la collection mais ne laisse pas de côté non plus une certaine ambition esthétique.


Il existe de multiples façons d'aborder la complication, notamment avec un guichet, avec un sous-cadran spécifique, ou avec une seconde aiguille centrale des heures. C'est cette dernière solution que Girard-Perregaux utilise, la seconde aiguille étant de couleur rouge afin de bien se distinguer de l'aiguille principale. La manufacture a particulièrement travaillé l'organisation du cadran et sa finition. La graduation du second fuseau crée un anneau central gris qui casse l'uniformité du cadran et met en valeur les index appliqués périphériques. Ces derniers sont les bienvenus puisqu'ils apportent à la fois une touche de raffinement et un effet de relief. J'aime leurs formes inclinées qui donnent l'impression qu'ils convergent vers le centre du cadran. 


Le sous-cadran des quantièmes se détache légèrement du fait de sa couleur plus claire. La lecture de la date est un peu plus compliquée que celle des autres fonctions. A titre personnel, je n'ai jamais été très séduit par ce type d'affichage à aiguille avec indication des dates impaires. Le petit détail qui prouve le soin apporté à la finition du cadran est la présence dans ce sous-cadran d'une partie de l'anneau de la graduation du second fuseau: les deux affichages semblent imbriqués l'un dans l'autre et je trouve le résultat plutôt convaincant esthétiquement parlant. Il était important pour Girard-Perregaux de pouvoir donner à ce cadran ces petites originalités pour lui apporter du caractère. S'il avait été plus monotone, la montre aurait sombré dans l'ennui car le rehaut demeure relativement haut.

La 1966 Dual Time utilise  le mouvement GP03300-0094 soit une base constituée par le calibre 3300 qui anime le module du second fuseau horaire. C'est la raison pour laquelle les performances du mouvement sont  en ligne avec celles des montres équipées du même calibre de base: une fréquence de 4hz pour une réserve de marche de 46 heures. La décoration du mouvement demeure simple et sans fioriture, égayée par le rotor en or. Le diamètre calibre étant de 26,2mm, il semble un peu perdu dans le boîtier de 40mm. Il s'agit d'un problème auquel Girard-Perregaux est régulièrement confronté lors de l'utilisation du 3300.


Le grand atout du boîtier 1966 est son confort au porté grâce à la forme de ses cornes très courbées. La 1966 Dual Time ne déroge pas à la règle, elle se porte sans souci tout en faisant apprécier les détails de son cadran. La lecture du second fuseau est aisée et la trotteuse centrale anime joliment le cadran. L'utilisation de la montre est d'une grande simplicité: la couronne sert au réglage de l'heure et de la date tandis que les poussoirs permettent d'avancer ou de reculer l'aiguille du second fuseau. Malheureusement, la montre ne gère pas les fuseaux décalés comme l'Inde compte tenu de la contrainte apportée par l'aiguille centrale.

Malgré ce reproche du point de vue pratique, la 1966 Dual Time demeure une montre séduisante. Girard-Perregaux est arrivé à définir une montre classique avec une complication très répandue sans sombrer dans l'ennui. La finition du cadran et son organisation constituent son principal atout et j'ai pu également apprécier les détails comme les index appliqués qui améliorent la qualité perçue.


Merci à l'équipe Girard-Perregaux pour son accueil à Baselworld.

Les plus:
+ une nouvelle complication utile dans la collection 1966
+ la finition du cadran et son organisation
+ une montre simple à l'usage
+ le confort au porté

Les moins:
- le mouvement est un peu petit pour le boîtier
- la montre ne gère pas les fuseaux décalés comme l'Inde

dimanche 4 mai 2014

Zenith: Edition Limitée Suarez

Il y a plusieurs mois, lors d'un déplacement à Barcelone, j'avais été surpris par la présence dans la vitrine de la boutique Suarez d'une montre Zenith que je ne connaissais pas. Un voyage récent à Madrid m'a donné l'occasion de l'examiner de plus près. En fait, cette montre est une série limitée de 20 exemplaires qui fut produite pour célébrer le 70ième anniversaire de l'ouverture de la première boutique Suarez à Bilbao. Elle se distingue par son cadran résolument "vintage" qui lui donne beaucoup de charme.

La base de la Zenith Edition Limitée Suarez est le chronographe Captain. C'est la raison pour laquelle est partage avec lui un plusieurs points communs:
  • le boîtier en acier d'un diamètre de 42mm
  • la forme des aiguilles principales et des aiguilles des sous-cadrans
  • les poussoirs rectangulaires
  • le mouvement visible à travers un fond transparent.


Cependant, les différences sont également nombreuses:
  • l'aiguille des secondes du chronographe possède une flèche en son extrémité
  • la couronne devient plus imposante avec sa forme en oignon
  • et bien évidemment, le cadran, sur lequel je vais revenir, nous plonge dans l'atmosphère des chronographes historiques d'il y a plusieurs décennies.

Le mouvement qui équipe la montre est bien évidemment le El Primero mais dans sa version 4002 contrairement au Chronographe Captain qui utilise le 400B. La raison de ce choix est très simple puisque le cadran n'affiche pas de totalisateur des heures. A noter également qu'il est vierge de tout guichet de date ce qui est une excellente nouvelle. Les performances du mouvement, tout comme sa présentation et sa décoration, demeurent dans les standards de la marque avec une fréquence de 5hz et une réserve de marche d'une cinquantaine d'heures.



L'intérêt principal de cette Edition Limitée reste évidemment son cadran. Exécuté avec beaucoup de soin, il met en valeur les différents détails qui le composent:
  • son fond grainé
  • sa graduation des secondes périphériques
  • ces grands chiffres à la couleur qui évoque une patine et qui me font penser à la Type 20 GMT 1903 même s'ils ne possèdent pas le rendu "vieilli" de cette dernière
  • et les 2 échelles en colimaçon qui contribuent fortement au style particulier du cadran.
La première échelle, celle de couleur ocre, est celle du tachymètre. Je dois avouer qu'en revanche, je ne sais pas à quoi correspond la seconde de couleur rouge, graduée de 10 à 40. La combinaison de ces deux échelles avec les autres éléments du cadran crée cette dimension "vintage" recherchée. La lisibilité dans ce contexte est un peu délicate mais reste acceptable. De plus, ces deux échelles ont une vertu: en rendant le cadran plus complexe, elles masquent le fait que le mouvement (d'un diamètre de 30mm) est un peu juste pour un boîtier de 42mm. La montre gagne ainsi en équilibre.


Le détail le plus intriguant est le noeud marin situé en bas du cadran. J'ai demandé quelle était la source d'inspiration de cette montre et la raison de la présence de ce noeud. Chez Suarez, il m'a été précisé que la montre d'origine avait été réalisée a priori pour un corps de pompiers italiens. Grâce à une discussion sur le forum Zenith de PuristSPro, j'ai pu en savoir plus. Le noeud représente une sorte de logo de Perret & Berthoud, la marque qui a préfiguré Universal Genève. Comme des mouvements Martel (qui sous-traitait notamment pour Universal Genève) ont été utilisés dans des chronographes Zenith, il est plausible que le logo de Perret & Berthoud se soit retrouvé sur les cadrans de plusieurs montres. D'ailleurs, une photo d'un chronographe Zenith dont le cadran a pu inspirer celui de cette série limitée a bien été retrouvée: mais pas de chance, elle est équipée d'un mouvement Valjoux 84 et pas d'un mouvement UN ou Martel... De plus, la montre en question appartenait à des militaires italiens présents dans les colonies... et absolument pas à des pompiers! Tout cela reste bien compliqué.



De toutes les façons, quelle que soit la destination de la montre d'origine, la Zenith Edition Limitée Suarez reste une pièce contemporaine très attirante grâce à son confort au porté (boîtier Captain oblige) et au charme de son cadran. En un sens, elle me rappelle la Zenith Class Chronographe qui avait été présentée dans les années 90 et qui proposait un cadran regroupant une échelle tachymétrique et une échelle télémétrique. Je retrouve un objectif similaire, même si les montres sont peu semblables, qui consiste à réinterpréter dans un contexte actuel un chronographe classique d'il y a plusieurs décennies. Zenith a toute la légitimité pour le faire et ses réalisations sont convaincantes.

Merci à l'équipe Suarez pour son accueil.

Les plus:
+ le charme de la montre compte tenu de son atmosphère
+ l'absence de guichet de date et la forme de la couronne
+ la finition du cadran
+ les performances du mouvement El Primero

Les moins:
- un cadran qui peut être perçu comme trop compliqué
- le mouvement est un peu petit pour le boîtier