jeudi 27 février 2014

MB&F: LM1 Xia Hang

S'il y avait une Machine que je n'imaginais pas servir de base à une pièce "Performance Art" de MB&F, c'était bien la Legacy Machine 1. Les "Performance Art" sont des déclinaisons de Machines existantes (ou spécifiquement conçues dans ce but comme la MusicMachine) qui témoignent d'un engagement de MB&F avec un artiste ou une société qui se distingue par son talent et son originalité. Les "Performance Art" propulsent les Machines dans une dimension qui dépasse le cadre strict de l'horlogerie en profitant de l'effet cumulé entre la construction tri-dimensionnelle de la pièce, son affichage du temps alternatif et l'audace de la démarche artistique. A moitié montres (ou boîte à musique), à moitié oeuvres d'art, les "Performance Art" ont toujours suscité de fortes réactions et ont révélé la capacité d'adaptation et de transformation des Machines. 


Cependant, du fait de son esthétique  plus traditionnelle, de son inspiration puisée dans les montres de poche du XIXième siècle, la Legacy Machine 1 me semblait beaucoup moins se prêter au jeu de cette évolution, en étant moins propice à l'expression d'un artiste. La quasi-perfection de sa construction tant du point de vue mécanique qu'esthétique m'apparaissait comme un cadre trop rigide pour qu'un "tiers" puisse s'y immiscer. Ce fut donc pour moi une grande surprise de découvrir que la LM1 servait de base à la toute nouvelle "Performance Art".


En un sens, mon raisonnement s'avère juste car une observation rapide de la LM1 Xia Hang donne l'impression qu'il n'y a aucune différence par rapport à la LM1 d'origine, les couleurs de cadran mises à part. C'est en insufflant l'énergie à la montre, en tournant la couronne que toute la subtilité de cette "Performance Art" apparaît. L'affichage tri-dimensionnel de la réserve de marche est en effet remplacé par une sorte de petit personnage assis dont le buste se redresse au fur et à mesure que les tours de couronne sont donnés. Cet être mi-alien, mi-bébé (ou un bébé alien si vous préférez!) est un des "hommes virgule" qui symbolisent le travail iconoclaste et déroutant de l'artiste chinois Xia Hang. Cet artiste est loin d'être un inconnu puisque ses oeuvres sont présentées au sein de la MAD Gallery ce qui lui a permis de gagner en notoriété. Voici donc un exemple d'un brassage d'idées, de cultures, d'inspirations qui ouvre des perspectives pour chacune des parties: un accès à une clientèle plus large pour l'artiste et un potentiel créatif accru pour MB&F. En tout cas, l'heureux propriétaire d'une LM1 Xia Hang y trouve également son compte puisqu'il a le sentiment d'avoir une petite MAD Gallery au poignet!


Car il ne faut pas s'y tromper: ce n'est pas parce que le petit personnage fait 4mm de hauteur avant la pose de l'articulation qu'une quelconque concession du point de vue artistique a dû être faite. Xia Hang a d'abord créé son "homme virgule" en taille réelle (si je peux dire!) dans ses deux positions extrêmes. Puis les équipes de MB&F ont travaillé non seulement à son rétrécissement mais également à la conception de son articulation et à la préservation de son rendu lumineux. Une oeuvre de Xia Hang n'est pas seulement une histoire de forme, c'est aussi un jeu de lumières. Il était donc primordial pour MB&F que le personnage, malgré sa taille minuscule, conservât l'effet miroir et éclatant de l'acier chromé d'origine. Cette micro-sculpture, composée d'aluminium afin de l'alléger au maximum, subit ainsi un polissage minutieux afin de restituer la brillance désirée. De toutes les façons, la comparaison entre l'original et la version réduite pourra être aisément faite: chaque LM1 Xia Hang est livrée avec la paire de sculptures de base des positions extrêmes. Une façon appréciable de renforcer la dimension artistique de la montre et d'apprécier la finesse du travail et la fidélité du petit personnage par rapport aux modèles d'origine.


En fait, cet "homme virgule" possède deux noms: Mr Up lorsqu'il est complètement redressé, la réserve de marche étant à son maximum, Mr Down lorsque le dos est voûté et que la réserve de marche est épuisée. L'être et la machine ne font plus qu'un, s'animant et s'épuisant à la même vitesse: tel un tamagotchi, la vie du personnage ne dépend que du bon vouloir du propriétaire de la montre. Mais il n'y a, à vrai dire, qu'un risque très faible d'oublier de remonter quotidiennement la LM1 Xia Hang: la perspective de se priver du spectacle hypnotisant des oscillations du balancier suspendu d'un 14mm de diamètre est inconcevable!

Malgré une très grande similarité avec la LM1 d'origine, la LM1 Xia Hang représente un défi technique et micro-mécanique. Compte tenu de la forme du personnage assis (qui doit pouvoir s'apprécier à l'oeil nu), il a fallu réduire au maximum son poids afin de maîtriser la consommation d'énergie du mécanisme. La charnière qui permet de faire plier la partie supérieure de "l'homme virgule" de façon continue est invisible et ce, quelle que soit la position: je fus particulièrement impressionné par cette réalisation qui a nécessité une très grande précision dans sa conception et dans son exécution.


Pour le reste, le contexte de la LM1 demeure identique à celui que nous connaissons même si la couleur des cadrans a été revue. Le cadran de la version en or rose est plus contrasté tandis qu'un peu étrangement, la version en or gris récupère la couleur bleu pourtant réservée à la version platine de la LM2. Tant mieux après tout pour la LM1 Xia Hang en or gris qui profite de l'éclat particulier de cette couleur. Les atouts de la LM1 conservent évidemment tout leur pouvoir de séduction: les fascinantes oscillations du grand balancier magnifiées par la basse fréquence du mouvement, les deux cadrans à l'affichage totalement indépendant (la LM1 est une montre à double fuseau horaire qui peut même servir de chronographe heures-minutes!), le dôme qui accentue les effets visuels et évidemment, la beauté du mouvement développé par Kari Voutilainen et Jean-François Mojon.


J'ai toujours qualifié la LM1 de montre "rétro néo", c'est à dire une sorte d'incarnation du futur tel qu'il aurait été imaginé à l'époque de Jules Verne. La présence du personnage de Xia Hang est dans ce contexte amusante: "l'homme virgule" rajoute une dimension temporelle, celle du futur... par rapport à notre présent. 

La LM1 Xia Hang que je préfère est la version en or gris du fait de sa couleur qui lui permet de trancher plus par rapport à la LM1 d'origine. Car c'est un peu le problème (ou l'atout) de cette "Performance Art": contrairement aux autres "Performance Art" qui bousculent les modèles d'origine, les réinventent en un sens, la LM1 Xia Hang est bien plus subtile car la démarche artistique se concentre dans un détail au lieu de recréer tout l'environnement. J'apprécie beaucoup l'idée qui consiste à redonner une énergie à un personnage à travers le remontage manuel. Cette interaction est à la fois ludique et son message, sa signification est positive et valorisante: nous apportons un souffle de vie à travers nos actes. La question est de savoir si c'est suffisant pour créer un intérêt significatif par rapport à la LM1 d'origine, une pièce que je considère comme majeure dans la production horlogère contemporaine.


Je pense en fin de compte que la réponse est positive. La LM1 Xia Hang joue donc sur un autre registre, celui du petit musée personnel au poignet dont seul le propriétaire aurait connaissance et conscience. L'univers de l'artiste est fidèlement restitué et il s'intègre, se glisse dans le contexte de la LM1 avec malice et avec un certain raffinement. Le respect mutuel entre MB&F et Xia Hang se ressent et au final, le plaisir au porté est bel et bien présent. Au lieu de regarder l'heure, je me suis surpris à observer fréquemment la position du personnage: l'influence de Xia Hang n'est donc pas immédiate mais elle est réelle. L'objectif premier de chaque "Performance Art" est bel et bien atteint et c'est bien l'essentiel.

La LM1 Xia Hang est disponible dans le cadre d'une série limitée de 12 montres en or rose et de 12 montres en or gris et est livrée avec la paire de sculptures qui ont servi de modèles au personnage.


Merci à l'équipe de MB&F et de la MAD Gallery pour leur accueil.

Les plus:
+ le plaisir de retrouver les atouts de la LM1
+ l'interaction entre le propriétaire de la montre et le personnage
+ la finition de la micro-sculpture
+ une "Performance Art" au charme subtil et raffiné
+ les sculptures qui accompagnent la montre

Les moins:
- la disponibilité du cadran bleu pour la version en or gris peut surprendre compte tenu du contexte de la LM2
- l'indicateur de la réserve de marche ne gagne pas en lisibilité mais est-ce vraiment important?

dimanche 23 février 2014

Jaeger-Lecoultre: Master Grande Tradition à Quantième Perpétuel 8 Jours SQ

Jaeger-Lecoultre est assurément la marque qui pousse le plus loin le concept de manufacture intégrée en réunissant sous un même toit 180 métiers différents dédiés à la création et à la production de l'intégralité de sa collection. L'éventail des prix de Jaeger-Lecoultre étant extrêmement large, les objectifs assignés aux pièces d'exception qui mettent le plus à contribution les talents des horlogers, artisans et artistes de la manufacture sont multiples. Au-delà de leur contribution au développement du chiffre d'affaires de la marque, elles témoignent du respect et de la poursuite de l'histoire de la Grande Maison et constituent également une démonstration de savoir-faire technique et artistique qui rejaillit sur l'ensemble de la collection.


La Master Grande Tradition à Quantième Perpétuel 8 Jours SQ (squelette) s'inscrit dans cette démarche: inspirée par une montre de poche à Grande Complication datant de 1928, elle met en valeur le travail de quatre métiers d'art (le squelettage, la gravure, le guillochage et l'émaillage) dans un contexte horloger maîtrisé et abouti. Le risque avec ce genre de montre est de devenir une accumulation d'effets de style au détriment de la cohérence d'ensemble. Mais Jaeger-Lecoultre a su éviter l'écueil, la beauté de la montre de poche d'origine étant un précieux guide.

A vrai dire, je suis toujours un peu inquiet lorsqu'une marque présente une montre à quantième perpétuel squelette: j'ai l'impression que la complication n'est pas faite pour subir un tel traitement esthétique et décoratif de son mouvement. Le quantième perpétuel nécessite un affichage multiple sur le cadran et le squelettage peut nuire à la lisibilité. Une des plus belles réussites de cette Master Grande Tradition QP SQ est la préservation de cette lisibilité. En la découvrant, je fus séduit par son charme et immédiatement par ce subtil mélange entre complexité et parfaite accessibilité des informations: la montre permet de profiter du travail du squelettage côté cadran sans nuire à son aspect pratique. Si je mets à part l'affichage de l'année, plus discret, toutes les autres indications ressortent nettement.


Le sommet du cadran est réservé aux affichages "pratiques": la réserve de marche et l'indicateur jour&nuit. Le mouvement qui équipe la Master Grande Tradition QP SQ étant à remontage manuel, il est important d'avoir une réserve de marche suffisamment longue afin d'éviter de devoir régler la montre dès qu'elle est posée pour quelques jours même si le réglage est ici facilité. La réserve de marche est de 8 jours grâce à deux barillets ce qui est une très bonne performance car les dimensions du mouvement et donc de la montre demeurent très raisonnables (un boîtier de 42mm de diamètre pour une épaisseur de 11,6mm). Compte tenu de la longueur de la réserve de marche, cet affichage est extrêmement précieux. A sa droite se trouve l'indicateur jour&nuit, lui aussi extrêmement utile pour le réglage de la montre afin d'être sûr d'utiliser les ajustements rapides des fonctions calendaires dans la plage de la journée adéquate.


Le sous-cadran situé à gauche combine l'indication des jours avec celle des phases de lune, celui de droite affiche les quantièmes, le tout par le biais d'aiguilles bleuies. Les mois sont présentés d'une manière similaire au niveau du sous-cadran inférieur, seule finalement l'année est retranscrite de façon digitale et presque invisible au bas du cadran grâce à deux disques concentriques. Pour des raisons esthétiques, les deux premiers chiffres de l'année (le "20" fixe) que l'on retrouve sur les montres à affichage complet de l'année ont été retirés.  Nous retrouvons donc sans surprise l'organisation du calibre 876 qui fut dévoilé il y a une dizaine d'année et qui fut l'objet déjà d'un traitement squelette  à travers la Master 8 jours QP SQ. Mais, malgré une rigueur dans l'exécution et un soin apporté aux détails similaires, l'ambiance qui se dégage de la Master Grande Tradition QP SQ est très différente de celle de sa devancière. La Master 8 jours QP SQ proposait finalement de réinventer le QP à travers une approche très contemporaine de la présentation du squelettage et  très masculine du fait de l'épaisseur de la lunette et de la forme du boîtier.

Partant d'un mouvement similaire et donc d'une architecture identique, les équipes de Jaeger-Lecoultre sont arrivées grâce à un style de finition faisant appel à des techniques décoratives traditionnelles à élaborer un contexte beaucoup plus classique et fidèle à la montre de poche d'origine. Une fois le mouvement squeletté, chaque composant est retravaillé individuellement en étant étiré, anglé, poli et gravé. C'est cette gravure, à la fois raffinée et très présente côté cadran qui magnifie le mouvement et qui le modifie visuellement par rapport à celui de la Master 8 jours QP SQ. Compte tenu de la finesse de certains composants, cette gravure ressemble à de la dentelle qui dessine côté cadran une sorte de toile qui relie les affichages. 


En fait, l'explication de la structure du mouvement squeletté se trouve à l'arrière de la montre: le motif ainsi esquissé par les ponts et la structure est celui d'un planisphère qui souligne le caractère universel (et intemporel!) d'une telle montre à quantième perpétuel. Le balancier est une sorte de pôle, un point de départ pour des lignes semblables à des latitudes et des longitudes. Le résultat est un régal pour les yeux et finalement très original car rarement un mouvement offre une telle présentation. La finition est au niveau de celle du côté cadran, parfaite sans être excessive ou trop démonstrative. L'autre atout de la structure est de cacher les éléments qui ont tendance à gâcher le spectacle offert par le squelettage comme les barillets. Mon seul léger regret est lié à la taille du balancier que je trouve un peu petit dans ce contexte, semblant presque écrasé par la structure qui l'entoure. Mais il est évident qu'avec une fréquence de 4hz et une réserve de marche de 8 jours, Jaeger-Lecoultre n'allait pas proposer un diamètre de balancier important car l'objectif principal demeurait l'utilisation des mouvements 876 et 876SQ dans des boîtiers de taille raisonnable. 


Les composants du mouvement ne sont pas les seuls éléments de la Master Grande Tradition QP SQ à faire l'objet d'une technique décorative sophistiquée: les pourtours du cadran et du mouvement en or gris  sont guillochés avant d'être recouvert d'un émail bleu translucide d'une rare finesse, du plus bel effet et qui joue en plus le rôle du support aux index. Ce n'est évidemment pas la première fois que Jaeger-Lecoultre met en scène cet émail champlevé puisque la Grande Reverso Ultra-Thin Squelette introduite il y a deux ans utilisa la même technique. Je le trouve encore plus impressionnant dans le contexte de la Master Grande Tradition QP SQ car selon moi, il se marie mieux avec le rendu du squelettage de cette montre, moins baroque que celui de la Reverso. De plus, la Reverso présente une gamme chromatique plus large du fait de la couleur de certains éléments mobiles du mouvement alors que la Master Grande Tradition QP SQ reste dans deux teintes majeures: le bleu et le gris... y compris pour le balancier. Seuls les rubis décorent ici et là sobrement le squelettage comme de discrètes étoiles sur le planisphère. 

La  beauté de cette montre s'explique en grande partie par cette maîtrise des couleurs qui apporte un équilibre face à la complexité du squelettage. L'émail translucide périphérique  et les aiguilles bleuies créent un ensemble harmonieux qui se détache du cadran. La montre apparaît donc comme étant très raffinée, nullement ostentatoire. Paradoxalement, elle semble presque simple au premier coup d'oeil car les sous-cadrans se remarquent en premier. L'enchevêtrement du mouvement apparaît ensuite ce qui rend son observation encore plus jouissive.


La Master Grande Tradition QP SQ est aussi un modèle d'équilibre. Son boîtier en or gris possède la taille adéquate car la présence de l'émail réduit l'ouverture du cadran sans que le design semble massif. En effet, la lunette en elle-même reste fine alors que son épaisseur pouvait visuellement gêner sur la Master 8 jours QP SQ. Ainsi, tout en étant d'un diamètre légèrement supérieur à celui de cette dernière, la Master Grande Tradition QP SQ apparaît comme étant presque plus petite.

J'ai donc pris beaucoup de plaisir à la mettre au poignet. Elle procure le sentiment d'être en face d'une montre d'un grand raffinement et dont le porté au quotidien ne posera aucun souci. Elle est conçu à cet effet et c'est tout l'intérêt d'une montre à quantième perpétuel: c'est sur la longueur du temps qu'elle s'apprécie. Esthétiquement, elle fait le même effet que sa complication: à chaque observation, elle dévoile un détail qui nous a précédemment échappé. Elle diffuse un charme continu et croissant et ne joue pas sur la séduction immédiate.


Je considère donc cette Master Grande Tradition QP SQ comme une des plus belles réussites de Jaeger-Lecoultre de ces dernières années. Elle n'apporte rien de nouveau du point de vue mécanique car mettant en scène le mouvement 876SQ. En revanche, elle arrive à atteindre un point d'équilibre parfait entre contenu technique et approche artistique, entre complexité et raffinement. A ce titre, elle est un superbe porte-drapeau des métiers de la Manufacture.

Merci à l'équipe Jaeger-Lecoultre pour son accueil pendant le SIHH 2014.

Les plus:
+ une montre dont la beauté est rehaussée par l'émail translucide périphérique
+ les performances du mouvement 876SQ qui combine le plaisir du remontage manuel avec une longue réserve de marche
+ la qualité des finitions
+ la lisibilité irréprochable 
+ la maîtrise des couleurs et le raffinement dont la montre fait preuve

Les moins:
- l'absence d'un indicateur de marche comme une trotteuse côté cadran
- la taille du balancier

samedi 22 février 2014

Artya: Son of a Gun Roulette Russe

Les balles et autres cartouches sont décidément un thème inépuisable pour Yvan Arpa! Au fil des années, grâce à son imagination fertile et à sa capacité à créer des montres singulières à forte identité, il a fait de la collection Son of a Gun la pierre angulaire du catalogue Artya. Courtes, longues, gravées ou serties, les balles sont devenues de véritables éléments de décoration qui tout en apportant une petite touche de provocation et d'excitation, rappellent la fatalité du temps qui passe.

La Son of a Gun Roulette Russe reste dans une ambiance similaire. Cependant, elle représente incontestablement un jalon important dans l'histoire d'Artya  car comportant 3 nouveautés significatives qui vont influencer les futurs projets d'Yvan Arpa.


La première de ces nouveautés est le boîtier qui tranche radicalement avec le style habituel de la marque: plus fin, plus élancé, marqué par une lunette inclinée et par un protège-couronne proéminent, il symbolise une incursion dans une dimension plus habillée et élégante. Les lignes sont à la fois fluides et pures avec un rendu très lisse. Le large anneau qui caractérise la forme traditionnelle des boîtiers Artya semble bien loin! Grâce à ce nouveau boîtier (d'un diamètre de 44mm dans le cadre de la Roulette Russe mais également disponible avec un diamètre de 42mm), Yvan Arpa élargit significativement le nombre de combinaisons offertes par les différents composants de ses montres car toutes les animations, les matériaux et les décorations de cadran seront également disponibles dans ce contexte plus formel. En revanche, je pense que l'aspect très sage de ce boîtier ne le rend pas esthétiquement compatible avec tous les cadrans de la collection actuelle. L'audace de certains constituerait un contraste beaucoup trop fort.

Les capacités de S2C, le centre de production d'Yvan Arpa situé en plein centre de Genève, lui permettent également de travailler la modularité du boîtier: que ce soit avec un revêtement PVD noir ou avec la pose d'inserts en or ou en acier, il se prête sans problème au jeu de la transformation pour élargir encore plus la palette esthétique à disposition de la clientèle. Il s'agit ici du principal atout d'Artya: au-delà de son originalité, la probabilité de posséder une montre identique à celle d'un autre client est quasi-nulle!


La deuxième nouveauté est liée à la mise en scène du cadran. Cela devait finir par arriver! Après tout, ce n'est pas la première fois qu'Yvan Arpa utilise des éléments rotatifs. En un sens, c'est presque logique de retrouver ce thème de la roulette russe. J'imagine même que cela devait le titiller depuis un certain temps.  La résultat est là: la Son of a Gun est, si l'on peut dire, une montre à double-barillet d'un genre nouveau! Elle combine en effet le barillet du mouvement avec le barillet du cadran, le premier étant visible à travers les chambres du second! N'espérez cependant pas observer les éléments du mouvement en toute quiétude: le barillet du cadran est d'une très grande sensibilité tournant dans les deux sens au moindre mouvement. Je parle souvent d'animation de cadran, dans ce cas précis, je suis servi!

Les 6 chambres sont cependant suffisamment larges pour dévoiler les entrailles de l'Unitas qui anime la Son of a Gun Roulette Russe. Car telle est la troisième nouveauté: l'utilisation d'un nouveau mouvement chez Artya. Même s'il est loin d'être exclusif, l'Unitas n'en possède pas moins de nombreux atouts. Fiable et éprouvé, d'une large diffusion, la question de sa pérennité ne se pose même pas. Sa grande taille est adaptée aux boîtiers imposants et le rend propice à l'exécution d'un squelettage contemporain: les principaux éléments du mouvement sont ainsi  mis en valeur en se détachant de façon très nette. Côté cadran, le barillet, l'organe régulant dans son ensemble, y compris la roue d'échappement, apparaissent et disparaissent au gré des mouvements du barillet. Côté ponts, l'Unitas a subi une forte cure d'amaigrissement qui donne l'impression que seul le strict nécessaire demeure. Il présente ainsi un style léger, presque aérien qui est très agréable à observer. La roue de couronne est évidée et j'apprécie particulièrement le rappel du barillet du cadran à travers le rochet. Le pont du balancier n'est plus qu'une fine structure et le contraste entre la finition noircie des ponts (à l'image du barillet) et les couleurs des éléments mobiles est très agréable. 


Bien évidemment, même si cet Unitas n'a aucune prétention technique ou décorative de haut niveau, la qualité de sa présentation confère à la Son of a Gun Roulette Russe une dimension horlogère qui n'est pas négligeable. En tout cas, compte tenu de l'incessant mouvement du barillet du cadran, le choix d'un mouvement à remontage manuel est judicieux car la présence d'une masse oscillante aurait alors provoqué le tournis. Le rituel du remontage manuel quotidien (la réserve de marche se situe autour de 46 heures) pourrait alors s'apparenter au chargement du barillet... d'un pistolet!

Oui mais voilà: seule une cartouche est logée dans le barillet, une cartouche porte-bonheur comme l'indique le chiffre 8. Réalisée en ArtyOr, un alliage breveté d'or, de cuivre et de zinc en provenance d'authentiques cartouches pour les deux derniers matériaux, elle apporte une touche de couleur sur le cadran tout en se mariant avec les aiguilles. Cette cartouche est paradoxale: symbole de violence et d'agressivité, elle constitue au contraire l'élément raffiné de la montre.


La Son of a Gun Roulette Russe est une des Artya les plus faciles à porter: moins radicale, elle profite du confort du nouveau boîtier. Sa lisibilité demeure satisfaisante grâce au contraste entre les aiguilles et le barillet. Elle reste cependant approximative du fait de l'absence d'index ou de repère.  Une fois mise au poignet, j'ai pris du plaisir à suivre le parcours de la cartouche porte-bonheur. Yvan Arpa est donc arrivé à trouver le ton juste avec cette montre. Elle permet à sa marque de présenter une pièce plus habillée qu'à l'accoutumé tout en conservant certains détails originaux ainsi que la petite touche de provocation sans laquelle Artya ne serait plus... Artya.

Merci à Yvan Arpa pour son accueil.

Les plus:
+ l'idée du barillet du cadran et de la cartouche porte-bonheur
+ la présentation du mouvement
+ le plaisir du remontage manuel
+ les inserts du nouveau boîtier qui lui donne du peps

Les moins:
- le diamètre imposant
- la lisibilité approximative en raison de l'absence d'index

mercredi 19 février 2014

RJ-Romain Jerome: Moon-DNA "1969"

Finalement, il n'est pas nécessaire de concevoir une usine à gaz pour créer une montre séduisante et originale. Prenons par exemple les toutes nouvelles RJ-Romain Jerome Moon-DNA "1969": du point de vue horloger, elles ne présentent rien de particulier, étant animées par le mouvement automatique à petite seconde à 9 heures qui dérive du 7750 et qui est régulièrement utilisé par la marque. Mais derrière ce traitement mécanique habituel, se cache un véritable feu d'artifice artistique! 

RJ-Romain Jerome se trouvait face à une problématique assez difficile à résoudre: comment proposer une montre plus habillée, plus à l'aise avec une tenue formelle que les pièces radicales de la collection permanente sans toutefois perdre l'audace qui caractérise son style? Manuel Emch et son équipe y sont parvenus en combinant un boîtier plus fin qu'à l'accoutumé avec des cadrans animés par de multiples reflets qui deviennent un spectacle à eux tout seuls.


Le boîtier en acier des 4 montres qui composent la ligne Moon-DNA "1969" se caractérise par son ratio diamètre (43mm) / épaisseur (12mm) relativement élevé qui lui confère une ligne élancée tout en demeurant homogène. La cure d'amaigrissement n'a donc pas été jusqu'au-boutiste et c'est une bonne nouvelle: le boîtier conserve ainsi suffisamment de caractère et de hauteur pour demeurer passionnant et éviter une mise à plat tant au sens propre que figuré. Je retrouve ainsi, mais de façon moins prononcée que sur les Moon Dust, les 4 proéminences latérales qui semblent dessiner une croix imaginaire et qui esthétiquement relient les éléments du boîtier. La couronne est plus subtile et devient facile à manipuler grâce à son forme crantée. Elle se retrouve également sur la Skylab, devenant une des composantes principales du design apaisé de RJ-Romain Jerome.


Cependant, c'est à l'arrière du boîtier que se cache le détail qui explique l'appartenance de cette ligne "1969" à la collection Moon-DNA: apposé sur le fond plein, le Moon Silver est un petit disque en argent qui représente la lune et qui contient de la poussière en provenance de notre satellite naturel. N'est-ce pas une agréable sensation que de sentir au contact de sa peau une pièce  regroupant des particules extra-terrestres? Peut-être même que ce disque a une influence sur notre humeur, qui sait? Il faudrait mesurer l'évolution de notre état d'esprit et de nos sentiments lorsque la montre est portée ou pas. Plus sérieusement, le fond du boîtier a été conçu avec soin et il m'a singulièrement convaincu. J'aime beaucoup le contraste entre le disque lunaire, très joliment exécuté et les lignes droites qui en reliant des étoiles symboliques tracent une véritable constellation. L'ambiance "conquête de l'espace" est donc bien retranscrite! Elle se retrouve également sur le secteur de la trotteuse qui représente le viseur du pilote du module lunaire et sur la couronne qui contient les empreintes de ce même module. Ce sont tous ces petits détails qui créent la cohérence d'ensemble et qui prouvent le soin apporté à l'élaboration de ces montres.

Le cadran en silicium bleu, le plus spectaculaire:



Il ne manque donc plus que l'ingrédient fondamental pour parachever la réussite esthétique des 4 montres Moon-DNA "1969". Cet ingrédient est évidemment leurs cadrans qui  les propulsent, non pas au fin fond du système solaire mais dans la galaxie des montres réjouissantes et rafraîchissantes! Je parle souvent des reflets, des jeux de lumière que certains matériaux arrivent à provoquer en fonction de la façon dont la lumière les éclaire. Mais dans ce cas précis, je me suis retrouvé face à une animation de cadran se situant à des années-lumière de ce que j'observe habituellement.

Le cadran en silicium gris:


4 cadrans sont disponibles:  3 en silicium (bleu - gris - marron), 1 en météorite "chondrite" gris. Ce dernier est le plus discret du lot. Il conduit à la montre la plus raffinée de la ligne, celle peut-être qui pousse le plus loin le concept de pièce habillée. Les 3 autres sont en revanche étonnants, ébouriffants! Grâce à la structure particulière du silicium et la finition en PVD qui apporte couleur et brillance, le cadran s'illumine, s'anime, bouge... Imaginez que chaque segment du cadran alterne sans cesse rendu sombre et aspect lumineux comme des cristaux liquides. Le spectacle est permanent et semble mû par une énergie secrète, telle une boule à facettes. Malgré le caractère hypnotisant et dévorant du cadran, la lisibilité de l'heure demeure tout à fait satisfaisante. Les index et les aiguilles sont suffisamment présents pour se détacher visuellement et éviter de se retrouver noyés dans le kaléidoscope. 

Le cadran en météorite, le plus discret et raffiné:


La montre qui m'a le plus séduit est celle à cadran en silicium bleu. C'est celle qui profite le mieux, selon moi, des atouts du silicium et qui irradie le plus de sa présence. L'autre montre qui se détache est celle à cadran en silicium marron du fait de la finition du boîtier en PVD noir. Mais compte tenu de l'ambiance et de la volonté de jouer avec la lumière,  il serait dommage de partir sur la montre la plus sombre de la série.

Qu'on se le dise! Les Moon-DNA "1969" sont avant tout des montres lumineuses et optimistes avant d'être une interprétation de la part de RJ-Romain Jerome de la montre habillée. Elles conservent donc bien la dimension ludique inhérente à la marque et c'est bien le plus important. C'est là toute la réussite de Manuel Emch et de son équipe: ils sont arrivés à insuffler une dose de raison et de raffinement dans leur collection sans tomber dans le conformisme ou l'ennui. Bien au contraire... ils ont profité de l'occasion pour explorer une nouvelle voie esthétique magnifiée par les surprenants cadrans.

Le cadran en silicium marron:


Les 4 montres de la ligne Moon-DNA "1969" sont disponibles dans le cadre de séries limitées de 99 pièces chacune à des prix ajustés: moins de 9.000 CHF pour les montres à cadran silicium, moins de 10.000 CHF pour celle à cadran météorite.

Merci à l'équipe RJ-Romain Jerome pour son accueil.

Les plus:
+ le style élancé du boîtier
+ le très joli fond plein
+ l'extraordinaire spectacle offert par les cadrans silicium dont le bleu tout particulièrement
+ les petits détails qui définissent l'atmosphère "conquête de l'espace"

Les moins:
- le diamètre demeure conséquent (43mm)
- les montres sont en série limitée... dommage, elles méritaient de rentrer dans la collection permanente. 

dimanche 16 février 2014

Time To Act: Polio Watch One

L'éradication de la Polio fait partie des priorités du Rotary International comme le prouve l'ampleur prise par le programme depuis son lancement en 1985: plus de 800 millions de dollars investis, plus de deux milliards d'enfants vaccinés dans 122 pays grâce au réseau international des bénévoles qui, par leurs actions, oeuvrent à la livraison des vaccins, au soutien logistique et à la mobilisation autour de la lutte contre la maladie. La démarche émanant du Rotary Club Marseille Rive Neuve s'inscrit dans ce contexte. Créé à l'initiative de Florent Leroux-Roche et de Marc Alfieri, tous les deux membres du club,  le projet Time To Act a pour but de contribuer au financement de l'éradication de la Polio grâce aux recettes liées à la vente de 5 montres spécialement conçues à cet effet. Le projet est ambitieux, son objectif étant de collecter 500 millions de dollars sur une période de 5 ans, nécessaires pour obtenir un monde sans polio, les efforts portant particulièrement sur les 3 pays où elle est encore extrêmement active: le Nigeria, l'Afghanistan et le Pakistan. Le calcul est vite fait: à raison de 150 dollars (correspondant à 250 doses de vaccin) reversés à la fondation POLIO PLUS par montre vendue, 3.300.000 montres doivent donc trouver leurs propriétaires.


Pour atteindre un tel objectif, la noblesse de la cause ne suffit pas: les montres qui soutiennent une telle collecte doivent être désirables et suffisamment originales pour se distinguer dans un paysage horloger fort encombré. C'est la raison pour laquelle chaque montre portera la signature et la patte stylistique d'un créateur de renom autour d'une base commune: un mouvement spécialement développé en Suisse dont l'objectif est d'afficher en temps réel la progression de la lutte contre la maladie grâce à la montée de la collecte des fonds. Cet affichage est hautement symbolique! Au départ, le globe terrestre est entièrement recouvert par le virus. Puis, le temps passant, le virus s'efface au rythme de l'avancée de la collecte  pour laisser apparaître le globe. Une fois la maladie éradiquée, le globe devient intégralement visible, la menace du virus ayant disparu.


La première montre est donc cruciale pour l'avenir du projet: elle définit sa crédibilité et apporte la dynamique nécessaire à sa réussite. Elle a été évidemment créée par Marc Alfieri qui trouve l'occasion de mettre son talent à disposition du projet dont il est l'un des initiateurs. La Polio Watch One est une montre singulière ce qui est une excellente nouvelle. Grâce à la forme de son boîtier et aux détails de son cadran, elle possède une originalité qui sait toutefois rester dans les limites du contexte dans lequel elle évolue. Lorsque j'ai découvert et manipulé les prototypes de la Polio Watch One pour la première fois, je fus séduit par son esthétique audacieuse: la montre est incontestablement une montre de designer  ce qui est rassurant quant à son succès. Une montre plus passe-partout, sans prise de risque, aurait été décevante et n'aurait pas créé l'intérêt dont le projet a besoin. Je retrouve ainsi des traits caractéristiques du style de Marc Alfieri qui se sont précédemment exprimés dans notamment la TME 01 ou le Tourbillon Chaumet:
  • la forme du boîtier rectangulaire aux coins arrondis
  • la façon dont les cornes sont intégrées dans le boîtier
  • l'alignement vertical des chiffres
  • le symbole du vaccin qui n'est pas sans rappeler les affichages de la réserve de marche et du couple des TME 01 & Tourbillon Chaumet
  • et bien entendu: la forme caractéristique des vis sur le verre et sur le boîtier

Le boîtier est assez volumineux (n'oublions pas qu'une montre de forme accentue la sensation de taille) mais demeure équilibré avec des dimensions de 34mm sur 45mm. Son épaisseur de 13mm est raisonnable et l'ensemble dégage finalement une sensation de fluidité accentuée par les arrondis et l'absence de couronne. Comment se passe alors la mise à l'heure?

La Polio Watch One est associée à une application smartphone ou à un ordinateur via liaison Bluetooth. Le poussoir situé sur la carrure droite permet d'activer le module microcontrôleur pour automatiquement régler la montre grâce au smartphone ou à l'ordinateur et actualiser les données concernant l'éradication de la maladie.


Une autre bonne surprise est la qualité des finitions de l'ensemble. Une très grande maîtrise des coûts a cependant été nécessaire pour obtenir un prix de vente de 650 dollars (480 euros) dont 150 euros (110 euros) reversés à la fondation. Les différents fournisseurs ont  donc fait des efforts au niveau de leurs marges en raison de la dimension du projet et des volumes attendus. J'ai particulièrement apprécié le travail sur le boîtier en acier satiné brossé et sur le verre (les vis apportent un plus esthétique certain). Les ouvertures latérales ne sont pas indispensables dans ce contexte "électronique" mais s'expliquent avant tout pour améliorer la liaison entre le module et le smartphone.  Les montres photographiées sont des prototypes et de nombreux détails seront revus comme la finition du cadran ou la taille de l'entre-corne.


La Polio Watch One dégage une belle présence au poignet compte tenu de sa forme et de son cadran très graphique. La flèche rouge qui pointe vers le virus et qui symbolise l'action du vaccin attire le regard. Le mélange rouge et noir est plutôt agressif mais est logique dans ce contexte particulier: l'éradication de la maladie est un combat permanent. Le confort au porté est tout à fait satisfaisant grâce aux cornes extrêmement courtes  et au bracelet caoutchouc.


Incontestablement, la Polio Watch One est une montre digne du projet qu'elle incarne: même s'il ne s'agit pas d'une montre mécanique, elle contient suffisamment de détails intéressants pour attirer les amateurs d'horlogerie. Son point fort demeure son design original qui porte clairement la signature de son auteur: le style Marc Alfieri se reconnaît au premier coup d'oeil.  N'oublions pas enfin que la montre n'est pas réservée uniquement aux Rotariens! D'ores et déjà, un formulaire est à disposition sur le site de Time To Act afin d'exprimer son intention de commande et pour être informé de la mise en vente de la montre:


A noter enfin que la Polio Watch One sera livrée dans un écrin à 5 compartiments pour tenir compte des 4 autres montres à venir du projet.

Merci à Marc Alfieri et à Chronopassion.

mercredi 12 février 2014

De Dethune: DB28 Digitale

S'il existait un guide des bonnes manières de l'esthétique horlogère, je suis sûr que la DB28 Digitale ne répondrait à aucun de ses principes. Car à bien y regarder, cette toute nouvelle montre surgie des esprits fertiles de David Zanetta et de Denis Flageollet comporte des détails pour le moins iconoclastes. L'affichage des minutes, peut-être l'indication la plus précieuse d'une montre? Reléguée dans un arc de cercle à la périphérie et affublée d'un tout petit repère. L'affichage des phases de lune, peut-être la complication la plus inutile à moins d'être persuadé que notre satellite naturel a une influence sur nos humeurs? Positionné en plein centre comme une complication majeure. La zone inférieure du cadran vierge de tout guichet, aiguille ou indicateur? Un non sens artistique... puisque l'harmonie des cadrans provient avant tout de la répartition équilibrée des affichages. L'absence de trotteuse? Le cadran semble totalement inerte.


Mais voilà: s'il suffisait de suivre quelques recettes toutes faites pour atteindre la perfection en matière esthétique, la création horlogère serait rébarbative. Car malgré ses originalités, ses choix surprenants, son déséquilibre, la DB28 Digitale est d'une grande beauté. Pas une beauté classique répondant aux canons traditionnels de la bienséance horlogère mais une beauté froide, contemporaine, intrigante qui aspire à devenir une référence de son temps.

Incontestablement, la ligne DB28 était prédestinée à accueillir un tel cadran. Trop original pour être supporté par un boîtier DB25 mais restant toutefois dans des limites trop raisonnables pour partir dans la galaxie des DreamWatches, le cadran de la DB28 Digitale trouve dans le boîtier DB28 son parfait complément. Ce boîtier, en titane poli miroir se distingue par sa couronne à 12 heures, clin d'oeil aux montres de poches conduisant à une parfaite symétrie et par ses berceaux mobiles qui au-delà de l'allégement visuel qu'ils provoquent, assurent un confort au porté optimal. Le diamètre de 45mm est conséquent mais une grande partie de la force d'attraction de cette DB28 Digitale provient de sa taille. Cette dernière libère l'espace, fait respirer les différents affichages et surtout met en valeur le travail de décoration du cadran.


La DB28 Digitale porte en fait un nom qui ne traduit que partiellement sa combinaison d'affichages. Il fait bien entendu référence à la Digitale antérieure qui se distinguait par l'alignement des fonctions calendaires (jour - date - mois) et par la présence de la lune sphérique sur le ciel étoilé au verso de la montre. Mais la DB28 Digitale combine 3 types d'affichages: digital pour l'heure par le biais du guichet d'heures sautantes, analogique pour les minutes et sphérique pour les phases de lune. Le ciel étoilé de la première Digitale se retrouve cette fois-ci mis en scène côté cadran pour notre plus grand plaisir. Il l'est à double titre: en tant que zone périphérique de la lune sphérique et en tant que décoration du disque des minutes qui tourne lentement et constamment sous l'indicateur symbolisé par une flèche très discrète. Cette présence céleste est subtile et agrémente le cadran avec beaucoup de raffinement. Le guichet des heures est considérablement agrandi par rapport à la Digitale précédente  et se positionne dans la partie supérieure du cadran ce qui est, somme toute, plus logique.


L'élément le plus surprenant demeure la position centrale de la phase de lune. Mais après tout, est-ce si étonnant de la part de De Bethune? La lune sphérique a tellement contribué à la renommée de la Manufacture qu'elle aurait tort de ne pas lui rendre un si bel hommage. Voici donc cette lune sphérique, mi acier-bleui, mi palladium, qui attire immanquablement le regard jusqu'à en devenir presque hypnotisante! L'intérêt pratique de la complication est, nous le savons tous, limité. Mais son côté dimension poétique et astronomique la rend quasiment incontournable lorsqu'une dimension énigmatique doit être insufflée à une montre. Elle se retrouve ainsi au centre du cadran, au centre de l'intérêt, mise en valeur par le ciel étoilé qui l'entoure, donnant l'impression que les autres affichages tournent autour. Elle n'est pas uniquement belle, elle est également précise dans sa représentation (sphère oblige) et dans sa performance mécanique puisque le jour de décalage n'est atteint qu'au bout de 1.112 ans.


Si la partie supérieure du cadran est dédiée aux affichages, la partie inférieure est en revanche consacrée exclusivement au travail décoratif: la grande surface disponible permet à De Bethune d'exécuter à la main  un guillochage aux motifs grain d'orge qui d'ailleurs déborde allégrement sur la partie supérieure. J'avais une  crainte en découvrant la DB28 Digitale: que cette grande zone guillochée m'apparaissent comme trop uniforme pour ne pas dire ennuyeuse. C'est là où la magie opère: grâce à la qualité du guillochage, le cadran capte la lumière, joue avec et s'anime faisant oublier l'absence de trotteuse ou de tout autre indicateur de marche. La réussite de la DB28 Digitale réside finalement dans la faculté qu'ont tous ces éléments, de prime abord distincts et reliés entre eux par le guillochage, de se mettre en harmonie et en cohérence. L'ensemble est très pur au point peut-être de manquer d'un peu de chaleur. Mais il se dégage de cette montre le sentiment d'être en face d'une étrange beauté, inhabituelle, un peu dérangeante sous certains aspects et au final, fascinante.


Contrairement à sa devancière, la DB28 Digitale rend visible son mouvement. Le mouvement DB2144, à remontage manuel est très fidèle du fait de ses performances (4hz, 5 jours de réserve de marche), de sa présentation et des innovations et brevets qu'il contient (double barillet autorégulateur, balancier silicium/or gris, spiral avec courbe terminale plate, système triple pare-chute d'absorption des chocs, roue d'échappement en silicium) au style De Bethune. Sa finition excellente et son rendu visuel contemporain le rendent particulièrement séduisant dans le contexte de la DB28 Digitale car il semble être le parfait pendant du cadran. Cependant, il ne s'agit pas d'un clone d'un mouvement à remontage manuel précédent de la Manufacture car il a nécessité des développements particuliers du fait de la position de la lune sphérique, du système d'heures sautantes au large guichet (qui nécessite une parfaite maîtrise de la consommation d'énergie lors du saut) et de la taille du disque tournant des minutes qu'un mécanisme complexe à  micro-roulements à billes entraîne. Mon seul regret finalement consiste en l'absence d'un indicateur de réserve de marche côté mouvement comme De Bethune l'a déjà pratiqué et qui ne m'aurait pas déplu compte tenu des 5 jours de ladite réserve.


Ce petit reproche pèse peu à vrai dire face à l'envoûtement qu'exerce la DB28 Digitale une fois mise au poignet. Est-ce une montre? Ou une tête de robot? Pourtant pris un par un, les éléments qui la composent sont classiques... mais l'ensemble fascine tout autant qu'il séduit. La montre s'inscrit dans une démarche esthétique très contemporaine mais qui sait rester maîtrisée. La pureté la préserve de tout excès et j'ai la conviction que son originalité ne nuira absolument pas à sa dimension intemporelle. La DB28 Digitale impose sa taille, sa grande surface guillochée, sa lune centrale. Les berceaux mobiles la rendent immédiatement plus adaptées aux poignets plus modestes mais un test au porté s'impose compte tenu de son gabarit. En revanche, sa relative légèreté pourra convaincre les collectionneurs réticents à acquérir des montres avec de tels diamètres. Et c'est l'effort à accepter pour profiter d'un tel cadran. Il faut donc bien s'y résoudre: une fois de plus, David Zanetta et Denis Flageollet nous surprennent et démontrent leurs talents en combinant imparablement réussite esthétique et performance technique à travers une montre qui marquera l'année 2014 de son empreinte.

Merci à l'équipe De Bethune pour son accueil.

Les plus:
+ une présentation de cadran unique et envoûtante
+ la qualité des finitions
+ une originalité maîtrisée qui reste intemporelle
+ les performances du mouvement
+ la précision de l'affichage des phases de lune

Les moins:
- la très grande pureté du cadran peut-être perçue comme un peu trop clinique
- j'aurais apprécié un indicateur de réserve de marche côté mouvement

dimanche 9 février 2014

Lange & Söhne: 1815 38,5mm (2014)

Je dois avouer que la présentation lors du SIHH 2014 d'une nouvelle version de la 1815 m'a surpris. La collection permanente de Lange & Söhne comportait déjà une 1815 à 3 aiguilles d'un diamètre de 40mm en sus de la 1815 up & down d'un diamètre de 38,5mm dévoilée l'année dernière. Elles se complétaient parfaitement en donnant le choix aux clients potentiels entre deux diamètres et deux types de cadran sans oublier les formes de boîtier distinctes. Et c'est justement le boîtier qui explique la sortie de cette nouvelle 1815.


La collection de l'année dernière fut marquée par une grande première pour Lange: le boîtier de la 1815 up & down se caractérisait par un léger décrochage entre la lunette et la carrure qui renforçait le style "montre de poche" qui allait à ravir à cette montre. En effet, jusqu'à lors, un des attributs constants des boîtiers de Lange était la parfaite continuité entre la lunette et la carrure. L'accueil très positif réservé au nouveau boîtier incita Lange à l'utiliser également pour sa 1815 à trois aiguilles.


La nouvelle 1815 arbore ainsi ce décrochage tout en conservant le diamètre de la version à réserve de marche. Lange se retrouve donc avec deux montres simples relativement proches au sein de sa collection et si pour l'instant la décision prise est de conserver la version à 40mm de diamètre dans le catalogue, je me demande si la manufacture saxonne a intérêt à laisser cette situation perdurer. 1,5mm d'écart avec un cadran similaire, la différence liée au boitier demeurant subtile, la rationalisation de la production ne va-t-elle pas rapidement imposer à Lange une simplication de son entrée de gamme?


Je me souviens en effet très bien de la situation d'il y a quelques années où entre Langematik et 1815, les montres simples de diamètres similaires se faisaient presque concurrence entre elles. Lange doit impérativement éviter de se retrouver de nouveau dans ce contexte avec cette fois-ci les 1815 et Saxonia.

La 1815 de 2014 comporte bien évidemment tous les traits caractéristiques de la ligne à laquelle elle appartient: les aiguilles Alpha bleuies qui dessinent le temps sur le cadran en argent, la minuterie en chemin de fer, la petite trotteuse qui mord sur le 6 et les chiffres arabes caractéristiques. Elle est animée par le mouvement L051.1 qui équipe également la version à 40mm. Sa fréquence est de 3hz et sa réserve de marche de 55 heures. Il est d'un remontage très agréable et très doux. Je rappelle que ce mouvement est d'une conception différente de celle du L051.2 utilisé par la 1815 up & down, ce dernier appartenant à la famille des mouvements fins à longue réserve de marche (72 heures). Ainsi, malgré la présence d'un affichage supplémentaire et d'un barillet plus important, le L051.2 possède le même diamètre et la même hauteur que le L051.1. Les dimensions similaires des mouvements se retrouvent quasiment au niveau du boîtier, la 1815 de 2014 possédant une épaisseur de 8,8mm contre 8,7mm pour la 1815 up & down.


Grâce à sa taille mesurée et au décrochage de la lunette plus fine, la 1815 de 2014 gagne en élégance par rapport à la version 40mm. Il faut avouer qu'une taille de 38,5mm est suffisante pour une montre habillée simple et ce d'autant plus qu'elle possède une jolie présence au poignet. Les ouvertures du cadran sont quasi similaires et utilisation du même mouvement oblige, la position du sous-cadran de la trotteuse est identique. Il n'y a donc aucune modification de l'organisation du cadran.


Cette nouvelle 1815 est disponible en or rose, en or gris et en or jaune, dans tous les cas avec la configuration aiguilles bleuies sur cadran argenté. J'ai une préférence pour la discrétion de la version en or gris même si la version en or rose profite pleinement de la chaleur du métal sans devenir ostentatoire.


Même si elle n'est pas la nouveauté la plus marquante de Lange cette année, la 1815 à boîtier 38,5mm est une évolution réussie de la 1815 à 3 aiguilles car elle subit une modification rarement observée lors de la dernière décennie mais qui risque de devenir plus fréquente: la réduction des diamètres. Les marques prendraient-elles conscience qu'une montre habillée doit avant tout s'appuyer sur son équilibre et sa cohérence pour séduire? Espérons que c'est le cas.


Merci à l'équipe Lange & Söhne pour son accueil pendant le SIHH 2014.

Les plus:
+ une montre habillée à la taille idéale
+ les finitions à la hauteur de Lange & Söhne
+ le plaisir du remontage du mouvement L051.1
+ la subtilité du nouveau boîtier

Les moins:
- je ne peux m'empêcher de penser qu'elle fait un peu double-emploi avec la 1815 40mm.
- le même cadran se retrouve dans les 3 versions, une couleur alternative aurait été un plus

dimanche 2 février 2014

Audemars Piguet: Chronographe Royal Oak Offshore 42mm (référence 26470)

Audemars Piguet avait annoncé la couleur: 2013 et 2014 seraient des années de transition précédant le lancement des futurs mouvements maison dont l'un d'entre eux deviendrait le premier calibre chronographe automatique intégré de la Manufacture du Brassus. Si effectivement les SIHH de ces deux dernières années furent plutôt calmes pour Audemars Piguet du point de vue mécanique, en revanche un important travail de rationalisation et de restructuration de la collection est en train de s'opérer sous l'impulsion de François-Henry Bennahmias. Un exemple suffit à traduire l'impact de cette orientation stratégique: un des objectifs  consiste à réduire  le nombre de références, supérieur à 200 en 2013 pour le fixer autour de 80 en 2015. 


Les nouvelles références Chronographe Royal Oak Offshore 42mm s'inscrivent dans cette démarche et incarnent parfaitement la nature des dernières collections d'Audemars Piguet: il n'y a clairement rien de nouveau du côté des mécanismes mais les évolutions apportées à la référence 26170 (et qui devient à travers ces nouveaux modèles la 26470) sont à la fois pertinentes et bienvenues.

A vrai dire, Audemars Piguet n'avait pas le droit à l'erreur puisque le Chronographe Royal Oak Offshore 42mm constitue un pilier de la collection et un best-seller de la marque. L'enjeu pour la marque consistait  à répondre aux attentes des détaillants, relais des remarques des clients finaux, sans bouleverser cette référence. La mission est accomplie et les 6 références 26470 corrigent des reproches régulièrement exprimés à l'encontre de la 26170.


Les modifications sont les suivantes:
  • la céramique noire est utilisée pour la couronne et les poussoirs ce qui améliore la qualité perçue
  • le fond du boîtier rend dorénavant le mouvement visible grâce à une glace saphir ce qui est toujours appréciable du point de vue commercial
  • le boîtier a été légèrement revu, notamment au niveau du protège-couronne afin de lui donner plus de caractère et un style légèrement plus contemporain
  • le bracelet est plus harmonieux avec une largeur au niveau de la boucle de 20mm au lieu de 18mm auparavant
  • les cadrans ont été retravaillés afin d'améliorer la lisibilité (le contraste entre les aiguilles, les chiffres arabes appliqués et le motif "Méga Tapisserie" est plus prononcé) ce qui rend la montre plus agréable à utiliser au quotidien.
  • enfin, la couleur du disque de date est mise en cohérence avec celle du cadran rendant ainsi le guichet plus discret ce qui du point de vue esthétique est plus agréable.

Comme vous pouvez le constater, aucune de ces modifications n'est véritablement fondamentale mais mises bout à bout, elles renforcent sensiblement le pouvoir de séduction du Chronographe Royal Oak Offshore 42mm. Le choix des cadrans et des matériaux se révèle être également judicieux, les 6 versions permettant de naviguer entre la discrétion et l'ostentatoire, l'élégance et la décontraction pour balayer un large spectre d'atmosphères. A moins d'être extrêmement exigeant, il est difficile face à un tel choix de ne pas trouver la version qui correspond le mieux à ses attentes et à son style, le tout finalement avec un nombre limité de références.

Les 6 références se déclinent ainsi:
  • boîtier acier, cadran bleu, chiffres arabes blancs et bracelet en caoutchouc bleu
  • boîtier acier, cadran ivoire, chiffres arabes bruns et bracelet en alligator "Hornback" brun
  • boîtier acier, cadran noir, chiffres arabes blancs et bracelet en alligator "Hornback" noir
  • boîtier acier, cadran ardoire, chiffres arabes noirs et bracelet en alligator "Hornback" gris
  • boîtier or rose, cadran couleur or rose, chiffres arabes noirs et bracelet en alligator noir à grande écaille carrée
  • boîtier or rose, cadran couleur or rose, chiffres arabes noirs et bracelet en or rose avec boucle déployante.


J'aime beaucoup la version à cadran bleu pour son approche à la fois décontractée et raffinée. La version à cadran ardoire m'a également séduit grâce à sa discrétion et sa douceur esthétique d'ensemble. C'est dans son contexte que les poussoirs et couronne en céramique noire sont le plus en harmonie avec les autres éléments de la montre.

Dans tous les cas, le fond saphir permet de profiter de la finition du mouvement 3126/3840. S'agissant d'un mouvement modulaire (le module chronographe Dubois-Depraz est animé par le mouvement de manufacture 3126 d'une fréquence de 3hz et d'une réserve de marche de 55 heures), le spectacle proposé est identique à celui offert par le mouvement 3120 des montres à 3 aiguilles: Audemars Piguet a eu l'excellente idée de préserver le rotor en or dans ce contexte pourtant moins formel. Même s'il s'agit d'un mouvement de base chez Audemars Piguet, sa finition est soignée et sa présentation est agréable à observer comme par exemple le pont traversant du balancier et la décoration du rotor.



En dehors du cas particulier de la version à bracelet en or rose qui se distingue par son poids imposant et qui nécessite un parfait ajustement du bracelet pour un confort optimal (gare à la sensation désagréable si la montre a tendance à basculer!), les différentes déclinaisons du Chronographe Royal Oak Offshore 42mm se portent avec plaisir grâce à la boucle élargie et à un bon maintien sur le poignet. La taille est optimale pour mon poignet, la montre dégageant suffisamment de caractère grâce à sa lunette octogonale, son motif de cadran et ses poussoirs proéminents. La taille perçue demeure de plus contenue du fait de l'ouverture du cadran maîtrisée et du rehaut incliné.


Je fus donc convaincu par ces nouvelles références du Chronographe Royal Oak Offshore 42mm. Elles n'apportent rien de révolutionnaire, Audemars Piguet évitant toute prise de risque inutile et commercialement dangereuse. Mais elles contiennent suffisamment d'améliorations par rapport à la référence 26170 pour être considérées avec intérêt. Le travail qui consiste à faire évoluer des piliers de collection est souvent délicat: à défaut d'audace, Audemars Piguet a su relever le défi avec intelligence et clairvoyance.

Merci à l'équipe Audemars Piguet France pour son accueil pendant le SIHH 2014.

Les plus:
+ des évolutions subtiles qui dans leur ensemble améliorent la qualité perçue du Chronographe Royal Oak Offshore 42mm
+ les 6 versions ont été définies avec justesse permettant de couvrir un large éventail de styles
+ le rotor en or justifiant ainsi le fond saphir
+ une montre de caractère qui conserve une taille raisonnable

Les moins:
- malgré le rendu visuel agréable du mouvement 3126 et ses performances de qualité, le mouvement chronographe intégré sera le bienvenu
- la version à bracelet or nécessite un parfait ajustement du bracelet compte tenu de son poids