dimanche 29 décembre 2013

Ma sélection de l'année 2013

Le temps est venu en cette fin décembre de dresser un rapide bilan de l'année 2013 et de procéder à ma sélection des 10 montres qui m'ont le plus marqué. Lorsque l'année débuta, j'avais l'impression que nous étions en train d'entrer dans une année de transition. Si le SIHH fut relativement sage, il n'en demeura pas moins solide avec des nouvelles collections répondant aux attentes des détaillants. Le contenu du Salon me donna donc l'impression d'être pragmatique et efficace à défaut d'être flambloyant. La Foire de Bâle fut plus audacieuse grâce notamment  à la créativité des indépendants, les grandes marques s'inscrivant dans une approche similaire à celle du Groupe Richemont avec des collections très calibrées et finalement peu surprenantes. Je ressentis de la déception à la découverte des nouveautés de Rolex ou de Patek mais il n'en demeura pas moins que 2 avancées techniques d'envergure furent dévoilées à Bâle avec l'échappement constant de Girard-Perregaux et le Sistem51 de Swatch. Enfin, les marques qui voulurent échapper au tumulte bâlois profitèrent  des derniers mois de l'année pour présenter des pièces marquantes comme la LM2 ou l'EMC. Voici donc cette sélection qui se caractérise par une échelle des prix extrêmement large.

L'Echappement Constant de Girard-Perregaux fait logiquement partie de cette sélection. Récompensée par l'Aiguille d'Or au Grand Prix d'Horlogerie de Genève, elle symbolise la persévérance et le talent de la Manufacture. Au-delà de l'intérêt technique qu'il apporte, le mouvement définit une animation de cadran unique qui contribue grandement au charme de la montre. Espérons que l'Aiguille d'Or et cette démonstration de savoir-faire donneront un sérieux coup de projecteur sur les capacités de Girard-Perregaux.


La Swatch Sistem51 a fait couler beaucoup d'encre! Mais il est impossible de ne pas voir à travers ce projet, malgré le retard à l'allumage (la montre n'est actuellement disponible qu'en Suisse), l'expression du potentiel industriel du Swatch Group qui est capable d'automatiser et d'optimiser l'assemblage d'une montre automatique aux performances fort séduisantes: anti-magnétisme, longue réserve de marche et précision sont supposés être au rendez-vous. Finalement, il ne manque peut-être qu'une esthétique véritablement désirable pour que Swatch réussisse le sans faute.  Swatch devrait cependant se pencher sur ce sujet pour les modèles à venir car le Sistem51 devra séduire au-delà des "geeks horlogers". Une montre demeure avant tout un objet que l'on a envie de porter car il est séduisant.


L'EMC d'Urwerk fait également partie des montres qui ont marqué l'année du point de vue technique. A vrai dire, l'EMC a une dimension pratiquement philosophique. J'aime voir ce concept qui consiste à faire cohabiter deux univers (la montre mécanique, l'électronique) qui semblent opposés. Tout le talent de Felix Baumgartner a été de savoir préserver l'indépendance de la mécanique: l'électronique n'est ici qu'au service du propriétaire de la montre qui peut agir sur la précision de la montre. L'interaction entre l'homme et l'objet a toujours été une idée chère à Felix Baumgartner, l'EMC en est son expression la plus aboutie.



La LM2 de MB&F ne créa pas le même sentiment de surprise que la LM1 car elle s'inscrit dans la même mouvance esthétique que sa devancière. Mais pourtant que de différences! Le ballet des deux balanciers est hypnotisant et la présentation sans faille du mouvement met en valeur le talent de Kari Voutilainen. Même si je préfère la LM1 car la magie de son grand balancier est unique, la LM2 est incontestablement une des montres marquantes de 2013.


Il y a deux montres que j'ai particulièrement appréciées cette année chez Lange & Söhne: la 1815 Up & Down et la 1815 Rattrapante Quantième Perpétuel. Cette dernière m'a séduit par son style "montre de poche" légèrement suranné mais très classieux. Et quel plaisir de découvrir un mouvement chronographe à rattrapante dont l'architecture est très différente de celui du Double-Split. Enfin, dernier détail particulier: cette montre est la première Lange contemporaine qui affiche les quantièmes sans utiliser la Grande Date. Une montre qui représente le meilleur de l'expression de l'horlogerie traditionnelle.


Il est très difficile de trouver un horloger aussi imaginatif (pour ne pas dire iconoclaste) que Konstantin Chaykin. A force de parler d'animation de cadran créée par le ballet des aiguilles et autres fonctions horlogères, ce qui devait arriver arriva: la Cinema est une montre qui propose une vraie animation qui nous replonge dans les débuts du 7ième Art. La montre est esthétiquement décalée sans qu'elle ne choque, le mouvement est impressionnant dans son architecture et le caractère ludique de cette pièce n'est plus à démontrer. Une nouvelle réussite de la part de cet horloger de grand talent.


Je vous propose une promenade dans le ciel avec la Skybridge de De Bethune. Je pourrais vous parler du mouvement, des finitions et de toutes les caractéristiques habituelles d'une montre en provenance de la Manufacture de l'Auberson. Mais avant tout, la Skybridge est une montre qui provoque de superbes émotions grâce à son cadran d'une rare beauté. Notre regard se perd littéralement dans les étoiles qui parsèment un ciel concave. Le pont semble indiquer une direction imaginaire, vers les sommets, sûrement pour  pousser le propriétaire de la montre vers l'excellence.


Une sélection  sans l'Opus de l'année serait à peine concevable! Et cette année, Opus 13 d'Harry Winston mérite grandement d'en faire partie car c'est toute l'ingéniosité et la malice de Ludovic Ballouard qui s'y expriment. Opus 13 se caractérise par un formidable ballet d'aiguilles et par un mouvement absolument stupéfiant à observer, marqué totalement de l'empreinte de son créateur. La lisibilité de la montre n'est assurément pas son point fort mais le jeu des multiples petites aiguilles reste un spectacle incomparable.


La Spacecraft de RJ-Romain Jerome est une montre dérangeante et c'est ce qui me plaît en elle. Elle provoque de fortes émotions et suscite souvent l'incompréhension. Mais derrière ce design qui puise son inspiration dans le casque de Dark Vador se cache une montre cohérente à l'affichage du temps audacieux. Si la lecture des minutes est difficile, l'affichage des heures est en revanche totalement réussi grâce à un système linéaire-rétrograde-sautant. Le duo Jean-Marc Wiederrecht & Eric Giroux a encore frappé et cette fois-ci avec une montre au prix plus accessible. La Spacecraft témoigne également d'une orientation stratégique de RJ-Romain Jerome vers plus de contenu horloger.


Enfin, la dernière montre de la sélection est la Cartier Tank MC. Il s'agit d'une montre très importante pour Cartier car elle constitue un de ses produits d'appel avec le calibre de manufacture. Du point de vue esthétique, le travail effectué est pertinent en donnant une touche contemporaine aux lignes classiques Tank: le boîtier est plus courbé et sa taille est idéalement ajusté, ni trop grande, ni trop petite. Des petits rappels de la Calibre sont bien présents comme le prouve le secteur de la trotteuse. Mais la Tank MC possède sa propre identité orientée vers plus de polyvalence.



J'aurais pu rajouter aisément une bonne dizaine de montres à cette sélection et c'est avec regret que j'ai dû en retirer certaines pour respecter la limite que je m'étais fixée. Et puis une sélection trop large n'est plus une sélection! Mais il faut refermer ce chapitre 2013: l'année 2014 frappe déjà à la porte et le SIHH va très vite arriver maintenant. Décidément, le petit monde horloger ne nous laisse pas souffler et malgré la qualité de l'année 2013, nous ne sommes pas rassasiés et nous attendons tous avec impatience de découvrir les premières nouveautés 2014. Les pré-SIHH de décembre 2013 semblent en tout cas prometteurs! Je vous souhaite une très belle fin d'année.

Lange & Söhne: Saxonia Automatique Grande Date (série limitée 25 pièces)

La Saxonia Automatique Grande Date est une des deux montres en série limitée de Lange & Söhne qui furent présentées à Watches & Wonders, le Salon organisé à Hong-Kong en septembre dernier. Elle consacre le retour du mouvement Sax-O-Mat à rotor 3/4 dans le contexte d'une montre simple. Je rappelle en effet que ce mouvement n'est actuellement disponible dans la collection permanente qu'à travers les deux montres Calendrier: la Saxonia Calendrier Annuel et la Langematik Perpétuelle. Même si les raisons qui expliquent l'utilisation grandissante de mouvements automatiques à rotor central sont tout à fait valables (le rotor central permet notamment l'utilisation d'un barillet d'un plus grand diamètre et donc d'augmenter la réserve de marche tout en conservant une relative finesse), je regrette que les montres automatiques sans complication particulière n'en soient plus équipées. Fort heureusement, la Saxonia Automatique Grande Date ravive la flamme en espérant qu'elle préfigure, sait-on jamais, un retour dans la collection permanente. 


Dans l'absolu, la Saxonia Automatique Grande Date est une très belle montre. Au-delà du mouvement Sax-O-Mat qui en est son principal atout, elle se distingue par son élégance et son  équilibre grâce à une taille de boîtier adaptée et idéale pour une pièce habillée et raffinée. Cependant, malgré ses 37mm de diamètre, la Saxonia Automatique Grande Date n'apparaît pas comme une petite montre. La grande date caractéristique à double guichet lui apporte beaucoup de caractère: je dois avouer que j'apprécie l'absence de zéro lors des 9 premiers jours du mois car elle modifie l'équilibre esthétique du cadran en le rendant asymétrique. Cela donne l'impression d'avoir deux montres différentes, l'une chassant l'autre le 10 du mois. Et puis le secteur de la trotteuse impose sa taille, occupant de façon quasi complète la zone médiane inférieure du cadran. C'est un sentiment très agréable qui prouve que le diamètre du mouvement correspond parfaitement à celui du boîtier. La réussite esthétique du cadran est complétée par les index appliqués typiques du style Saxonia et par la discrète graduation de la minuterie.

Bien évidemment, la caractéristique fondamentale de cette montre se trouve de l'autre côté du boîtier. Le mouvement L921.4 reprend donc du service et séduit instantanément par son exécution sans faille et la beauté de son architecture mise en valeur par le rotor 3/4. Le rotor en or 21 carats, alourdi en sa périphérie par une masse d'inertie en platine, agit efficacement sur le ressort du barillet aidé grâce à un remontage bi-directionnel et à 4 roulements à billes. Le rotor 3/4 permet d'apprécier sans contrainte le travail de finition autour de l'organe régulant et la gravure sur le pont du balancier. Le Sax-O-Mat incarne avec fidélité l'approche esthétique de Lange & Söhne représentée notamment par les vis bleuies et la parfaite continuité des côtes des ponts et de la platine. J'aime particulièrement le raffinement du rotor et le contraste entre les deux matériaux. Moins démonstratif que les mouvements à rotor central, le Sax-O-Mat est en revanche, selon moi, plus subtil.


Ses performances sont en toute logique conformes à celles des autres mouvements Sax-O-Mat avec une fréquence de 3hz et une réserve de marche de 46 heures. Le zéro-reset est bien entendu conservé: en tirant la couronne, la trotteuse revient immédiatement à zéro ce qui facilite grandement la mise à l'heure avec précision de la montre.

Avec son diamètre idéal, son équilibre d'ensemble, le mouvement Sax-O-Mat et  ses finitions irréprochables, la Saxonia Automatique Grande Date semble donc être une montre en série limitée proche du sans-faute. Pourtant, ce n'est pas aussi simple. En fait, tout dépend de la façon d'analyser la montre.


Comme précisé précédemment, en la considérant dans l'absolu, elle possède peu ou pas de point faible. Malheureusement, une montre se situe toujours dans un contexte et il est difficile d'écarter le passé de la marque et les modèles antérieurs, surtout dans le segment où évolue Lange & Söhne. J'ai un principal reproche à faire à la Manufacture saxonne suite à la présentation de cette Saxonia, celui de n'avoir pas plus osé. Car si j'analyse cette Saxonia  plus dans une perspective historique, le bilan n'est pas aussi favorable. Je trouve dommage qu'une montre qui fait l'objet d'une série limitée de 25 exemplaires et qui va donc être vendue sans difficulté soit si proche de la Saxonia Automatique présentée en 2007. Seuls finalement de très légers détails diffèrent comme l'inscription Sax-O-Mat en courbe à 4 heures, les chiffres des dizaines dans le secteur de la trotteuse (les deux étant caractéristiques du style Langematik) ainsi que la minuterie.

Est-ce suffisant pour donner de l'intérêt à cette série limitée? Sans vouloir exiger de la part de Lange & Söhne que les séries limitées consacrent la mise en oeuvre systématique de nouvelles complications  comme ce fut le cas dans le passé avec la 1815 Emil Lange ou la 1815 Kalenderwoche, je pense que nous aurions pu espérer au moins un cadran plus audacieux, qui tranche plus par rapport à la proposition classique  cadran argent/boîtier or rose. Un cadran noir ou  bleu avec un boîtier en or gris ou platine aurait été plus adapté me semble-t-il.  Finalement, j'aurais trouvé cette Saxonia Automatique Grande Date beaucoup plus à l'aise dans la collection permanente (et personne n'aurait critiqué le retour du Sax-O-Mat!) que comme support à une série limitée à l'attention des boutiques Lange & Söhne du monde entier. La Saxonia Automatique Grande Date me laisse donc un sentiment mitigé: la montre est irréprochable et conforme aux critères de qualité de la marque mais demeure dans mon esprit l'impression que  l'opportunité d'une approche plus osée et ambitieuse a été ratée. Dommage!


La Saxonia Automatique Grande Date est disponible en or rose uniquement, dans le cadre d'une série limitée de 25 pièces et au sein des boutiques Lange & Söhne exclusivement.

Merci à l'équipe de la boutique Lange & Söhne de Paris.

Les plus:
+ le plus de retrouver le mouvement Sax-O-Mat dans le contexte d'une montre plus simple
+ la taille de 37mm, idéale pour une montre élégante
+ la qualité irréprochable de l'exécution
+ le zéro-reset

Les moins:
- la montre est trop proche de la Saxonia Automatique de 2007 ce qui n'en fait pas la série limitée la plus passionnante. Lange & Söhne devrait oser plus dans ces cadres précis pour proposer des montres qui se distinguent plus de la collection permanente actuelle.

dimanche 15 décembre 2013

Juvenia: Sextant III

Juvenia fait partie de ces marques horlogères aux longues et riches histoires qui ne jouissent pas d'une très grande renommée en France alors qu'elles sont beaucoup plus connues dans les pays asiatiques comme la Chine. Cela est évidemment dû à la stratégie de distribution dans le passé et à sa structure capitalistique actuelle mais la toute nouvelle évolution de la Sextant va sûrement remédier à cette lacune. En effet, la Sextant est assurément le modèle le plus emblématique de Juvenia. Elle possède  des atouts qui peuvent séduire les amateurs à la recherche d'un style décalé tout en restant dans des tarifs raisonnables.


J'emploie à dessein le terme d'"évolution" et pas celui de "réédition" car la Sextant III se différencie des versions précédentes et notamment de la montre d'origine créée dans les années 40. A la base, la Sextant (qui s'appelait alors "Protractor") était une montre à remontage manuel, d'un diamètre de 33mm (standard pour l'époque) et sans affichage des quantièmes. La Sextant III est une montre automatique, d'un diamètre de 40mm avec un guichet de date sur le cadran. Alors, est-ce à dire que l'esprit de la Sextant initiale  a été trahi? Fort heureusement non car l'essentiel est préservé: la formidable combinaison des 3 aiguilles "instruments" qui sont bien plus que de simples indicateurs des fonctions horaires. Elles décorent, animent le cadran et définissent le caractère particulier et unique de cette montre.

La Sextant III se distingue par son affichage original même s'il ne s'agit pas d'un affichage alternatif du temps: il n'y a aucun module additionnel qui transforme les principes de base de la lecture du temps et les axes des aiguilles du mouvement ne sont pas modifiés. Ce sont donc les aiguilles qui apportent cette originalité et qui obligent le propriétaire de la montre à effectuer une petite gymnastique intellectuelle pour s'habituer à leurs formes et pour arriver à lire l'heure de façon quasi-instantanée.


Il est inutile de le nier: les premiers pas sont difficiles et il faut bien quelques secondes pour s'y retrouver entre le rapporteur des heures, la règle des minutes et l'aiguille compas de la trotteuse. Le problème que j'ai rencontré est la dimension dominante de la règle de par sa forme et sa couleur qui attire immanquablement le regard au détriment du rapporteur. Certes, la petite flèche sur ce dernier facilite la tâche et permet de s'y retrouver. Mais le plus délicat consiste à combiner les positions de ces deux indicateurs pour obtenir une lecture rapide et précise car nous ne retrouvons plus nos repères habituels dont l'angle formé par les aiguilles classiques constitue la base. L'aiguille compas ne pose en revanche aucun souci car sa vitesse de rotation permet de l'identifier comme trotteuse.

La Sextant III mérite cet effort qui est loin d'être insurmontable car, à l'issue de la période d'adaptation, elle procure beaucoup de plaisir. La finition des aiguilles, coûteuses à produire compte tenu de leurs formes particulières et des petites séries de production, est irréprochable. C'est un vrai régal d'observer les détails des graduations du rapporteur, le contraste entre les deux aiguilles principales sans oublier la rotation de l'aiguille compas qui évoque le comportement d'une boussole. 


La règle, le rapporteur, la boussole sont des instruments utilisés par les navigateurs, les cartographes, les mathématiciens, les architectes... la Sextant III nous plonge donc dans cet univers scientifique et pourtant son pouvoir de séduction s'exerce bien au-delà du cercle des amateurs de chiffres et d'équations! Car avant toute autre considération, le point fort de la Sextant III est son design évolutif. Les formes des aiguilles bougent au fil du temps donnant ainsi au cadran un aspect en perpétuel mouvement. La montre surprend, interpelle et peut même désorienter ce qui la rend très attirante.

Deux types de cadran sont disponibles (gris ou blanc) avec deux matériaux de boîtier (or et acier) ce qui génère une collection de 4 montres. Le cadran gris est mon préféré et de loin. Il met plus en valeur les aiguilles, le ravissant logo de la marque et sa finition soleillée provoque de très beaux reflets de lumière. La combinaison cadran gris / boîtier en or rose est sans aucun doute la plus belle.


Le boîtier d'un diamètre de 40mm est élancé (une épaisseur de moins de 10mm), bien fini avec un soin particulier apporté aux cornes géométriques soudées. Sa lunette très fine agrandit la perception de la taille et c'est une raison supplémentaire pour préférer le cadran gris. Le fond est équipé d'un verre saphir qui permet d'apprécier la finition du mouvement. Ce dernier est un ETA 2892-A2 retravaillé par Juvenia. A ce titre, ses performances sont on ne peut plus habituelles avec une fréquence de 4hz pour une réserve de marche de 42 heures. Il est évidemment un peu petit pour le boîtier ce qui pose la question de l'intérêt du fond transparent. Heureusement, Juvenia a décoré le mouvement avec une très jolie masse oscillante ajourée qui justifie la démarche de rendre le calibre visible. Le reste du mouvement demeure très sobre ce qui est la meilleure option: inutile de décorer comme un sapin de Noël un calibre qui est loin d'être exclusif mais qui est réputé pour sa fiabilité.


En mettant la Sextant III au poignet pour la première fois, le sentiment que j'éprouvai fut la surprise: j'étais perdu, ne sachant pas trop comment lire l'heure. Puis, une fois que le principe fut saisi, je pus apprécier le rendu du cadran et le dessin géométrique créé par les aiguilles. Le charme agissait, ne restant pas insensible à cette originalité maîtrisée et à cette ambiance scientifique. Au final, la seule question qui demeurait dans mon esprit était celle de la pertinence de la présence du guichet de date. Je ne suis généralement pas un grand amateur de l'affichage des quantièmes et je ne vais pas changer d'avis ici: je ne le trouve pas forcément indispensable, cassant un peu la belle harmonie du cadran et de toutes les façons, se retrouvant régulièrement sous la base du rapporteur ou sous la règle des minutes. Même si ce guichet ne choque pas et que pour des raisons commerciales, l'affichage de la date est préférable, je trouve que la montre aurait été encore plus réussie sans. 


Malgré cette remarque, la Sextant III demeure une montre réussie, en étant raffinée et intrigante à la fois. Son boîtier élancé lui confère une certaine élégance mais son plus grand atout reste la forme unique des aiguilles qui définit une atmosphère unique dans l'univers horloger.

La Sextant III est disponible en France aux prix de 9.550 euros en or rose et de 3.750 euros en acier.

Les plus:
+ une montre qui combine élégance et originalité
+ la finition des aiguilles et l'ambiance unique qu'elles créent
+ le joli rotor ajouré
+ la finition du cadran et du boîtier

Les moins:
- le guichet de date ne me semble pas indispensable
- la lecture de l'heure nécessite un temps d'adaptation

lundi 9 décembre 2013

Il faut sauver le soldat Belles Montres

Le Salon Belles Montres 2013 a fermé ses portes il y a quelques jours et il est temps de revenir sur cette 7ième édition. Il serait finalement très facile de faire cette rapide analyse uniquement sous l'angle critique, c'est tellement plus facile de voir le verre à demi-vide qu'à demi plein. Il est évidemment inutile de nier la baisse de la qualité du plateau (quelques grandes marques et des indépendants de renom habituellement présents ont manqué à l'appel) et la surprenante participation de marques comme Samsung. De toutes les façons, tous les observateurs connaissaient le contexte puisque suite au rachat du Salon par le Point en juin dernier, la nouvelle équipe en charge de l'organisation, placée sous la responsabilité de Jean-Philippe Barberot, n'avait matériellement pas le temps d'apporter de façon significative sa nouvelle impulsion. "Année de transition", telle était l'expression fréquemment utilisée.

Le Salon Belles Montres 2013 permit de découvrir cette nouvelle version du Tourbillon Contemporain à mouvement titane de Greubel Forsey:


D'ores et déjà, Jean-Philippe Barberot travaille au retour de plusieurs marques notamment celles de 3 grands groupes horlogers qui étaient peu ou pas représentés lors de cette édition. Cependant, cet effort devra être accompagné par une certaine remise en question. Le message de la stricte continuité ne peut pas être tenu: si le concept était innovant en 2007, force est de constater que 6 ans plus tard, il a plutôt tendance à s'essouffler.  Le décor sombre, les lumières tamisées, les stands uniformes, l'absence de véritable interaction entre les visiteurs et le Salon, un cocktail d'inauguration ressemblant à un quai de RER B à 17 heures, tous ces détails méritent d'être remis sur le tapis et d'être repensés. L'adresse est prestigieuse (Carrousel du Louvre) mais le lieu spécifique du Salon l'est-il? Une fois dans le Salon, quelle différence par rapport à n'importe quel autre emplacement? Car il ne faut pas s'y tromper: si certaines marques ne sont pas revenues en 2013, ce n'est pas à cause du changement de propriétaire mais bien à cause de prestations qu'elles percevaient comme étant en baisse. A force de ne pas évoluer, le Salon Belles Montres s'est retrouvé dépassé par des concurrents étrangers.

Montblanc proposa une large représentation de sa collection comme le prouva la présence de l'ExoTourbillon:


Un Salon a réussi à fortement progresser ces dernières années: il s'agit du SalonQP à Londres, lui aussi racheté récemment par un organe de presse, Telegraph Media Group. Je me souviens des premières années à Marylebone, dans une ancienne église. L'atmosphère, pourtant amusante, était peu adaptée au contexte de l'événement mais le potentiel était là. Depuis le déménagement à la Saatchi Gallery, le SalonQP a trouvé son véritable rythme et chaque année des nouveautés sont proposées aux visiteurs comme par exemple la possibilité de se prendre en photo et de publier l'image sur le compte Twitter du Salon. Un détail? Peut-être! Mais j'y vois une volonté constante de progresser, d'innover, de faire changer l'expérience vécue par le visiteur.

Une des stars du Salon fut la Carpe Diem de Konstantin Chaykin:


Alors, la cause est-elle perdue pour le Salon Belles Montres? Nullement!

Tout d'abord, j'ai envie que ce Salon retrouve l'attrait des premières éditions. Il ne faut pas l'oublier: le Salon Belles Montres fut le premier véritable événement horloger d'envergure à l'attention des clients finaux. Et rien que pour cela, je ne peux que lui souhaiter de retrouver le succès qu'il mérite.

L'Echappement Constant, l'Aiguille d'Or 2013 a marqué de son empreinte la 7ième édition du Salon:


Ensuite, même si cela était peu perceptible pour les visiteurs, l'influence de la nouvelle équipe a commencé à se faire sentir auprès des exposants. Une marque m'expliquait que du point de vue organisationnel, le Salon avait montré un progrès significatif. Le cocktail d'inauguration était également plus agréable. Un sentiment positif était donc partagé par les participants ce qui est un excellent point.

Julien Coudray créa l'événement avec sa première montre "sport" automatique assemblée par Fabien Lamarche sur le Salon:


La disponibilité du personnel des marques et la présence d'horlogers (comme cette année chez Girard-Perregaux ou Montblanc) sont toujours aussi appréciées. Cette proximité avec les professionnels et notamment les artisans demeure un instant magique pour chaque visiteur et cela demeurera toujours une caractéristique du Salon.

Et finalement, le Salon conserve un pouvoir d'attraction certain au moment où Paris devient une des capitales mondiales des boutiques horlogères. Malgré la réduction du plateau, le Salon m'a permis de voir des montres en première mondiale comme la Carpe Diem de Konstantin Chaykin ou la montre "sport" automatique de Julien Coudray. A noter aussi la présence de BarraccO qui occupe une place à part dans le petit monde horloger. Le plateau était peut-être décevant mais loin d'être inexistant.

Le spectaculaire bracelet réalisé par Camille Fournet pour cette HM3 surprit de très nombreux visiteurs:


C'est la raison pour laquelle j'ai entièrement confiance en la nouvelle équipe pour redresser la situation et redonner au Salon son lustre d'antan. Grâce à sa force de conviction et en y apportant les ajustements nécessaires, je suis certain que l'édition 2014 sera le point de départ d'une longue période marquée par le succès et le retour au premier plan.

Lange & Söhne fut une des marques clé de l'édition 2013:


dimanche 8 décembre 2013

Lange & Söhne: Grande Lange 1 Phases de Lune

Lorsque Lange présenta il y a deux ans la nouvelle version de la Grande Lange 1, il était évident pour tous les observateurs que cette montre allait faire l'objet par la suite d'une évolution intégrant l'affichage des phases de lune. Il faut avouer que cette complication occupe une place spéciale chez Lange depuis la fameuse 1815 Emil Lange et sa redoutable précision (une déviation d'un jour toutes les 1.058 années). La Manufacture saxonne développa même  plusieurs systèmes différents (celui de l'Emil Lange, celui de la Lange 1 Phases de Lune, celui de la Cabaret Phases de Lune) qui se retrouvèrent au fil du temps dans plusieurs montres de la collection y compris dans les pièces les plus compliquées comme le Datograph Perpetual ou la Lange 1 Tourbillon à quantième perpétuel.Une des plus célèbres séries limitées fut le set Luna Mundi qui mit en valeur cette énigmatique complication à travers deux montres, une par hémisphère, basées sur la Grande Lange 1 antérieure et qui se distinguaient par la représentation de leurs constellations de référence sur leurs cadrans (Grande Ourse et Croix du Sud).

3 générations de Lange One à phases de lune (la Lange 1 Phases de Lune, la Grande Lange 1 Phases de Lune et la Luna Mundi Hémisphère Sud):


Lange & Söhne se trouvait cependant face à une difficulté. Cette future Grande Lange 1 Phases de Lune était tellement attendue qu'elle aurait risqué d'être perçue comme banale si son interprétation avait été identique à celle de la Lange 1 "classique" comportant la même complication. Il fallait impérativement trouver un moyen de surprendre afin de donner un côté excitant à cette montre. Car telle est la dure loi des collectionneurs: ils rêvent que les marques répondent à leurs attentes mais ils veulent être surpris en même temps. Toute l'astuce pour Lange & Söhne a consisté à proposer un nouvel affichage tout en s'appuyant sur les forces de la montre de base.


Très brièvement, la Grande Lange 1 "nouvelle génération", dévoilée lors du SIHH 2012 possède les caractéristiques suivantes:
  • un nouveau mouvement, plus large et plus fin, le L095.1, à barillet unique mais qui conserve la même réserve de marche de 72 heures,
  • un style élancé compte tenu du ratio élevé entre diamètre (41mm) et épaisseur,
  • la préservation de la pureté du design du cadran de la Lange 1 alors que les sous-cadrans se chevauchaient avec la Grande Lange 1 antérieure,
  • la grande date agrandie par rapport à celle de la Lange 1 afin de respecter l'harmonie des proportions.
Ces caractéristiques se retrouvent évidemment dans la version à phases de lune qui vient d'être présentée au cours du pré-SIHH de décembre 2013.  Mais, au lieu de placer comme de coutume l'affichage de la complication dans le sous-cadran de la trotteuse, Lange & Söhne prit la décision de le déplacer dans la zone dédiée à l'indication de l'heure. Ce changement a une vertu: le disque de la lune est élargi ce qui permet de proposer une décoration plus spectaculaire. Il est ainsi parsemé de plus de 300 étoiles de diverses tailles donnant l'impression qu'une galaxie entière s'y est déposée. Je retrouve dans ce contexte toute la beauté du disque de la 1815 Rattrapante Quantième Perpétuel qui m'avait impressionné notamment grâce à son affichage des phases de lune.


Ce changement de position a un autre impact: il change l'équilibre du cadran. Alors qu'avec une Lange 1, notre regard a plutôt tendance à être attiré par le côté droit et l'axe vertical grande date - phases de lune, sur la Grande Lange 1, c'est le côté gauche qui domine sensiblement du fait de la présence imposante du disque de la lune. Une autre différence d'importance existe avec la Lange 1 Phases de Lune: les aiguilles luminescentes sont remplacées par des aiguilles classiques. Je vois deux raisons derrière ce choix. La première consiste à renforcer le caractère élégant de la montre. La deuxième vise à créer un écart esthétique plus important entre ces deux montres afin que l'une  ressemble moins à une version élargie de l'autre.

En revanche, un principe fondamental demeure: la course continue de l'affichage des phases de lune grâce au lien avec la roue des heures. Lange & Söhne ne joue donc pas uniquement sur la précision du mécanisme (une déviation d'un jour après 122,6 années se rencontre régulièrement) mais aussi sur celle de l'affichage ce qui est beaucoup plus rare. En cas de besoin, les phases de lune se règlent grâce à un poussoir  correcteur situé entre 7 et 8 heures tandis que le poussoir à 10 heures est dédié, comme d'habitude, au réglage de la grande date.


J'apprécie beaucoup la finition du cadran, le contour de la grande date, les chiffres appliqués et évidemment la magie du disque de la lune et de ses étoiles. Mon seul regret est la taille de la zone située sous le disque: j'ai tendance à la trouver un peu vide et je pense qu'elle manque d'un petit détail qui aurait pu casser son uniformité.

Le mouvement qui anime la Grande Lange 1 Phases de Lune est le L095.3 d'une fréquence de 3hz et d'une réserve de marche de 72 heures. Sa présentation, ses finitions sont en tout point conformes avec celles du L095.1. C'est un mouvement que je trouve esthétiquement réussi grâce à son imposante platine 3/4 qui permet d'apprécier la travail décoratif et la finition sans reproche. Cependant, les amateurs de mouvements plus ouverts peuvent être frustrés par le fait que la platine recouvre l'essentiel des parties mobiles. Heureusement, l'organe régulant et le pont du balancier gravé animent joliment la vue de l'arrière de la montre. Il s'agit donc d'un style caractéristique de celui de Lange & Söhne qu'il faut aimer pour apprécier pleinement le soin et la rigueur dans la réalisation.


Les 41mm de diamètre du boîtier ne m'ont guère posé de souci. Mon poignet s'accommode fort bien des 38,5mm de la Lange 1 mais j'aime tout autant cette taille élargie qui permet de profiter de l'agrandissement des différentes zones du cadran: grande date, trotteuse, sous-cadran de l'heure et évidemment disque de la lune. La force de cette montre demeure son élégance et son style fluide et élancé. Malgré l'ajout de la complication, l'épaisseur demeure inférieure à 10mm (9,5mm) même si cela représente une augmentation de 0,7mm par rapport à la Grande Lange 1 sans phases de lune. Que ce soit en or or jaune, en or rose ou bien sûr en platine, la Grande Lange 1 Phases de Lune est une montre plutôt lourde qui nécessite un bon maintien sur le poignet. L'effort est récompensé par le spectacle merveilleux proposé par le disque de la lune. Sa rotation lente et imperceptible ne pose pas de problème: dans n'importe quelle position, il offre un régal visuel avec les étoiles ou la lune.


Sans aucun doute, Lange & Söhne a réussi son objectif en donnant à l'affichage des phases de lune le premier rôle! Il ne faudrait cependant pas oublier que cette nouveauté reprend les caractéristiques et les qualités de la Grande Lange 1 présentée il y a deux ans ce qui en fait une montre élégante et équilibrée, d'une grande qualité d'exécution. Je regrette malgré tout l'absence d'une version en or gris. Je rêve secrètement qu'elle puisse un jour être présentée avec le même cadran noir que la montre sans phases de lune: le résultat pourrait être encore plus envoûtant!


Merci à l'équipe Lange pour sa parfaite organisation du pré-SIHH à Dresde et à Glashütte.

Les plus:
+ le plaisir de retrouver les caractéristiques convaincantes de la Grande Lange 1
+ le nouvel emplacement de l'affichage des phases de lune qui apporte une touche d'originalité
+ la beauté du disque de la lune et des étoiles
+ la course continue du disque
+ la qualité d'exécution de l'ensemble

Les moins:
- la zone située sous l'affichage des phases de lune me semble un peu vide
- pas de version en or gris à cadran noir... j'espère qu'elle sortira un jour!

Une hésitation:
+/-: ce que l'utilisation d'aiguilles classique apporte en matière d'élégance est perdu du côté du caractère.