dimanche 29 septembre 2013

Audemars Piguet: Royal Oak Offshore Chronographe Lebron James

Lebron James étant devenu ambassadeur d'Audemars Piguet en 2011, il est logique que la Manufacture du Brassus lui dédie enfin une montre en 2013, année marquée par la conservation de son titre de champion NBA avec l'équipe du Miami Heat. Même s'il apprécie beaucoup sa Millenary 4101 (comme je le comprends!), Audemars Piguet n'a pas eu à réfléchir longtemps sur la base à utiliser pour dessiner, avec son implication, la montre dont il allait être l'image. La Royal Oak Offshore Chronographe s'imposait compte tenu du gabarit de cet athlète dominant des parquets. 


Je dois avouer qu'à l'annonce de la sortie de la ROO Lebron James, j'avais quelques craintes. Encore une série limitée de la part d'Audemars Piguet? Et que va-t-elle présenter de plus par rapport à ses devancières? Comment retrouver l'univers particulier d'un joueur de basket américain sans tomber dans la caricature digne d'un clip de rap qui passerait en boucle sur une chaîne musicale?

Et pourtant, Audemars Piguet est arrivé à se sortir de cet exercice extrêmement épineux. Mieux que cela: la montre possède une caractéristique qui la rend particulièrement intéressante au sein de la collection et sur laquelle je vais revenir.


La grande force de cette montre est sa douceur générale malgré son diamètre de 44mm et l'imposant protége-couronne duquel émergent les deux poussoirs rectangulaires. Ce sentiment provient du superbe jeu de couleurs que je trouve reposant et harmonieux. Le bracelet gris, le motif "Méga Tapisserie", les compteurs et la lunette en titane forment un ensemble homogène et cohérent. Le boîtier en or rose et les chiffres appliqués apportent leur chaleur et se détachent visuellement sans aucune agressivité. Toutes ces teintes finissent par définir une palette "pastel" du plus bel effet.

Le contraste entre les compteurs et le motif du cadran est subtil puisque ils se situent dans la même ambiance chromatique.  Audemars Piguet a cependant veillé à les faire ressortir avec élégance grâce à un discret cerclage en or. Dans ce contexte de couleurs apaisées, la lisibilité pourrait être un problème. Au-delà des traditionnelles aiguille "spatule" luminescentes en or rose qui se lisent sans souci, les aiguilles des affichages du chronographe se distinguent grâce à leur couleur bleu (trotteuse centrale du chronographe et aiguilles des deux compteurs des heures et des minutes).  Les temps mesurés s'affichent donc clairement même si j'aurais aimé que les demi-heures soient matérialisées sur le compteur des heures compte tenu du compteur 30 minutes.


Audemars Piguet combine comme de coutume avec les ROO plusieurs matériaux dans cette montre. J'ai évoqué le titane de la lunette et l'or rose du boîtier. Les éléments manipulables et mobiles sont en revanche en céramique noire. Ils rehaussent un peu le style de la montre, au même titre que le guichet de date, en lui apportant une couleur plus marquée tout en restant très discrets... lorsque la montre est observée de face ou mise au poignet. En revanche, lorsqu'elle dévoile sa carrure droite, c'est un autre spectacle qui s'offre à nos yeux.

Le talent des designers d'Audemars Piguet est d'avoir inséré la touche précieuse... osons le mot, "bling-bling" de quelques basketteurs sans que cela dénature la montre. Le poussoir supérieur est serti de diamants et j'aime beaucoup cette idée. En effet, je trouve amusant le concept qui consiste à toucher des diamants pour activer le chronographe. Ensuite, ces diamants ne sont visibles que sous des angles précis. Enfin, c'est une façon d'apporter une originalité, une personnalité à cette montre tout en respectant le contexte dans lequel elle est créée. Des diamants dans une montre consacrée à un basketteur américain ne choquent personne. Et la discrétion de leur emplacement correspond bien à l'image que j'ai de Lebron James qui sait conserver une certaine élégance en toute circonstance.


La tendance a été enclenchée depuis plusieurs modèles et  les ROO proposent  dorénavant un fond transparent. La ROO Lebron James ne déroge pas à la règle et le mouvement 3126/3840 est donc visible même si la signature en bleu de Lebron James est apposée sur la glace saphir.

Le mouvement est modulaire avec comme base le calibre 3126 de manufacture qui anime le module chronographe en provenance de chez Dubois Dépraz.  Compte tenu de l'architecture du mouvement, c'est le calibre de base qui est observable à travers la glace saphir. Il s'agit d'une déclinaison du 3120 que l'on reconnaît à son pont de balancier traversant. La masse oscillante en or subit un traitement galvanique qui lui donne une couleur plus "technique". Le calibre est toujours aussi agréable à observer même si évidemment le mouvement chronographe intégré se fait toujours autant désirer. Je retrouve les performances habituelles du calibre maison avec une réserve de marche de 55 heures, une fréquence de 3hz et le stop-seconde lors de la mise à l'heure. Grâce à la forme des poussoirs, l'activation, l'arrêt et la remise à zéro du chronographe est plutôt agréable.


C'est en mettant la montre au poignet que la caractéristique la plus marquante de la ROO Lebron James apparaît. Il s'agit de la forme du boîtier au niveau de ses extrémités et de la façon dont le bracelet y est intégré. S'agit-il d'une nouvelle tendance qui va marquer toutes les futures ROO? En tout cas, les cornes sont maintenant clairement marquées et sont surélevées par rapport aux segments situés entre elles. Le bracelet est attaché différemment et d'ailleurs le  boîtier impose une courbure très ferme au bracelet qui empêche la montre d'être posée à plat. C'est la raison pour laquelle les photos sont prises avec la montre posée sur un coussinet. Esthétiquement parlant, le résultat est convaincant car donnant du dynamisme au dessin. La montre y gagne aussi en confort car les cornes sont très courtes et très incurvées. En revanche, une constante demeure: la ROO Lebron James paraîtra ridicule si le poignet est trop petit pour supporter ses 44mm de diamètre.

A titre personnel, j'ai eu beaucoup de satisfaction à la porter. J'aime les montres lourdes et la ROO Lebron James répond à mon attente sur ce plan précis. J'apprécie également les couleurs, ce mélange de gris et d'or rose sans oublier la céramique noire. Et puis, comment ne pas oublier le poussoir serti qui apporte sa dimension précieuse tout en restant presque caché? Un vrai plaisir égoïste et une façon d'être un peu décalé tout en gardant les convenances! Cette petite excitation apporte un intérêt supplémentaire à la ROO Lebron James qui, au bout du compte, se révèle être plus surprenante que je ne le pensais au départ.


La ROO Lebron James est disponible dans le cadre d'une série limitée de 600 pièces et est livrée avec un bracelet caoutchouc gris supplémentaire.

Merci à l'équipe de la boutique Audemars Piguet de Paris pour son accueil.

Les plus:
+ une belle harmonie des couleurs
+ la combinaison des différents matériaux
+ le travail sur les extrémités du boîtier
+ le poussoir serti, original et bien dans le contexte de la montre

Les moins:
- la graduation intermédiaire manquante sur le compteur des heures
- le mouvement chronographe intégré maison se fait désirer même si le calibre de base du mouvement modulaire est bien présenté

Grönefeld: One Hertz Techniek

Grâce à la One Hertz, les frères Grönefeld ont redonné un sacré coup de projecteur sur une complication très peu vue dans l'horlogerie contemporaine: la seconde morte indépendante. La One Hertz est devenue, au fil du temps, bien plus que leur première montre à mouvement exclusif. Elle est dorénavant le porte-drapeau de leur talent, la preuve de leur savoir-faire faisant presque oublier l'autre pièce de la collection, la GTM-06, le Tourbillon Répétition Minute réalisé à partir d'une ébauche Christophe Claret.


Si la One Hertz connaît le succès et obtient cette reconnaissance, c'est bien parce qu'elle contient des ingrédients qui lui permettent d'occuper une place à part dans l'offre horlogère indépendante. La première caractéristique qui la distingue est l'organisation du cadran qui fait la part belle à la trotteuse. Quitte à concevoir une montre à seconde morte indépendante, autant que cette dernière soit affichée dans toute sa splendeur! Le sous-cadran principal lui est dédié, reléguant l'affichage du temps dans le coin supérieur droit comme pour rappeler que la One Hertz a été conçue et construite autour de cette fascinante et majestueuse trotteuse. Le résultat est visuellement à la hauteur des espérances puisque l'observation du parcours de la grande aiguille procure à la fois beaucoup de plaisir et une interrogation: la One Hertz étant une montre mécanique, est-ce que l'aiguille, qui effectue un pas par seconde, se comporte strictement de la même façon que celle d'une montre à quartz? La réponse est plutôt négative puisque en examinant l'aiguille de près son saut n'est pas strictement identique à celui d'une trotteuse à quartz, rappelant la cinématique des pendules régulateur à seconde morte.


La deuxième caractéristique qui rend la One Hertz si séduisante est la beauté et l'originalité de la présentation du mouvement G-02 qui l'anime. J'aime beaucoup ce mouvement au grand diamètre (34mm) construit de façon duale. Compte tenu de la seconde morte indépendante, les deux trains de rouage possèdent chacun leur propre source d'énergie, leur propre barillet. Malgré le nom de la montre qui fait référence au comportement de la trotteuse, le G-02 a une fréquence de 3hz pour une réserve de marche de 72 heures. Développé par les frères Grönefeld en partenariat avec Renaud&Papi, il se distingue par ses multiples ponts périphériques et concentriques qui me font irrémédiablement penser à une fleur qui serait sur le point d'éclore. Les finitions sont excellentes, la façon dont la forme des ponts est soulignée est subtile et valorisante grâce au contraste entre le poli des anglages et le micro-billage de la surface. La nette séparation entre les deux barillets rappelle la construction du mouvement et apporte des indices sur ce que je retrouve côté cadran.


Enfin, j'apprécie particulièrement la façon dont fonctionne la couronne. Inutile de la tirer: il suffit d'appuyer dessus pour sélectionner son mode d'utilisation. Lorsque l'affichage du mode est positionné sur W (wind), la couronne est prête au remontage des deux barillets.  En mode S (set), elle permet le réglage de l'heure.

Les deux versions de la One Hertz Techniek s'inscrivent dans la continuité des One Hertz Contemporary qui comportent déjà des modifications substantielles par rapport aux One Hertz Classic. Au-delà des évolutions esthétiques qui accentuent les effets de relief du cadran, les One Hertz Contemporary se remarquent par le changement de position de l'indicateur de réserve de marche qui quitte la zone dédiée à la trotteuse  pour se retrouver au sommet du cadran.


Le boîtier de 43mm de diamètre de la One Hertz Techniek est en titane avec une finition poli brossé ou un revêtement DLC noir selon les versions. L'intérêt de ces deux montres est de s'affranchir de la base du cadran et de proposer une vue spectaculaire sur le mouvement côté face. Il ne s'agit donc pas d'un squelettage puisque le mouvement apparaît tel qu'il est dans les autres One Hertz, caché par leurs cadrans. Malgré la relative sobriété (pour ne pas parler d'austérité) de l'ensemble, la forme des éléments permet de créer une ambiance "technique" et "mécanique" qui donne évidemment le nom à la montre. Les effets de relief liés à l'élévation des graduations sont cette fois-ci accompagnés d'effets de profondeur qui confèrent à  la One Hertz Techniek un rendu tri-dimensionnel très prononcé. A ce titre, la fameuse trotteuse survole la zone qui dévoile les ouvertures les plus plongeantes ce qui rend le ballet de l'aiguille encore plus séduisant.


Les frères Grönefeld ont fait le choix de ne pas aller plus loin en matière de décoration du mouvement côté cadran malgré les possibilités offertes par les éléments visibles et l'espace dégagé par la position de l'indicateur de la réserve de marche. Je pense sincèrement que ce choix est le bon. La montre est déjà suffisamment complexe dans sa présentation de cadran avec les graduations qui "se coupent" (celle de la trotteuse survolant celle de l'affichage de l'heure) et une approche décorative plus marquée aurait alourdi l'ensemble. De plus cette sobriété et cette apparente simplicité sont plus cohérentes avec l'esprit recherché et le style contemporain assumé.

Le mouvement G-02 conserve son apparence habituelle et dans le contexte de la One Hertz Techniek, j'avoue que j'aurais aimé voir des ponts plus ouverts pour rappeler l'atmosphère de la montre. Ce détail n'est cependant pas problématique puisque le mouvement demeure un régal pour les yeux.

 
En mettant la One Hertz au poignet, je retrouve immédiatement les sensations au porté de n'importe quelle One Hertz avec l'atout  de la légèreté du titane. La montre est confortable mais elle nécessite le poignet adéquat pour supporter le diamètre du boîtier et la longueur des cornes, plutôt proéminentes malgré leur courbure. En revanche, la One Hertz Techniek exprime sa propre personnalité grâce à la profondeur du cadran et à son style presque futuriste qui se marie parfaitement avec le comportement de la grande trotteuse. L'identité de cette montre, son originalité sans oublier l'animation unique du cadran marquée par les saccades de l'aiguille dominante font de la One Hertz Techniek une pièce envoûtante et mystérieuse... au moment où elle se dévoile le plus. Un paradoxe supplémentaire pour une montre qui semblerait presque être animée par un mouvement à pile alors que sa prouesse mécanique n'est plus à démontrer.

Chaque version de la One Hertz Techniek (titane poli brossé ou titane avec un revêtement DLC noir pour la "Nocturne") est disponible dans le cadre d'une série limitée de 30 pièces.

Merci aux frères Grönefeld pour leur disponibilité. 

Les plus:
+ l'organisation du cadran structurée autour de la grande trotteuse
+ la beauté du mouvement G-02 et sa présentation  originale
+ les effets de relief et de profondeur
+ la façon d'utiliser la couronne

Les moins:
- la taille du boîtier et des cornes ne convient pas à tous les poignets
- une découpe des ponts différente et adaptée au contexte de la One Hertz Techniek aurait été un plus

lundi 23 septembre 2013

MB&F: Legacy Machine 2

La Legacy Machine 1, présentée il y a deux ans, est une montre très importante pour Max Büsser. En effet, non seulement elle marque le point de départ d'une nouvelle collection mais elle explore des  territoires, incarne des idées qui ne sont pas abordés de façon aussi nette avec les Horological Machine. Si ces dernières constituent une représentation de la modernité voire du futur horloger en étant d'audacieuses créatrices de tendance, la Legacy Machine 1 évolue dans un autre registre. Plutôt que d'imaginer les prochaines étapes horlogères à partir de notre vision du monde contemporain, elle adopte la même démarche prospective mais en situant son point de départ un siècle plus tôt. C'est la raison pour laquelle elle combine une dimension classique, traditionnelle avec un caractère  singulier comme le prouvent l'imposant balancier suspendu, visible côté face, l'indicateur de réserve de marche tri-dimensionnel ou les sous-cadrans, clin d'oeil à l'affichage des Horological Machine. La beauté du mouvement et sa présentation sans faille rendent hommage à cette horlogerie du début du siècle dernier qui savait combiner esthétique et performance. Le charme irrésistible de la Legacy Machine 1 vient  de tous ces ingrédients dont la combinaison finit par créer une atmosphère à la Jules Verne.


Je dois avouer que j'avais de grandes difficultés à imaginer la Legacy Machine 2. Max Büsser nous avait cependant laissé un indice en rappelant que le boîtier de la LM1 constituerait une base commune des Legacy Machine. Mais pour le reste, toutes les options demeuraient ouvertes. A vrai dire, j'imaginais une montre de rupture par rapport à  la LM1 en espérant retrouver le même écart esthétique entre la LM2 et la LM1 que celui qui existe entre deux Horological Machines. J'avais tort! C'est là tout le talent de Max Büsser: systématiquement, je le retrouve là où je ne l'attends pas. Ainsi, contrairement à ce que j'envisageais, la LM2 s'inscrit résolument dans le style défini par la LM1 et l'air de famille est incontestable.


De prime abord, cette continuité peut sembler décevante puisque la LM2 ne provoque pas la même réaction de surprise qu'une nouvelle Horological Machine. Il ne s'agit cependant pas d'une démonstration de facilité ou d'une volonté de choisir la solution la plus simple. Ce contexte similaire permet à Max Büsser et à son équipe de se concentrer très précisément sur toutes les différences qui séparent les deux Legacy Machine et qui vont apparaître, les unes après les autres, subtilement et irrémédiablement. Je considère d'ailleurs cette continuité comme une opportunité de mise en valeur du grand atout de chaque Legacy Machine: l'animation du cadran. Enfin, la persistance de plusieurs éléments et détails entre les deux montres fait partie intégrante de cette interprétation de l'horlogerie traditionnelle voulue par Max Büsser. Le côté rassurant d'une marque classique provient de la continuité, modèle après modèle, des points esthétiques communs et facilement reconnaissables.


En revanche, il ne faut pas réduire à la LM2 à une simple évolution de la LM1. Elle pourrait plutôt être considérée comme son opposé: la LM1 propose deux sous-cadrans et un balancier, la LM2 inverse les rôles avec deux balanciers et un unique sous-cadran. Ce changement n'est pas anodin car au-delà des contraintes techniques qu'il suppose, c'est toute l'architecture du cadran, sa représentation, son animation, sa perception qui sont bouleversés. En observant la LM2, il n'y avait aucun doute pour moi: j'étais face à une montre qui possédait sa propre identité.


Le point fondamental est évidemment le passage à deux balanciers. L'idée sous-jacente est fidèle à l'esprit de la collection en s'inspirant des pendules et montres historiques à deux balanciers du XVIIIième siècle. Un de ces régulateurs est celui d'Antide Janvier dont un  exemplaire se trouve au sein de la Manufacture F.P.Journe et qui fonctionne selon le principe de la résonance.  La résonance n'est pas l'unique voie rendue possible par l'utilisation de deux balanciers et la LM2 ne la suit pas. Elle l'évite même puisque la distance entre les deux balanciers empêche tout phénomène de ce genre. La pierre angulaire de la LM2 est l'utilisation d'un différentiel dont l'objectif est de moyenner la marche des deux balanciers afin de réguler l'unique train de rouages.

Le dôme et les balanciers suspendus offrent un effet de relief saisissant:


Il faut bien comprendre que malgré leurs tailles et paramètres identiques, les deux balanciers vont avoir  leurs propres comportements. Avec une montre à balancier unique, toute déviation du comportement de l'organe régulant impacte directement la précision de la montre. Sur la LM2, la déviation éventuelle de la marche d'un balancier est atténuée grâce au différentiel qui intègre les performances de l'autre balancier. Il faudrait donc qu'il y ait une déviation sur chaque balancier pour que la précision de la montre soit véritablement affectée. L'intérêt d'un tel système  est qu'il conduit à une stabilité de la précision de la montre. Il est rarement mis en application de nos jours. Seules deux montres contemporaines me viennent à l'esprit: la Duality de Philippe Dufour et la Greubel Forsey Double Balancier 35°, chacune dans son propre style.

L'astérohache est bien présente sur la couronne: 


Une place toute particulière est dédiée au différentiel  planétaire afin de souligner son rôle primordial. Le différentiel occupe ainsi la quasi-totalité de la partie inférieure du cadran  remplaçant l'affichage tri-dimensionnel de la réserve de marche de la LM1. La roue dentée décore spectaculairement le cadran tout en équilibrant le design en faisant face au sous-cadran d'affichage du temps. Le pont du différentiel est tout aussi impressionnant par sa forme à deux bras courbés, par son effet de relief qui préfigure les courbes des bras qui soutiennent les balanciers sans oublier les 3 grands rubis. La forme du pont du différentiel est aussi un rappel, un indice de ce qui est visible à l'arrière de la montre: le magnifique mouvement à remontage manuel développé par Jean-François Mojon et Kari Voutilainen.

Au-delà de son intérêt technique, le système à deux balanciers permet à la LM2 de se différencier totalement de la LM1. Ce n'est pas uniquement un aspect esthétique. C'est également l'animation du cadran qui est transformée.


Les deux balanciers suspendus se font face suivant un axe horizontal. Compte tenu du boîtier identique à celui de la LM1, le diamètre des balanciers a été revu à la baisse afin de pouvoir les loger tout en respectant l'éloignement suffisant. Ils passent ainsi de 14mm de diamètre, taille du balancier unique de la LM1, à 11mm ce qui est un écart significatif. Ils oscillent donc de façon différente malgré une fréquence de mouvement identique (2,5hz). Le spectacle proposé par ces deux balanciers est beaucoup plus énergique et vif que celui du balancier unique de la LM1 qui donne plus l'impression de fonctionner au diesel. J'ai à titre personnel une préférence pour le côté majestueux et hypnotisant du balancier unique mais la vivacité des deux balanciers et l'effet miroir qu'ils provoquent est un vrai régal pour les yeux. L'autre raison, évidente, qui explique la diminution de la taille des balanciers est la nécessaire maîtrise de la consommation de l'énergie. Malgré la présence des deux balanciers (mais avec un unique affichage du temps), la réserve de marche reste identique à celle de la LM1 soit 45 heures ce qui est une excellente nouvelle.


Le positionnement des deux balanciers oblige les quatre bras à avoir une courbure plus verticale, plus accentuée que celle des deux bras de la LM1. La forme du dôme est de fait légèrement différente et la LM2 possède une hauteur maximale de 20mm contre 16mm pour la LM1. En tout cas, les bras sont toujours aussi beau, à la fois imposants et légers. Ils m'évoquent plus une oeuvre architecturale qu'un composant d'une montre.

La présence d'un unique sous-cadran a une conséquence logique: contrairement à la LM1 qui propose deux affichages de l'heure totalement indépendants (une rareté dans le monde horloger), la LM2 se contente de l'indication de l'heure et des minutes. Le sous-cadran laqué possède un diamètre supérieur à ceux de la LM1 et incontestablement, la montre gagne en lisibilité. Elle permet d'ailleurs de mieux apprécier la finition spécifique de ce sous-cadran où les aiguilles bleuies combinent parfaitement avec les chiffres romains. La laque tendue blanche donne un aspect proche de l'émail tout en conservant une touche de chaleur bienvenue.


 Le mouvement de la LM1 est d'ores et déjà considéré comme un des plus beaux mouvements à remontage manuel contemporain. Il faut dire que le pédigrée des fées qui se sont penchées sur son berceau est impressionnant. J'ai toujours l'image d'un Jean-François Mojon qui crée des mouvements à l'architecture et à la présentation très modernes (par exemple celui de la Harry Winston Z6) tandis que Kari Voutilainen incarne le classicisme absolu. C'est la raison pour laquelle leur travail en commun, une sorte de mariage de la carpe et du lapin, était très attendu. Le mouvement présenté il y a deux ans fut à la hauteur des espérances et il séduisit immédiatement par sa taille, son architecture, sa découpe des ponts et sa finition exceptionnelle. Sa basse fréquence (2,5hz) fut également appréciée en étant cohérente avec l'esprit de la collection Legacy Machine.

Finalement, le sentiment que j'éprouve côté cadran se retrouve côté mouvement: le mouvement de la LM2 s'inscrit dans la continuité de son prédécesseur. Cependant, la présence du différentiel change son organisation et sa présentation. Il propose une structure en deux parties avec la platine principale supérieure et toute la zone inférieure dédiée au différentiel et à son pont. Le mouvement de la LM1 se caractérise en revanche par son aspect plus fermé et par l'imbrication des ponts.

L'ouverture sur le différentiel permet d'observer ses 3 roues et ses 5 pignons tout en donnant un style plus aéré qui valorise mieux les courbes de la platine et du pont. Les rubis surdimensionnés, insérés dans des chatons en or amplifient les extrémités des courbes et contribuent fortement à la beauté du mouvement. La finition demeure bien entendu du même niveau avec une exécution parfaite de tous les grands standards de l'horlogerie classique. La continuité des côtes des Genève est bluffante tout comme la perfection des anglages.

Pour ne rien gâcher, le mouvement est très agréable à utiliser. Malgré sa position à deux heures, la couronne se prend bien en main et le remontage provoque de belles sensations. C'est un gros mouvement à basse fréquence et cela se sent. Un vrai plaisir!


En mettant la LM2, j'avais deux craintes: la taille du boîtier et la hauteur du dôme. La taille ne me posa aucun souci car la forme des cornes permet à la montre de bien se positionner sur le poignet. Je retrouve bien la sensation de la LM1. La hauteur maximum du dôme est plus problématique car l'écart entre les deux montres est de 4mm. Si le poignet de la chemise n'est pas trop serré, la forme du dôme permet à la chemise de passer mais c'est un point à bien avoir à l'esprit. Mais faut-il vraiment insister pour la faire disparaître sous la chemise?

Le vif ballet des balanciers:


La LM2 est une montre qui capte la lumière, qui met en scène les deux balanciers suspendus, qui joue avec cet effet miroir, qui offre une esthétique uchronique et donc hors du temps. Le ballet des balanciers n'est peut-être pas aussi hypnotisant que celui du balancier unique de la LM1 mais il capte instantanément le regard par l'énergie qu'il transmet. A ce titre, la LM2 se distingue de sa devancière par la nature des sensations qu'elle crée. C'est bien la preuve de la réussite de cette montre qui arrive, de façon très subtile, à définir sa propre identité malgré un contexte esthétique similaire.

La LM2 est disponible en or rose, en or gris et en platine dans le cadre d'une série limitée de 18 exemplaires pour ce dernier matériau.

Merci à Max Büsser pour sa disponibilité et à l'équipe de Chronopassion.

Les plus:
+ une montre uchronique au caractère unique
+ la vivacité du ballet des deux balanciers suspendus et l'effet miroir qu'il crée
+ l'exécution sans faille du mouvement et sa présentation renouvelée par rapport à celle du mouvement de la LM1
+ la lisibilité de l'heure, meilleure qu'avec la LM1
+ le plaisir au remontage

Les moins:
- pas de fonction horaire additionnelle
- la hauteur maximum de la montre à 20mm

lundi 16 septembre 2013

Harry Winston: Retour sur la Midnight Minute Repeater

Ayant eu l'occasion de revoir la Midnight Minute Repeater au sein de la toute nouvelle boutique Harry Winston de la rue de la Paix, je souhaite vous faire profiter de photos de meilleure qualité de cette montre que j'ai déjà eu l'occasion de présenter dans l'article ci-après:

En quelques mots, il s'agit d'une évolution pertinente d'un modèle dévoilé fin 2009 et qui  intègre de façon beaucoup plus aboutie les détails esthétiques de la collection Midnight. Les nouvelles aiguilles en sont la meilleure preuve tout comme l'exécution plus fine du cadran décentré:


L'ouverture du cadran permet de profiter non seulement du jeu des marteaux comme sur la version précédente mais également du mécanisme de la complication:


Le mouvement, en provenance de chez Renaud&Papi, offre un spectacle inhabituel compte tenu de la nette séparation des gongs et marteaux de la platine principale:



Le boîtier Midnight donne à la montre un style élancé accentué par le diamètre de 42mm.


Les meilleures conditions m'ont permis de filmer  la Midnight Minute Repeater en action. Quel est donc le verdict? Le bilan sonore est-il à la hauteur de mes espérances? Il demeure favorable même s'il n'est pas parfait. Les points positifs sont le bon contraste entre les deux notes et le rythme du jeu des marteaux. En revanche, j'aurais apprécié un son "plus rond", moins sec et une puissance supérieure.


Quoi qu'il en soit, le grand atout de la Midnight Minute Repeater est sa capacité à mobiliser deux sens en même temps: quel plaisir d'entendre la montre sonner tout en observant le mouvement des marteaux et le mécanisme en action!

Merci à l'équipe de la boutique Harry Winston de la rue de la Paix.

dimanche 15 septembre 2013

BarraccO: Giramondo

Ce n'est sûrement pas le fruit du hasard si Tommaso Barracco prit la décision il y a quelques années  de créer sa propre marque horlogère. Sa passion pour les montres et sa propre carrière professionnelle dans l'industrie et dans le conseil lui donnèrent sans nul doute l'envie et la volonté de devenir bien plus qu'un observateur attentif mais un véritable acteur de ce monde horloger si particulier. Il ne faut pas se leurrer: une telle aventure nécessite au-delà de la capacité à solliciter les bonnes personnes, un sacré sens de l'organisation et un business plan d'une précision chirurgicale. Si les rouages des mécanismes des montres semblent complexes, ils sont cependant bien plus faciles à comprendre que ceux qui régissent une industrie au fonctionnement opaque et dont la structure est loin d'être optimale.

La BarraccO Giramondo avec un cadran chocolat:

Pour se donner les meilleures chances de réussite, Tommaso Barracco suivit une formation de deux ans au Lycée Diderot  pour obtenir un CAP en horlogerie. Possédant ainsi les bases techniques à la conduite de son projet, il put se lancer dans la conception des différents modèles de sa gamme et partir à la rencontre des sous-traitants pour choisir ceux qui seraient capables de l'accompagner. Cette étape est évidemment fondamentale car les fournisseurs doivent être en mesure de délivrer dans les délais requis des toutes petites séries de pièces tout en respectant les critères de qualité exigés. Ceux qui arrivent à répondre à de telles attentes ne sont guère nombreux compte tenu des multiples goulots d'étranglement de l'industrie horlogère.

4 modèles composent la collection BarraccO:
  • la Pendolo, la montre simple à trotteuse centrale
  • la Faraday qui possède une protection anti-magnétique
  • l'Electum qui répartit les différentes fonctions temporelles sur son cadran
  • et la Giramondo qui propose l'affichage d'un second fuseau horaire.
Tommaso Barracco a particulièrement veillé à la cohérence de la collection afin de définir de façon pérenne le style propre de sa marque. C'est la raison pour laquelle les 4 montres partagent un grand nombre d'éléments communs qui font que, malgré les complications et les présentations de cadrans différentes, elles évoluent toutes dans le même contexte esthétique. Deux éléments incarnent plus précisément le style BarraccO: le boîtier et le cadran.

Les 4 montres de la collection, toutes animées par des mouvements Soprod:


Avec l'aide de Ludovic Blanquer et Michel Berra qui ont dessiné par le passé la montre Tambour de Louis Vuitton, Tommaso Barracco a conçu un boîtier classique et élégant en acier, en finition poli miroir et aux lignes fluides qui se distingue par sa légère proéminence au niveau de la carrure. Il m'évoque par ce détail le boîtier Nautilus de Patek Philippe. Le rapport diamètre (41,5mm) sur épaisseur (11mm) est équilibré, lui donnant un léger côté élancé. 3 montres sur 4 utilisent ce boîtier, seule la Faraday a une épaisseur supérieure (12,5mm), anti-magnétisme oblige. Les fonds sont pleins ce qui permet d'apprécier une jolie représentation du symbole du pendule que l'on retrouve également sur le contre-poids de la trotteuse.


Les cadrans sont réalisés avec soin et contribuent fortement à la qualité perçue des montres. Ils proposent une finition qui s'apparente à des Côtes de Genève et appelée ici motif "increspato" car rappelant les rides de l'eau. Un tel résultat est obtenu grâce à une base de cadran en laiton embouti et poli sur laquelle une peinture galvanique est apposée. Les index luminescents en acier rhodié sont appliqués et donnent aux cadrans un effet de relief bienvenu.

La Giramondo est la montre dédiée aux voyageurs ou tout du moins, à ceux qui sont en relation avec des personnes situées dans un autre fuseau. Elle est une excellente représentation du style BarraccO. Malgré son cadran plus chargé, les éléments de l'affichage se marie bien avec le motif "increspato" et l'ensemble demeure très lisible. J'aurais cependant préféré que la trotteuse n'ait pas cette extrémité rouge car ce segment se distingue peu lorsque le cadran est foncé.

La BarraccO Giramondo avec un cadran gris:


Le mouvement qui l'équipe est le Soprod 9351-A10 soit une base A10 avec un module d'affichage d'une grande date et d'un second fuseau horaire sur 24 heures grâce à l'indicateur jour&nuit. C'est un mouvement que j'apprécie car il définit une organisation de cadran très agréable et rationnelle. La grande date est positionnée au sommet du cadran tandis que l'indicateur jour&nuit est bien intégré en étant adossé à l'affichage du second fuseau. Ce mouvement n'est évidemment pas exclusif mais il se retrouve dans des montres plus onéreuses comme la Hermès Cape Cod GMT ou la Hautlence Destination. Ses performances sont classiques avec une fréquence de 4hz et une réserve de marche de 42 heures que je trouve un peu courte selon les standards actuels. 

Les éléments du boîtier:


Compte tenu du style du boîtier et du cadran, j'ai préféré porter la Giramondo avec le bracelet acier plutôt qu'avec le bracelet cuir. Je l'explique assez facilement. Tout d'abord, je trouve que le bracelet acier s'intègre particulièrement bien en épousant et en prolongeant les courbes des cornes du boîtier. Ensuite, l'atmosphère esthétique m'évoque plus une Laureato de Girard-Perrigaux ou une Nautilus et je sens la Giramondo plus à l'aise avec cette approche sport-chic qu'avec une connotation plus habillée. Elle se porte d'ailleurs dans les deux cas avec confort.

La Giramondo est pour moi une montre réussie car je la trouve cohérente et réalisée avec soin. Elle ne révolutionne pas l'offre horlogère et n'est certes pas d'une très grande originalité mécanique ou esthétique. Mais la qualité des finitions, le souci des détails et le plaisir de porter une montre d'une marque qui effectue ses premiers pas la rendent très séduisante. Et puis, elle cache un atout supplémentaire que finalement très peu de marques sont en mesure de proposer: la personnalisation.

Avec le bracelet acier:


Alors que l'industrie automobile a beaucoup avancé sur le sujet, l'industrie horlogère reste toujours prisonnière de ses vieux schémas et de son organisation, confondant parfois tradition avec immobilisme. Il faut dire que la personnalisation fait peur car nécessitant un approvisionnement spécifique et une flexibilité au niveau de la production. Vacheron Constantin avait cependant réfléchi sur ce thème et construit toute une offre personnalisable avec la Quai de l'Île. Elle ne rencontra malheureusement pas le succès escompté pour diverses raisons.

Avec le bracelet cuir:


De façon un peu paradoxale car n'ayant pas la même puissance d'achat, une marque plus petite comme BarraccO peut se mouvoir comme une goélette et éviter les écueils des paquebots. Tommaso Barracco propose ainsi une personnalisation des boîtiers, des cadrans, des bracelets. Les boîtiers peuvent être déclinés avec différentes finitions (poli miroir, satiné, DLC). Les cadrans sont disponibles avec une large palette de couleurs allant du chocolat au bleu en passant par le gris. Et surtout, il offre la possibilité d'apposer les initiales du propriétaire de la montre sur le cadran en choisissant la couleur et la police de caractère. Les combinaisons sont multiples et dans ce contexte, il est difficile de ne pas trouver la montre qui correspond au mieux à nos attentes.

Incontestablement, la disponibilité de cette personnalisation témoigne de la qualité de la réflexion de Tommaso Barracco sur la construction de son projet et de son business plan. Sa marque possède aujourd'hui les fondamentaux et les atouts qui lui permettent d'aborder les prochaines étapes de son développement avec optimisme.

Merci à Tommaso Barracco pour sa disponibilité.

Les plus:
+ un boîtier très joliment dessiné
+ un cadran avec le motif "increspato" réussi
+ l'intégration du bracelet métal
+ la personnalisation du boîtier et du cadran

Les moins:
- l'extrémité rouge de la trotteuse qui la rend moins visible sur les cadrans foncés
- la réserve de marche du mouvement Soprod est un peu courte

mercredi 11 septembre 2013

Glashütte Original: Senator Tourbillon

Je me rends compte que cela fait un certain temps que je n'ai pas parlé de Glashütte Original. C'est un tort car même en donnant l'impression de vivre dans l'ombre de son prestigieux voisin, Lange & Söhne, Glashütte Original n'en demeure pas moins une manufacture de grande valeur proposant un éventail très large de complications que bien de marques suisses pourraient lui envier.

Une de mes montres préférées de la collection 2013 est la Senator Tourbillon. Ce n'est sûrement pas la pièce la plus compliquée jamais produite par la manufacture saxonne mais elle est une excellente démonstration de la qualité de sa production.


La ligne Senator est la plus classique de la collection, celle qui incarne le respect de la tradition horlogère. La Senator Tourbillon s'inscrit totalement dans cet esprit avec ses aiguilles "poire", ses chiffres romains et sa minuterie chemin de fer. Le Tourbillon volant est d'ailleurs cohérent avec cette atmosphère qui fleure bon le retour aux sources puisque  cette complication fut développée en 1920 par Alfred Helwig et ses apprentis au sein de la première école d'horlogerie de Glashütte. Le principe du Tourbillon volant est simple à expliquer mais difficile à maîtriser. Le point de fixation unique qui permet de libérer la vue sur la cage et de renforcer le caractère hypnotisant du Tourbillon rend la construction plus délicate et nécessite une exécution parfaite.

Sur les modèles de base de la ligne Senator, le design  peut paraître un peu trop sage, pour ne pas dire suranné. Je n'ai nullement ce sentiment avec la Senator Tourbillon. La magie du Tourbillon volant contribue bien entendu à apporter l'élément excitant qui propulse la montre dans une autre dimension. Mais ce n'est pas tout! Le cadran anthracite est réellement magnifique et donne un aspect plus contemporain  à la montre. Car c'est là le paradoxe de cette pièce qui explique en grande partie son charme. Pris individuellement, chaque détail est fidèle au classicisme de la marque. Mais l'ensemble est emprunt d'une grande modernité.


Il est également appréciable de remarquer que pour cette montre somme toute simple dans ses fonctions temporelles (heures, minutes, date et trotteuse au niveau du Tourbillon), Glashütte Original a résisté à la tentation du boîtier XXL. Les 42mm du boîtier en or gris sont loin d'être anodins mais la couleur du cadran diminue la taille perçue. Les proportions sont finalement idéales car l'ouverture sur le cadran est relativement importante, flirtant avec la minuterie d'un côté et avec l'axe des aiguilles de l'autre. Dans ce contexte, un boîtier plus petit m'aurait semblé trop juste.

Glashütte Original a choisi les couleurs avec beaucoup de soin. La grande date noire se fond quasiment dans le cadran anthracite comme pour laisser le premier rôle au Tourbillon volant. Ce dernier apparaît comme lumineux ce qui le rend encore plus séduisant. Et avec une rigueur toute germanique, Glashütte Original a discrètement placé une petite flèche bleue pour matérialiser la trotteuse sur le Tourbillon. 

Le mouvement automatique 94-03, d'une fréquence de 3hz et d'une réserve de marche de 48 heures, est également intéressant à observer. Il possède en effet une présentation originale avec son rotor 3/4 positionné au sommet. L'ensemble est parfaitement fini, sans extravagance, en respectant les critères de discrétion et de raffinement de Glashütte Original. J'aime particulièrement la continuité des côtes et la profondeur de l'espace dans lequel évolue la masse oscillante. En revanche, cette dernière aurait mérité un autre traitement. Le double "G" qui soutient la partie périphérique bicolore n'est pas ma tasse de thé. Dans ce contexte haut de gamme une masse oscillante plus démonstrative aurait été la bienvenue d'autant plus que la discrétion de la décoration du mouvement l'aurait permis.


Cette réserve est cependant vite balayée lorsque la Senator Tourbillon est mise au poignet. La beauté du Tourbillon volant marque son empreinte instantanément sans toutefois être décalée par rapport au reste de la montre. En fait, la Senator Tourbillon est un modèle d'équilibre: la taille est idéale, chaque élément semble cohérent avec les autres  et l'ouverture sur le cadran ne trouble nullement son élégance. Finalement, le seul vrai problème avec cette montre est la frustration qu'elle crée lorsque une des aiguilles survole le Tourbillon volant: l'heureux propriétaire de la Senator Tourbillon doit alors s'armer de patience pour profiter de nouveau  du spectacle sans contrainte! Peut-être s'agit-il d'un des rares moments où l'on souhaite que le temps passe plus vite.

Merci à l'équipe Glashütte Original pour son accueil à Baselworld 2013.

Les plus:
+ la beauté du Tourbillon volant
+ le cadran anthracite et l'intégration de la grande date
+ une élégance classique qui se permet d'être contemporaine

Les moins:
- la présentation de la masse oscillante, peu avantageuse

lundi 9 septembre 2013

Hublot: Big Bang Unico

La Big Bang Unico est assurément la nouveauté la plus importante pour Hublot en 2013. En effet, elle représente mieux que n'importe quelle autre montre de la collection la stratégie et la montée en gamme de Hublot. Pendant de nombreuses années, la Big Bang s'est surtout révélée être l'incarnation de la fusion des matériaux chère à Jean-Claude Biver. La dimension mécanique n'était pas primordiale, Hublot se focalisant la plupart du temps sur des mouvements 7750  fiables et éprouvés pour ses chronographes même si quelques Big Bang purent être équipées de mouvements plus exclusifs.


Compte tenu de l'évolution du marché horloger, il devenait crucial pour Hublot de posséder son propre mouvement chronographe pour soutenir son ambition de développement. Le mouvement Unico n'est cependant pas uniquement un mouvement chronographe de manufacture. Il s'agit en fait d'un véritable mouvement de base qui permet d'accueillir d'autres complications comme l'affichage de plusieurs fuseaux horaires (Unico GMT). C'est la raison pour laquelle il possède une architecture similaire à celle d'un mouvement modulaire comme le prouve la présence du mécanisme chronographe côté cadran. Au-delà de l'intelligence de sa conception et de sa modularité,  l'Unico permet de profiter de façon avantageuse des ouvertures de cadran qui dévoilent des éléments du mécanisme chronographe comme la roue à colonnes. 


Si les premières montres qui utilisèrent le nouveau mouvement furent des King Power, ce fut paradoxalement une Big Bang qui le mit véritablement sous les feux des projecteurs. La Big Bang Ferrari connut dès son lancement un grand succès et elle sut tirer profit des atouts apportés par l'Unico: une réserve de marche de 72 heures, une fonction flyback et la roue à colonnes visible côté cadran sans oublier les spécificités techniques qui fiabilisent le comportement du mouvement. Incontestablement, la Big Bang Ferrari a préfiguré ce que seraient aujourd'hui les nouvelles Big Bang Unico. Cependant, considérer ces dernières comme un simple restylage des montres Ferrari serait un raccourci rapide. Elles possèdent leurs propres caractéristiques qui les distinguent des pièces dédiées à la marque au cheval cabré.

Il est vrai que le nouveau boîtier Big Bang fit sa première apparition dans le contexte de la Big Bang Ferrari avec son diamètre imposant de 45mm et son système "One Click" qui permet de façon très astucieuse de changer le bracelet. Je le retrouve de façon quasi identique avec la nouvelle Big Bang. Il se caractérise aussi par des têtes de vis dont le pourtour est légèrement en relief. Elles se distinguent encore plus que de coutume tout en améliorant la qualité perçue générale.


Toutefois, les différences avec la Big Bang Ferrari apparaissent très vite et celle qui saute aux yeux de façon évidente concerne les poussoirs. C'est presque une révolution culturelle! Imaginez que pour la première fois depuis la création de la Big Bang, soit il y a 8 ans, les poussoirs sont ronds! J'ai à leur encontre un sentiment mitigé. Du point de vue pratique, il n'y a rien à dire: grâce à l'Unico et à leur taille, les fonctions du chronographe s'enclenchent sans souci. Mais je trouve qu'il y a une sorte de décalage esthétique entre les poussoirs et le boîtier, me donnant la conviction que les poussoirs rectangulaires se seraient mieux adaptés aux lignes géométriques du boîtier. Je préfère ainsi les poussoirs de la Ferrari ou de la Classic Fusion Chronographe. Ces poussoirs ronds ont cependant un atout: ils permettent de donner un style personnel à cette nouvelle Big Bang au sein de la collection Hublot. La couronne surmoulée caoutchouc a également été modifiée et s'intègre bien dans le design général de la montre.

Sur le cadran, le cheval cabré laisse la place à la trotteuse permanente ce qui a le don d'animer le cadran. Les chiffres sont dorénavant plus arrondis et élargis et semblent flotter, tout comme les index, au-dessus du cadran ouvert. J'aime beaucoup le rendu du cadran qui dépeint une atmosphère technique comme le prouve le disque des dates visible. Du fait du positionnement de la roue à colonnes, la date est insérée dans le compteur des minutes. Je ne suis cependant pas aussi satisfait du résultat qu'avec la Ferrari. Bizarrement, Hublot a plus ouvert le guichet de date afin de lui faire suivre la graduation intérieure. Les chiffres antérieurs et suivants deviennent partiellement visibles et cela nuit, à mon sens, à la lecture de la date.

La graduation des secondes du chronographes est positionnée sur le rehaut incliné permettant d'aérer le cadran. En revanche, ne cherchez pas les graduations intermédiaires, il n'y en a point: une façon d'alléger visuellement un cadran rendu complexe par les ouvertures. Malgré ce côté volontairement fouillis, la lisibilité est excellente car les aiguilles, chiffres et index ressortent nettement.

Grâce à sa conception particulière, l'Unico est un mouvement très agréable à observer. J'aime sa présentation très contemporaine, la découpe des ponts et les couleurs qui mettent en valeur les pièces mobiles. La masse oscillante en tungstène est traitée avec une finition satinée noire, en cohérence avec les ponts. Sous le balancier, l'ancre et la roue d'échappement se devinent grâce à la couleur violette du silicium. Il ne faut pas oublier que l'Unico est un mouvement techniquement au point, simplifié dans son architecture grâce à certaines innovations comme le compteur des heures directement entraîné par le barillet. Ses performances sont tout à fait respectables: 72 heures de réserve de marche, 4hz, le flyback et surtout un compteur 60 minutes que j'apprécie beaucoup car le plus logique pour mesurer les temps.

Il y a chez Hublot une qualité permanente: il s'agit du confort au poignet. La Big Bang Unico n'est évidemment pas une petite montre avec un diamètre de 45mm mais le système de boucle déployante est toujours aussi efficace. Une fois bien positionnée sur le poignet, la nouvelle Big Bang fait parler ses qualités comme sa lisibilité ou la présentation du cadran. Les chiffres et index élargis donnent un aspect plus cossu tandis que la taille différente des deux sous-cadrans apporte la petite originalité en rendant le cadran asymétrique. 

La Big Bang Unico est selon moi une évolution pertinente du modèle phare de Hublot en offrant un contexte valorisant au mouvement Unico. Malgré quelques détails qui ne m'ont pas convaincus, le bilan demeure très favorable car la montre témoigne d'une incontestable avancée qualitative de la part de Hublot.

La Big Bang Unico est à ce jour disponible en 4 versions: Titane, Titane Céramique, King Gold, King Gold Céramique

Merci à l'équipe Hublot pour son accueil à Baselworld 2013.

Les plus:
+ les qualités du mouvement Unico (flyback, compteur 60 minutes)
+ la présentation du cadran
+ la lisibilité
+ le confort au porté

Les moins:
+ les poussoirs ronds
+ la forme du guichet de date

dimanche 8 septembre 2013

Hautlence: Destination 03

Préambule: la montre photographiée est un prototype vu à Bâle qui comporte des défauts. Il ne préfigure donc pas la qualité des finitions définitives.

Il y a au moins deux manières de présenter les montres Destination de Hautlence: la méthode traditionnelle qui s'attache à en décrire les détails, les fonctions, les finitions et la méthode plus contextuelle qui vise à expliquer les raisons et les objectifs qui ont conduit à leur création. Je préfère nettement la seconde dans ce cas particulier car cette nouvelle ligne, logée au sein de la collection "Origine" marque un tournant pour Hautlence.


Afin de rendre l'offre plus lisible et plus compréhensible, Georges-Henri Meylan et Guillaume Tetu ont réorganisé le catalogue de la marque autour de 3 collections bien distinctes qui poursuivent chacune un but bien précis. La collection "Origine" est la plus fidèle à l'esprit initial de la marque qui incarne une conception de la création horlogère proche de l'architecture, où les formes sont très marquées et l'affichage du temps emprunt d'une certaine originalité qui n'oublie pas l'aspect fonctionnel. La collection "Avant Garde" propose des lignes plus fluides, plus sensuelles, moins géométriques. Enfin, la collection "Concepts d'Exception" permet à Hautlence de démontrer son savoir-faire dans les affichages alternatifs à travers des pièces surprenantes tant du point de vue technique qu'esthétique.

La ligne Destination se situe au sein de la collection "Origine" et pourtant,  elle incarne un virage important et stratégique pour la marque. En effet, elle peut être considérée comme la nouvelle entrée de gamme de Hautlence. A ce titre elle poursuit plusieurs buts:
  • Dans un contexte économique difficile, elle propose une complication "utile" et nouvelle chez Hautlence (l'affichage du second fuseau combinée à une grand date) à un prix plus accessible (20.000 francs suisses pour la version la plus abordable). Elle répond donc à la demande des détaillants qui souhaitaient une véritable nouveauté de la part de Hautlence à un prix en phase avec le marché.
  • Son affichage du temps est traditionnel et à ce titre, elle peut séduire une clientèle freinée voire effrayée par les heures sautantes et autres minutes rétrogrades. A tort ou à raison, l'affichage traditionnel comporte un côté rassurant sur sa pérennité alors que des affichages plus originaux peuvent inquiéter quant à leur fiabilité sur le long terme.   
  • Elle répond également à une nouvelle logique industrielle avec l'utilisation d'un mouvement qui n'est pas exclusif, le Soprod 9351/A10-2 qui se retrouve également, par exemple, chez Hermès ou Barracco. 
Tout l'enjeu pour Hautlence a consisté à ce que la ligne Destination conserve les attraits habituels de Hautlence malgré la perte sensible d'originalité mécanique. Un soin particulier a donc été apporté au boîtier et au traitement du cadran afin que les différentes montres  puissent être en phase avec le reste de la collection.

La montre photographiée est la Destination 03, peut-être la plus intéressante de la ligne. Son boîtier en acier recouvert de DLC noir possède les lignes très géométriques de la HL Classic avec des dimensions similaires (43,5mm x 37mm). En revanche, l'épaisseur de la Destination est plus importante  (13mm vs 10,5mm), calibre automatique avec complication oblige. Au-delà du boîtier, je retrouve une multitude de détails qui inscrivent l'identité de la Destination 03 dans la continuité esthétique de Hautlence: la glace saphir biseauté, les vis sur la glace, le cadran intermédiaire en saphir avec les chiffres, index et logo appliqués, la base du cadran opalin noir squelettée en nid d'abeille. Je me retrouve en territoire connu.

Et pourtant! Il est inutile de le nier, j'ai tellement associé l'image de Hautlence aux affichages alternatifs de l'heure que je ne peux m'empêcher de ressentir une déception à observer un affichage traditionnel. Incontestablement, la montre perd en caractère ce qu'elle gagne en lisibilité immédiate. Malgré cela, le travail esthétique est louable avec un indicateur jour/nuit élégamment intégré. En revanche, le problème inhérent aux grandes dates chez Soprod demeure: cette date à double guichet est trop petite.

Compte tenu des formes respectives du mouvement et du boîtier, Hautlence ne pouvait décemment pas proposer un fond transparent. La solution utilisée est satisfaisante avec une ouverture sur l'organe régulant du mouvement et l'inscription des fuseaux horaires des principales destinations du monde. Après tout, c'est une façon simple de mettre le fond du boîtier en cohérence avec la complication.

La masse oscillante du mouvement a été retravaillée mais il ne faut pas espérer à ce niveau un résultat spectaculaire. Le mouvement est ici seulement pour animer la montre et pas pour apporter une dimension technique et esthétique supplémentaire même s'il se dévoile discrètement derrière le nid d'abeille. C'est évidemment regrettable mais l'enjeu est ailleurs. L'efficacité et la fiabilité sont les principaux objectifs. Le Soprod 9351/A10-2 possède une réserve de marche de 42 heures pour une fréquence de 4hz.

Une des plus belles réussites de cette montre est sa présence au poignet. Grâce à sa forme et ses dimensions généreuses mais maîtrisées, le boîtier occupe une surface non négligeable sans sacrifier le confort au porté ni le rendu visuel: les cornes ne dépassent pas et l'ensemble se positionne sans souci. Il s'agit d'un excellent point à souligner. Les informations sont lisibles à part peut-être la petite flèche périphérique du second fuseau qui peut se confondre avec l'affichage jour/nuit. Le mélange de noir et d'orange est agréable à observer et le charme de la montre finit par agir. Je ne parle pas ici d'un coup de foudre mais d'une séduction lente. Petit à petit, ses arguments esthétiques font oublier la banalité de l'affichage et arrivent, au bout du compte, à faire pencher la balance du côté positif.

Vous l'avez compris, la Destination 03 ne m'a pas entièrement convaincu. Je connais Hautlence depuis les premières années de la marque et en tant que fan des montres initiales, je ne peux pas me satisfaire d'une Hautlence équipée d'un Soprod. Ceci étant dit, il serait regrettable de négliger cette montre. Elle remplit de façon tout à fait respectable sa mission  en proposant une nouvelle complication pour la marque et en constituant une entrée de gamme crédible grâce notamment à la réussite de son boîtier et au cadran joliment dessiné.

A noter que la Destination est également disponible avec un boîtier or rose/titane (01) et entièrement titane (02).

Merci à l'équipe Hautlence pour son accueil à Baselworld 2013.

Les plus:
+ un effort louable de proposer une nouvelle complication à un tarif plus bas
+ le boîtier, esthétiquement réussi, original et élégant
+ le cadran, joliment dessiné avec une intégration très satisfaisante de l'indicateur jour/nuit
+ le confort au porté

Les moins:
- l'affichage traditionnel du temps qui semble incongru dans le contexte de Hautlence
- la petite taille de la grande date
- l'utilisation d'un mouvement plus banal qu'à l'accoutumé

lundi 2 septembre 2013

IWC: Portugaise Chronographe Classique

Il fallait s'y attendre. Le développement du mouvement chronographe de manufacture donnait l'opportunité à IWC de réinterpréter un des grands classiques de sa collection: la Portugaise Chronographe. Cette dernière est considérée, à juste titre, comme une des montres contemporaines les plus marquantes, une sorte d'incontournable base de collection. Même si le mouvement qui l'équipe n'est guère exclusif (un Valjoux 7750 retravaillé), la Portugaise Chronographe séduit par son style intemporel et facilement reconnaissable grâce aux chiffres appliqués et à l'alignement vertical des compteurs. La Portugaise Chronographe Classique, présentée au SIHH 2013, s'inspire évidemment de sa devancière mais s'en distingue nettement sur bien des aspects. 


C'est tout d'abord du point de vue esthétique que la nouvelle Portugaise marque sa différence. Le boîtier est plus important (42mm vs 40,9mm), plus épais (14,5mm vs 12,3mm) ce qui lui donne instantanément un aspect plus cossu malgré des proportions peu ou prou similaires. La lunette est plus épaisse ce qui a pour effet de réduire la taille perçue alors que la Portugaise Chronographe se remarque par sa très grande ouverture de cadran et son rehaut incliné. La graduation est plus marquée sur le nouveau modèle car mise en valeur par la présence d'un chemin de fer. Sur la Portugaise Chronographe précédente, la graduation se trouve sur le rehaut incliné n'étant accompagné que par de très discrets points sur le cadran. Ces petits détails semblent anodins mais très rapidement ils finissent par définir une différence fondamentale entre les deux montres: l'ancien chronographe possède un cadran plus pur, plus aéré tandis que le nouveau remplit beaucoup plus l'espace disponible.

Malgré tout, l'air de famille demeure puisque nous retrouvons les chiffres appliqués, le fameux alignement vertical des compteurs et la forme des aiguilles. Le guichet de date est en revanche un signe distinctif évident. L'absence de date contribue fortement au charme de la Portugaise Chronographe. Cependant IWC n'a pu résister à la tentation de rajouter l'affichage des quantièmes au nouveau chronographe. A titre personnel, je ne le trouve pas indispensable mais les contraintes commerciales étant ce qu'elles sont, il était difficile pour IWC de s'en priver une nouvelle fois.


Si, comme de tradition, le compteur inférieur est dédié à la trotteuse permanente, le compteur supérieur apporte la preuve de l'utilisation du mouvement de manufacture. En effet, il regroupe les totaliseurs des heures et des minutes. J'apprécie beaucoup cette idée car en lançant le chronographe au moment adéquat, c'est une manière d'afficher un second fuseau horaire dont les minutes seraient indépendantes de celles du fuseau principal... un côté pratique en cas de déplacement en Inde ou dans tout autre pays au fuseau décalé! Attention cependant à ne pas appuyer sur le poussoir par mégarde! Comme le chronographe est flyback, le retour à zéro involontaire du chronographe  arriverait plus vite que prévu. De façon beaucoup plus triviale, pour en revenir à la fonction première du chronographe, ce type d'affichage permet au cadran de se passer d'un troisième compteur. En revanche, une légère confusion peut être faite entre les deux aiguilles. J'aurais utilisé deux codes couleurs pour bien les distinguer.


Un des éternels reproches faits à l'encontre de la Portugaise Chronographe est le fond plein qui ne permet pas d'apprécier le mouvement. Une fois de plus, c'est un point qui ne me dérange guère. Mais, même si le Valjoux 7750 n'est pas d'une beauté fatale, nombreux sont ceux qui aimeraient pouvoir observer le mécanisme de la montre à l'oeuvre. IWC profite donc de son mouvement de manufacture, le 89361, pour mettre un fond transparent à sa nouvelle Portugaise Chronographe. Il s'agit incontestablement d'un mouvement aux performances intéressantes. Comme évoqué précédemment, il propose un flyback, un compteur heures-minutes unique, le tout accompagné d'une réserve de marche de 68 heures.

Il occupe généreusement le boîtier ce qui est une caractéristique finalement assez rare dans l'horlogerie de nos jours. La taille des mouvements de manufacture d'IWC est importante et c'est un plaisir de voir une cohérence entre les diamètres du mouvement et du boîtier. Le calibre 89361 se remarque par son architecture et l'effet de profondeur qu'il procure. En revanche, la décoration est très austère ce que je trouve dommage. Certes la finition technique est au rendez-vous mais dans le contexte d'une Portugaise Classique qui incarne une certaine idée de l'élégance, une approche décorative plus flatteuse aurait été la bienvenue. Ce que j'accepte à la rigueur avec une Yacht Club Chronographe, je l'accepte peut-être moins avec cette montre.


En la mettant au poignet, j'ai pu constater que la différence de taille avec la Portugaise Chronographe, réelle sur le papier, s'estompait dans la réalité. J'ai déjà évoqué les ouvertures de cadran et le fait que la première montre possède un cadran plus épuré. Un autre élément contribue à ce sentiment: il s'agit du verre à bord arqué qui donne un côté plus contenu à la montre. En tout cas, le confort au porté est au rendez-vous grâce à un bon maintien sur le poignet.

La qualité perçue de la nouvelle Portugaise Chronographe Classique est en hausse par rapport à sa devancière: le rendu du boîtier, la forme du verre, les détails du cadran placent cette montre dans un autre segment. IWC le fait chèrement payer puisque l'écart tarifaire entre les deux montres, à matériaux de boîtier équivalents est très conséquent. Le prix se situe autour de 12.000 euros pour la version en acier ce qui constitue un prix élevé par rapport à la concurrence proposant également des mouvements de manufacture. Au bout du compte, tout est une question de curseur. Si l'attrait des fonctions additionnelles et l'intérêt du mouvement maison justifient aux yeux de l'acquéreur potentiel cet écart, il pourra céder à la tentation car la montre possède de sérieux atouts. En revanche, je persiste à penser qu'elle ne dégage pas le même charme que la Portugaise Chronographe précédente qui, grâce à sa pureté et à sa grande ouverture de cadran, continue à se révéler très séduisante. La bonne nouvelle est que les deux montres continuent à cohabiter au sein de la collection mais pour combien de temps encore?

Merci à l'équipe de la boutique IWC de Rome.

Les plus:
+ une belle finition de cadran
+ la forme du verre, très élégante
+ la qualité perçue en hausse
+ les performances du mouvement 89361

Les moins:
- la finition austère du mouvement
- les deux aiguilles du compteur unique ont la même couleur
- le prix