dimanche 31 mars 2013

Loupe System: Modèle 01

En tant que collectionneur, Alberto sait pertinemment que dans la très grande majorité des cas, les loupes à disposition des amateurs ne permettent pas de totalement répondre à leurs exigences en matière de qualité de restitution des détails des cadrans, des mouvements, des boîtiers. Partant de ce constat, il décida de créer une loupe aux performances  améliorées. Les premières personnes qui eurent l'occasion de tester les prototypes furent immédiatement séduites par la qualité et la finesse de l'agrandissement proposé si bien que les demandes d'acquisition s'enchaînèrent. Ce succès initial, fort encourageant car dû aux réactions positives de collectionneurs et d'horlogers reconnus, insuffla la dynamique de développement à Alberto qui décida par la suite de créer une gamme complète de loupes et d'accessoires commercialisée à travers la société Loupe System.

Je pense que tout l'intérêt de cette loupe, le modèle 01, réside dans le fait qu'elle a été créée par quelqu'un qui connaît parfaitement les attentes des collectionneurs. Cela se sent dans une multitude de détails fort appréciables. Prenons plusieurs exemples:
  • combien de fois avons-nous heurté un boîtier avec la loupe à trop vouloir approcher la montre? Les bagues inférieures et supérieures de la loupe sont en caoutchouc dont il n'y a plus aucun risque de griffer le boîtier. 
  • combien de fois avons-nous laissé tomber une loupe? Grâce à son étui, la loupe est totalement protégée même en cas de chute d'une certaine hauteur. Les bagues en caoutchouc apportent aussi une protection supplémentaire.
  • combien de fois  avons-nous manipulé des loupes peu pratiques à l'usage? La forme cylindrique de la loupe et sa taille permettent une excellente prise en main. En revanche, le poids de la loupe peut surprendre (125 grammes) même si à titre personnel, cela ne m'a pas dérangé.
  • combien de fois avons-nous souhaité de pouvoir personnaliser nos loupes? Plusieurs types de finition sont disponibles en jouant avec les couleurs du caoutchouc (noir ou marron) et les matières de la partie centrale (caoutchouc - carbone - alligator).
  • combien de fois avons-nous voulu utiliser la loupe avec un appareil photo ou une caméra pour filmer de près le fonctionnement d'un mouvement? Grâce à un support pour I-Phone 4 ou 5 vendu séparément, la loupe peut se fixer sur le téléphone afin de permettre la prise de photos ou l'enregistrement d'un film.
 La mallette et son contenu:



La mallette peut se transformer en boîte de rangement pour 4 montres:



Tous ces exemples seraient anecdotiques si la loupe n'était pas irréprochable dans sa fonction fondamentale: la restitution d'un agrandissement. Le résultat est à la hauteur de mes espérances: l'image est nette, large (40mm), lumineuse, précise (x6) et surtout sans distorsion. C'est une plongée spectaculaire dans les moindres détails qui nous est proposée. Une telle qualité est obtenue grâce à l'utilisation de 5 verres en provenance du système optique professionnel d'un appareil photo du début des années 80. Ils sont répartis en 3 groupes soit 2 paires autour du verre central. Le rôle des paires de verres est de corriger les distorsions de tout ordre lié à l'agrandissement.

La loupe à gauche et la bague supérieure de rechange à droite:


Les accessoires sont nombreux: chiffon de nettoyage, bague supérieure de rechange plus fine permettant d'agrandir le diamètre de vision, housse et étui de protection. Ils sont rassemblés dans une mallette de transport qui protège son contenu grâce à un rangement en mousse. Un rangement supplémentaire est disponible et transforme la mallette en boîte de transport pour 4 montres.  Une modularité très appréciable!


Les prix de la loupe sont de 375 dollars dans la version à partie centrale caoutchouc, de 450 dollars dans la version carbone et de 575 dollars dans la version alligator. Ils peuvent sembler élevés dans l'absolu mais ils sont évidemment liés à la qualité de l'optique, de la fabrication. Le packaging complet et modulable les justifie aussi en grande partie.

La partie centrale de la loupe est disponible en 3 matières différentes:


Le modèle 01 de Loupe System m'a donc séduit car il m'a permis de découvrir sous un angle différent les montres que j'ai pu observer avec. Grâce à sa mallette et à ses accessoires, cette loupe constitue selon moi un très joli cadeau à faire à un amateur éclairé.  Mais attention, ce n'est pas sans danger! Compte tenu de la qualité de l'agrandissement, les défauts deviennent plus apparents et l'utilisation de la loupe peut bouleverser quelques certitudes voire même causer des déceptions. En attendant, je veillerai à l'avoir toujours avec moi lors des rendez-vous horlogers afin de juger avec plus de pertinence l'exécution des finitions!

Le packaging au complet:


Je souhaite à Alberto que le développement de Loupe System se poursuive avec succès. Ce sera avec beaucoup d'intérêt que je découvrirai les évolutions et accessoires à venir.

Pour plus d'informations:

lundi 25 mars 2013

Audemars Piguet: Tradition Tourbillon Répétition Minutes Chronographe

Au sein de la très discrète collection Classique d'Audemars Piguet, les montres Tradition ont pour but de démontrer le savoir-faire horloger de la Manufacture du Brassus dans le contexte d'un boîtier de forme coussin en platine, d'index appliqués et d'aiguilles cathédrale inspirés par la montre réalisée pour John Schaeffer au début du siècle dernier. Les premières Tradition, l'Extra-Plate et le Calendrier Perpétuel furent dévoilées en 2009 et se distinguèrent par leur taille (43mm pour la montre 2 aiguilles, 47mm pour la montre compliquée), leurs boîtiers de caractère et la très belle qualité des finitions. Elles furent suivies par la Tradition Calendrier Perpétuel Répétition Minutes. Le SIHH 2013 donne l'occasion de découvrir la dernière représentante de cette collection: la Tradition Tourbillon Répétition Minutes Chronographe.


Dès le premier coup d'oeil, cette Tradition rappelle la Jules Audemars équivalente. En effet, l'organisation du cadran est similaire: le Tourbillon à 6 heures et le compteur des minutes du chronographe à 3 heures. Je dois avouer que je n'ai jamais  été un grand fan de ce type de cadran. Il me donne d'abord un sentiment de déséquilibre, comme si un élément manquait sur la partie gauche. De plus, la taille de l'ouverture du Tourbillon donne l'impression de rendre le compteur des minutes encore plus petit qu'il n'est. D'un autre côté, cette sensation d'asymétrie forge le caractère de la montre et lui apporte une certaine originalité.

Avec un diamètre de 47mm, j'aurais pu craindre que le cadran comporte une trop grande zone vide. Heureusement, l'ouverture du cadran demeure limitée en raison de l'épaisseur de la lunette. La taille des chiffres appliqués permet également de compenser en partie l'absence d'indicateur à gauche.


Le grand atout de la Tradition demeure son exécution sans faille. La finition du cadran est parfaite et c'est un vrai régal que d'observer les aiguilles en or rose survoler les index appliqués du même métal. Ces derniers contribuent fortement à la qualité perçue grâce à leur relief, leurs formes et leur beauté. J'aime beaucoup le jeu de couleurs très élégant entre le gris argenté satiné du cadran et l'or rose des aiguilles et index. Une fine minuterie à chemin de fer parcourt la périphérie du cadran et souligne la forme du boîtier. Elle permet aussi de réduire la taille ressentie car elle occupe la partie comprise entre les index et la lunette.

Le Tourbillon est très classique dans sa mise en scène mais interprété de façon irréprochable. J'apprécie notamment la finition du pont. Audemars Piguet a cependant positionné au-dessus du Tourbillon une trotteuse en or rose qui ne me semble pas indispensable car la cage effectue une rotation par minute. La graduation autour de l'ouverture pouvait être aussi évitée.


Le verrou situé sur la gauche trahit la présence de la Répétition Minutes. Le verrou, tout comme les poussoirs du chronographe à droite, s'active sans problème pour lancer le mécanisme de répétition. Le son obtenu, joué sur deux timbres, est pur mais pas d'un très grand volume. Il faut dire que le platine n'a jamais été le meilleur matériau pour une montre sonore, quelle qu'elle soit. Cependant, Audemars Piguet à travers les équipes de Renaud & Papi a travaillé sur l'isolation sonore du mécanisme et j'ai trouvé qu'il y avait moins de sons parasites qu'avec la Jules Audemars équivalente.

Le mouvement à remontage manuel qui équipe cette Tradition est le calibre 2874 dont la fréquence est de 3hz et la réserve de marche de 48h. Il s'agit d'un mouvement de facture traditionnelle mais parfaitement exécuté. Chaque mécanisme de complication se distingue nettement: les gongs autour du mouvement, les marteaux en arrière plan et les pièces du chronographe au premier plan. Chaque élément est fini avec beaucoup de soin comme le prouvent la qualité des anglages, les alternances entre traits tirés, traits brouillés et perlage. Les 504 composants créent un ensemble complexe mais raffiné où la subtilité de la décoration est mise en valeur par la très grande maîtrise des horlogers de Renaud & Papi. Le mouvement n'est pas seulement beau à observer, il est également efficace car j'ai pu apprécier l'efficacité du déclenchement du chronographe bien aidé en cela par la forme des poussoirs.


La Tradition Tourbillon Répétition Minutes Chronographe est une montre paradoxale. Une fois mise au poignet, elle surprend par la simplicité de son cadran alors qu'elle héberge 3 complications majeures. La présence d'un seul sous-cadran, Tourbillon mis à part, renforce ce sentiment. Le verrou reste discret le long de la carrure gauche et je ne peux pas dire que les poussoirs soient très proéminents. Audemars Piguet a joué la carte de la discrétion, c'est un très bon point mais qui est plus ou moins imposé par la taille du boîtier: 47mm, même avec une ouverture du cadran mesurée, cela reste un gabarit imposant. La forme du boîtier, son poids, l'épaisseur de la lunette, la présentation asymétrique du cadran confèrent à la Tradition un certain côté radical voire excessif alors qu'elle est sensée incarner l'horlogerie classique dans ce qu'elle a de plus exclusif. Ce contraste peut surprendre mais en fin de compte, c'est lui qui crée tout l'intérêt de la pièce.


Une nouvelle fois, Audemars Piguet et Renaud&Papi démontrent leurs talents dans la mise en oeuvre et dans la finition d'un mouvement compliqué. La Tradition Tourbillon Répétition Minutes Chronographe est une montre impressionnante par son contenu horloger. Le contenant prête plus à discussion mais il possède au moins la vertu de définir son caractère unique. Cette Tradition ne laisse pas indifférent et se distingue ainsi nettement de la Jules Audemars équivalente.

Un grand merci à l'équipe Audemars Piguet pour son accueil pendant le SIHH 2013.

dimanche 24 mars 2013

Hublot: Classic Fusion Squelette 42mm

La Classic Fusion Squelette est sans aucun doute une de mes Hublot préférées. Dévoilée en 2012, elle marque une orientation de la marque vers un style plus élégant et une meilleure mise en valeur du contenu horloger. Lorsque je la découvris pour la première fois, je fus immédiatement séduit par son design élancé et par le rendu du cadran "Squelette" qui définit une atmosphère très contemporaine fidèle à l'image de Hublot.

La montre n'est pas à proprement parler un véritable squelette puisque les éléments du mouvement ont été usinés tels quels et n'ont pas fait l'objet du travail décoratif consistant à ouvrir les platines et les ponts. Mais qu'importe puisque le résultat est convaincant! La finition n'est certes pas aussi impressionnante que celle d'une Audemars Piguet 15305 mais l'aspect brut et géométrique du cadran, les index appliqués et la trotteuse décalée  forment un ensemble cohérent et non dénué d'originalité.


Le bilan aurait pu être parfait mais au fond de moi, j'ai  regretté dès le départ le diamètre imposant (45mm) qui me semble hors de propos pour une telle montre. Tout d'abord, il conduit à un rapport diamètre/épaisseur élevé conduisant à un léger sentiment de disproportion. Ensuite, le boîtier est trop grand pour une réinterprétation moderne et audacieuse de la montre 3 aiguilles.

La version 42mm qui vient d'être présentée est assurément beaucoup plus équilibrée. Grâce à son diamètre plus contenu, ses proportions apparaissent comme plus harmonieuses sans réduire l'impact visuel du cadran. En effet, seule la section circulaire périphérique du cadran a été retirée. Le résultat est plus agréable  car le mouvement rejoint cette fois-ci la lunette sans artifice: sa taille apparaît comme adaptée à celle du boîtier. La longueur des index reste peu ou prou la même et du fait du retrait de la section périphérique sur laquelle ils mordent dans la version 45mm, ils pénètrent plus vers l'intérieur du mouvement.


Le gain esthétique est moins perceptible lorsque nous retournons la montre car le mouvement  est très bien intégré côté ponts dans la Classic Fusion Squelette d'origine. La lunette arrière recouvre légèrement  le mouvement comme le prouve la position du balancier. La finition est évidemment identique à celle de la version 45mm et cohérente avec le rendu du cadran.


C'est bien au poignet que la nouvelle taille s'apprécie le plus: la montre est plus élégante ainsi. Je pouvais craindre qu'elle perde un peu de son originalité mais c'est presque le contraire qui se passe. En devenant plus petite, la Classic Fusion Squelette concentre les détails et le rôle du cadran s'en trouve renforcé.   Le boîtier tombe mieux sur mon poignet et la montre devient véritablement polyvalente, à l'aise dans un contexte très formel ou avec une tenue plus décontractée. J'ai plus de mal à concevoir la version 45mm avec un costume compte tenu de sa taille un peu excessive mais c'est un point de vue purement personnel.

Hublot a donc fait un excellent choix en proposant la Classic Fusion Squelette dans un boîtier de 42mm. Grâce à un meilleur respect des proportions et à l'harmonie qu'elle dégage, elle supplante sans difficulté dans mon esprit la version d'origine.


La Classic Fusion 42mm est disponible en titane et en King Gold (avec la possibilité d'utiliser un bracelet du même métal)  et peut-être que les nouvelles déclinaisons de la version 45mm de cette année lui seront également dédiées dans le futur.

Merci à l'équipe Hublot France.

mercredi 20 mars 2013

Vacheron Constantin: Patrimony Traditionnelle Petite Seconde Platine

Vacheron Constantin a dédié la plus grande partie de sa collection du SIHH 2013 aux montres féminines mais les hommes n'ont pas été oublié comme le prouve cette nouvelle version de la Patrimony Traditionnelle Petite Seconde. Certes, du point du vue horloger, elle ne présente strictement rien de nouveau par rapport aux autres modèles équipés du mouvement 4400. Cependant, elle se distingue par une très jolie combinaison de couleurs créée par le cadran gris ardoise et le boîtier en platine.

Loin d'être une montre aux couleurs neutres, cette Patrimony Traditionnelle surprend par la richesse chromatique de son cadran. Les index et croix de Malte appliqués se distinguent nettement par leur côté lumineux alors que le fond du chemin de fer de la minuterie surprend par son aspect sombre. C'est donc une véritable palette de gris qui s'offre à notre regard que les photos, prises dans des conditions de lumière difficiles, traduisent qu'imparfaitement.

J'ai toujours apprécié la Patrimony Traditionnelle Petite Seconde et ce, quelque soit la matière de son boîtier. J'aime la chaleur de la version en or rose, la discrétion de la version en or gris. La version Platine est la plus subtile, c'est également celle qui du fait du gris dominant a la taille perçue la plus petite.

Avec ses 38mm de diamètre et son épaisseur de 7,9mm, le boîtier Patrimony est dans ce contexte un modèle d'équilibre et de raffinement. La taille est idéale pour une montre simple, suffisamment grande pour profiter des détails du cadran tout en restant dans des proportions  raisonnables compte tenu du diamètre propre du mouvement 4400 (28,6mm). Le ratio entre les deux diamètres (38/28,6) favorise ce sentiment d'harmonie. Imaginez qu'une autre très célèbre manufacture genevoise n'hésite pas à utiliser un mouvement à remontage manuel d'un diamètre inférieur à 22mm dans un boîtier équivalent: la sanction est immédiate, l'emplacement de la trotteuse traduit immanquablement cette inadéquation.

Le mouvement 4400 est très agréable à utiliser au quotidien grâce au plaisir au remontage qu'il procure et à sa réserve de marche de 65 heures qui donne une bonne marge de sécurité. Sa finition est discrète et sans défaut: les anglages et les côtes de Genève sont très proprement exécutés et même si j'aurais apprécié quelques formes de ponts un peu moins "faciles", le mouvement 4400 n'en demeure pas moins très agréable à observer.

L'élégance toute en retenue de cette Patrimony Traditionnelle s'apprécie lorsqu'elle est mise au poignet. Les aiguilles  Dauphine brode très joliment le temps et s'accordent avec les index appliqués. Le guillochage circulaire du secteur de la trotteuse apporte une petite touche d'animation générée par les effets de lumière. Quand au cadran gris, selon l'inclinaison du poignet, il tranche plus ou moins avec le boîtier. Enfin, malgré l'utilisation du platine qui l'alourdit, la montre demeure confortable: il s'agit avant tout d'une montre simple à 3 aiguilles et la différence de poids par rapport aux modèles en or n'est pas aussi significative qu'avec des montres plus volumineuses.

Cette Patrimony Traditionnelle m'a globalement séduit par sa subtilité et son élégance. C'était donc du côté du petit monde horloger et de Vacheron Constantin en particulier qu'il fallait trouver ces derniers temps les 50 nuances de gris un peu excitantes!

Merci à l'équipe Vacheron Constantin pour son accueil au cours du SIHH 2013.

dimanche 17 mars 2013

Girard-Perregaux: Chronographe 1966 "Doctor's Watch"

C'est une jolie surprise que nous propose Girard-Perregaux en ce début d'année avec une nouvelle interprétation du Chronographe 1966 réalisée dans le cadre d'une série limitée de 10 montres en or rose et de 10 en or gris pour Dubail, le célèbre détaillant parisien.

L'intérêt du Chronographe 1966 "Doctor's Watch" réside dans le design du cadran qui apporte une dimension différente. Certes, il conserve la même organisation que précédemment. A la périphérie, une échelle. En position intermédiaire, la graduation des secondes du chronographe. Puis les deux sous-cadrans. Mais la fonction de l'échelle n'est plus la même et certains détails esthétiques ont été revus profondément.  


La "Doctor's Watch" tire son nom  des montres utilisées par les médecins pour mesurer le rythme cardiaque des patients grâce à l'échelle pulsométrique. Il suffit de prendre le pouls, d'enclencher le chronographe et de compter le nombre de pulsations de référence indiqué sur le cadran (ici: 30). A la trentième pulsation, le chronographe est stoppé et l'aiguille indique en lecture directe  le rythme cardiaque. Evidemment, un chronographe n'est pas obligatoire (une montre à trotteuse centrale peut être utilisée de la même façon) mais il rend le processus beaucoup plus aisé et la lecture plus précise. Girard-Perregaux possède une longue tradition en montres de ce type puisque la Manufacture présenta ses premières "Doctor's Watch" dans les années 30. La série limitée pour Dubail est inspirée d'un de ces modèles du passé et c'est la raison pour laquelle s'en dégage une atmosphère délicieusement néo-rétro.

Plusieurs éléments contribuent à définir ce style particulier. Le premier élément est évidemment la police de caractère des chiffres. Ces derniers remplacent les index appliqués du Chronographe 1966. En effet, seuls les 12 et 6 sont présents dans la version traditionnelle à 40mm de diamètre. Le cadran apparaît donc comme plus plat et dans un premier temps, j'ai regretté cette perte de sensation de volume.

Le deuxième élément est la couleur de la graduation des secondes du chronographe. Ce cercle rouge intérieur joue un rôle important car il sépare de façon nette les fonctions habituelles du chronographe de l'échelle pulsométrique. Il diminue la taille perçue du cadran et en un sens le rend plus harmonieux. En effet, il casse l'impression de léger déséquilibre dû à la proximité des sous-cadrans du centre de la montre en raison du diamètre propre du module du chronographe. Je considère ce cercle comme très original dans notre contexte d'aujourd'hui et il contribue fortement à la réussite du cadran dans son ensemble.

Le troisième élément est la trotteuse du chronographe rouge. Elle est évidemment en harmonie avec la graduation et elle apporte une petite touche sportive au chronographe.

Le quatrième élément est la façon dont le nom de la marque est  écrit sur le cadran. Il devient plus visible car présent sur deux lignes tout en étant plus large. C'est moins discret que sur le Chronographe 1966 d'origine mais la taille des caractères est cohérente avec celle de la référence de l'échelle pulsométrique.  

Enfin, le cinquième et dernier élément est bien entendu l'échelle pulsométrique. J'apprécie fortement que l'indication de la référence soit écrite en français. L'utilisation de notre langue est certes due en partie aux contextes Dubail et "vintage" de la série limitée mais il est très agréable de voir que Girard-Perregaux a su résister à la tentation de  l'anglais.

Il est étonnant de remarquer à quel point le changement de style de cadran transforme le Chronographe 1966. A la base, grâce à ses chiffres et index appliqués, à sa sobriété, le chronographe 1966 est une montre discrète et raffinée qui incarne la complication avec beaucoup d'élégance. Le Chronographe 1966 "Doctor's Watch" est plus audacieux, moins formel comme le prouvent ses couleurs, la taille des chiffres. Il secoue la quiétude du modèle initial en lui donnant un style beaucoup plus énergique sans toutefois perdre son élégance. Fort heureusement, le Chronographe 1966 "Doctor's Watch" est basé sur la version 40mm du Chronographe 1966, celle qui me plaît le plus car plus équilibrée et sans date. Cela se ressent immédiatement au poignet: la montre se porte avec grand confort et les courbes habituelles du boîtier 1966 lui donnent beaucoup de charme. J'aime particulièrement la version en or rose car la couleur du boîtier se marie fort bien avec le rouge du cadran. La version en or blanc est moins chaleureuse mais tout aussi réussie en adoptant un style plus sportif.

Le mouvement demeure le GP030C0 à architecture modulaire. Même si je regrette que Girard-Perregaux ne possède toujours pas à ce jour un mouvement chronographe intégré de manufacture, le GP030C0 remplit sa mission sans problème grâce notamment à l'efficacité du remontage du calibre de base et à la qualité du module à roue à colonne. En revanche, sa réserve de marche est plutôt courte (minimum de 36 heures) et évidemment, il est un peu frustrant esthétiquement parlant car le module est situé juste derrière le cadran: malgré le soin apporté à sa finition, le GP030C0 présente immanquablement l'aspect d'un mouvement à trois aiguilles. Son diamètre (23,9mm) reste petit pour le boîtier et j'aurais préféré un fond plein avec une jolie gravure à la place du fond saphir.

Malgré cette dernière remarque, le  Chronographe 1966 "Doctor's Watch" m'a séduit par son esthétique réussie, par la cohérence entre le cadran et les courbes du boîtier et par le charme légèrement suranné qu'il dégage. Cette série limitée est pertinente car elle transforme le style initial du Chronographe 1966 tout en revisitant l'histoire de la Manufacture.

Merci à l'équipe de la boutique Dubail Place Vendôme  pour son accueil.

lundi 11 mars 2013

HYT: H1

Alors que la Foire de Bâle se profile et que les premières photos de la H2 commencent à circuler, je souhaite revenir sur la H1 qui fut récompensée par le prix de l'innovation du Grand Prix d'Horlogerie de Genève en 2012. De nombreux articles ont été écrits sur cette montre qui a fait l'objet d'une grande couverture médiatique stimulée par le talent de communicant de Vincent Perriard mais pas uniquement! Car si la H1 a mérité cette attention soutenue, c'est avant tout grâce à son audace technique et sa façon d'afficher le temps pour le moins originale.

Imaginez les toutes premières clepsydres: l'eau servait à indiquer le temps qui passait en s'échappant d'un bol conique. 3.500 années plus tard, Vincent Perriard réinterprète ce concept en utilisant un liquide pour afficher ce lent mais constant écoulement du temps. Et tout comme les Egyptiens qui devaient remplir régulièrement le bol pour que la mesure puisse se poursuivre, la H1 symbolise de façon presque mimétique ce remplissage grâce à un mouvement rétrograde du liquide. HYT, le nom de la marque, signifie "Hydro Mechanical Horologists". Les premiers inventeurs des clepsydres étaient en fait des "Hydro Horologists"... voici donc à travers une montre innovante et surprenante un lien qui se crée entre les origines de la mesure du temps et l'horlogerie contemporaine.


L'affichage de la H1 est très simple à expliquer. Imaginez une montre possédant une aiguille rétrograde qui parcourt une graduation en arc-de-cercle allant de 6 heures à 6 heures: vous avez le concept de la H1 si ce n'est qu'il n'y a point d'aiguille principale. La section remplie par le liquide de couleur simule la distance parcourue par cette aiguille virtuelle. Bien évidemment, un tel affichage d'inspiration mono-aiguille n'est pas d'une précision redoutable. Comme les clepsydres finalement! C'est la raison pour laquelle la H1 est accompagnée d'un sous-cadran en son sommet, juste sous l'arc-de-cercle, qui indique avec la précision exigée par le monde d'aujourd'hui, les minutes. Cependant, nous pourrions nous passer de cet affichage complémentaire. Le liquide avançant de façon régulière, sans à-coup, l'heure complète peut être devinée en examinant la position de la partie colorée entre les deux graduations. 

La H1 arbore aussi un témoin de marche, une sorte de trotteuse, sur la gauche du sous-cadran des minutes et un indicateur de réserve de marche sur sa droite. Elle ne possède pas de cadran principal qui servirait à présenter toutes les informations. La H1 fascine car le mouvement des soufflets devient acteur et anime le côté visible de la montre.

La couronne à 2h30 se manipule sans souci:


Nous touchons la grande force de la H1, ce qui la rend intrigante, fascinante tout en restant cohérente. L'originalité de l'affichage entraîne une architecture de mouvement unique. Le liquide n'est pas le seul élément majeur qui caractérise la H1: les forces qui le font bouger constituent également une de ses composantes essentielles et apparentes grâce aux mouvements de compression et de relâchement des deux réservoirs situés dans la partie inférieure de la montre.

En fait, la H1 est un point de rencontre entre l'horlogerie et la mécanique des fluides, nous pourrions presque dire qu'elle interprète le concept de fluide mécanique! En cela, elle est un prolongement des premières idées de Vincent Perriard autour de l'animation d'un liquide coloré entrevues chez Concord. Mais cette fois-ci, le principe va beaucoup plus loin puisque de fonction annexe, il devient acteur principal.

Le liquide n'est malheureusement pas luminescent. Une piste de réflexion pour l'avenir?


Nous sentons bien que la difficulté majeure  inhérente à une telle montre ne se situe pas à proprement parler dans le mouvement qui crée l'énergie nécessaire au fonctionnement de l'affichage mais bien dans les propriétés physiques des éléments de cet affichage.

Ce dernier nécessite non pas un mais deux liquides suffisamment fluides... mais pas trop: chaque liquide doit impérativement rester de son côté! L'un est chargé de fluorescéine. L'autre est transparent. Les molécules qui les composent agissent grâce à leur répulsion pour éviter tout risque de mélange.

Il exige aussi un verre capillaire à l'extrême finesse qui permet une circulation optimale des liquides: si les liquides ne glissent pas parfaitement, ils risques de se mélanger, de troubler l'affichage.

Les deux soufflets qui agissent sur les réservoirs requièrent aussi un alliage spécial pour qu'ils fonctionnent de façon fiable et pérenne.


La partie la plus ardue, en dehors de la composition des liquides, est sûrement la fabrication du verre capillaire. HYT a fait appel à deux sous-traitants de haute technologie capables à la fois d'usiner une pièce d'une telle forme, d'une telle finesse avec un segment évidé en son centre et d'apposer plusieurs couches de revêtement sur les parois intérieures afin de faciliter le parcours du liquide en réduisant les frottements.

Le mouvement n'est pas en reste. Il se devait d'être à la hauteur d'une telle ambition technique. En retournant la montre, nous découvrons un mouvement à remontage manuel dont le style nous est familier. Si vous vous rappelez le mouvement de la Z6 de Harry Winston, vous retrouverez une esthétique un peu similaire, notamment dans la forme des ponts. Jean-François Mojon et l'équipe de Chronode ont développé ce mouvement exclusif en partenariat avec HYT dont l'objectif principal est la régularité de marche afin que le soufflet de gauche soit compressé de façon parfaitement constante et que le soufflet de droite puisse se relâcher sans perturber le fonctionnement de la montre.

Même si, comme du côté visible de la montre, une grande partie de la surface du mouvement est dédiée aux soufflets des réservoirs, il présente une très belle architecture avec notamment un joli pont de balancier évidé et des effets de relief  assez spectaculaires. Sa finition est très propre et l'ensemble est agréable à observer car une atmosphère technique s'en dégage, en harmonie avec le concept de la H1. Sa fréquence est de 4hz et sa réserve de marche est de 65 heures ce qui est une bonne performance compte tenu de la complication de l'affichage.


En mettant la montre au poignet, j'ai été immédiatement transporté dans un monde inhabituel: la H1 donne l'impression d'être une sorte de laboratoire ambulant, une espèce de machine infernale alimentée par les deux soufflets! Le liquide coloré est bien visible et l'heure dans son ensemble se lit sans souci. Je parle bien de l'heure dans son ensemble car très vite, comme je l'ai indiqué précédemment, j'ai appris à me passer de l'aiguille des minutes. A la limite, j'aurais trouvé un tel sous-cadran plus approprié avec un système de "liquide sautant" qui aurait bougé par section d'une heure d'un seul coup. J'imagine les contraintes techniques d'un tel système: un parcours lent et régulier semble plus approprié.

Tout comme le mouvement, la partie visible de la H1 surprend par ses effets de volume, par ses différents nivaux, par la forme des soufflets. Il est difficile de parler de "finitions décoratives" en reprenant les critères de l'horlogerie traditionnelle. Mais l'ensemble est esthétiquement réussi et chaque élément s'emboîte bien avec les autres. La H1 est une montre imposante (48,8mm de diamètre) et surtout épaisse (17,9mm). Heureusement, les cornes sont relativement courtes et imposent une forme de bracelet qui épouse bien le poignet. La taille ne choque pas puisqu'elle est ici rendue obligatoire par l'affichage. Il est évident que la montre a une forte présence mais plus que sa dimension, ce sont bien les soufflets et la section parcourue par le liquide coloré qui se remarquent. Le boîtier existe en 4 déclinaisons: titane, titane avec revêtement noir, or rose et mélange or rose - revêtement noir. Ma préférée est la titane avec revêtement noir... une fois n'est pas coutume. Je privilégie ici le titane pour des raisons de poids et de discrétion: l'or rose me semble un peu excessif compte tenu du gabarit. Le revêtement noir met en valeur le liquide coloré et améliore donc la lecture de l'heure. Le fait que le cheminement du liquide soit extrêmement lent est bien entendu logique mais un peu frustrant. Heureusement, toutes les 12 heures, à 6 heures, le liquide entreprend son grand retour à la case départ et effectue le chemin inverse en quelques secondes. Un spectacle à ne pas rater!


Incontestablement, Vincent Perriard et l'équipe HYT ont frappé un grand coup: la H1 réinvente le concept de la clepsydre et transforme cette mesure du temps ancestrale en l'inscrivant dans la modernité pour ne pas dire la haute-technologie contemporaine. Le potentiel lié à l'utilisation de liquides est immense et je n'ose imaginer les idées qui traversent l'esprit de Vincent Perriard! Mon seul point de vigilance demeure malgré tout le comportement des liquides sur le long terme. Avec des écarts de températures, après de nombreux allers-retours, auront-ils toujours le même comportement? Le risque de mélange ou de fragmentation qui a constitué un des obstacles rencontrés lors du développement de la H1 est-il définitivement levé? Seul l'usage au quotidien de la H1 permettra de répondre à ces questions.

Un grand merci à l'équipe HYT pour son accueil à Bâle et au Salon Belles Montres à Paris.

dimanche 10 mars 2013

Patek 5204 vs Lange 1815 Rattrapante QP: le choc des Chronographes Rattrapante QP

La présentation récente de la Lange & Söhne 1815 Rattrapante QP me donne l'opportunité de procéder à un comparatif avec son alter-ego de chez Patek, la 5204. Si Patek demeure la marque la plus prestigieuse, Lange, depuis la présentation de sa première collection contemporaine en 1994, a su trouver sa place au sommet de la pyramide. C'est la raison pour laquelle Patek et Lange sont considérées, à juste titre, comme deux des marques qui symbolisent le mieux l'excellence  de la Haute Horlogerie. Elles sont souvent comparées alors que tout les oppose: pays d'origine, histoires, style, esthétiques, architectures des mouvements, complications, volume de production. Il est impossible de confondre une Patek avec une Lange et cela se ressent immédiatement dans ce comparatif car chaque montre est profondément marquée par le style propre de chaque manufacture. C'est ce que nous attendons d'ailleurs de marques de ce niveau: une approche unique, un engagement fort, une conviction que les principes appliqués sont les meilleurs.

La 1815 Rattrapante QP fut dévoilée lors du SIHH 2013 soit quelques mois seulement après la 5204 qui le fut lors de la Foire de Bâle de 2012. Elles concentrent donc le savoir-faire actuel des deux manufactures autour de complications qu'elles maîtrisent bien: le chronographe rattrapante et le Quantième Perpétuel. Je vous propose de les comparer autour de plusieurs thèmes qui vont mettre en avant les nettes différences de conception.

Les forces en présence:

Lange 1815 Rattrapante QP:

 

 Patek 5204:


A) Originalité dans la collection

La 5204 n'est pas le premier chronographe rattrapante QP de Patek, succédant à la controversée 5004: c'est toute la magie Patek, malgré ses problèmes à répétition, la 5004 est demeurée une montre fascinante. La 5204 a ainsi une double mission: l'une officielle qui consiste à succéder à sa devancière en utilisant cette fois-ci le mouvement chronographe maison, l'autre moins avouable qui a le but de faire oublier les problèmes de fiabilité de la 5004. Esthétiquement parlant, la 5204 possède un air de famille certain avec le chronographe QP 5270, tout du moins au niveau de l'organisation du cadran car le boîtier de la 5270 est beaucoup plus audacieux avec ses cornes proéminentes. Bref, chez Patek, nous nous sentons en territoire connu.

La 1815 Rattrapante QP est en revanche bien plus singulière au sein de la collection Lange: c'est la première fois que Lange s'attaque à un tel regroupement de complications même si elles ont été traitées de façon séparées précédemment (Datograph Perpetual - Double Split). Rarement une 1815 aura été aussi compliquée puisque les 1815 précédentes se distinguaient par au plus deux complications additionnelles (jour et rang de la semaine pour la Kalendarwoche) et plus généralement par une seule: réserve de marche, phase de lune. La 1815 Rattrapante QP est en outre la première Lange qui affiche la date... sans la grande date (tout comme la Grande Complication d'ailleurs). Une singularité due à la volonté d'organiser différemment le cadran par rapport à un Datograph Perpetual.

Vainqueur: Lange 1815 Rattrapante QP pour ses particularités au sein de la collection Lange


B) Boîtier et confort au porté

Les différences d'approche se sentent très rapidement. La 5204 est plus contenue que la 1815 Rattrapante QP grâce à un diamètre de 40mm contre 41,9mm pour la Lange. En revanche, les épaisseurs sont similaires: 14,19mm pour la Patek, 14,7mm pour la Lange. Cette dernière fait un poil plus élancée mais leurs rapports diamètre/épaisseur restent très proches.

La 5204 est même plus petite que la 5270 (1mm en moins) et surtout ses cornes sont moins prononcées ce qui la rend plus agréable à porter que sa cousine de Patek, pourtant moins compliquée.

La 1815 Rattrapante QP est une montre plus lourde et cela se sent. Lange ne lésine pas dans l'utilisation des matériaux précieux et le poids propre du mouvement accentue ce sentiment. Incontestablement, la 5204 est la plus facile à porter au quotidien et la plus confortable. La 1815 Rattrapante QP nécessite un bon positionnement sur le poignet pour bien en profiter.

A noter qu'à ce jour, la 5204 n'est disponible qu'en platine alors que la 1815 Rattrapante QP existe en platine et en or rose.

Vainqueur: Patek 5204 pour son confort


C) Cadran

Je me retrouve en terrain connu avec la 5204 puisque les principes de la 5270 ont été préservés. Afin d'alléger les sous-cadrans et les rendre plus lisibles, quatre informations sont affichées par le biais de guichets: les jours et les mois de façon traditionnelle, l'année bissextile et le jour/nuit par de très discrètes ouvertures rondes dans la partie inférieure du cadran. L'intérêt est que chaque sous-cadran n'est occupé que par une seule aiguille. Les quantièmes à 6 heures sont très lisibles: n'oublions pas que c'est l'information du calendrier la plus importante à lire.

L'organisation du cadran de la 1815 Rattrapante QP est moins naturelle chez Lange: comme précisé précédemment, c'est la première fois que la grande date est abandonnée. Je reprochais au Datograph Perpetual le côté fouillis de ses sous-compteurs. Ils sont ici plus harmonieux, plus lisibles mais c'est au détriment des quantièmes évidemment plus difficiles à lire par le biais d'une aiguille qu'avec un double-guichet de grande date. La présence de deux aiguilles dans les sous-cadrans ne simplifie pas la tâche non plus. L'ensemble reste cependant très accessible même si la Patek 5204 me semble plus convaincante sur cet aspect. Mais les codes couleurs des aiguilles de la Lange sont un plus: ils délimitent de façon claire les affichages liés au chronographe (aiguilles bleues) et le reste.

Vainqueur: match nul, la Patek 5204 présente une organisation de cadran optimale et plus lisible mais j'apprécie les codes couleurs des aiguilles de la Lange.


D) Fonctions secondaires

Les deux montres proposent les mêmes principales complications, cependant elles n'ont pas les mêmes complications secondaires. La 5204 affiche un très utile indicateur jour/nuit dans un guichet qui facilite grandement la mise à l'heure et évite tout accident lié à l'utilisation des correcteurs en dehors la plage horaire adéquate. La Lange ne possède pas d'affichage sur 24 heures. Elle arbore en revanche un indicateur de réserve de marche bienvenu dans le contexte d'une montre à quantième perpétuel pour éviter tout arrêt suite à un oubli de remontage. 

Vainqueur: match nul, chaque indicateur complémentaire est utile. A noter que les deux montres possèdent une trotteuse permanente, un très bon point.

E) A l'usage

La grande force des mouvements à remontage manuel de Lange est le plaisir qu'ils procurent à leur usage quotidien: remontage, activation des poussoirs, la perfection est proche et cette 1815 Rattrapante QP ne déroge pas à la règle! La Patek 5204 ne démérite pas sur cet aspect et prend même l'avantage pour la mise en route de la rattrapante: le poussoir intégré dans la couronne est bien plus pratique que le poussoir à 10 heures de la Lange... reproche déjà fait sur la Double-Split.

Vainqueur: Patek 5204 pour son poussoir de rattrapante intégré dans la couronne

F) Performances du mouvement

Le mouvement de la Patek 5204, le CHR 29-535 PS Q profite de toutes les améliorations apportées par le mouvement chronographe maison par rapport à la base Nouvelle-Lemania. Sa fréquence de 4hz et sa réserve de marche de 65 heures le rendent plus performant que le L101.1 pénalisé par sa réserve de marche plus courte (42 heures pour une fréquence de 3hz). Grâce à cette réserve de marche qui dépasse les 60 heures, la Patek 5204 peut être laissée le week-end et récupérée le lundi matin ce qui n'est pas le cas de la Lange.

Grâce à l'utilisation  du mouvement chronographe maison, Patek comble corrige un point qui constituait un retard par rapport à Lange: le compteur des minutes devient instantané alors que chez Lange, il l'est depuis la présentation du Datograph en 1999. 

Vainqueur: Patek 5204 pour sa réserve de marche plus longue malgré sa fréquence plus élevé, un point important dans le contexte d'une montre QP.

Le mouvement  Patek CHR 29-535 PS Q:

 

Le mouvement Lange L101.1:


G) Architecture du mouvement

Incontestablement, Patek et Lange ont tenu à définir les mouvements les plus aboutis possibles pour ces montres qui constituent une sorte de porte-étendard pour leurs manufactures respectives.

La base de la Patek 5204 est le mouvement chronographe maison sur laquelle le module de QP est greffé. L'intégration du mécanisme de la rattrapante a été particulièrement soignée grâce à l'isolateur de levier de rattrapante plus fiable et au mécanisme de réduction des défauts d'alignement des deux aiguilles chronographe et rattrapante. L'isolateur permet de réduire l'impact  de l'arrêt du mobile de rattrapante sur l'amplitude du balancier et donc sur le comportement de la montre. Il est plus fin que celui de la 5004 car c'est le chapeau de la roue à colonne qui  sert lui-même de ressort. De plus la roue d'isolation tourne dans les deux sens cette fois-ci. Le mécanisme de réduction des défauts d'alignement a pour but de réduire le très léger écart qui peut exister entre les deux aiguilles du fait du décalage entre le mobile de rattrapante et le mobile de chronographe lorsque le premier est remis à zéro.

Esthétiquement, le  CHR 29-535 PS Q est très proche du CH 29-535 PS Q de la 5270: seul finalement l'adjonction du mécanisme de rattrapante les distingue. Ce mécanisme met le mouvement en valeur en lui donnant plus de profondeur et surtout en cassant les courbes un peu paresseuses des ponts et de certains éléments. Je le trouve ainsi bien plus spectaculaire dans ce contexte.

Lange a choisi une nouvelle voie pour notre plus grand plaisir: le mouvement L101.1 présente une toute nouvelle architecture et ne ressemble ni au mouvement du Double-Split ni au mouvement du Datograph Perpetual même si, évidemment, il partage une approche stylistique et technique similaire qui lui donne cette signature "Lange".

Il marque une nouvelle orientation: en effet, alors que les mouvements chronographe de la manufacture saxonne sont relativement épais du fait de leur construction, un effort particulier a été mené pour réduire cette épaisseur. Ainsi les leviers, bascules et marteau ont été affinés par rapport à ceux d'un mouvement chronographe traditionnel Lange. Plus fins, ils sont aussi légèrement plus larges. Le résultat de cette cure d'amaigrissement est plutôt réussi car le mouvement présente une hauteur (9,1mm) proche de celle du mouvement Patek (8,7mm). Je rappelle que le mouvement du Double-Split, certes à double-rattrapante mais sans module QP est de 9,45mm ce qui situe la performance .

Il est intéressant de remarquer que malgré des dimensions similaires, le mouvement Lange contient 631 composants contre 496 pour le mouvement Patek: une sorte de constante entre les deux marques, Patek privilégiant l'intégration tandis que Lange n'hésite pas à rajouter des composants.

Vous noterez aussi la position des roues à colonne, différente de celle du Double-Split, la roue à colonne du chronographe étant située entre les poussoirs. Même s'il perd un peu son côté "dentelle", le mouvement L101.1 demeure spectaculaire et un vrai régal pour les yeux.

Vainqueur: match nul, la Lange 1815 Rattrapante QP séduit par le côté plus spectaculaire de son mouvement et la nouvelle architecture qu'il présente. Le seul bémol est que l'organe régulant devient quasiment invisible même s'il se perçoit sous le mécanisme de rattrapante. L'intelligence de conception du mouvement de la Patek 5204 est à souligner et équilibre le comparatif.



H) Finitions du mouvement

Deux écoles s'affrontent: l'une plutôt discrète, l'autre plus démonstrative. Je dois avouer que Lange arrive tout de même à me séduire plus par son style particulièrement maîtrisé. A aucun moment, malgré les vis bleuies, les chatons en or, je ne ressens un sentiment d'excès. De plus, j'apprécie la perfection du prolongement des côtes de Glashütte malgré la nette séparation des ponts et la beauté de sa présentation. Le mouvement de la Patek est évidemment lui-aussi très agréable à observer mais je regrette presque la présentation du mouvement sur base Nouvelle-Lemania. Je trouve que Patek s'est facilité la tâche de finition du fait de la forme de certains éléments.

Vainqueur: Lange 1815 Rattrapante QP qui arrive à être plus démonstratif sans verser dans l'excès

I) Esthétique et finitions générales

Une fois de plus, deux chemins opposés ont été choisis. Patek adopte résolument un style général plus contemporain. Cela se sent dans l'organisation du cadran, dans la police de caractère. Lange est beaucoup plus classique et s'inspire des montres de poche traditionnelles. Si le cadran de la Patek est particulièrement bien pensé, il y a quelques détails qui me chagrinent cependant: la taille des index par exemple. Très présents et épais, ils cassent un peu le raffinement de la montre du fait de leur différence de longueur entre la partie supérieure et la partie inférieure du cadran. La forme des aiguilles n'est pas non plus très élégante à mon avis. Je trouve que l'esthétique générale de la 1815 Rattrapante QP est plus cohérente et surtout qu'elle dégage une qualité perçue supérieure. A ce titre, l'observation de l'affichage de la phase de lune en est la meilleure preuve. Le ciel étoilé est lumineux, rayonnant sur la Lange et beaucoup plus austère et triste sur la Patek. Les aiguilles Alpha de la Lange sont idéales et la beauté du cadran est bien mise en valeur.

Vainqueur: Lange 1815 Rattrapante QP pour sa meilleure qualité perçue et du fait de quelques choix un peu décevant de la part de Patek


Conclusion: match nul? Non, deux styles qui s'affrontent.

En faisant le bilan général, j'obtiens le score suivant: 3 avantages pour Patek, 3 avantages pour Lange et trois égalités. Les deux montres repartent-elles dos à dos? C'est plus compliqué que cette pure arithmétique. Au final, cette confrontation n'avait par pour but d'affirmer que l'une est meilleure que l'autre. Elle avait en revanche l'objectif de démontrer que  face à des complications similaires, Patek et Lange allaient choisir des options différentes. Les forces de la Patek 5204 sont son style contemporain, son usage facilité au quotidien tandis que la Lange 1815 Rattrapante QP recrée le raffinement des montres de poche de haute volée. A titre personnel, j'ai une préférence pour la Lange que je trouve plus spectaculaire et dont certains détails de finition  m'apparaissent plus aboutis. La Patek 5204 m'a également séduit mais pour d'autres raisons: l'intelligence de conception du mouvement et l'organisation du cadran par exemple. Mais le plus important derrière cette analyse est de remarquer que chacune de ces montres est digne de la manufacture qu'elle représente et qu'au final, leurs différences ne font que renforcer leurs atouts respectifs.

 

Un grand merci aux équipes Patek et Lange.

mardi 5 mars 2013

Peter Speake-Marin: Dong Son

Il y un je ne sais quoi chez Peter Speake-Marin qui lui permet de toujours mettre en valeur  les démarches artistiques et les techniques décoratives alternatives: je me souviens parfaitement des cadrans en émail ou des cadrans "Frost" des premières Piccadilly. Je me remémore également avec beaucoup de plaisir certaines pièces particulières comme les "Sea and Stone", les Maki-e ou les "Engraved Fighting Time" dont les cadrans furent gravés par Kees Engelbarts. Je pense que la sensibilité personnelle de Peter, sa curiosité, son envie d'explorer de nouveaux territoires favorisent cette harmonie entre l'aspect purement horloger et la dimension ornementale. C'est ce croisement de talents que je trouve fascinant à observer même si parfois, les montres qui font l'objet de telles approches produisent des résultats étonnants voire dérangeants comme par exemple la Skulls, une superbe interprétation du concept du Memento Mori. 

La Dong Son est une montre conçue pour le marché vietnamien et commercialisée depuis 2012 dans le cadre d'une série limitée de 18 pièces. Elle s'inscrit dans cette lignée artistique et une fois de plus, la magie opère. Cependant, le contexte n'est plus tout à fait le même par rapport aux montres que j'évoquais précédemment. En effet, le boîtier traditionnel Piccadilly, immédiatement reconnaissable à son rapport diamètre/hauteur particulier est maintenant remplacé par le nouveau boîtier Piccadilly, plus fin et élancé. Si je trouve qu'à titre personnel, il perd un peu de caractère, il gagne en revanche en élégance et en raffinement. Et fort heureusement, les célèbres cornes et couronne "Speake-Marin" sont toujours là! Le cadre est posé, il ne reste plus qu'à apprécier le travail décoratif réalisé sur le cadran.

Le cadran de la Dong Son est un des plus beaux que j'ai eu l'occasion d'observer ces dernières années. Inspiré par les motifs décoratifs des tambours  de la culture Dong Son, il témoigne d'une rare maîtrise technique. Les deux rangées des motifs en relief parfaitement exécutés, semblables à des micro-sculptures, ornent majestueusement le cadran tout en créant les index nécessaires à la lecture du temps. Grâce à la finesse de la gravure, à aucun moment, le cadran en or ne semble surchargé. La Dong Son n'est pas ostentatoire: elle est lumineuse comme le suggèrent les rayons de soleil centraux.

Un tél résultat ne peut être obtenu que si les autres éléments rentrent en cohérence avec le cadran. Les élégantes aiguilles bleuies se fondent dans le décor et préservent la lisibilité de la montre malgré la complexité des motifs. Elles sont idéales dans ce contexte car leur finesse  et les pommes évidées permettent de profiter de la décoration sans contrainte. Le boîtier en or rose se marie harmonieusement avec le cadran et évite un trop fort contraste entre ces deux éléments. L'ensemble demeure étonnement mesuré (discret serait un adjectif excessif) malgré l'omniprésence de l'or. Mon seul reproche finalement dans cet ensemble délicat est la présence de la référence de la série limitée sur la carrure du boîtier. Je pense qu'un numéro gravé plus sobrement sur le fond du boîtier aurait suffit.

Le mouvement de la Dong Son est l'EROS 1 que nous retrouvons dorénavant régulièrement dans la collection Speake-Marin. Il s'agit d'un mouvement Technotime construit suivant les caractéristiques définies par Peter et qui possède une fréquence de 4hz pour une réserve de marche de 5 jours. Si sa finition n'est pas au niveau de celle du mouvement maison SM2, il présente tout de même une décoration très soignée mise en valeur par le rotor bleu dont la forme reprend la signature Speake-Marin. Son côté très évidé dégage la vue sur les ponts du mouvement ce qui est très agréable.

Je pourrais passer des heures à observer à la loupe le cadran de la Dong Son, à apprécier les moindres détails, la hauteur et l'imbrication des motifs. Il ne faudrait pas oublier pour autant de mettre la montre au poignet! Ce serait en effet dommage car elle devient encore plus spectaculaire une fois portée. Le jeu de lumière provoqué par le cadran donne presque l'impression que les motifs s'animent. Leurs reliefs créent un sentiment de profondeur étonnant et les aiguilles bleuies ne troublent à aucun moment la beauté du décor. Peter Speake-Marin a fait le choix d'utiliser le boîtier dans sa version 38mm ce qui est préférable car la lunette étant plus fine, le cadran semble plus ouvert. La Dong Son n'est pourtant pas une petite montre selon les standards actuels car la longueur des cornes et leur esthétique imposante nécessitent un poignet adapté. Au final, j'aime beaucoup ce mélange de caractères entre d'un côté le boîtier très personnel, avec ses cornes vissées et sa couronne striée et de l'autre le cadran qui rend hommage à une culture millénaire d'un autre continent.

A bien y réfléchir, peu de pièces puisent leur inspiration dans cette région d'Asie alors qu'il ne se passe pas 5 minutes sans que la Chine ne serve de prétexte à la sortie de nouvelles montres ou de cadrans dédiés. La Dong Son est donc plus originale qu'elle n'y paraît et de toutes les façons, la qualité de l'interprétation arriverait à convaincre même les plus blasés.

Merci à Peter Speake-Marin et à son équipe pour leur accueil au cours du GTE 2013.

dimanche 3 mars 2013

Cartier: Calibre Chronographe

La Calibre Chronographe fut dévoilée quelques semaines avant le SIHH 2013 et ce n'est pas un hasard. Cette montre est selon moi la plus importante de la nouvelle collection de Cartier pourtant très complète et composée de plusieurs pièces spectaculaires. L'objectif de la Calibre Chronographe n'est évidemment pas le même que celui d'un Double Tourbillon Mystérieux mais il est encore plus stratégique pour Cartier: il consiste à positionner la marque de façon crédible et durable dans le segment des chronographes automatiques de manufacture  dont le prix d'appel se situe en-dessous des 10.000 euros. Il s'agit d'un segment important du fait du volume des ventes, mondial car sans véritable limitation géographique et prestigieux car comportant des montres très célèbres comme la Rolex Daytona. Cartier n'avait pas le droit à l'erreur et s'est donné toutes les chances de réussir.

Ce n'est pas la première fois que Cartier propose un mouvement chronographe de manufacture dans son boîtier Calibre puisque la Calibre Chronographe Central à remontage manuel fut introduit en 2010. Il s'agit cependant d'une montre du segment de haute horlogerie avec un  mouvement très particulier qui permet d'afficher les minutes du chronographe d'une façon originale et parfaitement intégrée sur le cadran. La Calibre Chronographe n'a pas la même ambition d'originalité et son prix est plus modeste. Il n'en demeure pas moins qu'il s'agit d'une montre très aboutie comme le prouve l'utilisation d'un mouvement automatique qui fut spécifiquement développé à cet effet.

J'ai toujours considéré le chronographe comme une complication idéale pour le boîtier Calibre. Ce dernier ne manque pas de caractère compte tenu de son épaisseur, de son rehaut, de la forme de la lunette et des cornes mais il conserve une dose de raffinement et d'élégance grâce à de multiples détails qui l'allègent esthétiquement parlant. Il incarne plus un style sport-chic et c'est la raison pour laquelle le chronographe qui oblige à revoir l'organisation du cadran et à intégrer des poussoirs supplémentaires me semble être une complication adaptée. La feuille de route semblait facile puisque la montre Calibre Automatique à trois aiguilles possédait déjà de solides arguments favorisant l'intégration de la complication. Nous savons tous cependant que le passage d'une montre simple à montre chronographe n'est jamais aisé, un design abouti étant toujours un fragile équilibre.


Cartier a réussi dans son entreprise en reprenant les codes de la Calibre Automatique pour  créer un sentiment d'appartenance et de continuité tout en apportant des détails qui définissent l'identité propre de la Calibre Chronographe.

Le boîtier conserve son diamètre de 42mm qui est suffisant puisque les poussoirs rajoutent du volume tout en étant très joliment intégrés. Le rehaut demeure identique et les détails du cadran inscrivent la Calibre Chronographe dans l'atmosphère de la montre 3 aiguilles: le XII sur-dimensionné qui se distingue nettement, les chiffres romains de la partie supérieure remplacés par des index dans la partie inférieure, le guillochage circulaire de la zone périphérique sans oublier le guichet de date élargi. Tous ces éléments sont finis avec soin et confèrent à la Calibre Chronographe un certain degré de sophistication.


La présence des deux sous-cadrans a obligé Cartier à revoir l'organisation de son cadran et à déplacer le guichet de date positionné dorénavant à 6 heures. Mais le changement le plus spectaculaire est le passage de la minuterie du cadran à la lunette. Ce changement a deux vertus. La première est de faire respirer le cadran et de rapprocher les chiffres et index de la lunette pour mieux insérer les sous-cadrans. La seconde est d'apporter la touche de style et d'audace à une montre qui aurait semblé par ailleurs peut-être trop fidèle à la version trois aiguilles.

Le résultat est surprenant car cette lunette gravée donne presque une dimension précieuse à la Calibre Chronographe qui devient plus ostentatoire que la Calibre Automatique. Evidemment, pour éviter un effet esthétique indigeste, Cartier a fait le choix, judicieux, de s'affranchir de toute graduation intermédiaire. Malgré une fréquence de mouvement de 4hz qui aurait permis d'indiquer les mesures avec une précision au 1/8ème de seconde, la Calibre Chronographe ne propose qu'un affichage à la seconde. Est-ce si problématique? En ce qui me concerne, nullement car je n'utilise jamais ces mesures intermédiaires et je préfère une lunette plus épurée. De plus, le décalage de hauteur entre l'aiguille des secondes et la graduation aurait rendu la lecture des fractions de seconde très délicate.Le choix de s'en passer est le meilleur à mon sens.


Les designers ont également travaillé à réduire la perception de décalage entre le diamètre propre du mouvement (26,18mm) et celui du boîtier (42mm). La taille des chiffres et index ainsi que le guillochage atténuent le léger déséquilibre dû à la position des deux sous-cadrans proche du centre. 

Le mouvement 1904-CH est utilisé pour la première fois dans le contexte de cette Calibre. Sa taille laisse imaginer qu'il se retrouvera dans d'autres montres aux diamètres plus contenus. Cartier a travaillé en priorité sur  la régularité du comportement du mouvement grâce à l'utilisation de deux barillets pour obtenir un couple plus stable tout le long de la réserve de marche. Le choix de privilégier le couple par rapport à la réserve de marche rend cette dernière un peu courte dans le contexte des mouvements d'aujourd'hui (48 heures). Cependant, la vocation de la Calibre Chronographe, grâce à son étanchéité de 100 mètres, est d'être une montre relativement polyvalente qui se porte aussi bien en semaine qu'en week-end. La nécessité d'une plus longue réserve de marche se ressent moins.


Nous retrouvons au sein du mouvement 1904-CH les systèmes de réglage précis du mouvement par le biais de la flèche de la raquette et de roulement à bille sur le centre du rotor pour une meilleure fiabilité. La conception aboutie du mouvement se manifeste aussi par l'utilisation d'un marteau linéaire de remise à zéro.

Un ajourage du pont supérieur permet d'observer la roue à colonnes. Cet ajourage est le bienvenu car le mouvement, malgré une finition soignée, n'est pas à proprement parler spectaculaire. Je trouve que Cartier, et c'est tout à fait respectable, se concentre presque uniquement dans la dimension technique. C'est rassurant pour le client et cela dénote une stratégie de long terme: tout ce qui peut conduire à une amélioration de la fiabilité, de la performance est prioritaire. Il ne faudrait cependant pas oublier la qualité perçue qui est presque aussi importante aux yeux des clients que la qualité réelle. Cartier aurait intérêt de mon point de vue à rendre plus attractive l'esthétique des mouvements afin qu'ils deviennent  un peu plus démonstratifs qu'ils ne le sont. Ainsi, une masse oscillante moins triste serait déjà un bon point. Elle ne se distingue pas assez des ponts et et de la platine du mouvement et cette finition en côtes de Genève est assez terne. Si la finition décorative se mettait au niveau de la finition technique, ce serait parfait. Elle mettrait d'ailleurs plus en valeur ce contenu horloger qui est irréprochable.


La Calibre Chronographe est une montre très convaincante une fois mise au poignet: tout d'abord, le charme du boîtier agit grâce à son style affirmé même si sa relative épaisseur peut surprendre. Ensuite, c'est la subtilité du cadran qui attire le regard. Il arrive à combiner originalité (les chiffres romains sur la partie supérieure et les index sur la partie inférieure, le guichet de date), audace (la minuterie de la lunette) et classicisme bon teint (le cerclage des sous-cadrans et la partie guillochée). Malgré un gabarit relativement imposant, la Calibre Chronographe arrive tout de même à transmettre un sentiment de raffinement qui est renforcé par l'observation de la carrure. Je trouve que le spinelle de synthèse bleu qui fait office de cabochon se marie bien avec les deux poussoirs et contribue à  l'identité de la montre. L'ensemble est très lisible y compris au niveau des sous-cadrans. En revanche, de façon un peu surprenante, Cartier a fait le choix de maintenir le compteur des heures dans une configuration à deux sous-cadrans. Vous l'avez compris, la montre ne possède pas de trotteuse permanente ce qui peut troubler. Les amateurs de montres animées feront alors tourner le chronographe sans arrêt. Enfin, tout comme la Calibre Automatique, la Calibre Chronographe se porte avec confort grâce à la forme très marquée des cornes et au maintien efficace du boîtier sur le poignet.

Même si elle n'est pas exempte de tout reproche, la Calibre Chronographe présente un bilan très positif. Grâce à son nouveau mouvement, à sa polyvalence et à son esthétique de caractère, elle est bien armée pour affronter la rude concurrence de son segment. Le nombre de références d'ores et déjà disponibles (acier, or rose, bicolore, sur cuir ou sur bracelet métallique) est une preuve que Cartier fonde beaucoup d'espoir sur cette montre.

Merci à l'équipe Cartier pour son accueil au cours du SIHH 2013.