lundi 28 mai 2012

Harry Winston: Opus 12

C'est peut-être la plus belle réussite de la collection Opus de Harry Winston: au fil du temps, avant chaque Foire de Bâle, l'Opus de l'année est une des montres les plus attendues, les plus observées, les plus analysées. Ce coup de projecteur médiatique est tout à fait logique puisque plusieurs Opus sont devenues par le passé des icônes horlogères mettant en avant la créativité et la talent des horlogers indépendants. Le nom de l'heureux élu qui a collaboré avec Harry Winston fait partie des questions clé que tout le monde se pose avant de partir à la Foire et chose étonnante dans le microcosme, le secret est relativement bien gardé. Pour l'horloger, c'est évidemment un formidable témoignage de confiance de la part de Harry Winston qui ne peut confier la destinée de sa montre phare qu'à une personne portant un projet crédible et ambitieux. Mais c'est aussi une sacré pression qui tombe sur ses épaules car une Opus ne peut être considérée comme décevante ou quelconque: elle doit susciter des émotions, des interrogations autour des solutions techniques qui sont apportées, en d'autres termes, elle doit marquer son époque et apporter sa brique à l'édifice de l'innovation horlogère.



Le choix de l'horloger qui allait créer Opus 12 en collaboration avec Harry Winston s'est porté sur Emmanuel Bouchet, accompagné du designer Augustin Nussbaum. Je trouve ce choix pertinent et intéressant. Pertinent puisqu'Opus 12 est une véritable réussite proposant un affichage du temps dynamique et original. Intéressant car il permet, une fois n'est pas coutume, de mettre sur le devant de la scène le rôle clé joué par une société de conseil en développement horloger, très peu connue du grand public. Emmanuel Bouchet a fondé Centagora, en 2008 avec Christophe Lüthi, Nicolas Dürrenberger et Thierry Jacques. Opus 12, qui a nécessité plus de 7.500 heures de développement est le fruit d'un travail d'équipe réalisé par 5 personnes au sein de Centagora. Cette concrétisation permet de parfaitement appréhender le rôle d'une telle société: elle soutient l'ambition et la créativité des manufactures en leur apportant des idées nouvelles, un expertise technique, une compétence dans le passage du virtuel au concret, une capacité dans le prototypage et dans les tests. Il s'agit donc d'un rouage essentiel dans la création des montres les plus ambitieuses.

Il y a une façon très simple finalement de juger la qualité de la conception d'une montre: c'est de compter le nombre de prototypes fonctionnels présents sur le stand de la Foire de Bâle. Et à ce niveau, je fus très rapidement rassuré: plusieurs prototypes d'Opus 12 circulaient... tous étant parfaitement fonctionnels et aux comportements homogènes. Nous savons tous qu'il est "facile" de réaliser un prototype qui fonctionne. En réaliser plusieurs, c'est déjà un autre débat. Quand à rendre la montre productible en x dizaines d'exemplaire, la difficulté passe alors dans une autre dimension. Opus 12 donne ce sentiment que d'ores et déjà elle est prête pour cette dernière étape (120 Opus 12 seront produites) ce qui prouve la rigueur dans le process de développement et de conception de la part de l'équipe de Centagora et l'efficacité de l'architecture du  mouvement.


J'ai découvert Opus 12 à travers le premier communiqué de presse et je fus d'abord déçu. En fait, je la trouvais inutilement complexe n'ayant pas saisi toute la subtilité de son affichage. Soyons honnêtes: un texte peut difficilement décrire le ballet des aiguilles propre à cette pièce. Opus 12 fait partie de ces montres qu'il faut impérativement manipuler pour en saisir toute la substance. J'ai pu la faire fonctionner à Bâle et mon point de vue a radicalement changé. Opus 12 est remarquable car réinventant le vieux concept de l'heure vagabonde. Jamais d'ailleurs cette expression n'aura été aussi appropriée:l'"aiguille des heures" part littéralement en promenade pour effectuer un périple de 13/12ième de cadran pour se positionner à l'endroit requis. Opus 12 se focalise principalement sur cet affichage des heures et leur transition. En cela, elle s'inscrit dans la même démarche qu'Opus Eleven. Mais si cette dernière proposait une explosion du temps en éparpillant en quelques secondes les éléments constitutifs des chiffres avant de les rassembler, Opus 12 propose un thème beaucoup plus paisible à travers la déambulation sereine des heures autour du cadran. Il s'agit évidemment d'un effet visuel, l'aiguille des heures ne se déplaçant pas. En fait, ne cherchez pas les aiguilles centrales traditionnelles, il n'y en a point. Sur Opus 12,ce sont les index/aiguilles qui indiquent le temps.Ils sont à la fois repères et instruments de mesure. Ils pointent vers le centre de la montre pour rappeler que des indications complémentaires s'y trouvent.


Le temps est affiché en deux étapes qui ne sont pas loin de rappeler celles qu'effectue notre cerveau à la lecture d'une montre classique. Lorsque nous regardons un cadran et la position des aiguilles, les index nous permettent de voir immédiatement dans quelle segment de 5 minutes nous nous trouvons puis nous lisons la minute précise. D'ailleurs lorsqu'on nous demande l'heure, n'avons-nous pas tendance à arrondir aux 5 minutes pour répondre? L'Opus 12 va au bout de cette idée en séparant l'affichage de l'heure et des segments de 5 minutes de celui des minutes . Elle est constituée de 12 paliers ou paires d'index/aiguilles périphériques (les courtes pour les heures, les longues pour les segments de 5 minutes, chacune de ces 24 aiguilles ayant une face neutre et une face bleue) qui permettent de façon instantanée la lecture de l'heure à 5 minutes près.

Deux principales animations s'opèrent par le biais de ces 12 paliers. Toutes les 5 minutes, la longue aiguille bleue du palier qui correspond au segment de 5 minutes qui vient de s'écouler pivote sur elle même de façon instantanée afin de rendre visible sa face neutre. Parallèlement, la longue aiguille du palier qui suit pivote également pour que sa face bleue apparaisse. Ces deux pivotements sont imperceptibles car immédiats. Cette animation s'effectue donc 12 fois par heure. Mais c'est bien à la fin de chaque heure que la construction particulière d'Opus 12 prend tout son sens. En sus de l'animation liée au changement de segment de 5 minutes, démarre la longue déambulation de l'aiguille des heures. En fait, toutes les aiguille des heures effectuent une révolution autour des aiguilles des minutes, les unes après les autres  et cette fois-ci lentement (face bleue / face neutre sur le palier de l'heure qui vient de s'écouler, face neutre / face bleue / face neutre pour les 12 paliers qui suivent et enfin face neutre / face bleue pour le palier correspondant à la nouvelle heure). Ce cheminement est une sorte de trompe-l'oeil qui grâce aux alternances de couleurs (neutre / bleue) et aux révolutions successives donne l'impression qu'une diode lumineuse se déplace. Le résultat est ébouriffant, unique et surtout surprenant car  impossible à deviner tant que nous ne manipulons pas la montre.

Les deux animations des aiguilles d'Opus 12:



Ces animations sont rendues possibles grâces aux sections dentées positionnées verticalement aux extrémités des aiguilles et qui sont entraînées par deux couronnes périphériques. Les segments dentés extérieurs font pivoter sur elles-mêmes les aiguilles des minutes tandis que les segments dentés intérieurs  font effectuer aux aiguilles des heures leurs révolutions autour des aiguilles des minutes.

Mais Opus 12 n'est pas que cela! Le centre de la montre mérite également le détour. Tout d'abord, l'aiguille complémentaire des minutes s'y trouve: elle permet la lecture du temps à la minute près. Elle est rétrograde, revenant à son emplacement initial lorsque le segment des 5 minutes s'achève et qu'un nouveau commence. Juste en dessous de la graduation des 5 minutes, en arrière plan, se trouve l'indication de la réserve de marche qui s'effectue par une aiguille de couleur neutre afin d'éviter toute confusion avec celle des minutes et la trotteuse. Enfin, la trotteuse se retrouve au premier plan, au-dessus de l'aiguille des minutes, ce qui est une autre particularité d'Opus 12.

Toutes ces animations n'auraient pas eu le même impact si le design  n'avait pas été à la hauteur de l'ambition mécanique. Opus 12 puise son inspiration dans les gratte-ciels new-yorkais, dans les constructions métalliques, dans les pales des hélices. C'est une sorte de concentré de Chrysler Building! Il n'y a point de cadran puisque la mécanique joue le rôle de repères et d'indicateurs. Opus 12 est construite sur plusieurs niveaux et le mélange entre effets de transparence et de relief compose une atmosphère complexe, démonstrative mais qui reste lisible et cohérente. Le nom de la marque a été astucieusement apposée en périphérie, les 12 lettres HARRYWINSTON (une heureuse coïncidence!) devenant des index complémentaires. La reprise de l'arche de l'entrée de la boutique de New-York est discrète mais bien visible en face de la couronne. Les 46mm de diamètre du boîtier en or gris sont évidemment imposants. Mais il fallait bien cela pour offrir la scène adéquate à un tel spectacle.

Compte tenu de l'originalité de la présentation, du rôle joué par tous ces éléments de micro-mécanique, j'ai du mal à vous parler des finitions de la même façon qu'avec une montre classique. Opus 12 rassemble des pièces que seuls les meilleurs sous-traitants peuvent usiner. Certes, le polissage à la main des aiguilles prouve que l'approche traditionnelle de l'excellence horlogère est toujours présente. Mais nous nous trouvons au croisement entre deux mondes, celui où les métiers habituels de l'horlogerie rejoignent ceux de la micro-mécanique de précision. Tous les éléments qui contribuent à l'affichage du temps décorent la montre en même temps qu'ils l'animent.

J'ai beaucoup parlé des animations et de leurs impacts visuels: il est temps de se pencher sur la mécanique qui permet un tel résultat. Un des aspects les plus intéressants d'Opus 12 est le décalage entre le caractère innovant de l'affichage et la présentation très classique du mouvement côté ponts. Ce dernier fait référence aux calibres chronométriques à basse fréquence et à grand diamètre de balancier et dont la grande puissance permet une excellente régularité de marche. L'équipe de Centagora s'est placée dans la même perspective. Le mouvement à remontage manuel possède une fréquence de 2,5hz et une réserve de marche de 45 heures. Visuellement, il fait penser aux mouvements à platine 3/4 même s'il est composé de 3 ponts. Le pont de l'organe régulant est extrêmement large soulignant le diamètre important du balancier. Les rainures décoratives accompagnent les côtes de Genève circulaires et dessinent des ponts fictifs qui allègent  l'aspect massif du mouvement. A titre personnel, j'aurais préféré que plus d'éléments soient dévoilés mais cette présentation du mouvement est avant tout orientée vers l'efficacité. Et puis, c'est bien côté face que le spectacle se déroule.


Le défi qui a dû être relevé est celui de la gestion de la puissance. Celle-ci doit être délivrée de façon adéquate en évitant des pointes de consommation toutes les 5 minutes et  toutes les heures pour ne pas perturber le bon fonctionnement de la pièce et sa chronométrie. Deux barillets indépendants sont utilisés, chacun avec un rôle bien précis. Le premier fournit l'énergie nécessaire au fonctionnement du mouvement tandis que le second alimente le mécanisme d'animation des aiguilles. Afin d'éviter les à-coups, le barillet de l'animation est accompagné d'un différentiel dont le rôle est de répartir l’énergie entre les couronnes  des minutes et les couronnes des heures qui entraînent les segments dentés. Le mouvement possède un second différentiel qui permet l'affichage de la réserve de marche. Ce second différentiel est en effet nécessaire car les deux barillets se remontent simultanément à la couronne et se dévident à la même vitesse. D'ailleurs le mouvement s'arrête lorsque l'énergie nécessaire à l'affichage n'est plus disponible.  La complexité du mouvement est soulignée par son nombre de composants: 607 composants dont plus de 200 sont différents.

Opus 12 est d'abord déroutante au poignet: son gabarit (notamment son épaisseur) et son poids lui donnent un aspect excessif. Heureusement, elle se positionne bien sur le poignet et ne bascule pas. Compte tenu de son affichage, elle semble d'abord inerte, la trotteuse étant discrète et ayant surtout un rôle de témoin de marche. Et puis les détails de la montre, ses différents niveaux, son côté intriguant la rendent de plus en plus séduisante. Je dirais même que sa capacité à attirer la lumière l'allège visuellement.

L'animation des 5 minutes se sent lorsque la montre est portée: cela est dû au mouvement rétrograde de l'aiguille complémentaire et au pivotement instantané de l'aiguille périphérique. Mais le problème d'Opus 12 est que lorsque la fin de l'heure approche, nous stoppons toute activité pour être sûr de ne pas rater l'animation! Eh oui, cette Opus peut créer une frustration. L'animation est si parfaitement réalisée que si nous nous rendons compte que nous venons de la rater, cela énerve! Un reproche que j'avais fait à Opus Eleven était la rapidité de l'animation de changement d'heure qui pouvait rendre cette frustration encore plus présente. Heureusement sur Opus 12, l'animation est plus longue (une quinzaine de secondes) récompensant ainsi l'attente!


Opus 12 est une montre qui nécessite du temps pour rentrer dans son univers. Au départ, la présence de 27 aiguilles peut sembler superflue pour indiquer simplement l'heure... et lorsque ces aiguilles s'animent, nous comprenons alors tout l'intérêt  de la complexité du mécanisme d'affichage. Le talent de l'équipe de Centagora et de Harry Winston est d'avoir su faire disparaître cette complexité derrière le charme du ballet des aiguilles. Ce chef d'oeuvre horloger et micro-mécanique est avant tout un formidable vecteur d'émotions qui marque de son empreinte l'histoire pourtant déjà très riche de la collection Opus.

Un grand merci à l'équipe Harry Winston, à Emmanuel Bouchet et à Nicolas Dürrenberger pour leur accueil pendant la Foire de Bâle.

jeudi 24 mai 2012

Longines: Chronographe Monopoussoir 180ième anniversaire

Pour célébrer son 180ième anniversaire, Longines a mis les petits plats dans les grands en dévoilant non pas une montre mais une collection complète de 4 montres inspirées par des pièces historiques, toutes commercialisées dans le cadre de séries limitées. Il est malheureusement vain d'espérer voir Longines renouer avec son positionnement dans le très haut de gamme horloger que la marque de St-Imier occupait grâce à ces mouvements chronographes mythiques. Cependant le Swatch Group a su donner une nouvelle impulsion à la marque en la situant dans un segment juste derrière celui d'Omega et en lui faisant jouer la partition du néo-rétro et de l'élégance.

Longines cumule plusieurs atouts: un nom prestigieux pour commencer, une histoire riche ensuite qui fournit un contexte créatif fertile et enfin la puissance du Swatch Group. Les collectionneurs auront certes du mal à se retrouver dans le Longines d'aujourd'hui mais la marque s'attaque à une clientèle toute autre, plus à la recherche de sa première belle montre que d'une pièce possédant un mouvement majeur.

Cependant, cela ne veut pas dire que Longines a abandonné toute ambition du point de vue du contenu horloger comme le prouve la présentation du mouvement L688-2  en 2009. Ce mouvement chronographe à roue à colonnes fut développé par ETA pour le compte de Longines qui finança son développement. Longines utilise donc ce mouvement de façon exclusive. Il s'agit d'un mouvement destiné à être produit à une échelle importante et dont la standardisation le situe très loin des mythiques 13ZN ou 30CH. Il n'en demeure pas moins intéressant pour un calibre de ce segment.



Le Chronographe Monopoussoir 180ième anniversaire représente d'excellente façon ce qu'est l'ambition de Longines aujourd'hui. Cette montre est inspirée par le premier chronographe-bracelet conçu par la marque en 1913 et utilise le mouvement L788 qui est une déclinaison en version monopoussoir du L688-2. Esthétiquement, le résultat est plutôt réussi grâce au boîtier en or rose et à ses anses mobiles caractéristiques qui donnent immédiatement la connotation historique à la pièce. La couronne comportant le mono-poussoir s'intègre bien au design du boîtier. Le cadran n'est pas en reste proposant un joli rendu visuel grâce à une couleur blanche qui rappelle l'émail, au dessin des chiffres et au "12" rouge traditionnel. Les aiguilles en acier bleuies complètent avec élégance cet ensemble. Cela aurait pu être parfait mais hélas, un détail a réduit mon enthousiasme: Longines a rajouté un guichet de date à 6 heures qui me semble hors propos. Il n'est certes pas choquant du point de vue esthétique, j'ai vu très souvent des guichets positionnés de façon bien plus inadaptée que sur ce chronographe. Mais du fait de son inspiration, j'aurais nettement préféré que le cadran soit plus fidèle à la pièce d'origine et que la pureté du cadran soit préservée. 



Le fond du boîtier n'est pas à charnière et propose un verre saphir classique permettant une vue sur le mouvement L788. Ce dernier n'est pas le premier prix de beauté avec sa roue à colonnes bleuie qui jure un peu avec le reste de la platine perlée et le rotor en or. Mais il est ici très correctement fini et la masse oscillante se marie bien avec le fond. Ses performances sont conformes à celles d'un mouvement de conception récente: une fréquence de 4hz, une réserve de marche de 54 heures (un peu courte pour laisser la montre le week-end), un enclenchement relativement agréable.  La lunette inférieure est extrêmement bavarde, il n'y a plus un espace de disponible pour rajouter la moindre lettre. Une approche plus sobre aurait été bienvenue mais ce n'est pas un détail à proprement parler gênant. 

Le Chronographe Monopoussoir 180ième anniversaire dégage une belle présence au poignet grâce à son cadran  et aux anses mobiles qui se positionnent idéalement. Elles mettent le boîtier en valeur car elles ont tendance à s'effacer en partant sur les côtés, laissant uniquement la partie centrale du boîtier visible sur le poignet: une impression rarement éprouvée de nos jours.


Dans l'absolu, ce Chronographe est convaincant: une jolie réussite esthétique grâce à l'inspiration néo-rétro, un mouvement exclusif, une finition d'ensemble tout à fait correcte pour ne pas dire bonne au niveau du boîtier et du cadran. Mais je trouve dommage que Longines se soit écarté du chemin de la reproduction fidèle en proposant une date et un fond saphir. Compte tenu du nombre de pièces proposées dans le cadre de cette série limitée (180), une approche plus puriste n'aurait sûrement pas nui à la performance commerciale et aurait rendu cette montre encore plus désirable.

Merci à l'équipe Longines pour son accueil  au cours de la Foire de Bâle.

mercredi 23 mai 2012

Bell&Ross: PW1 Répétition 5 minutes

La PW1, qui rend hommage aux montres de poche du début du siècle dernier, a su trouver sa place dans la collection de Bell&Ross en devenant presque un objet de mode lorsqu'il est porté autour du cou grâce à sa lanière et son fourreau en cuir de veau... une façon détournée et surprenante, notamment adoptée par ces dames, de profiter de cette montre et qui contribue à son succès.


Au cours de la Foire de Bâle 2012, Bell&Ross dévoila une nouvelle version de la PW1 en série limitée dont la complication additionnelle, une répétition 5 minutes, renforce le côté ludique. J'ai bien senti à travers cette montre qu'il s'agissait d'un projet qui tenait à coeur à Carlos Rosillo qui prend toujours beaucoup de plaisir à présenter les montres de poche à répétition qu'il a pu trouver en chinant.

Cette PW1 se différencie de sa devancière par sa couleur de cadran et par la présence du verrou (en fait un poussoir gâchette) sur le côté. Le boîtier conserve en revanche le même diamètre de 49mm. Du point de vue mécanique, la recette est très connue puisque le mouvement de base est l'Unitas 6497 déjà utilisé dans la PW1 initiale. Le module de répétition l'est tout autant s'agissant du Dubois-Depraz que l'on retrouve chez Nivrel ou Edox.


Evidemment, la "mélodie" d'une répétition 5 minutes n'est pas aussi agréable à écouter que celle d'une répétition minutes, la sonorité particulière des quarts manquant. Mais compte tenu du style "militaire" et dépouillé de la montre, ce n'est pas choquant et nous ne serions pas dans la même gamme de prix non plus si un autre type de répétition avait été choisi.


La particularité de la pièce réside en fait dans le matériau du boîtier: l'Argentium 960. Grâce à cet alliage, Bell&Ross propose un boîtier quasiment en argent pur mais sans risque d'oxydation. Outre sa stabilité, l'Argentium 960 possède un éclat supérieur à celui d'autres métaux neutres. Il permet d'améliorer les performances acoustiques grâce à sa bonne propagation du son et de rappeler que l'argent était un matériau historique de l'horlogerie.


La PW1 Répétition 5 minutes ne va sûrement pas bouleverser le paysage par son contenu horloger. Mais il s'agit d'une évolution de la PW1 que je trouve pertinente grâce à sa dimension sonore. Quand au poussoir gâchette, il ne donne qu'une seule envie: celle de l'actionner fréquemment! Bref, cette PW1 est une montre dont l'unique objectif est de procurer du plaisir par son côté décalé sans aucune autre considération.

Merci à l'équipe Bell&Ross pour son accueil pendant la Foire de Bâle.

mardi 22 mai 2012

Corum: Admiral's Cup Legend 42 Tourbillon Micro-Rotor

Incontestablement, c'est autour de la ligne Admiral's Cup que Corum a bâti sa collection 2012 en élargissant le spectre des complications disponibles. Dans ce contexte, l'Admiral's Cup Legend 42 Tourbillon Micro-Rotor, commercialisée par le biais d'une série limitée de 15 pièces en or rouge, 30 en or rouge et acier et 75 en acier, fait office de montre symbole de la nouvelle stratégie de Corum. Cette stratégie, impulsée par Antonio Calce vise à proposer des pièces moins baroques que par le passé dans une collection plus cohérente et aux tarifs plus ajustés.

Ce n'est pas la première fois que Corum place un Tourbillon dans son célèbre boîtier. Mais dans ce cas précis le résultat est vraiment convaincant car tout ce qui fait l'attrait de la ligne Admiral's Cup Legend est préservé à savoir le subtil mélange entre élégance et ambiance nautique. Corum a en effet pris l'excellente décision de proposer ce Tourbillon dans le boîtier Legend de 42mm et d'éviter tout artifice esthétique qui aurait pu polluer la pureté du design. Je dois avouer que je n'ai jamais été un fan absolu des versions élargies (certaines allant même jusqu'à des diamètres de 48mm), les trouvant trop excessives pour être séduisantes. Mais un seul mot me vient à l'esprit en découvrant la montre: l'équilibre.

La version 3 aiguilles simple de l'Admiral's Cup Legend utilise un mouvement trop petit pour le boîtier (l'ETA 2895) et cela se ressent sur le cadran malgré le travail efficace des designers. Point d'effet compensatoire avec la Tourbillon Micro-Rotor: le mouvement s'adapte parfaitement aux dimensions du boîtier comme l'atteste la position du Tourbillon. L'ouverture est large (quasiment toute la distance entre l'axe des aiguilles et le rehaut) et fournit une vue spectaculaire sur la cage tandis que le pont du Tourbillon reprend la forme des fanions nautiques qui sont, comme de tradition, utilisés par Corum en tant qu'index sur le rehaut. De façon surprenante, le pont s'insère sur le cadran sans accroc et donne une touche technique à la montre. Alors que généralement les ouvertures sur cadrans guillochés sont presque des crèves-coeur car brisant le motif décoratif,  je n'ai pas eu un tel sentiment ici. La construction du cadran plus complexe qu'elle n'y paraît y est pour beaucoup. Le cadran de l'Admiral's Cup est loin d'être monotone puisque se suivent du centre jusqu'à la lunette, une partie guillochée en grains d'orge, une partie périphérique supportant les index appliqués avec un guillochage annulaire et le fameux rehaut. Les effets de rupture et de volume se succèdent et donnent tout le côté raffiné à ce cadran. Il est bien entendu mis en valeur par la lunette caractéristique à 12 pans qui l'entoure et qui apporte la touche de caractère supplémentaire.


Afin de proposer cette Admiral's Cup avec un tarif contenu pour une montre Tourbillon suisse (autour de 45K euros en version acier), le travail décoratif effectué sur le mouvement reste relativement sommaire. Mais cela engendre des effets positifs. Tout d'abord, les finitions sont proprement exécutées. Ensuite, et c'est le plus important, la simplicité de la présentation met en avant le principal atout du mouvement: son architecture. La partie supérieure est essentiellement constituée du micro-rotor d'un diamètre de 17mm et du système de remontage. La partie inférieure présente un très large pont de Tourbillon totalement dégagé puisque le micro-rotor ne le survole pas. C'est bien cette architecture en deux parties qui rend le mouvement si séduisant. Deux animations différentes se retrouvent l'une en face de l'autre à des hauteurs distinctes: le micro-rotor qui évolue en fonction des déplacements de la montre et la cage qui effectue sa rotation de façon permanente.


Le mouvement CO 029 a une fréquence de 4hz et une réserve de marche de 60 heures. Il provient de la Fabrique du Temps, atelier de haute horlogerie fondé par Enrico Barbasini et Michel Navas (BN de chez BNB...) et qui appartient dorénavant à LVMH. Quand on connaît la qualité du travail accompli par la Fabrique du Temps avec Laurent Ferrier, Peter Speake-Marin ou LVMH, on ne peut avoir qu'un a priori favorable sur le rendement et l'efficacité du CO 029.

L'Admiral's Cup Tourbillon Micro-Rotor procure beaucoup de plaisir au poignet grâce aux détails du cadran: le pont du Tourbillon, la révolution de la cage mais aussi la succession des différents effets décoratifs. Son diamètre est important dans l'absolu mais il demeure cohérent avec le style et le design de la montre. Les cornes sont relativement longues mais leur courbure permet aux poignets de taille moyenne de profiter de la montre sans qu'elle ne dépasse sur les côtés (en clair, pour éviter de sombrer dans le ridicule). Et puis le charme habituel de la lunette dodécagonale agit.

Je considère donc cette nouveauté de Corum comme une belle réussite grâce à la parfaite intégration du Tourbillon dans le contexte Admiral's Cup et à l'utilisation d'un mouvement pour le moins original. Ce n'est pas tous les jours qu'une marque propose un Tourbillon à micro-rotor et cette démarche est à saluer. Grâce à ces nouvelles complications, Corum est en train de bâtir une véritable ligne de montres élégantes "sport-chic" autour du boîtier Admiral's Cup Legend. Corum y fonde beaucoup d'espoir en tant que principal vecteur de son développement, les attentes du marché étant peut-être orientées vers des montres plus raisonnables qu'auparavant. Il s'agit donc pour Corum de répondre à cet enjeu sans perdre ses particularités. En cela, cette Admiral's Cup remplit totalement cette mission.

dimanche 13 mai 2012

Moser: Perpetual Moon

Je l'ai déjà exprimé à de nombreuses reprises, j'aime beaucoup les montres à phases de lune sans affichage des quantièmes. Elles possèdent une sorte de charme particulier en remplaçant la complication la plus pratique, la date, par une complication poétique et franchement inutile au quotidien, les phases de lune. Ce type de montre est assez rare mais j'ai remarqué depuis plusieurs années un intérêt de la part des marques comme en témoignent certaines nouveautés qui furent présentées récemment.   


La Moser Perpetual Moon est fidèle à la démarche de Moser: derrière un classicisme bon teint se cache des caractéristiques innovantes qui rendent la montre plus complexe qu'elle n'est au premier regard. Tout d'abord, l'affichage des phases de lune traditionnelles se situe parmi les références en matière de précision théorique avec une divergence d'une journée tous les 1027 ans. C'est du même niveau que la mythique 1815 Emil Lange, la série limitée que Lange&Söhne avait produite en 1999 et 2000. Je parle de précision théorique car elle est évidemment influencée par celle de l'affichage de l'heure qui dévie de quelques secondes par jour et parce que, inévitablement, toutes les x années, la montre est arrêtée pour révision.  J'évite aussi une comparaison directe avec la Moonstruck d'Ulysse Nardin car les spécificités de cette dernière, qui combine deux types d'affichage, la positionne à part dans l'univers horloger.

Le nom "Perpetual Moon" provient donc de cette précision théorique. Il est également dû au fait que le système de correction via le poussoir intégré ne perturbe pas la marche de la montre  et ce grâce à un accouplement à ressort enroulé. L'affichage des phases de lune se rend ainsi indépendant de celui de l'heure au moment précis de la correction.

La Perpetual Moon est basée sur la Monard dont elle reprend le diamètre du boîtier (40,8mm), la forme des aiguilles, le double index à  12 heures et la trotteuse centrale. Elle est logiquement plus épaisse du fait de la présence de la complication additionnelle mais cela est à peine perceptible (11,05mm vs 10,85). Comme j'ai une nette préférence pour la Monard, plus aboutie, plus raffinée que la Mayu, je considère cette base comme une très bonne nouvelle. Les phases de lune sont affichées par le biais d'un très grand guichet à 6 heures dont les couleurs se marient parfaitement avec le cadran fumé bleu nuit. Les petites graduations autour du guichet permettent de prédire en jours la prochaine phase de pleine lune.


Vous remarquerez la présence d'une petite aiguille qui ressemble à celle de l'indication des mois sur le QP. Son rôle est tout autre ici: parcourant le cadran en 24 heures, elle sert de témoin jour/nuit. Il est par exemple 21 heures sur la montre photographiée, l'aiguille pointant entre les deux index de 20 heures (2 x10) et 22 heures (2x11).  Avec l'aide de cette petite aiguille et du tableau des phases de lune fourni avec la montre, la complication peut être réglée à la minute ce qui est important car crédibilisant la précision théorique.

Le mouvement de la Perpetual Moon ressemble dans son architecture à celui de la Monard mais une grande différence se remarque immédiatement: l'affichage de la réserve de marche est ici beaucoup plus présent alors que sur la Monard la graduation parcourue par une aiguille bleue occupe une petite partie de la platine entre l'organe régulant et un des chatons des barillets. Situé à la périphérie du mouvement, l'indication des 7 jours de réserve de marche apparaît clairement tout comme l'aiguille rouge qui se positionne devant le secteur dédié à cette fonction, une fois la montre remontée.


Le mouvement est visuellement très beau grâce à sa construction et à son originalité. La finition est tout à fait correcte mais le niveau n'est pas celui que l'on rencontre chez Lange par exemple notamment pour les anglages. Ce n'est d'ailleurs pas très grave car Moser joue une partition qui consiste à sortir des sentiers battus comme le prouve la présence de l'indicateur de la réserve de marche, l'échappement interchangeable, l'ancre et la roue d'ancre en or massif trempé. Les deux barillets confèrent une réserve de marche de 7 jours bien utile compte tenu de la complication. Ils rendent le remontage un peu dur mais rien de bien gênant.

La Perpetual Moon est une montre d'une rare élégance au poignet. Le cadran fumé est plein de subtilité et les phases de lune apportent les touches de couleurs vives qui ressortent nettement. La trotteuse anime le cadran sans nuire à la pureté de l'ensemble. La Perpetual Moon se porte avec grand confort grâce à un fond de boîtier incurvé qui épouse parfaitement le poignet.

Je considère cette Perpetual Moon comme la Moser la plus aboutie et la plus désirable. En effet, grâce à sa complication complémentaire, elle casse l'austérité de la Monard et de la Mayu qui, malgré leurs qualités, me semblent un peu trop sages. Son cadran est même plus animé que celui du QP qui à vouloir trop jouer sur la simplicité est devenu ennuyeux. La Perpetual Moon, disponible en or rose et en platine, combine donc élégance et  originalité, le tout avec le savoir-faire de Moser: une vraie réussite.

Merci à l'équipe Chronopassion pour son accueil.

mercredi 9 mai 2012

Piaget: Altiplano Squelette Extra-Plate

Piaget prit la décision de publier le communiqué de presse sur l'Altiplano Squelette Extra-Plate fin 2011 si bien qu'elle devint une des montres les plus attendues du SIHH 2012. Je connaissais déjà la qualité de la réalisation du squelettage effectué sur le mouvement 838P. Cependant, l'Altiplano Squelette Manuelle qui utilise ce mouvement comporte quelques détails décevants qui gâchent un peu le plaisir. Le boîtier est trop grand (40mm) pour le 838P et si le résultat passe sans souci avec la version à cadran plein, le rendu visuel est moins convaincant avec la version squelettée, Piaget ayant dû insérer une sorte de lunette intérieure faisant le lien entre le mouvement et le boîtier. De plus, la décision de conserver la trotteuse décalée n'est pas des plus heureuses.

J'ai envie de dire que l'Altiplano Squelette Extra-Plate balaye toutes ces critiques. Elle profite de l'architecture du mouvement 1200P plus propice à l'exercice, de la présence du micro-rotor qui anime le cadran, de l'absence de trotteuse et surtout de la taille adaptée du boîtier au mouvement.

L'Altiplano Squelette Extra-Plate est la rencontre de deux mondes: celui de l'excellence horlogère grâce au 1200P, digne successeur du 12P et celui de la finition grâce à la maîtrise des techniques décoratives des horlogers de la Manufacture.

Le 1200P et sa version avec trotteuse le 1208P furent présentés fin 2010 pour célébrer le cinquantième anniversaire du 12P. Le 1200P est actuellement le mouvement automatique le plus plat au monde (2,35mm), une performance atteinte grâce à l'expertise et l'expérience des équipes Piaget sur ce domaine et à l'utilisation d'un micro-rotor à l'instar du 12P.

La première montre qui utilise ce nouveau mouvement est l'Altiplano Automatique qui, un peu étrangement, possède un boîtier de 43mm. Evidemment, l'objectif poursuivi par Piaget à travers ce modèle est d'être en mesure de présenter dans son catalogue un large spectre de diamètres pour l'Altiplano. Et il vrai qu'avec un choix allant de 38 à 43mm, la mission est remplie. Mais est-ce vraiment la vocation de l'Altiplano de se retrouver avec une si grande taille? De plus, la fine lunette et la simplicité du cadran ne contribuent pas vraiment à la réduction de la perception de la taille.

L'Altiplano Squelette Extra-Plate avec son diamètre plus contenu arrive à point nommé pour rappeler que les 38mm sont bien suffisants pour héberger les 1200P et 1208P puisque la déclinaison squelettée (portant la référence 1200S) est parfaitement à l'aise dans ce boîtier en or gris. Le rapport diamètre/épaisseur (5,34mm) est également plus équilibré.

La beauté de l'Altiplano Squelette Extra-Plate réside dans l'architecture initiale du 1200P qui est magnifiée par le travail de squelettage. Contrairement à bon nombre de montres squelette, cette Altiplano propose un design contemporain grâce à une esthétique à la fois très géométrique et technique. Même le barillet (généralement la pièce la plus difficile à insérer visuellement) se fond joliment dans les motifs du squelettage. Deux courbes côté face structurent le mouvement: elles suivent le pont du balancier (en bas) et le mécanisme de remontage (en haut à gauche). Grâce à l'alternance des parties soleillées et sablées, la beauté des anglages, l'effet de profondeur procuré par l'ouverture du mouvement, la beauté du 1200S saute aux yeux. Je pourrais passer des heures à observer les moindres détails, le soin apporté à la finition. Piaget n'a apposé son nom que sur le micro-rotor en platine. De fait, cette Altiplano est un rare exemple d'une montre sur laquelle le nom de la marque n'est pas visible de façon permanente.

Le contraste des couleurs entre le micro-rotor et les autres éléments contribue à cette réussite esthétique: cette pièce noire, en rotation perpétuelle lorsque la montre est au poignet, anime le cadran et ne fait pas regretter l'absence de trotteuse. Elle rappelle aussi le caractère automatique du mouvement.

En retournant la montre, le spectacle devient encore plus impressionnant, Piaget n'ayant plus à se soucier de la préservation de la lisibilité du côté face.

3 parties se distinguent clairement:
  • le micro-rotor
  • l'organe réglant et son pont traversant
  • le système de remontage et le rochet
Leur juxtaposition met en valeur la conception du 1200P. J'apprécie notamment la forme symétrique du pont traversant du balancier et la façon dont se détachent les rouages.

Au poignet, l'Altiplano Squelette Extra-Plate séduit immédiatement car, outre la qualité d'exécution, la structure du squelettage fait que les poils demeurent peu visibles malgré les ouvertures. C'est une excellente nouvelle, la vision des poils étant le véritable tue-l'amour des montres squelette. Cela peut prêter à sourire mais c'est un détail qui compte! Et puis, quel plaisir de voir un mouvement qui occupe pleinement la surface qui lui est dédiée! La lisibilité demeure tout à fait correcte grâce aux aiguilles Dauphine noires qui se distinguent suffisamment au-dessus de la multitude des détails du mouvement.

Jusqu'à aujourd'hui, selon moi, la référence des montres squelettées simples au design contemporain est la Royal Oak  sur la base du mouvement 3120 (la référence 15305). Cette Altiplano propose une alternative aussi réussie dans un style plus élégant, plus fin. Incontestablement, elle constitue un très beau porte-drapeau du savoir-faire de Piaget dont les capacités de la Manufacture demeurent malheureusement méconnues ou sous-estimées.

mercredi 2 mai 2012

MB&F: MOONMACHINE

Imaginez ce que peut donner la rencontre entre deux enfants terribles de l'horlogerie. C'est un peu l'histoire derrière cette série limitée issue de la HM3 FROG et qui consacre le travail commun entre Max Büsser, ses compagnons de projet et Stepan Sarpaneva.

Les différentes  évolutions des Horological Machines et notamment les "Performance Art" ont toutes apporté une nouvelle dimension à leurs montres d'origine, que ce soit par un détail esthétique, une émotion, une histoire particulière. Mais cette MOONMACHINE se distingue de toutes les autres car c'est la première à proposer une complication additionnelle. Et quelle complication! L'affichage des phases de lune par le maître du sujet: Stepan Sarpaneva. Est-ce lié à sa culture, à ses origines? Les faits sont là, mieux que n'importe quel autre horloger, il a su capter le côté mystérieux et envoutant de notre satellite et le retranscrire dans sa collection au point de transformer les phases de lune en faces de lune! Plus qu'une complication favorite, l'affichage des faces de lune devient presque indissociable du style de Stepan Sarpaneva au point qu'à titre personnel, j'ai du mal à concevoir une montre de sa part sans. C'est évidemment une force car cela lui donne un repère fort dans l'univers horloger. Mais il faut aussi savoir le dépasser pour ne pas se retrouver prisonnier de cette image. Ce sera tout son enjeu à l'avenir mais je n'ai aucune inquiétude sur le sujet.



Je connais  les talents respectifs de Max Büsser et de Stepan Sarpaneva, j'ai pu apprécier de maintes fois la capacité de transformation des Horological Machines alors tout était réuni pour que l'alchimie fonctionne. Et c'est bel et bien le cas car de la même façon qu'avec la HM2 .2 Black Box, la patte d'Alain Silberstein se ressentait, la FROG devient une sorte de toile pour que Stepan Sarpaneva s'exprime par l'adjonction de la complication. Je trouve que la principale réussite de cette MOONMACHINE est qu'elle est à la fois radicalement "Max Büsser" (la base FROG est reconnaissable au premier coup d'oeil par ses courbes sensuelles) et également totalement "Stepan Sarpaneva" car son affichage des faces de lune est bien marqué de son empreinte.



Les connaisseurs de la collection MB&F auront noté un détail qui est loin d'être anodin: la base FROG est évidente  mais son orientation n'est pas la même! C'est ici une FROG de type "Sidewinder" alors que la FROG d'origine était une "Starcruiser". J'ai personnellement dans les différentes versions de la HM3 une nette préférence pour la FROG car son affichage du temps par le biais de repères fixes m'est bien plus facile et naturelle que sur les HM3 d'origine. Alors, c'est avec un plaisir non dissimulé que je vois cette FROG évoluer en MOONMACHINE!



Dans ce genre de projet, il est facile d'imaginer les deux parties devant procéder à des concessions, à des adaptations afin que tout s'imbrique. Mais ici, rien de tel, ou plutôt cela n'apparaît pas: que ce soit Max Büsser ou Stepan Sarpaneva, chacun reste bien accroché à ses principes et la magie s'opère comme si la rencontre était une évidence! D'ailleurs, détail qui a son importance, lorsque nous retournons la HM3, il est bien indiqué "MB&F and Sarpaneva" et non pas un "Sarpaneva for MB&F" ce qui témoigne de la façon de procéder sans phagocytage. La MOONMACHINE exprime la liberté dans l'acte créatif malgré le cadre de départ clairement défini.

Le choix de la FROG comme base d'expression est judicieux. Du fait de son architecture, elle laisse une grande partie de sa surface (je suis toujours dans l'impossibilité d'utiliser le terme de cadran avec une HM) disponible pour la nouvelle complication puisque dédiée auparavant au rotor caractéristique en astéro-hache et aux quantièmes. Max Büsser libère un des symboles de sa marque pour que Stepan Sarpaneva laisse son empreinte: un vrai témoignage de confiance. Mais rassurez-vous! Une HM sans astéro-hache n'est plus vraiment une HM! L'astéro-hache est très discrètement insérée entre les deux Lunes au-dessus de l'axe de rotor!



Les fonctions sont clairement réparties: à gauche la complication, à droite l'affichage du temps. Du fait de sa taille, la complication devient le principal point d'attraction au point de presque faire oublier les deux dômes.

Si vous connaissez la Northern Stars, vous ne serez pas dépaysé. Sur cette dernière, les deux Lunes effectuent leur parcours sur la platine de la montre qui est percée afin de dessiner des étoiles lumineuses. Sur la MOONMACHINE, l'idée est similaire mais le ciel est ici en constante animation: les étoiles deviennent filantes et créent un joli contraste entre leur mouvement rapide et l'inertie des deux Lunes. Le côté joyeux et lumineux des étoiles s'oppose à l'aspect ténébreux des Lunes... c'est toute la personnalité de Stepan Sarpaneva que nous retrouvons dans cette mise en scène!



Les étoiles n'ont pas été apposées au hasard puisque le thème des constellations du Nord est repris. L'univers de Stepan Sarpaneva se retrouve également dans la couronne striée similaire à celle qu'il utilise pour sa propre collection. Quand au symbole qui marque la pleine lune, il épouse les formes du boîtier Korona. Bref, cette MOONMACHINE est totalement plongée dans cette atmosphère!

Le contenu horloger reste fidèle à la base Girard-Perregaux modifiée par Agenhor et retravaillée par Stepan Sarpaneva pour l'adjonction de la complication. Je rappelle qu'il s'agit d'un mouvement particulièrement performant grâce à l'efficacité du remontage du calibre GP et l'intelligence de conception de l'affichage tri-dimensionnel, les dômes en aluminium effectuant des rotations grâce à un mécanisme à roulement à billes en céramique. La fréquence du mouvement (4hz) et la réserve de marche (autour de 42 heures) sont ainsi similaires à celles de la FROG.



La MOONMACHINE est déclinée en 3 versions de 18 exemplaires chacune:
  • boîtier titane avec faces de lune en or blanc sur ciel bleu clair (ma préférée)
  • boîtier titane noir avec faces de lune en or blanc sur ciel bleu marine
  • boîtier en or rose avec faces de lune en or rose sur ciel anthracite.
Au poignet, chaque version a son charme particulier. C'est sûrement la deuxième qui est la plus fidèle à l'esprit de Stepan Sarpaneva par ce mélange d'obscurité et de lumière des astres. La dernière est sûrement la plus élégante et la plus chaleureuse tandis que la première est la plus lumineuse, la plus optimiste. Porter une MOONMACHINE est une très belle expérience: les étoiles se déplacent et la perception du temps n'est plus la même puisque les dômes deviennent un élément du décor face à leur incessant ballet en se transformant en planètes autour desquelles tournent les Lunes. Comme avec la FROG, la montre se porte avec confort car la boucle déployante provenant de Châtelain la positionne avec justesse et l'empêche de basculer. Le gabarit est évidemment important mais il permet de profiter du large ciel étoilé et des imposantes faces de Lune.






Je considère donc cette MOONMACHINE comme un très bel exemple de ce que doit être une collaboration entre personnes de talent: une approche créatrice qui permet leurs expressions respectives sans compromis, effaçant les contraintes.

Les HM3 "classiques" étaient presque guerrières, ressemblant à des vaisseaux spatiaux. La Frog était ludique et sensuelle. La JWLRYMACHINE était précieuse et presque vivante avec son coeur qui battait. La Rebel était déroutante et rock'n'roll. La MOONMACHINE explore un nouveau territoire, celui d'un monde énigmatique et ténébreux. Merci à Max Büsser et à Stepan Sarpaneva de nous avoir proposé un tel voyage à travers une montre envoutante et iconoclaste.

Un grand merci à l'équipe de MB&F et à Charris pour leur accueil pendant la Foire de Bâle.

mardi 1 mai 2012

Patek Philippe: 5070P

Fin 2009, Patek Philippe présentait son mouvement chronographe maison, le CH 29-535 PS qui avait vocation au fil du temps de remplacer le mouvement CH 27-70 basé sur l'ébauche Nouvelle Lemania 2310. En toute logique, après avoir donné priorité aux femmes par le biais du chronographe 7071R, les hommes purent découvrir quelques mois plus tard au cours de la Foire de Bâle 2010 leur chronographe 5170J équipé de ce nouveau mouvement. L'arrivée du 5170J a marqué la fin du 5070 qui depuis la fin des années 90 était le digne représentant de la longue histoire des chronographes simples à remontage manuel de Patek Philippe.

Le 5070 a été décliné en or jaune, en or rose, en gris et pour finir en platine. Cette dernière version est sans aucun doute ma préférée grâce à son magnifique cadran bleu.

Pendant de nombreuses années, je n'ai pas été un très grand fan du 5070. Je lui reprochais principalement l'écart entre son diamètre (42mm) et celui de son mouvement (27mm). La conséquence était un sentiment de déséquilibre au niveau du cadran même si les designers de Patek avaient particulièrement bien travaillé en élargissant les sous-compteurs et en insérant une échelle tachymétrique diminuant la perception de taille. Et puis en retournant la montre, le mouvement semblait un peu perdu dans le boîtier malgré la construction particulière de ce dernier, étant plus large côté cadran qu'au niveau du fond.

 Le temps est passé, le 5170J est sorti. Et j'ai commencé à regretter le charme du 5070. En aucun cas, le 5170J peut être considéré comme un successeur du 5070: sa taille inférieure (39mm), la finesse de son boîtier en or jaune, le classicisme de sa présentation tranchent avec le style plus décontracté du 5070. Leurs destinations ne sont pas les mêmes: le 5170J est l'incarnation du chronographe élégant tandis que le 5070 est plus polyvalent, à la fois à l'aise en costume ou en tenue moins formelle. 

Ce qui apparaissaient avant comme des défauts, l'épaisse lunette, les compteurs trop proches du centre, le diamètre du boîtier deviennent maintenant des traits de caractère façonnant une montre à la grande personnalité. Et que dire de ce cadran bleu exclusif au boîtier platine? Il est tout simplement d'une très grande beauté car prenant de multiples teintes et se mariant avec bonheur avec la couleur neutre du boîtier, des chiffres et des aiguilles.

Le calibre CH 27-70 n'a évidemment pas la même exclusivité que le CH 29-535 PS. Combien de fois cette base Nouvelle Lemania a-t-elle pu être critiquée? La ritournelle est très connue: cette base est partagée avec d'autres marques, l'enclenchement des poussoirs n'est pas aussi précis que celui d'une Lange etc...

Mais j'ai beau comparer le CH 29-535 PS avec le CH 27-70, j'ai tendance à penser que Patek s'est quand même singulièrement simplifié la tâche avec son nouveau mouvement. Que l'on ne se méprenne pas sur mes propos: le CH 29-535 PS est un excellent mouvement, aux performances en amélioration: la fréquence est de 4hz, le compteur des minutes est instantané, la réserve de marche est en légère hausse (65 heures vs autour de 60 heures pour le CH 27-70). Et nul doute qu'avec le temps, sa fiabilité sera du même niveau que celle du CH 27-70. Mais du point de vue décoratif, de façon très intelligente, Patek a dessiné son mouvement tout en courbes escamotant ainsi quelques parties difficiles qui auraient permis de proposer des angles rentrants et des détails autorisant l'expression du talent des horlogers décorateurs. Visuellement, le CH 29-535 PS est magnifique mais il ne dégage peut-être pas la même subtilité que le CH 27-70. Ce dernier a toujours autant de charme grâce à sa base fréquence (2,5hz) et l'imposant travail effectué par Patek.

Au poignet, la 5070P est un chronographe qui dégage une présence incroyable de par sa taille, sa couleur et les chiffres appliqués. Et très vite, j'ai compris pourquoi les propriétaires de ce chronographe l'appréciaient tant. Il fut une sorte d'ovni dans le catalogue Patek et cette place à part ne fut que renforcée par la sortie du 5170J. La rupture de style voulue profite finalement aux deux chronographes, à l'ancien et au nouveau et s'il y a une qualité que l'on ne peut pas enlever à Patek, c'est bien celle qui consiste à savoir susciter le désir.

Merci au propriétaire de cette 5070P pour m'avoir donné l'opportunité d'apprécier cette montre rare.