dimanche 4 mars 2012

219: Kukulkan GMT

Depuis toutes ces années, j'ai rarement rencontré un créateur aussi habité par son projet que Jean-Marc Bosque. Il faut dire que pour ce passionné d'histoire pré-colombienne le thème de sa collection de montres était tout choisi, l'année 2012 approchant: la Kukulkan GMT rend hommage au Dieu serpent à plumes qui est supposé apparaître le 21 décembre afin de marquer la fin d'un cycle du temps Maya, le cinquième et qui par la même occasion symbolisera le début du sixième cycle. Les Mayas avaient un système complexe de la mesure du temps ayant une capacité à mesurer à la fois des cycles courts ou extrêmement longs. Le 21 décembre 2012 est la date fatidique d'un changement de cycle long et certains l'ont interprétée comme celle de la fin du monde. Mais ne s'agirait-il pas plutôt de la fin d'un monde? Reste à savoir lequel.

De toutes les façons, que je croie ou pas à la fin du monde, je comprends la totale implication de Jean-Marc Bosque dans son projet. S'attirer les bonnes grâces du serpent à plumes, cela peut toujours être utile et puis, quitte à disparaître le 21 décembre 2012, autant vivre les derniers mois de son existence sans se poser trop de questions. Les Business Plans sur 5 ans ne vont servir à rien puisque la marque a pour vocation à disparaître à la fin du cycle Maya.

Mais vous allez me dire: que vais-je donc faire de ma montre Kukulkan GMT? Qui va s'en occuper ensuite? L'alternative est finalement très simple:
  • vous mourrez le 21 décembre, la question ne se pose plus
  • vous survivez... alors vous apprécierez d'apprendre que le mouvement qui équipe la montre est un Valgranges A07.171, mouvement relativement répandu, fiable et qui est utilisé par des marques comme Longines ou Glycine.
Comme le mouvement Valgranges le laisse supposer, la Kukulkan GMT possède un diamètre imposant de 47mm. Cette grande taille est justifiée par l'iconographie pré-colombienne présente côté cadran et sur le fond du boîtier en acier.

Le cadran est structuré en 3 parties. Le rehaut supérieur sert de support à la numérotation Maya qui marque les 12 heures. La graduation située sur le fin anneau contre le rehaut est utilisée par l'aiguille GMT. Si vous voulez rester totalement dans l'esprit de la montre, calez cette aiguille sur le fuseau horaire du Mexique, cela pourra être utile, et n'y toucher plus. Enfin la partie centrale comporte une représentation du serpent à plumes en train d'avaler le logo de la marque. Je dois avouer que le "219" a été bien dessiné puisqu'il s'intègre parfaitement dans l'approche stylistique de l'ensemble.

Le fond du boîtier est un hymne à la conception du temps des Mayas. La partie centrale représente le symbole de la Mort tel que gravé sur un bas-relief retrouvée dans l'ancienne cité Maya de Chichen Itza. Elle est entourée par le cercle des 20 jours du calendrier Tzolkin. Ce calendrier de 260 jours (13 x 20) est supposé avoir été créé par les Olmèques. Cette durée était associée à celle de la grossesse et de la pousse du blé sous ces latitudes. Chacun de ces 20 jours est représenté par un glyphe lié à une divinité, un animal, un objet sacré. C'est donc cette combinaison entre le symbole de la Mort et le calendrier Tzolkin qui décrit l'arrivée prochaine du serpent à plumes. Le rendu du fond, obtenu par traitement chimique est spectaculaire et selon moi, est bien plus convaincant que le cadran. Il y a un aspect vieilli bien réalisé qui contribue au côté impressionnant de ce fond.

Même si les heureux propriétaires de la Kukulkan GMT ne pourront la porter que pendant quelques mois, Jean-Marque Bosque a pensé à leur confort (pas la peine d'en rajouter en cette ultime ligne droite avant la fin du monde, la situation est suffisamment pénible...). Afin de contrebalancer les 47mm de diamètre, les cornes ont été raccourcies au maximum épousant de façon très satisfaisante le poignet. Les petits gabarits devront quand même passer leur chemin mais la montre semble plus contenue qu'elle n'est.

La Kukulkan GMT n'est évidemment pas la montre la plus éblouissante que j'ai pu voir ces derniers temps puisque son contenu horloger est on ne peut plus classique. Mais une montre ne se résume pas qu'à son mouvement. Jean-Marc Bosque a réussi à créer autour de ses montres, et notamment celles qui sont serties avec des émeraudes, une sorte d'ambiance unique grâce à un message que l'on pourrait qualifier d'iconoclaste ou de loufoque mais assurément décalée et jusqu'au-boutiste. Serpent à plume ou pas, la marque a vocation à disparaître le 21 décembre. Ce n'est pas une lubie, si Jean-Marc Bosque avait eu le projet de la faire perdurer, cela aurait prouvé qu'il ne croyait finalement pas aux messages des Mayas. Et comme cela ne suffisait pas, une rumeur laisse entendre qu'une montre Kukulkan sera sacrifiée au même endroit où se pratiquaient les sacrifices humains, en étant jetée dans un grand puits sacré. Tout ce que nous pouvons espérer est que le sacrifice ne sera pas vain et que le serpent à plumes nous laissera en paix. Croisons les doigts.

1 commentaire:

Anonyme a dit…

Merci, j'attendais cette chronique depuis que tu m'en avais parlé ! J'aime beaucoup l'idée du sacrifice propitiatoire. Enfin une démarche jusqu'au-boutiste !