Van Cleef & Arpels: Poetic Wish

Je me souviens très bien de l'émotion ressentie lors du SIHH 2010 en découvrant le Pont des Amoureux de Van Cleef & Arpels: l'indication de l'heure n'était qu'un prétexte pour mettre en scène un jeune couple qui parcourait un pont afin de se rejoindre pour un baiser de quelques instants. C'est aucun doute cette montre qui a mis en lumière, plus encore que la Lady Arpels Féerie, la collection des Complications Poétiques de la célèbre maison parisienne. Le but de cette collection est de proposer des montres dont le but premier n'est pas d'indiquer le temps mais bien de raconter une histoire. Elles possèdent donc un côté apaisant voire rassurant car la dimension poétique voire malicieuse prend le dessus sur tout autre considération: l'évocation de l'amour est bien plus réjouissante que celle du temps qui passe!

Van Cleef & Arpels et Jean-Marc Wiederrecht sont allés encore plus loin dans cette démarche avec les deux montres Poetic Wish présentées au cours du SIHH 2012. Le Pont des Amoureux mobilisait un sens (la vue): les deux Poetic Wish en mobilisent deux voire trois (la vue, l'ouïe, le toucher pour lancer via la couronne l'animation). L'affichage du temps, permanent sur le Pont des Amoureux, disparaît du cadran pour n'apparaître qu'à la demande. Enfin, nous retrouvons nos deux personnages qui se transforment en automates.

Rarement des montres se sont autant converties en scène de théâtre! La dimension fonctionnelle des cadrans s'efface pour laisse place à de véritables décors tri-dimensionnels dans lesquels évoluent de nouveau les deux amoureux.

La ville reste la même, Paris. Mais cette fois-ci, le couple est séparé, la jeune femme se retrouvant dans la Tour Eiffel tandis que le jeune homme lui fait face, au loin, dans Notre-Dame. Les deux montres forment un duo indissociable. A travers une complication similaire, chacune interprète à sa façon la communication entre les deux personnages. Il y a un point de vue féminin que nous retrouvons dans la Lady Arpels Poetic Wish et un point de vue masculin dans la Midnight Poetic Wish. Non seulement les deux montres se complètent mais l'une ne peut aller sans l'autre puisque le message envoyé par un des personnages nécessite obligatoirement une réponse... sinon le charme se brise!

C'est un geste, un simple geste qui a donné l'idée de créer ce duo de montres. Un mouvement ample du bras qui consiste à lancer vers le ciel un objet qui devient sur les deux Poetic Wish le véhicule du message entre les deux personnages et accessoirement, l'indicateur des minutes (l'étoile filante pour l'homme et le cerf-volant pour la femme). Le contenu de ce message est un voeu que s'envoient les amoureux et comme pour tout voeu, il y a un instant précis pendant lequel il faut le faire. Cet instant se déclenche grâce à la couronne à 2 heures.

Les Lady Arpels et Midnight Poetic Wish partagent le même principe. en manipulant la couronne supérieure, l'animation des automates débute. Sur la Lady Arpels, la jeune femme se déplace le long du premier étage de la Tour Eiffel et s'arrête lorsque le nuage la touche. La graduation indique les heures. Puis le cerf-volant s'envole pour se rapprocher de Notre-Dame située au second plan du décor. De façon symétrique, le jeune homme envoie l'étoile filante vers la Tour Eiffel. Une fois le voeu lancé, les automates reviennent lentement, sans mouvement brusque, à leurs positions initiales. Il n'y a rien d'immédiat et d'instantané ici: les Poetic Wish sont un ode aux déplacements continus et lents afin de conserver cette ambiance de quiétude!

Toute cette animation est accompagnée par le son de la Répétition 5 Minutes: les heures sont interprétées par le biais d'une note grave tandis qu'une note aigüe indique les segments de 5 minutes écoulés. Il y a une totale osmose entre l'affichage du temps par le biais des automates et le son de la Répétition notamment lors du changement de note qui correspond au démarrage du lancer du voeu.

La fascination qu'exerce le jeu des automates nous ferait presque oublier la qualité exceptionnelle de l'exécution des cadrans et de leurs détails. De nombreux métiers d'art furent mobilisés pour arriver à un tel résultat. Sculpture sur or, sur nacre, gravure, peinture se rejoignent dans un seul but: créer le décor parfait, celui d'un Paris hors du temps et onirique. La sensation de profondeur et la précision des détails produisent un résultat spectaculaire qui s'apprécie tout autant pendant l'animation ou en dehors.

La Lady Arpels Poetic Wish:



La Midnight Poetic Wish:



Les deux boîtiers en or gris ne sont pas en reste. Ils ont été revus par Eric Giroud et nous sentons bien que cela lui a fait très plaisir de retrouver son compère Jean-Marc Wiederrecht dans cette aventure. Le travail sur les carrures permettent de poursuivre le voyage dans ce Paris idéal même lorsque nous n'observons pas le cadran.

Lorsque j'ai indiqué que l'affichage du temps n'apparaissait qu'à la demande, ce n'était pas tout à fait exact. Car en retournant les deux montres, nous découvrons une architecture de mouvement unique. Le mouvement comporte deux sous-cadrans: l'un dédié à l'affichage du temps permanent, l'autre à la trotteuse. Ces sous-cadrans sont bien pratiques et indispensables pour un réglage précis de l'heure.

Mais ce qui frappe le plus (sans jeu de mots) est la position des deux marteaux et des gongs. Les deux marteaux sont situés au centre du mouvement et surtout se déplacent verticalement au lieu du traditionnel va et vient horizontal. Quand aux deux gongs, concentriques, eux aussi placés de façon surprenante, ils participent à la décoration du mouvement.

Compte tenu de la complexité du mouvement (458 pièces) et des deux sous-cadrans, l'optimisation de la surface disponible a été un enjeu important pour Agenhor d'autant plus que la réserve de marche est loin d'être ridicule: 60 heures (pour une fréquence de 3hz). Le balancier, caché derrière le pont traversant a ainsi un diamètre plutôt petit. Inutile de le préciser, l'architecture de ce mouvement est tout bonnement unique et pour leurs premières montres sonores, Agenhor et Jean-Marc Wiederrecht sont arrivés à un résultat stupéfiant.

Je ne peux malheureusement pas vous donner mon point de vue sur la qualité du son: l'endroit était trop bruyant pour se forger une opinion valable.

Je ne pouvais pas résister à la tentation de mettre la Midnight Poetic Wish à mon poignet: le boîtier de 43mm est important mais il permet de créer une rupture visuelle importante avec la Lady Arpels de 39mm. Il se porte avec confort grâce à la forme des cornes très courbées. Le cadran attire tellement le regard que j'ai oublié que la lunette et les cornes étaient serties. La couronne à deux heures se manipule sans trop de difficulté la montre au poignet mais à titre personnel j'aurais préféré un verrou glissant. Cependant, il n'aurait pas été simple à intégrer dans l'esthétique de la montre et il nous aurait privé du travail sur la carrure.

Avec les deux montres Poetic Wish, Van Cleef & Arpels, tout comme ses deux personnages dans les monuments parisiens, a gravi un étage dans la pyramide horlogère. Les Poetic Wish explorent en effet de nouvelles dimensions grâce à la combinaison du son avec le jeu des automates sans oublier le travail exceptionnel réalisé sur les cadrans. Montres envoutantes et fascinantes, elles apportent la preuve que l'indication du temps n'est pas l'élément essentiel et que rien n'est plus précieux que l'émotion de l'instant présent.

Un grand merci à l'équipe Van Cleef & Arpels et à Jean-Marc Wiederrecht pour leur accueil pendant le SIHH.

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