dimanche 10 juillet 2011

Cornelius&Cie: Chronosome Tourbillon

La Chronosome Tourbillon est la troisième réalisation du duo Kees Engelbarts et Paul Pertijs, anciens élèves de l'Académie Hollandaise d'Orfèvrerie. Comme leurs premières montres, la Chronosome Tourbillon sert avant tout de champ d'expression au talent de graveur de Kees Engelbarts.

Si la Chronosome XY46 était équipée d'un mouvement Schild des années 30, la Chronosome Tourbillon utilise en revanche un calibre contemporain, le Tourbillon Technotime qui se reconnaît notamment par son pont vertical et par sa position à 3 heures. Un double barillet confère à ce mouvement d'une fréquence de 3hz une réserve de marche de 120 heures.

Le boîtier est de forme similaire à celui de la première montre. Sur la Chronosome XY46, la protubérance était due à la position décalée de l'important barillet: si la montre avait été ronde, elle aurait largement dépassé les 50mn. Ici, le calibre Technotime rentre dans le boîtier de 44mm et pourtant, la protubérance a été conservée: une façon de définir le style Cornelius&Cie. De même, nous retrouvons la couronne cylindrique qui cette fois-ci a besoin d'être tirée pour la mise à l'heure de la montre.

L'espace sur le cadran a permis à Kees Engelbarts de graver un dragon impérial en or qui semble s'enrouler autour du Tourbillon: la qualité du travail est tout simplement remarquable, nous quittons le monde de la gravure simple pour rejoindre celui de la sculpture. Certes, une telle décoration n'est pas anodine et témoigne du marché ainsi visé. Mais force est de constater que le sujet, par ses détails, ses courbes est une véritable démonstration des capacités de Kees Engelbarts. D'ailleurs, malgré la taille impressionnante de son pont, le Tourbillon semble littéralement s'effacer derrière le dragon.

Et ce n'est pas tout: fidèle à l'esprit de la marque, le boîtier en acier damassé et le squelettage du mouvement contribuent également à définir cette atmosphère particulière, très chargée, pour ne pas dire rococo mais cohérente dans son ensemble.

La Chronosome Tourbillon est incontestablement plus agréable à porter que la Chronosome XY46 dont la taille imposante était quasiment rédhibitoire et ce, pour n'importe quel poignet. Malgré cela, la partie n'est pas gagnée pour tout le monde: le boîtier est toujours d'un diamètre conséquent (44mm) et la forme des cornes, longues et droites fait que la montre semblera ridicule sur un petit poignet.

Bien évidemment, Kees Engelbarts est à l'écoute des clients qui souhaiteraient personnaliser le cadran avec un autre sujet. Pour ceux qui sont à la recherche d'une montre au caractère très affirmé et séduit par le côté baroque de l'ensemble, ce serait dommage de se priver de son talent exceptionnel de graveur. Quant aux autres, ils regretteront le côté démesuré dans tous les sens du terme de la réalisation.

Vacheron Constantin: Chronomètre Royal 1907

Le Chronomètre Royal fut présenté en 2007 pour célébrer les 100 ans du premier Chronomètre de Vacheron Constantin. A travers ce modèle, Vacheron Constantin a souhaité célébrer un siècle de développement et d'innovation dans la quête de la meilleure précision. C'est d'ailleurs cette célébration qui fait rentrer le Chronomètre Royal 1907 dans la collection des Historiques car contrairement aux autres montres de cette collection, il ne s'agit pas d'une réinterprétation d'un modèle emblématique malgré la reprise de détails empruntés à la montre de poche initiale.

La montre photographiée ne fait pas partie des premières montres livrées: cela se voit car le 12 n'est pas rouge. La combinaison cadran émail & chiffres 12 en rouge était en effet réservée aux 100 premières montres, les suivantes ayant une couleur identique, le noir, pour l'ensemble des chiffres. Dans tous les cas, le Chronomètre Royal propose un superbe cadran en émail réalisé avec beaucoup de soin. En effet, non seulement son rendu est impeccable mais en plus, les chiffres sont eux aussi en émail et non pas peints sur le cadran comme cela se voit fréquemment. Tout ceci conduit donc à plusieurs étapes de cuisson avec le risque permanent que des défauts apparaissent, obligeant à redémarrer de zéro la fabrication d'un nouveau cadran. L'utilisation de ce cadran en émail avec chemin de fer, tout comme celle des aiguilles constitue le clin d'oeil à la montre de poche de 1907. Cependant, une différence fondamentale apparaît: le Chronomètre Royal 1907 a une seconde centrale au lieu d'une petite seconde à 6 heures.

Inutile de le préciser, même en l'absence des chiffres rouges, le parcours des aiguilles sur le cadran est un vrai régal pour les yeux, l'ensemble dégageant un sentiment d'élégance et de pureté.

Un travail important a également été réalisé sur le boîtier en or rose. Plutôt que d'utiliser un boîtier existant dans la collection contemporaine, afin qu'il soit bien en adéquation avec le cadran en émail, le choix s'est porté sur l'adaptation du boîtier du précédent Chronomètre Royal, le 47022, en l'élargissant à 39mm.

La taille est particulièrement bien choisie: plus grande et la montre aurait perdu de son élégance. Plus petite et nous n'aurions pas pleinement profité du cadran en émail. L'épaisseur de 9,25mm est elle aussi appropriée, respectant les proportions de la montre. Incontestablement, l'objectif de bien marier le cadran avec le boîtier est atteint.

Le mouvement choisi pour équiper le Chronomètre Royal est le mouvement maison 2460 à seconde centrale. Certains vont regretter que pour ce type de montre un mouvement automatique ait été choisi. Mais après tout pourquoi pas: si peut-être le caractère automatique est moins fidèle à l'esprit de ces montres chronomètres classiques, il est totalement cohérent en revanche avec l'objectif recherché de précision, la montre étant remontée constamment lorsqu'elle est portée alors que l'énergie disponible décroit régulièrement sur une montre à remontage manuel.

Vacheron Constantin teste le mouvement pendant plusieurs jours, l'envoie au COSC pour certification et une fois retourné à la Manufacture, il est testé de nouveau après emboîtage.

D'une fréquence de 4hz, le 2460 SC a une réserve de marche un peu courte: 40 heures. Il propose en revanche un stop-seconde bienvenu dans le cadre d'une montre chronomètre. J'aime beaucoup la présentation de ce mouvement qui est utilisé également par Vacheron Constantin pour tracter des complications comme le module d'Heures Universelles ou le calendrier annuel. Tout d'abord, la masse oscillante, montée sur roulements à billes en céramique est particulièrement réussie. Ensuite, sa finition est irréprochable, respectant les critères du poinçon de Genève, et sobre afin de bien respecter l'esprit de la maison. Enfin, son architecture est tout en volume et en subtilité: c'est un mouvement automatique dont l'observation procure beaucoup de plaisir. La découpe de la masse oscillante fait qu'il s'apprécie mieux dans le contexte du Chronomètre Royal 1907 que dans celui de la Worldtimer par exemple.

Le Chronomètre Royal 1907 est proposé avec une très jolie boucle ardillon "croix de malte" dont le motif se retrouve aussi sur la couronne. Au poignet, c'est bien le sentiment d'élégance et d'équilibre qui l'emporte: contrairement à ce que je pouvais craindre, la grande trotteuse ne nuit pas et anime avec bonheur le cadran en émail. C'est une montre dont le charme se dégage lentement et insensiblement. Je l'apprécie beaucoup plus aujourd'hui que lors de sa présentation.

Malgré le choix d'un calibre automatique qui m'a surpris au départ, le Chronomètre Royal 1907 est une vraie réussite de la part de Vacheron Constantin. Simple et raffiné, il est digne de ces prédécesseurs qui pendant 100 ans ont symbolisé la volonté de la Manufacture de produire des montres parmi les plus précises.

dimanche 3 juillet 2011

Patek Philippe: 5101G

La 5101G fut présentée au cours du Salon de Bâle 2011. Il ne s'agit pas à proprement parler d'une véritable nouveauté s'agissant d'une déclinaison de la version platine qui fut dévoilée en 2003. Et pourtant, malgré le fait qu'elle ne comporte pas véritablement d'effet de surprise, elle constitue selon moi la plus belle nouveauté de l'année chez Patek Philippe.

La 5101, que ce soit en platine ou en or gris, représente une sorte de concentré du meilleur de Patek Philippe en conjuguant une certaine originalité dans le classicisme et une totale maîtrise technique.

La 5101G, c'est tout d'abord un boîtier à la beauté envoûtante: montre d'apparence rectangulaire de prime abord, la 5101G se révèle beaucoup plus subtile par la suite. Tout d'abord, le boîtier est à triple godron lui conférant un style Art déco. Ensuite, sa forme convexe apporte volume et dynamisme tout en améliorant le confort au porté: le fond du boîtier suit sensiblement la même courbure que le verre et la carrure épousant ainsi parfaitement le poignet. Le cadran étant plat, il se dégage un joli effet de relief sans que cela nuise à la lisibilité.

La 5101G, c'est ensuite un magnifique cadran à deux tons soleil bleu - gris rhodium qui se marie à merveille avec le boîtier. La montre devient peut-être un peu moins raffinée que la version platine avec son cadran en or légèrement saumon (à ton unique) mais elle ne perd en rien de son élégance. Ces nouvelles teintes de cadran la rendent même peut-être plus facile à porter au quotidien en lui donnant une petite touche moins formelle voire même légèrement sport. Et puis, selon la lumière, le cadran s'assombrit ou s'éclaircit formant ainsi de très beaux reflets bleutés. Un spectacle inoubliable!

Nous retrouvons la présentation on ne peut plus rationnelle des fonctions du cadran: l'axe des aiguilles au centre, l'indicateur de réserve de marche et la petite seconde étant distribués symétriquement autour. Les aiguilles et les chiffres appliqués sont en harmonie et apportent un contraste suffisant avec le cadran pour une très bonne lisibilité. Sont rappelées dans les deux sous-cadrans les fonctions clé de la montre: le Tourbillon et la réserve de marche de 10 jours. L'éternelle question concernant les montres Tourbillon chez Patek est de se demander pourquoi ils écrivent "Tourbillon" avec le numéro de mouvement associé sur le cadran alors que le principe est de le cacher: il est visible à l'arrière de la montre tout comme évidemment le numéro inscrit sur le mouvement. Esthétiquement, cela ne gêne pas tant que cela mais on se plairait d'imaginer cette 5101 sans ces inscriptions.

La 5101G, c'est enfin un mouvement superlatif. Bien évidemment, Patek s'est appuyé sur l'expérience de la création du mouvement 28 20/220 qui équipait la 5100 avec déjà, une réserve de marche de 10 jours grâce à l'utilisation d'un double barillet. Mais en fait, le développement du 28 20/222 que nous retrouvons dans la 5101G a nécessité 3 années de travail. Le point clé, l'intégration du Tourbillon, a fait l'objet d'un soin particulier pour que le spectacle qu'il offre soit optimal.

De fait, le Tourbillon et sa cage se trouvant côté ponts, il a fallu positionner la roue de moyenne et la roue des minutes côté cadran pour libérer l'espace et dégager le secteur dédié au Tourbillon. Visuellement, 3 éléments attirent l'oeil:
  • le Tourbillon et sa cage évidemment qui occupent quasiment la moitié de la platine
  • le pont du Tourbillon à la finition exceptionnelle et dont l'effet poli miroir nécessite plusieurs jours de travail
  • les 6 rubis et leurs chatons en or dont 3 sont de taille imposante
L'architecture du mouvement a donc été pensée pour mettre en valeur le Tourbillon et il est inutile de le préciser: l'objectif est totalement atteint. Sa taille reste raisonnable (28x20mm) compte tenu de la taille du Tourbillon et de la présence du double-barillet en série. Sa fréquence est de 3hz et il a besoin d'à peu près 100 tours de couronne pour être totalement remonté.

La mouvement est certifié chronomètre. Sur ce point, j'aurais aimé connaître le comportement chronométrique de la montre tout le long des 10 jours de réserve de marche et les solutions apportées par Patek Philippe pour assurer une chronométrie satisfaisante en fin de réserve de marche. Je ne les connais pas. Tout ce que je sais est que le mouvement est réglé deux fois, faisant deux allers-retours entre le COSC et la Manufacture. Et puis, il y a de fortes chances que le propriétaire de la montre prenne l'habitude de la remonter tous les jours en cas d'usage quotidien.

Pour les raisons évoquées précédemment, le boîtier, d'une taille de 51,70x29,60mm (avec une épaisseur maximum de 12,20mm) est très confortable et s'ajuste parfaitement au poignet. Est-ce que finalement nous ne regrettons pas que le Tourbillon soit caché une fois que nous portons la 5101G? Finalement non: la pureté du cadran est préservée et le plaisir de redécouvrir le Tourbillon le soir en quittant sa montre n'en est que décuplé.

La 5101G n'est donc pas une montre surprenante compte tenu du contexte de sa présentation. Il n'en demeure pas moins qu'elle constitue un chef d'oeuvre absolu et qu'elle incarne, à la fois par son esthétique et par sa technique, tout le savoir-faire de la Manufacture Patek Philippe. La magie continuant d'opérer, c'est pour cela que je la considère comme une nouveauté marquante de l'année 2011.

Un grand merci à l'équipe de l'équipe de la Boutique Patek Philippe de Paris.