Louis Vuitton: Tambour Curve Tourbillon Volant

Louis Vuitton oeuvre depuis 2002 à développer son offre horlogère et à la rendre crédible afin qu'elle soit cohérente avec les autres composantes de son catalogue. L'acquisition de la Fabrique du Temps en 2011 témoigne de cette ambition et donne des moyens d'agir dans le segment haut de gamme. La plus grande réussite de la marque est d'avoir su bâtir une collection autour d'un boîtier reconnaissable (Tambour) et un thème favori (les voyages). Etre capable de bâtir une identité en si peu de temps n'est pas donné à tout le monde et d'ailleurs des manufactures ayant une période d'activité bien plus importante n'y sont toujours pas parvenues.


La toute dernière nouveauté de Louis Vuitton joue un rôle très important dans cette ambition horlogère: elle démontre la capacité de la marque d'innover, d'évoluer tout en respectant les critères du Poinçon de Genève et de s'affirmer comme un acteur important dans le segment des montres superlatives. L'impact que cette pièce génère doit rejaillir sur l'ensemble de la collection compte tenu de son rôle de vecteur d'excellence. Cette montre est la Tambour Curve Tourbillon Volant qui surprend par son audace et son exécution.

Je dois avouer que j'aime beaucoup cette montre. Pour une raison très simple: elle est radicale car elle me donne l'impression que Louis Vuitton et la Fabrique du Temps sont allés au bout de leurs idées. Elle suscite d'ailleurs une sorte de paradoxe chez moi: je l'aime pour les mêmes raisons pour lesquelles je n'aime pas certaines tendances récentes chez Louis Vuitton: l'utilisation excessive du monogramme. Mais dans un contexte horloger où le consensus est trop souvent présent, voir une montre que je qualifierais de politiquement incorrecte me fait plaisir.


L'audace ne suffit pas à rendre une montre convaincante. Encore faut-il qu'elle soit bien réalisée et c'est le cas ici. Deux adjectifs me viennent à l'esprit: fluidité et légèreté.

La sensation de fluidité est obtenue grâce aux courbes du boîtier et à la présentation du cadran ouvert. Un des aspects les plus intéressants de la montre est le travail esthétique sur la forme du boîtier. Elle est inspirée par le ruban de Möbius ce qui lui donne un aspect étiré, galbé avec une cambrure convexe. Lorsque j'observe la montre sur le côté, le boîtier apparaît plus haut au niveau du diamètre horizontal (ce qui est un élément clé compte tenu de la présence du tourbillon) et plonge sur les attaches du bracelet alors qu'il apparaît comme parfaitement rond vu d'en haut. De plus, le diamètre à la lunette (42mm) est nettement inférieur à celui à la base (46mm) pour une hauteur de 12,75mm. Ainsi, il n'existe aucune ligne droite ce qui allège nettement le rendu visuel. Les dimensions sont certes imposantes mais à aucun moment je n'ai ressenti une lourdeur esthétique. En revanche, la montre reste destinée aux grands poignets. Du fait du système d'attache du bracelet, ce dernier prolonge le boîtier et ne peut pas se plaquer efficacement sur un petit poignet. En revanche, dès que le poignet a une taille suffisante, la montre se positionne avec confort et fermeté.


La sensation de fluidité est également la résultante du travail sur le cadran. Ce dernier est ouvert et dessine des lignes droites qui ont pour but de mettre en valeur les courbes du boîtier et de structurer la présentation des éléments mobiles du mouvement. Le clou du spectacle est évidemment le tourbillon  volant à 9 heures qui se distingue par sa cage aérienne et géométrique en forme de fleur du monogramme de Louis Vuitton. Il effectue un tour complet en une minute et j'ai beaucoup apprécié son rendu visuel, délicat et aérien. La cage a un diamètre important et le tourbillon respire compte tenu de l'espace dégagé autour. Le deuxième élément qui se distingue est le barillet au sommet du cadran ainsi que les rouages. Le mécanisme se dévoile sans tomber dans une approche "squelette" baroque. L'ensemble adopte un style contemporain et le contraste entre ces éléments mobiles et la platine ajourée traitée NAC noir (définissant un noir profond) est saisissant. Enfin, le dernier élément impactant est le grand pont LV. Ce dernier est finalement plutôt discret dans la version non sertie, se confondant presque avec le reste de la platine ouverte. En revanche, la version sertie le met littéralement en valeur et... je ne voyais que lui en manipulant la pièce! Un dernier point que je souhaite souligner à propos du cadran: le poinçon de Genève est discrètement indiqué à la base du cadran, ce qui est une bonne chose.


La légèreté de la montre est à la fois réelle et visuelle. Réelle car la composante principale du boîtier  est le Carbostratum, un matériau composite obtenu par l'application aléatoire d'une centaine de couches de carbone de taille différente. Le résultat est léger et résistant. La base du boîtier, les attaches et la couronne sont en titane. La légèreté visuelle est obtenue grâce au comportement du tourbillon volant et de nouveau les ouvertures du cadran qui accentuent les effets de profondeur. Le rehaut plonge sur la platine et les différents niveaux définissent une structure tri-dimensionnelle.

La présentation du mouvement à l'arrière de la montre est semblable à celle que je retrouve côté cadran. Le pont LV y est repris, de façon inversée. A noter que le mouvement est "fermé" et que lorsque la montre est portée, les poils du poignet ne sont pas visibles ce qui est préférable.


Le mouvement LV 108 à remontage manuel qui anime la Tambour Curve Tourbillon Volant offre une réserve de marche de 80 heures pour une fréquence de 3hz. Cette réserve de marche supérieure à 3 jours est appréciable même si le propriétaire de la montre aura de toutes les façons le réflexe de la remonter tous les jours. Cette pièce est après tout faite pour être portée en toute circonstance du fait de son confort et de sa légèreté. Le bracelet est soit en caoutchouc, soit en bi-matière (caoutchouc et alligator). Enfin, l'étanchéité est de 30 mètres.

J'ai donc été convaincu par la Tambour Curve Tourbillon Volant. J'ai aimé la réinterprétation  du boîtier Tambour dans une approche moins rigide et le comportement du tourbillon volant est un régal pour les yeux. La montre est confortable et agréable à porter à condition d'avoir le poignet suffisamment grand. Son atmosphère contemporaine et la qualité des finitions contribuent à son pouvoir de séduction. Reste donc le sujet du pont LV: je pense que Louis Vuitton a eu raison de le concevoir ainsi, ne serait-ce que par cohérence avec ses tendances stylistiques. La version non sertie est de toutes les façons plutôt discrète à cet égard mais la version sertie est en revanche un hymne au monogramme. Ce sera finalement aux fortunés clients de choisir entre la démarche subtile ou celle plus ostentatoire.


Les plus:
+ une atmosphère stylistique contemporaine réussie
+ le rendu du tourbillon volant
+ le confort et la légèreté du boîtier
+ le jeu avec les diamants de la version sertie

Les moins:
- la taille imposante n'est pas destinée à tous les poignets

Commentaires

Anonyme a dit…
Le 15/03...La seule chose que je retiens, c'est l'état sanitaire catastrophique de notre pays.
Plusieurs marques horlogères vont disparaitre.
En ce qui me concerne, je ne fais pas partie des débiles qui vont dans les parcs et qui continuent à s'agglutiner. Je reste chez moi et j'écris. On peut lire tout ce que l'on veut partout sur le Coronavirus. On peut aussi essayer de se distraire et de penser à autre chose de temps en temps. Sinon, on va tous devenir fous.
Concernant la situation économique du secteur horloger, elle est évidemment catastrophique. C'est la raison pour laquelle il sera important aussi de communiquer et de soutenir autant que l'on peut les petites marques. C'est la raison pour laquelle il me semble pertinent, plus que jamais, de continuer à animer le blog et de poster sur Instagram dans la mesure du possible. C'est certes une goutte d'eau dans un océean de problème, j'en conviens.