David Rutten: DR-01 Streamline

Avant-propos:  la montre photographiée est un prototype dont certains détails seront revus. Il manque notamment une plaque côté mouvement et le contraste entre les chiffres et les disques sera augmenté.

David Rutten prétend qu'il est né en Belgique mais je ne le crois pas. Il vient d'une très lointaine planète. Tout du moins, c'est sa montre, la DR-01 Streamline, qui me donne cette impression. Je ne sais pas exactement où elle a été créée mais en la découvrant, je me suis dit qu'elle était tombée d'une soucoupe volante. En tout cas, je l'ai bel et bien découverte sur la planète Terre au cours de la dernière édition de Baselworld lors de ma rencontre avec David Rutten et son compagnon d'équipage et associé, Malik Bahri. La DR-01 Streamline, dont la vocation est d'être produite en 88 exemplaires, fait actuellement l'objet d'une campagne de souscription qui est accessible via le site internet de David Rutten. La montre est dans ce contexte proposée à un prix extrêmement attractif sur lequel je vais revenir en fin d'article. Mais avant de rentrer dans ces considérations, il est important de présenter l'objet et ce qui fait sa singularité.

Ce qui est paradoxal et passionnant avec la DR-01 Streamline, c'est qu'elle est à la fois originale et futuriste mais aussi inspirée du passé, réinterprétant à sa façon les montres à guichets qui existent depuis fort longtemps. Imaginez une Tank à guichets de la fin des années 20 qui aurait basculé dans une faille spatio-temporelle, qui visiterait l'an 3175 sur la planète Mars et qui reviendrait sur Terre grosso modo un siècle après sa création: vous obtenez la DR-01 Streamline.


Avec une telle description, je donne la sensation de décrire un objet loufoque et bizarroïde. Eh non, la DR-01 Streamline ne l'est pas. Elle est déconcertante, intrigante mais elle est surtout cohérente et bien pensée. Elle a un but principal: celui de mettre en valeur la matière de son boîtier, usiné à partir d'un bloc de météorite métallique (au doux nom officiel de Muonionalusta) trouvé en Suède en 1906. Et toute la montre découle de cette ambition: le design, l'affichage du temps et le mécanisme.

En découvrant la DR-01 Streamline, je fus évidemment surpris. D'abord surpris par son esthétique qui parvient à renouveler le concept de la montre de forme. La montre a une base rectangulaire mais son galbe lui donne beaucoup de fluidité. Jamais une montre rectangulaire n'a été aussi... ronde! Et comment ne pas évoquer les godrons qui évidemment caractérisent l'inspiration Streamline... vous savez ce courant esthétique qui exista pendant plusieurs décennies au milieu du XXième siècle et qui se concrétisa à travers de superbes engins terrestres, ferroviaires ou aériens, dans des objets du quotidien mais également dans l'architecture. Les godrons jouent un rôle très important. Ils cassent l'uniformité du boîtier et apportent de la subtilité. Ils mettent ensuite en valeur le matériau car leurs effets de relief donnent l'opportunité à la texture de la météorite de s'exprimer. Enfin, ils plongent le design de la DR-01 Streamline dans une atmosphère très années 50 qui m'évoque les prémices de la conquête spatiale et les romans de science fiction de l'époque. Ce va-et-vient permanent entre passé et futur est d'ailleurs un des fils conducteurs de la DR-01 Streamline. 


Puis je fus surpris par le rendu visuel de la météorite, sa texture, son brillance. Je dois avouer que je l'ai redécouverte sous un autre angle. Généralement cantonnée au rôle de fond de cadran, elle prend ici une toute autre dimension. Je comprends parfaitement pourquoi David Rutten a voulu structurer la montre autour du matériau. La météorite métallique offre un spectacle incomparable et unique. Comment pourrais-je qualifier ce matériau? De précieux? Peut-être compte tenu de sa rareté et de sa brillance. En tout cas, rarement une montre m'aura autant interpelé du fait de l'aspect de son boîtier. Là encore, un contraste saisissant apparaît, entre la dimension brute de la météorite révélée par les irrégularités, les nervures et le raffinement qui s'exprime dans la façon de capter la lumière grâce au polissage. Les imperfections rajoutent même du charme et de l'audace: la pièce que j'ai manipulée comportait une inclusion de Cobalt dans la partie gauche du boîtier. Cette inclusion aléatoire (qui dépend de la coupe du bloc de météorite) exprime un côté mystérieux et fascinant. Le légèreté du boîtier surprend aussi. Je pensais que la DR-01 Streamline était une montre lourde, je me suis trompé. La densité de la météorite utilisée est proche de l'acier. Le poids de la montre reste raisonnable (autour de 120 grammes) et le poids ne se ressent pas une fois mise au poignet. La base du boîtier, au contact permanent de la peau, est réalisée en titane tout comme la couronne.


Les dimensions du boîtier sont, prises dans l'absolu, imposantes: la largeur est de 37mm et la longueur est de 53mm. Et nous savons tous que le moindre millimètre compte dans une montre de forme. Pourtant, la DR-01 Streamline ne m'est pas apparue comme gigantesque. Tout d'abord son épaisseur de 12mm est maîtrisée. Le style est élancé et grâce au galbe du boîtier, l'ensemble apparaît fluide. Le boîtier n'a pas de véritable cornes ou plutôt le bracelet "rentre" dans le boîtier comme avec une Tank. La montre se pose donc sur le poignet sans nécessiter de l'espace supplémentaire. Et puis cette taille généreuse a un atout, pas forcément perceptible au départ: elle donne envie de caresser en permanence les godrons. Eh oui, la DR-01 Streamline offre aussi une expérience tactile. 

Contrairement à de nombreuses montres à guichets, la DR-01 Streamline regroupe en une seule zone les différents affichages: sautants pour les heures (ce qui est pour moi extrêmement important pour ne pas se tromper sur l'heure en cours), traînants pour les minutes et les secondes. La forme de l'ouverture ressemble à une sorte de capsule spatiale et permet de concentrer sur une surface réduite toutes les informations nécessaires. La lecture de l'heure est aisée puisqu'il suffit de suivre le repère à la base de l'ouverture. Le sens horloger est respecté, les disques des minutes et de secondes tournent de la gauche vers la droite. Le disque des secondes apporte une jolie animation et empêche la montre d'apparaître comme statique. J'aime l'approche esthétique mise en oeuvre puisque les chiffres semblent "irradier" depuis le repère. La lisibilité est tout à fait correcte sur le prototype grâce à la taille des chiffres plus grande que ce que l'on rencontre habituellement sur les montres à guichets traditionnelles.  Le contraste entre les chiffres et les disques va être améliorée dans la version finale et le verre saphir subira un traitement anti-reflet double face.


Une telle montre se doit d'être animée par un mouvement à la hauteur. A quoi bon évoquer l'espace et les soucoupes volantes si derrière se trouve un moteur de mobylette? Il faut sur ce point rendre hommage à David Rutten et à Malik Bahri: le mouvement qui anime la DR-01 Streamline est non seulement cohérent mais il répond à cet enjeu.

Le calibre DR-01 Streamline est un mouvement puissant à remontage manuel d'une fréquence de 4hz et d'une réserve de marche de 120 heures obtenue grâce à deux barillets. Ce mouvement exclusif a été développé avec Christopher Ward à partir d'une base du mouvement SH21 (dont on reconnaît l'organe réglant) sur laquelle a été greffé le module d'affichage. Ce mouvement occupe généreusement le boîtier du fait de son diamètre de 33mm... ce qui ne laisse qu'un espace de 2mm de chaque côté dans le sens de la largeur! Cela prouve que la taille de la DR-01 Streamline est optimisée puisqu'elle ne pouvait concrètement pas être plus petite.

Le bracelet en python correspond bien à l'esprit de la montre. Sa souplesse est appréciable:


J'aime la présentation du mouvement. Il n'offre certes pas des finitions spectaculaires mais son aspect est soigné. La forme géométrique du grand pont inspirée par la structure en octaèdre de la météorite, correspond bien à l'esprit de la montre, tout comme le rendu monochrome obtenu avec un traitement en ruthénium. L'ensemble apparaît très concentré et le mouvement donne l'impression qu'il n'y a pas le moindre espace de libre. Du point de vue visuel, les deux barillets à droite imposent leur grande taille et l'organe réglant en bas à gauche semble relégué dans un coin. Je regrette d'ailleurs que le balancier ne soit pas un peu plus visible pour qu'il y ait plus d'animation côté mouvement. La puissance du mouvement se sent lors du remontage. Il faut virilement tourner la couronne pour bien le remonter. Clairement, ce n'est pas un mouvement Lange mais après-tout, cette expérience musclée au remontage m'est presque apparue compatible avec le design de la DR-01 Streamline. Mon seul véritable reproche au bout du compte est l'absence, dans le contexte d'une longue réserve de marche, d'un indicateur de cette réserve de marche, côté mouvement. J'aime savoir où j'en suis si je ne remonte pas le mouvement quotidiennement. En tout cas, le mouvement fonctionne très bien. Au-delà de sa longue réserve de marche, son atout est le parfait saut instantané des heures: c'est propre et net avec un très joli bruit de déclenchement.

Malgré sa taille, et pour les raisons exposées précédemment, la DR-01 Streamline se porte aisément et avec confort. Le boîtier se pose bien, passe même sous la chemise et la souplesse du bracelet en python noir assure un maintien efficace. J'ai en tout cas pris beaucoup de plaisir à porter cette montre intrigante et passionnante. Le rendu du boîtier, l'efficacité du design et la parfaite intégration de l'affichage la rendent séduisante.


Au-delà de cette réussite d'ensemble, la DR-01 Streamline m'est apparue comme une montre importante dans l'offre de cette année. Elle est audacieuse et clivante dans un contexte général assez conventionnel. Et surtout elle donne l'opportunité d'acquérir un boîtier en météorite avec un prix de souscription à 4 chiffres... alors que les rares exemples de cas similaires qui me viennent à l'esprit étaient vendus avec des prix à 6 chiffres.

Bien évidemment, et c'est sa force, cette montre ne va pas plaire à tout le monde. Elle surprend, elle peut même déranger. Mais porter une telle pièce crée de nouvelles sensations et pas uniquement parce que sa matière première vient de l'espace. Les reflets, la texture, l'affichage, la forme, tout est finalement prétexte pour découvrir chaque jour un nouveau détail de la DR-01 Streamline. L'excellente nouvelle est que la montre se trouve actuellement dans le cadre d'une campagne de souscription. Le prix d'appel est pour le moins agressif compte tenu de la singularité et de la qualité de la montre: 7.650 euros si le prix est payé intégralement à la commande, 8.500 euros si un acompte de 40% est versé. De plus, adhérer au concept à travers une campagne de ce type correspond à un accompagnement du développement de la société et du projet. C'est une façon de soutenir les créateurs qui osent et plus largement l'horlogerie créative et indépendante. N'est-ce pas une belle façon d'agir contre l'offre généralement très formattée du marché?

Les plus:
+ un prix attractif pour un boîtier en météorite
+ une montre originale et cohérente
+ les performances du mouvement
+ le confort au porter

Les moins:
- un remontage manuel viril
- j'aurais aimé un indicateur de la réserve de marche côté mouvement compte tenu de cette longue réserve de marche

Commentaires

Anonyme a dit…
Bon, OK, un boitier en météorite. C'est rigolo. Et après ? On ouvre l'oeuf et là, pour reprendre vos analogies extra-terrestres, et bien c'est le vide intersidéral.
De plus, ça, j'en peux plus de le lire > la vocation est d'être produite en 88 exemplaires
88 > Notre loufoque ne l'est pas vraiment, il pense déjà à la cliente asiatique...
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