Panerai: Radiomir 1940 3 days Acciaio PAM790 et PAM791

L'arrivée d'un nouveau CEO n'est jamais un événement anodin mais elle prend une dimension particulière chez Panerai. En effet, Angelo Bonati fut remplacé par Jean-Marc Pontroué il y a quelques mois après avoir passé 18 ans à la tête de la marque. Un mandat d'une telle durée laisse forcément des traces et tout l'enjeu pour Jean-Marc Pontroué est de donner une nouvelle impulsion, de changer certaines habitudes, d'adapter Panerai aux réalités du marché actuel tout en s'appuyant sur les atouts de la marque et de son outil de production. La lettre de mission est claire: il faut que Panerai retrouve la dynamique de croissance et la place dans les coeurs des amateurs qu'elle possédait lors de la première partie de l'ère Angelo Bonati. La tâche est complexe mais l'essentiel demeure: le style Panerai est toujours reconnaissable au premier coup d'oeil et c'est une chance incommensurable dans un marché difficile que de posséder des caractéristiques esthétiques fortes qui créent des émotions.


Evoluer sans se renier, c'est un peu aussi l'histoire des Radiomir 1940 3 days Acciaio PAM790 (cadran noir) et PAM791 (cadran ivoire). Ces deux montres, qui arrivent en boutique en cette rentrée apporte un vent de nouveauté dans le style Panerai sans perdre les éléments fondamentaux de la manufacture. En fait, tout part du cadran. Les deux cadrans ne sont cette fois-ci pas inspirés par une montre du passé (une pratique habituelle de la marque) mais par une horloge à pendule que les clients de la boutique historique de Florence venaient admirer il y a fort longtemps.

Je trouve l'idée qui consiste à changer de source d'inspiration excellente. A force de pratiquer les mêmes recettes, Panerai courait le risque de tourner définitivement en rond. Ces deux montres sont donc pour moi bien plus que des nouveautés de rentrée comme il y en a chaque année. Elles préfigurent en un sens la volonté de la part de Panerai d'explorer d'autres univers pour se réinventer.


Il ne s'agit pas non plus de s'emballer. Je ne suis pas en train d'expliquer que ces montres n'ont rien à voir avec ce que pratique Panerai: même en cachant les inscriptions du cadran, on reconnaît leur provenance sans hésitation. Et c'est là toute la réussite: ces deux Radiomir sont à la fois originales, surprenantes mais en même temps marquées par le sceau de Panerai.

Les  cadrans sont simples, rigoureux et très séduisants. Ils possèdent une minuterie périphérique et un pourtour intérieur qui apportent une touche de couleur raffinée. La minuterie et le pourtour délimitent la zone dans laquelle sont inscrits les chiffres arabes de style art-déco. Les seules inscriptions (en sus du minuscule "swiss" au bas des cadrans) sont les deux mots Radiomir et Panerai dont la taille pourrait choquer mais qui sont parfaitement à l'aise dans le contexte d'un design très pur. Et puis... c'est tout. Car ces deux Radiomir sont des montres deux aiguilles et c'est très bien ainsi. Panerai s'est contenté d'aller à l'essentiel et ce style sobre apporte beaucoup d'élégance et de distinction. 


Le résultat aurait pu être perçu comme trop austère s'il n'avait pas été rehaussé par une magnifique paire d'aiguilles fuselées dont la forme est une grande première pour Panerai. J'ai vraiment été sous le charme de ces aiguilles qui affichent le temps avec beaucoup de classe. D'ailleurs, il valait mieux qu'elles soient réussies car elles occupent véritablement le premier rôle sur un cadran "inerte".

Après avoir examiné les deux montres, je n'ai aucune hésitation: c'est le cadran ivoire que je préfère et de façon très nette. Tout d'abord, il est évidemment plus lumineux. Ensuite je trouve qu'il met mieux en valeur les aiguilles. Enfin, la lisibilité de la montre reste optimale et les reflets sur le verre ont moins d'impact. La contrepartie est que la montre à cadran ivoire possède une taille perçue supérieure à celle à cadran noir. Or le diamètre du boîtier en acier est de 47mm ce qui est imposant.


Mais voilà: il y a un savoir-faire chez Panerai qui rend les boîtiers d'une telle taille beaucoup plus subtils qu'ils n'en ont l'air. C'est lié à leur construction sur plusieurs niveaux, à la lunette ronde posée sur une base coussin, aux cornes courtes, à la forme de la couronne. Pourtant, en observant de profil les deux Radiomir 1940 en question, je fus surpris par leur épaisseur, même pour des montres étanches à 100 mètres. Je n'ai pas la mesure exacte mais on ne doit pas être loin des 20mm. Il y a de quoi tempérer les plus enthousiastes mais cette épaisseur s'explique par une très bonne raison: la forme du verre plexi. Ce verre contribue lui aussi à la réussite esthétique de l'ensemble en rajoutant une dimension rétro et de charme.


Seul un mouvement à remontage manuel est cohérent avec un tel design de cadran. C'est la raison pour laquelle Panerai a fait le bon choix d'utiliser le calibre de manufacture P3000 d'une fréquence de 3hz pour une réserve de marche généreuse de 3 jours obtenue grâce à un double-barillet. Le mouvement est visible à travers le fond transparent. Le côté positif est que sa grande taille le rend adapté même à un boîtier de 47mm. En revanche, sa présentation contemporaine (pont de balancier traversant) et plutôt austère (un très grand pont qui recouvre plus de la moitié du calibre) me semble un peu décalée par rapport à l'atmosphère des deux montres. Même si sa finition est soignée, j'aurais plutôt fait le choix d'un fond plein ce qui en plus aurait eu le mérite de diminuer légèrement l'épaisseur. Cependant, je sais que de nombreux clients préfèrent que le mouvement soit visible.


Ce qui m'a le plus plu avec les PAM790 et PAM791, c'est ce contraste maîtrisé entre le gabarit imposant et l'élégance du cadran. Cette opposition crée une atmosphère particulière qui donne beaucoup de charme à ces deux montres. Et pourtant, ce sont de sacrés morceaux! Mais les boîtiers se posent bien sur les poignets et la manipulation de la couronne est aisée. Elle se visse et dévisse sans souci ce qui est un point crucial pour une montre à remontage manuel. De plus le remontage quotidien n'est pas obligatoire mais je le recommande... car sinon le risque d'oublier de remonter la montre en fin de réserve de marche est réel! 


Même si Jean-Marc Pontroué n'est pour rien dans la sortie de ces deux Radiomir, il doit cependant y trouver matière à réflexion. Dans le contexte de la redynamisation de la marque, une telle approche esthétique offre des perspectives alternatives. Il sera donc intéressant d'observer si d'autres montres profiteront d'une inspiration similaire dans le futur.


Les PAM790 et PAM791 sont disponibles au prix de 8.900 euros TTC dans des séries limitées de 500 pièces chacune.

Merci à l'équipe de la boutique Panerai de la rue de la Paix.

Les plus:
+ un renouvellement esthétique de Panerai qui reste cohérent avec les codes de la marque
+ la présentation des cadrans
+ le verre plexi
+ la réserve de marche de 3 jours

Les moins:
- l'épaisseur
- un fond plein m'aurait semblé plus adapté à l'esprit de ces deux montres

Commentaires

Anonyme a dit…
J'aime beaucoup ces montres mais j'ai deux petites remarques.
La première concerne le storytelling de "l'horloge à pendule que les clients de la boutique historique de Florence venaient admirer il y a fort longtemps"... Il fut un temps pas si lointain où Panerai osait sans devoir systématiquement se raccrocher à son patrimoine.
La seconde porte sur la difficulté de Panerai à comprendre que 47 mm x 20 mm x 500 exemplaires n'est plus l'équation du succès. On en a un peu marre de ces marques qui déclinent leurs modèles les plus intéressants en série limitée intouchables pour l'immense majorité des amateurs, et proposent en collection des montres vues, vues et revues +/- surtarifées.
Panerai a été une marque plus que sexy, avant que les comptables et les marketeux ne viennent tout foutre en l'air. J'espère que la nouvelle direction saura s'en souvenir (mais j'en doute).
Anonyme a dit…
Je rejoins complètement le commentaire précédent, avec un point de différence : le nouveau modèle est un peu fade, quand même. Mais ce n'est qu'un avis. On a déjà vu ce cadran ailleurs ; ce n'est pas un Panerai typique...
Fantomas a dit…
Ah, encore des SL Panerai à 9000€ qui se revendront difficilement à 4000€...Même à 1000€, j'en voudrai pas.
Franchement, c'est un prix complétement à l'ouest pour une 2 aiguilles.
Bonati peut dormir tranquille, il laisse de bonne bouses derrière lui.
Olivier a dit…
Toujours tarifairement surévaluées ces Panerai. Contrairement à d'autres, à 1000 €, j'achète cependant !!!