Le grand retour d'Ikepod, symbole d'une évolution du marché

Il y a tout de même des bonnes nouvelles ces derniers temps en provenance du petit monde horloger. Par exemple, ne faut-il pas se réjouir du retour d'Ikepod, surtout dans le contexte envisagé par Christian-Louis Col et ses partenaires, les nouveaux propriétaires de la marque?

Parce qu'Ikepod, c'est un nom qui a compté dans le paysage depuis son lancement au milieu des années 90. Certes, la marque a connu des hauts et des bas jusqu'à sa mise en sommeil en 2012. Mais elle a toujours su apporter sa singularité et son audace dans un contexte horloger qui restait, malgré tout, conventionnel. C'était évidemment dans ses gênes: à la base Ikepod était le projet commun d'Oliver Ike et du célèbre designer Marc Newson et elle fut une des toutes premières marques à mettre le thème du design et de la créativité en tant que ligne directrice majeure. Au gré de mes rencontres passées, je me souviens de l'Hemipode que j'aimais beaucoup, de la Solaris qui me faisait penser à un domino réversible ou du fameux sablier que j'avais eu la chance de découvrir au sein de la boutique éphémère de la rue Madame... Je retiendrais trois caractéristiques importantes du style Ikepod: le galbe tout d'abord. Même les montres rectangulaires d'Ikepod, comme la Solaris par exemple, offraient des rondeurs qui rendaient la sensation au toucher extrêmement agréable. J'avais ainsi le sentiment d'avoir un galet au poignet lorsque je portais l'Hemipode... car le fond du boîtier prolongeait les courbes de la lunette comme par mimétisme. Et je n'évoque même pas le sablier qui était extrêmement agréable à caresser!

La Duopode, une des deux montres de la renaissance d'Ikepod:


L'autre élément qui reste gravé dans ma mémoire est la paire d'aiguilles de l'Hemipode ou de l'Horizon. Je les trouvais contemporaines, séduisantes et dépoussiérantes. Enfin le dernier détail qui définissait, dans mon esprit, le style Ikepod était le bracelet caoutchouc et son système de fermeture. Et ce détail est toujours d'actualité: ne préfigurait-il pas le bracelet de l'Apple Watch sur laquelle March Newson a travaillé?

Ikepod, c'est aussi des partenariats très avant-gardistes avec des artistes en provenance de l'univers de l'art contemporain comme Jeff Koons. D'ailleurs la montre Ikepod x Jeff Koons était également la démonstration des travers passés d'Ikepod qui ont contribué à la fin de l'aventure en 2012: au-delà d'un cadran pour le moins étrange représentant les boulets de canon de couleur de Koons, la montre ne proposait pas, à mon avis, une qualité perçue du niveau du prix de vente totalement délirant (le boîtier était disponible en platine ou en titane). Au bout du compte, Ikepod me laissa un double sentiment: celui d'une réussite esthétique certaine (malgré leur audace, les montres n'ont pas pris une ride!) et un positionnement marché totalement inadapté.

Les traits caractéristiques de la marque sont préservés:


C'est dans ce contexte que la démarche des nouveaux propriétaires prend tout son sens: l'objectif est finalement simple. Celui de rendre de nouveau disponible le style Ikepod tout en corrigeant deux défauts majeurs du passé: les prix deviendront accessibles et les montres seront fiables puisqu'animées par des mouvements quartz Miyota réputés pour leur robustesse.

Alors, certes, il n'y a plus d'ambition mécanique, tout du moins avec les montres inaugurales de la nouvelle page d'Ikepod. Mais est-ce un problème? Pas vraiment puisque la pierre angulaire de la marque est préservée: le design et le style constitueront l'élément moteur. Et si l'Ikepod du passé fut la marque d'un designer, l'Ikepod nouvelle formule reste fidèle à ses racines puisqu'un célèbre designer contribue à la création des cadrans des deux montres qui vont constituer la collection inaugurale. Emmanuel Gueit travaille ainsi sur le projet ce qui lui donne une sacrée crédibilité.

Une réussite esthétique qui fait oublier le mouvement à quartz... surtout avec un cadran à deux aiguilles!


Les deux montres qui seront présentées dans le contexte de la campagne Kickstarter qui sera lancée à la rentrée sont la Chronopod (chronographe d'un diamètre de 44mm) et la Duopod (montre deux aiguilles d'un diamètre de 42mm). J'ai eu la chance de voir le prototype de cette dernière et elle s'annonce très prometteuse. Incontestablement, malgré le changement de segment, l'ambition esthétique d'Ikepod est préservée. La montre s'est révélée être très agréable à porter et très séduisante. Et heureuse surprise: le bracelet est équipé d'une boucle ardillon que je trouve plus pratique que le fermoir de type Apple Watch! Il ne nous reste maintenant plus qu'à attendre le lancement de la campagne (et pour cela je vous recommande de vous abonner à la newsletter sur le site officiel de la marque pour être informé de la date précise) et à découvrir les versions définitives des montres, les cadrans proposés et les fameux prix assurément accessibles.

Le marché horloger s'est transformé, la demande vers des produits créatifs à des prix raisonnables ne cesse de croître et constitue un axe de développement majeur pour l'industrie. La nouvelle équipe d'Ikepod l'a bien compris et c'est la raison pour laquelle le repositionnement de la marque me semble judicieux et bienvenu. J'ai donc la conviction que la campagne Kickstarter se déroulera avec succès et je le souhaite car j'ai envie de voir cette marque vivre de nouveau.

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