Richard Mille: RM67-02 High Jump - Mutaz Essa Barshim

Il y a tout de même un côté paradoxal, voire ironique en observant la Richard Mille RM67-02 qui fut présentée lors des derniers championnats du monde d'Athlétisme en 2017 et que j'ai eu l'occasion de découvrir lors du dernier SIHH. Une des deux versions de cette montre extra-plate a pour ambassadeur Mutaz Essa Barshim qui n'est rien d'autre qu'un champion de saut en hauteur! Je ne sais pas si cet athlète élancé et élégant, qui fut capable de franchir la hauteur de 2m43 est le mieux placé pour évoquer la finesse de la RM67-02 High Jump. Mais une chose est certaine: du fait de son talent, de sa nationalité qatarienne et du plaisir qu'il éprouve à porter cette montre y compris en compétition, Mutaz Essa Barshim  est un porte-drapeau bigrement convaincant du style Richard Mille.


J'aime beaucoup cette montre pour deux raisons. La première est qu'elle est une déclinaison de la RM67-01, une de mes montres Richard Mille "simples" préférées. La seconde est que cette évolution sportive est réussie car non seulement elle apporte de nombreuses différences esthétiques par rapport à la montre de base mais qu'en plus elle s'avère totalement convaincante du point de vue pratique. En fait, malgré sa simplicité apparente (la RM67-02 n'est après tout qu'une montre à deux aiguilles), elle contient tout ce qui fait le succès d'une montre Richard Mille: un design audacieux, des performances qui correspondent à l'usage prévu et des solutions originales et innovantes.

La RM67-01 m'avait séduit lors de sa présentation il y a 2 ans grâce à son boîtier que je trouvais particulièrement abouti. Il réinterprétait avec élégance et raffinement le traditionnel boîtier tonneau de la marque. Sa finesse ne lui faisait nullement perdre du caractère car les proportions demeuraient homogènes et permettaient à la montre de conserver un côté énergique. De même, malgré le rendu plat, la sensation de profondeur  restait perceptible grâce à l'architecture du mouvement et au cadran ouvert.


J'ai donc retrouvé avec plaisir à travers la RM67-02 ces proportions identiques mais dans un contexte esthétique clairement distinct. En dehors de sa gamme de couleurs qui est le premier élément qui saute aux yeux, le boîtier de la RM67-02 propose un détail qui modifie la vocation de la montre: grâce aux crénelures, qui constituent la signature des montres sportives Richard Mille, la RM67-02 quitte l'atmosphère feutrée de sa devancière pour se retrouver sur le tartan des pistes. Ces crénelures cassent la fluidité des lignes de la montre originale et donnent un aspect beaucoup plus viril. Mais, et c'est toute la réussite du design, la montre ne perd pas sa subtilité.

Le boîtier se compose de trois parties distinctes. La lunette et le fond sont réalisés en quartz TPT qui est constitué de multiples couches de quartz imprégnées d'une résine spéciale de couleur pourpre, définissant ainsi la couleur dominante de la montre. La carrure est quant à elle usinée dans du carbone TPT, suivant un principe similaire mais avec des fils de carbone. Le rendu est spectaculaire, à la fois régulier et marbré. C'est comme si un soupçon d'aléa s'était inséré dans une construction rigoureuse. En tout cas, le résultat est là: le boîtier, malgré son épaisseur de 7,80mm, offre une résistance très élevée aux chocs ce qui le rend apte à diverses pratiques sportives dont évidemment le saut en hauteur! De plus, il contribue, au même titre que le bracelet et le mouvement, à l'extrême légèreté de la montre. Pensez donc: avec un poids de 32 grammes sur la balance, la RM67-02 est un véritable poids plume! Poids plume mais pas petit gabarit car le style élancé demeure avec des dimensions de 38,70mm sur 47,25mm. Cette taille est importante, surtout pour une montre de forme. Cependant, du fait de l'épaisseur de la lunette et de l'ouverture du cadran limitée, la montre semble plus petite lorsqu'elle est mise au poignet.

La RM67-02 High Jump à la droite de la RM67-02 Sprint dédiée à Wayde Van Niekerk:


Parlons justement de la mise au poignet. Car j'aborde ici un des points clé, pour ne pas dire fondamentaux de la RM67-02: son bracelet. Cela ne sert à rien de faire une montre légère, résistante, dédiée à la pratique sportive si elle bouge sur le poignet. Il fallait donc trouver un bracelet maintenant parfaitement le boîtier y compris lors de mouvements rapides du bras. Le bracelet tissé de la RM67-02 est un modèle du genre. Il ne possède aucune fermeture et s'utilise comme un serre-poignet. Son élasticité est parfaitement dosée même si sa manipulation surprend la première fois. J'ai eu peur de trop tirer et de casser les attaches. Mais je n'avais rien à craindre. Le bracelet est renforcé par des inserts en titane et j'aurais pu tester l'élasticité de façon plus poussée. Qu'importe après tout car j'ai pu constater l'essentiel: le confort est optimal, le bracelet serre le poignet sans le presser, la peau respire et surtout à aucun moment la montre ne bouge. Ce bracelet est donc le complément idéal de la RM67-02. Et c'est ce que j'aime chez Richard Mille: le moindre détail est pensé en cohérence avec l'objectif à atteindre.


Le cadran de la RM67-02, en titane et traité en DLC noir, réserve également de nombreuses surprises, surtout en le comparant avec celui de la RM67-01. A vrai dire... tout est changé même si l'état d'esprit demeure. Exit les chiffres et la structure sur laquelle ils reposent, exit les complications additionnelles (date et affichage des fonctions de la couronne). Une nouvelle présentation est mise en oeuvre avec des lignes plus épaisses, plus prononcées, dessinant des formes plus brutes. La plupart de ces lignes sont peintes à la main pour créer un rappel bienvenu avec la couleur pourpre de la lunette. Le rendu global est à la fois géométrique et détaillé car les éléments mobiles du mouvement sont très visibles (le balancier est notamment bien plus perceptible avec la RM67-02 qu'avec la RM67-01). Pour profiter pleinement du spectacle, les aiguilles satinées sont ouvertes. Du point de vue esthétique, c'est un plus. L'observation de l'architecture contemporaine du mouvement est très agréable. Mais du point de vue pratique, c'est un moins: malgré le traitement de leurs extrémités, elles ont tendance à se perdre dans les entrelacs du mouvement et la lisibilité s'en trouve affectée. Dommage car j'aime beaucoup ce cadran et sa cohérence esthétique avec la lunette.

Le calibre CRMA7, ici dans le contexte de la RM67-02 Sprint:


La RM67-02 est animée par le calibre de manufacture CRMA7 qui, comme son nom le suppose, s'inscrit dans la lignée du CRMA6 qui est utilisé pour la RM67-01. De fait, les performances sont similaires: une fréquence de 4hz, une réserve de marche d'une cinquantaine d'heures pour une épaisseur de 3,6mm. Tout comme le cadran, il est usiné dans du titane et traité en DLC noir. J'aime beaucoup la présentation de la masse oscillante  et la découpe des ponts. Le barillet à rotation rapide et la dentures aux profils spéciaux des rouages  optimisent la consommation d'énergie et assurent un comportement le plus constant possible le long de la réserve de marche. Enfin, le balancier à inertie variable, protégé par un incabloc transparent, a été conçu pour une meilleure résistance aux chocs et propose un réglage direct grâce aux 4 masselottes.

La RM67-02 High Jump est une montre qui me plaît beaucoup. J'ai tout à fait conscience qu'elle ne laisse pas indifférent compte tenu de son esthétique particulière et de sa couleur dominante. Mais elle symbolise parfaitement l'approche de Richard Mille. C'est une montre à deux aiguilles et pourtant elle a été conçue avec le même soin et la même volonté de pousser ses performances à l'extrême qu'avec une montre bien plus compliquée ce qui explique grandement son prix stratosphérique (132.000 euros TTC). La transformation de la RM67-01 en montre sportive est donc une réussite. La RM67-02 attire les regards mais elle s'oublie totalement grâce à sa légèreté et à son confort. Idéale dans un  Je me sentirais presque pousser des ailes si je devais la garder au poignet. Je suis même sûr qu'avec ces 32 grammes de plus, je serais capable de sauter plus haut!


Les plus:
+ une évolution (ou plutôt une transformation) esthétique réussie de la RM67-01
+ les éléments mobiles du mouvement nettement visibles côté cadran
+ l'efficacité du mouvement CRMA7
+ le confort au porter, un modèle du genre

Les moins:
- la lisibilité du fait du faible contraste entre les aiguilles et le cadran
- le prix, stratosphérique pour une montre deux aiguilles, conséquence d'une approche exigeante et aboutie et de la recherche d'une exclusivité absolue

Commentaires

Anonyme a dit…
J'aimais bien cette marque (je l'avais même en passion)...Le bonhomme moins...mais ce n'est pas le sujet.
Puis j'ai découvert que contrairement à ce que prétend la marque, elle est tous sauf exclusive.
Seuls les tarifs indécents (ils sont aucunement justifiés, les matériaux utilisés, c'est pour les mouches qui font des choses avec les autres, vous me suivez...mais l'acheteur est généralement complètement ignorant) sont exclusifs.
En réalité, il produit énormément, balance de la série limitée de partout (mais ne communique jamais dessus, faut pas que ça se sache de trop sauf que les frimeurs d'Instagram sont là), fait beaucoup de pièce "unique" etc...Bref, le volume total de production est plutôt conséquent versus ce que l'on pourrait croire.
Je l'avais d'ailleurs exprimé sur un média, on m'avait alors bâillonné et Richard Mille avait même demandé à bloquer mon compte...j'avais demandé des explications, pas de réponse...l'aveux des coupables. MAGNIFIQUE !
Ah et puisque nous y sommes...Richard Mille, c'est tout de même pour les rappeurs et autres vulgarités médiatiques...Saviez-vous que d'après une enquête (étude...appelez ça comme vous voulez), c'est aujourd'hui la marque préférée des narco-trafiquants ? Hublot arrive pas très loin...Audemars Piguet aussi.
Vous avez dit "Bling-bling" ?
Phantomas
Anonyme a dit…
Pas mal... Une série limitée pour un illustre inconnu ! Que de laideur condensée en une seule montre !
A quand la série spéciale Claudy Weibel ?
Mais qui est Claudy Weibel ! Monsieur Mille l'a probablement déjà croisé Place des Lys en sortant du yacht d’un client.
Claudy Weibel est le champion du monde de pétanque !
Après le cyclisme, le tennis, le golf,... Mimille devrait s’attaquer à notre sport national : la pétanque.
En collaboration avec Pernod-Ricard
Boitier en jaune anis TPTXTZ composite, cage de tourbillon en forme de cochonnet et une boite de boules OBUT en or massif offerte à l’achat du tourbillon RM1578 CW (Claude Weibel)
Le tout pour la modique somme de 1,5M d’euros car je vous rappelle que ce sont les montres les plus chères du monde !

Commissaire Juve
Anonyme a dit…
Phantomas apprécie de ne pas être le seul à être un peu critique dans ce monde bisounours.
J’apprecie également les fans de Phantomas.
Pour finir, merci à FX pour laisser une certaine forme de liberté d’expression sur son blog.