De Witt: Academia Endless Drive

Préambule: la montre photographiée est un prototype qui me fut confié pendant une semaine en fin d'année. La version définitive pourra comporter des différences par rapport à ce prototype.

L'année 2018 est cruciale pour De Witt car la marque est en train de procéder à une réorientation stratégique visant à repenser la distribution, le marketing et la communication afin de lui donner une nouvelle impulsion et une visibilité accrue. Mais comme toujours, une stratégie n'est rien si les produits ne sont pas à la hauteur de l'ambition. En horlogerie, même si un certain nombre de personnes pensent le contraire, le point de départ demeure encore et toujours le produit. Les meilleures campagnes de communication, les relations de proximité avec les collectionneurs ne suffisent pas si les montres, en elles-même, ne séduisent pas et ne créent pas d'émotion. Viviane et Jérôme de Witt le savent pertinemment et c'est la raison pour laquelle le point de départ de ce tout nouveau chapitre est l'Academia Endless Drive qui est présentée en ce début d'année.


L'Academia Endless Drive est donc une nouveauté cruciale pour De Witt: elle pose les jalons d'une ligne directrice esthétique et elle symbolise en même temps l'arrivée de la marque au sein du SIHH, témoignant ainsi d'une ambition renouvelée. Elle préfigure ce que doit être dorénavant chaque montre De Witt: une pièce qui met en avant la passion de Jérôme de Witt pour la mécanique et sa créativité, qui se distingue par son style propre et affirmé, qui est fabriquée selon des critères de qualité exigeants et qui s'inscrit dans un catalogue au nombre réduit de références.

Originale et unique en son genre, l'Academia Endless Drive l'est assurément. J'ai eu la chance de la porter pendant quelques jours à la fin de l'année et j'ai pu ainsi apprécier son caractère insolite et son exécution sans faille. Ce qui frappe au premier coup d'oeil est évidemment le design du cadran: les deux disques alignés de façon horizontale et surtout la zone verticale ouverte au niveau du diamètre du cadran et qui dévoile une immense vis hélicoïdale intriguent et attirent le regard. Rarement une montre que j'ai portée a suscité autant de commentaires, les plus fréquents consistant à souligner la beauté du design ou à me demander comment se lit l'heure et à quoi sert la vis.


La lecture de l'heure est simple à appréhender mais n'est pas aisée. Simple car le principe se comprend en deux secondes. Les disques tournent dans le sens contraire des aiguilles et les heures et les minutes se lisent au niveau des repères permanents. A noter que les heures ne sont pas sautantes et que les deux disques tournent de façon continue. Mais la difficulté réside dans les chiffres sur les disques: même avec une bonne vue, ils sont très peu lisibles compte tenu de leur taille et une confusion est vite arrivée. Je pense sincèrement que De Witt devrait revoir ce point car le cadran n'est d'aucune aide sur ce point: quel que soit l'heure de la journée, la montre présente toujours le même aspect.


Je regrette ce problème car pour le reste, la montre m'a beaucoup plu. Elle est, après tout, une des très rares pièces qui met en valeur l'indicateur de réserve de marche. Car tel est la fonction de la vis centrale sans fin: afficher la réserve de marche (d'une durée de 59 heures pour une fréquence de 3hz) au sommet du cadran grâce à des segments de couleur visibles dans le guichet supérieur. En remontant le mécanisme, le segment vert devient de plus en plus présent dans le guichet. Lorsque la réserve diminue, le segment rouge prend alors le dessus. La vis est pourvue de deux degrés de liberté pour obtenir un tel résultat. En remontant le mécanisme, la vis coulisse sur son axe longitudinal. Si la montre n'est plus portée et que la réserve de marche décroit, la vis tourne sur elle-même.

Bien évidemment, s'agissant d'un affichage "lent", les mouvements de la vis sont peu perceptibles sauf lors du remontage manuel de la montre. Mais j'ai beaucoup apprécié le double rôle de la vis, à la fois technique et décoratif. La montre est d'ailleurs d'une grande cohérence esthétique: la vis est par exemple entourée de deux roues dentées qui font écho aux pièces centrales des disques.


Le fond galvanique noir du cadran permet aux disques et aux différentes appliques en or rose de se distinguer nettement. Le contraste saisissant entre les disques et le cadran donne l'impression que la montre ressemble à une tête de robot et j'aime beaucoup cette sensation qui renforce l'univers mécanique dans lequel elle s'inscrit. Elle fait penser aussi au monde des véhicules de collection mais je ne peux pas m'empêcher de la considérer comme le fruit de l'imagination de Jules Verne!

Le boîtier en or rose contribue également à la définition du style De Witt: les colonnes impériales décorent la carrure en jouant avec les matières, alternant l'or et le caoutchouc noir tout en rappelant les engrenages du cadran. Le diamètre du boîtier est relativement imposant (42,5mm) mais la couleur dominante réduit la taille perçue. J'aurais cependant préféré une boucle déployante plus efficace que celle fournie avec le prototype et qui avait du mal à correctement positionner la montre sur le poignet. Mais je suis sûr que ce point sera revu avec la version définitive.


Le mouvement automatique de manufacture qui anime l'Academia Endless Drive est visible à travers le fond transparent. Il occupe généreusement le boîtier car sa taille est relativement grande grâce notamment à la masse oscillante qui l'englobe totalement. Sa finition est très soignée et j'aime aussi beaucoup son architecture. La forme des ponts est agréable à observer et le design de la masse oscillante rappelle les roues dentées. Je considère ce mouvement comme une belle réussite esthétique tout en offrant des performances intéressantes: la réserve de marche est relativement longue et l'efficacité au remontage excellente.

L'Academia Endless Drive initie donc de façon  convaincante le nouveau chapitre de De Witt. Esthétiquement inspirée et finie avec beaucoup de soin, la montre dégage une excellente qualité perçue et parvient à définir une atmosphère mécanique originale, cohérente et séduisante. Son charme particulier ne laisse pas insensible à condition de ne pas être gêné par le rendu inerte du cadran. La montre n'a pas de trotteuse et présente de façon constante le même aspect. Ce point précis peut provoquer de la lassitude chez les collectionneurs qui aiment les cadrans animés ou la présence d'un témoin de marche. C'est cependant la trop petite taille des chiffres des disques qui m'a posé le problème le plus sensible. La lecture du temps est rendue très délicate et j'avais souvent l'impression de passer un test chez l'opticien. J'espère donc que De Witt retravaillera ce point (peut-être en indiquant seulement un chiffre sur deux avec une police plus grande et plus épaisse) car l'Academia Endless Drive mérite que ce souci soit éliminé. La montre possède en effet tous les atouts pour se distinguer dans un contexte horloger plutôt sage en mettant en scène le talent créatif de Jérôme de Witt.

L'Academia Endless Drive sera officiellement présentée lors du prochain SIHH avec un prix estimé autour de 39.000 CHF hors taxes. 


Les plus:
+ une réussite esthétique basée sur une originalité bien maîtrisée
+ la mise en avant d'une complication rarement au premier plan
+ la qualité des finitions
+ la présentation du mouvement

Les moins:
- les chiffres des disques sont trop petits ce qui nuit à la lecture de l'heure
- un cadran immuable ce qui peut gêner ceux qui aiment plus d'animation

Commentaires

Anonyme a dit…
C'est beau la confidentialité de certaines maisons...
De Witt...il faut être courageux pour mettre un billet dans ces choses moches et dont la valeur fait -70% au bout de 10 secondes au poignet.
Je leur reconnais une certaines envie de faire différent...
Phantomas
Oriba a dit…
Un cadran hypnotisant, quasi anthropomorphe... Magnifique intégration de la vis sans fin.