Parmigiani Fleurier: Bugatti Type 390

Le lien qui unit Parmigiani Fleurier et Bugatti est le plus long partenariat toujours en cours entre une maison horlogère et une marque de voitures. Cela fait plus de 13 ans que les deux marques se retrouvent autour de montres exceptionnelles aux formes originales, ayant pour vocation de retranscrire la mécanique des supercars dans un univers horloger. Le problème est que ce partenariat n'a jamais vraiment été mis en avant par Parmigiani Fleurier et finalement, peu de personnes sont au courant de sa durée et de sa pertinence. Dans le contexte de sa nouvelle stratégie, Parmigiani Fleurier a enfin pris la décision d'en tirer profit.


C'est une décision importante de la manufacture car elle témoigne de sa volonté de communiquer de façon beaucoup plus marquée sur ses capacités techniques et innovantes. Avec le lancement de la collection Toric cette année, un recentrage de la collection et le retour sur le devant de la scène de Michel Parmigiani, Parmigiani Fleurier est dorénavant plus présent, plus visible et en un sens... sort de l'état de somnolence dans lequel la marque s'était installée il y a quelques années. La très bonne nouvelle est que la toute dernière montre issue du partenariat avec Bugatti, la Type 390, est digne de cette ambition.

La Type 390, inspirée par la Bugatti Chiron, est pour moi la montre la plus réussie de cette longue lignée. Ce n'est pas parce qu'elle est la première à posséder un tourbillon même si dans ce cas précis il est pertinent. Il y a deux principales raisons qui me font particulièrement apprécier cette montre. La première est d'ordre pratique: c'est la plus lisible de la collection. La deuxième est technique: elle présente le premier mouvement entièrement coaxial et de fait elle offre une totale cohérence entre l'esthétique et la mécanique.


Mais c'est quoi un mouvement entièrement coaxial? C'est très simple: tous les organes du mouvement sont organisés autour d'un même axe. S'il fallait trouver une comparaison culinaire, ce serait la suivante: un mouvement classique est comme une pizza avec les ingrédients répartis sur la pâte (la platine). Le mouvement coaxial de la Bugatti Type 390 est comme une brochette, les ingrédients se succédant à la queue-leu-leu. Alors si c'est simple à expliquer, c'est beaucoup plus compliqué à réaliser car les composants du mouvement doivent être repensés et optimisés pour devenir compatible avec une telle architecture. Et le plus délicat demeure la transmission de l'énergie entre tous ces composants.


L'ouverture supérieure de la montre permet d'observer cette architecture. Les premiers éléments qui se distinguent sont les deux barillets montés en série  et qui sont connectés entre eux grâce à une forme triangulaire arrondie pour une meilleure efficacité. A la droite de ce double barillet, lorsqu'on observe le mouvement depuis l'affichage du temps,  se trouve l'indicateur de réserve de marche protégé par un verre d'une extrême finesse. La réserve de marche est de 80 heures pour une fréquence de 4hz. Le double barillet a plus le rôle d'améliorer le couple que d'augmenter véritablement la réserve de marche. Le mouvement a ainsi de la puissance en réserve car, au-delà du tourbillon volant, il n'a qu'à gérer un affichage du temps simple. 

Cette puissance nécessite cependant un contrôle pour une meilleure précision et un comportement stable tout le long de la réserve de marche. C'est le rôle dévolu au système d'engrenages planétaires à 3 niveaux situé sur la gauche du double-barillet. Son rôle est de transformer la combinaison "couple fort - vitesse lente" en une combinaison "consommation faible et constante - vitesse rapide" pour alimenter l'organe réglant. Ce système d'engrenages intègre le plus petit roulement à billes jamais réalisé. A l'extrême gauche est situé l'organe réglant et donc le tourbillon volant qui apporte une touche de magie supplémentaire mais pas uniquement. Du point de vue théorique au moins, il est logique de trouver un tourbillon puisque l'organe réglant est souvent en position verticale... comme avec une montre de poche. Cependant,  et c'est le principal reproche que je fais à la construction cylindrique du mouvement, le tourbillon n'est pas visible lorsque la montre est portée à moins d'incliner le poignet. C'est évidemment dommage surtout dans le cas d'un tourbillon volant qui est le plus agréable à observer.


Reste la question de la transmission de l'énergie au système d'affichage. Comme le design de la montre le suggère, le cadran est positionné perpendiculairement par rapport au mouvement. Une vis sans fin assure ainsi la liaison entre le mouvement et les roues dédiées à l'affichage.

Le mouvement de la montre est donc à la fois innovant et astucieux. Et surtout il est digne de la Bugatti Chiron par la puissance qu'il dégage et son organisation. Il fallait que la montre soit aussi esthétiquement aboutie. Et elle l'est fort heureusement: c'est ma Parmigiani Fleurier Bugatti préférée et de loin sur ce plan. Tout d'abord, la montre est très lisible car l'heure est sous nos yeux... ce qui n'était pas le cas de la Type 370 qui nécessitait de bouger constamment le poignet afin de trouver la bonne position de lecture. Le cadran est généreux et l'approche "squelette" ne nuit pas, bien au contraire. Elle renforce la dimension technique de la montre et les formes des ponts dessinent les chiffres. De plus, le contraste entre les aiguilles, les index qui sont recouverts d'une matière luminescentes et le cadran est franc. La montre offre un spectacle similaire (qui fait la part belle à la vis sans fin) en la retournant et j'aime beaucoup le traitement contemporain  et irréprochable de la finition du mouvement.


La couronne est logée à droite du cylindre. Il suffit de légèrement la tourner en appuyant dessus pour la faire sortir et procéder au réglage de l'heure et au remontage. Ce dernier est relativement doux et satisfaisant compte tenu des deux barillets et de la puissance du mouvement.

La Bugatti Type 390 possède un gabarit imposant (42,2 x 57,7mm), accentué visuellement par la position supérieure du cylindre. Elle est aussi lourde (la version que j'ai testée a un boîtier en or blanc) mais Parmigiani Fleurier a particulièrement travaillé le confort grâce à un astucieux système d'articulation du boîtier sur 12 degrés afin que la montre soit fermement posée sur le poignet, aidée en cela par la boucle déployante. Malgré cette efficacité, le problème de l'épaisseur demeure avec une hauteur maximum de boîtier de 18,4mm: la montre aura des difficultés à passer sous une manche. 


Cette difficulté est finalement anecdotique. Tout comme un supercar, une montre exclusive et originale génère quelques contraintes! Mais le plaisir n'en est que décuplé. L'objectif que Parmigiani Fleurier s'était assigné est atteint: la Bugatti Type 390 procure des émotions fortes, par son design, son poids, son volume. Et je l'aime beaucoup. Alors que je n'étais pas vraiment convaincu par les modèles précédents, je trouve la Bugatti Type 390 beaucoup plus aboutie et cohérente. Le fait que l'aspect pratique n'ait pas été mis de côté est une excellente preuve de la maturité du projet. De plus, en tant que porte-drapeau des capacités de la manufacture, la montre sera accompagnée d'un programme de personnalisation qui sera dévoilé lors du prochain SIHH. A ce jour, 10 pièces en or gris et 10 pièces en or rose sont prévues. Mais d'autres versions en titane ou en platine seront disponibles par la suite dans des quantités évidemment très modestes: le nombre total de montres se situera sensiblement sous la centaine.  Une production limitée correspondant au prix qui atteint les 295.000 euros pour les versions en or et les 270.000 euros pour la version titane. En tout cas, même si cette montre s'adresse à un segment de clientèle extrêmement étroit, cela fait plaisir de voir la manufacture Parmigiani Fleurier prendre de la vitesse et gagner de la visibilité.

Merci à l'équipe du Salon Parmigiani Fleurier de Paris Palais Royal.

Les plus:
+ une architecture de mouvement unique
+ la qualité irréprochable de l'exécution
+ la lisibilité
+ le confort au porter et la manipulation aisée de la couronne

Les moins:
- la position du tourbillon le rend peu visible lorsque la montre est portée
- l'épaisseur demeure importante

Commentaires

Anonyme a dit…
Cette montre est comme la voiture éponyme.
Moche, pataude, impraticable, bien trop couteuse.
Reste le contenu technologique, la démonstration de savoir-faire.
Bref...Ça ne sert à rien.
Phantomas
Anonyme a dit…
Une machine à calculer au poignet avec ruban papier...
Encore une marque à l’agonie qui ne s’est pas remise des frasques de son ancien CEO
Mais qu’est-ce que la première version était innovante et esthétiquement réussie...