Panerai: Mare Nostrum (2017)

Il y a deux façons d'aborder une nouvelle montre chez Panerai lorsqu'elle s'inspire d'une référence mythique. La première, sans embûche, est de la décrire telle qu'elle est et d'oublier le contexte historique. La seconde consiste à aborder le sujet qui fâche: la réaction des collectionneurs propriétaires de la montre originale. Et avec la Mare Nostrum, cette seconde voie, plus périlleuse, est difficile à éviter car la version de 2017 est extrêmement proche de la Mare Nostrum de 1993 qui était la première montre inspirée par le premier chronographe de Panerai, datant de 1943.


Il faut tout de même se mettre à la place de ses collectionneurs, propriétaires de la montre de 1993 qui se retrouvent dorénavant avec un clone édité à 1.000 exemplaires et si j'étais à leur place, je ne sais pas comment je réagirais. Car, on a beau prendre le problème par tous les bouts, je considère la montre de 1993 non pas comme une réédition en tant que telle mais bel et bien comme une montre originale. En effet, si elle s'inspirait du fameux prototype de 1943 qui fut retrouvé (et qui auparavant ne fut pas mis en production), elle en divergeait cependant nettement ne serait-ce que par son diamètre beaucoup plus portable: 42mm vs 52mm. Il se dégageait de cette montre beaucoup de style, de raffinement, définissant ainsi derrière une apparente simplicité (pour ne pas dire un dépouillement inattendu pour un chronographe) un charme tout italien. Et évidemment, je trouve intégralement ce charme avec la PAM00716, référence de la Mare Nostrum de 2017.

Alors, comme je ne suis pas un collectionneur Panerai, je peux me permettre d'oublier le contexte et de goûter le plaisir simple de redécouvrir une montre que je trouve esthétiquement aboutie. Je dois même avouer que cette Mare Nostrum est pour moi une des plus belles Panerai de ces dernières années et qui a de plus le mérite de s'adapter à tous les poignets. Son diamètre de 42mm peut sembler important mais la taille perçue reste très raisonnable du fait de l'épaisseur de la lunette qui réduit considérablement l'ouverture du cadran. La lunette est d'ailleurs un des éléments reconnaissables de la Mare Nostrum avec son échelle tachymétrique épurée qui décore joliment la montre (la Mare Nostrum Slytech allait d'ailleurs encore plus loin dans le dépouillement en se passant de l'échelle tachymétrique).


Le cadran, qui utilise des chiffres et des index luminescents de couleur beige (pour créer une fausse "patine") est à l'image de la lunette: seules les informations strictement nécessaires sont présentes et il se dégage de l'ensemble une très belle harmonie. L'élément le plus important est la graduation circulaire centrale des minutes de l'heure et des secondes du chronographe qui relie les sous-cadrans. Cette graduation résume à elle toute seule le miracle de la Mare Nostrum: elle est réduite à sa plus simple expression mais elle contribue à la réussite esthétique du cadran. Le pire est qu'elle n'est pas totalement utilisable: la graduation est interrompue par les sous-cadrans, la rendant donc inadaptée à la mesure des temps du chronographe. Mais vous savez quoi? Je et on s'en fiche complètement. La montre est belle et le fait qu'elle ne puisse pas être considérée comme un véritable instrument de mesure ne me dérange absolument pas. D'autres références de Panerai offrent des chronographes parfaitement utilisables, la Mare Nostrum doit être plus vue comme une montre d'apparat, élégante et stylée et l'étanchéité à 50 mètres le confirme.


J'aime beaucoup par exemple le contraste entre le rendu satiné du boîtier en acier et le rendu poli des poussoirs et de la couronne. Cette dernière possède une forme originale dans le contexte de Panerai qui facilite le remontage manuel du mouvement. Le calibre OP XXXIII qui anime la montre est en effet à remontage manuel et il s'agit du même mouvement que celui de la Mare Nostrum de 1993. Il est caché par un fond plein ce qui est un excellent point. D'abord, le fond plein est plus dans l'esprit de la montre et ensuite le mouvement n'est pas d'une beauté stupéfiante. Il est constitué d'une base ETA2801-2 (un 2824-2 sans remontage automatique) qui alimente le module chronographe Dubois-Dépraz. Sa fréquence est de 4hz et sa réserve de marche est de 42 heures. A noter que ce mouvement est certifié chronomètre. Alors, même s'il n'est guère prestigieux et que les poussoirs sont relativement durs à actionner (ce n'est clairement pas un chronographe Lange...), au moins le calibre de base est largement répandu et est facilement réparable dans la durée. 


Le prix de la montre est de 9.900 euros TTC ce qui peut sembler excessif pour un contenu horloger somme toute modeste. Mais une fois mise au poignet, la Mare Nostrum balaye cette impression. Qu'importe si le mouvement de base est un 2801. Qu'importe si la graduation n'est pas complète. Qu'importe s'il s'agit d'un chronographe tout simple. La montre est belle et envoutante. Le bleu du cadran change constamment de teinte, passant du bleu profond, proche du noir à un bleu clair lorsque le soleil l'illumine directement. Enfin, le boîtier aux cornes parfaitement intégrée et le bracelet alligator bleu marine complètent la réussite esthétique de la Mare Nostrum. Panerai rappelle à travers cette montre que ce qui compte, ce n'est pas forcément la noblesse des calibres, de manufacture ou exclusif. Si la montre est belle, que le mouvement qui l'anime est cohérent avec son esprit et "fait le job", alors il n'y a pas de raison pour ne pas succomber à ses atouts. Après tout, avec Panerai, je recherche plus un design et un style qu'un contenu horloger de haut vol. Et la Mare Nostrum répond totalement à mes attentes de ce point de vue.


Merci à Panerai France.

Les plus:
+ une réussite esthétique
+ le confort au porter
+ une Panerai à la forte identité qui tranche avec les autres modèles de la collection
+ la certification chronomètre

Les moins:
- un clone de la montre de 1993 ce qui rend la décision de la ressortir en 2017 difficile à expliquer aux collectionneurs
- le calibre de base est modeste pour le prix

Commentaires

Anonyme a dit…
Angelo Bonnati aurait du quitter le navire depuis bien longtemps.
Ce clone de la Mare Nostrum est proprement scandaleux et dénote un immense manque d'inspiration.
Ok, les Panerai ne se vendent plus et on fait des vaches à lait (Bronzo etc...).
Honte à Richemont, honte à OP, honte à Bonati.
Anonyme a dit…
Je rejoins le commentaire précédent.
Quelle honte cette montre.
Venant du milieu aquatique, on peut dire aujourd'hui que la marque coule, est en plein naufrage...
Cette bouse clone des Mare Nostrum mythiques (OP casse le mythe et on ne va pas évoquer les autres...ce serait trop long), 3 bronzes déjà d'éditées dont la dernière avec un prix qui a bien flambé...des fonds clipsés etc...
La communauté Paneristi s'est bien bien calmée...Bonati s'est ouvertement moqué d'eux. A part quelques lobotomisés, plus personne ne suit. Dommage, c'est en parti eux qui faisait tourner la vieille machine grippée.
Anonyme a dit…
Ah Panerai, mêmes causes, mêmes effets : hausse ininterrompue des prix et collections totalement inadaptées ont fait fuir les clients qui en ont eu marre d'être considérés comme des vaches à lait. Panerai n'a eu de cesse de piétiner ses fondamentaux jusqu'à se renier avec la Luminor Due, on voit le résultat.
Quant à la montre, si on ne tenait pas compte du contexte spécifique de cette "réédition", elle aurait tout pour plaire - sans doute aussi parce que la cahier des charges est identique à celle des années 90. Mais cette Mare Nostrum n'est qu'un nouveau symptôme de la maladie qui gangrène la marque en particulier, et l'horlogerie en général. Faut-il qu'elle ait tant besoin d'argent que pour s'abaisser à une telle compromission ?