Oris: Big Crown 1917

Et si Oris venait de réaliser avec la Big Crown 1917 sa meilleure montre de ces dernières années? Je ne suis pas loin de le penser car je la considère comme une des pièces néo-rétro les plus abouties. La genèse de cette montre vient de la découverte par Oris que la première montre-bracelet de pilote de la marque n'était pas la Big Crown de 1938 mais une Big Crown (que l'on qualifiera ainsi du fait de sa grande couronne "oignon") datant de 1917. Alors, comme la chance séduit aux audacieux, Oris ne pouvait pas rater l'opportunité de présenter une réédition lors du centième anniversaire de cette montre historique.


Il y a toujours un danger lorsqu'une marque généraliste s'attaque au néo-rétro. Les contraintes commerciales imposent régulièrement un guichet de date, l'inscription "automatique" sur le cadran, le fond transparent pour voir le mouvement si bien qu'au final, le résultat n'est plus très fidèle à l'original. Mais dans le cas précis de la Big Crown 1917, Oris a fait les bons choix et a su préserver tout l'esprit de la montre de 1917. Je dois l'avouer, je suis très surpris car la réédition s'inscrit dans le cadre d'une édition limitée relativement significative de 1917 exemplaires et que dans ce cadre, les tentations ont dû être très fortes de succomber aux vieux démons de la direction marketing. Mais non! Je ne rêve pas: le cadran de la Big Crown 1917 est vierge de toute inscription inutile: la montre n'affiche que les heures et les minutes et basta. Elle se passe même d'une trotteuse.

J'ai été rarement aussi séduit par une montre néo-rétro: la Big Crown 1917 est à  la fois charmante et cohérente. Son cadran argenté est très pur et la minuterie périphérique se paye même le luxe d'être relativement discrète. Pourtant, la montre évite de sombrer dans l'ennui. Elle a beau manquer d'animation compte tenu de l'absence de la trotteuse, les chiffres arabes et les aiguilles Cathédrale, grâce à la couleur beige de la matière luminescente, parviennent à bien remplir le cadran et à le décorer joliment. La montre dégage ainsi un sentiment de sobriété tout en offrant suffisamment de caractère.


Le boîtier en acier poli d'un diamètre de 40mm est également réussi avec sa forme galbée qui se marie idéalement avec la couronne "oignon" proéminente. Le fond du boîtier est très intéressant car plutôt que de rendre visible un mouvement standard, Oris a préféré l'orner d'une gravure représentant le logo historique de la marque. La montre conserve ainsi son fil conducteur y compris sur sa partie arrière et c'est très appréciable. La seule entorse à cette cohérence esthétique d'ensemble est l'abandon des anses à fil, remplacées par des cornes classiques mais au style vintage bien travaillé. Le client y gagne en confort d'utilisation lors du changement du bracelet sans que le rendu global du design ne soit trop altéré.


La très bonne surprise concernant cette montre se situe finalement au niveau du mouvement, ou pour être plus précis: de son utilisation. Le calibre qui anime la montre est en effet standard, pour ne pas dire banal puisqu'il s'agit d'un Sellita SW200-1 d'une fréquence de 4hz et d'une réserve de marche d'une quarantaine d'heures. Oris aurait pu se contenter d'en rester là mais la marque a souhaité apporter une petite modification technique pour rendre hommage à la pièce d'origine. Grâce au poussoir de réglage de l'heure à 2 heures, la montre peut être mise à l'heure sans tirer la couronne. Il suffit pour cela juste d'enfoncer le poussoir et de tourner la couronne. Ce n'est certes pas révolutionnaire mais ce clin d'oeil à la montre de 1917 est bienvenu et témoigne du sérieux avec lequel Oris a abordé cette réédition.

La Big Crown 1917 est vendue à un prix de 2.300 euros TTC avec deux bracelets, l'un à rivets, l'autre Bund, réalisés à partir du même cuir marron. Le rendu galbé de la montre, accentué par le verre saphir bombé est très agréable au porter mais il est important de souligner que l'épaisseur de la lunette rend la taille perçue légèrement inférieure au diamètre de 40mm ce qui n'est pas pour me déplaire.


Oris marque donc les esprits avec cette réédition très réussie. Fidèle, séduisante et cohérente, la Big Crown 1917 m'a permis de redécouvrir Oris sous un nouveau jour et rappelle le potentiel de cette marque indépendante qui veille à proposer des montres conçues avec sérieux à des tarifs maîtrisés. Et dans ce contexte, la Big Crown 1917 constitue un joli vecteur de savoir-faire pour Oris.

Les plus:
+ la cohérence de la montre, fidèle à l'esprit de la montre d'origine
+ la finition du cadran
+ le fond plein
+ l'utilisation originale du mouvement lors de la mise à l'heure

Les moins:
- un mouvement à remontage manuel aurait été plus adéquat
- la réserve du marche du mouvement est un peu faible

Commentaires

Anonyme a dit…
On continue a faire du neuf avec du vieux...
La penne d'inspiration est abyssale dans l'horlogerie...
Ils sont payés à rien faire les designers !