dimanche 18 juin 2017

Zenith: Chronomaster El Primero Full Open 38mm

L'actualité de Zenith est très chargée cette année du point de vue technique avec la présentation à Bâle du mouvement El Primero 21 et celle d'un tout nouveau mouvement révolutionnaire à la rentrée, avec un tout nouveau type d'organe régulant à fréquence élevée et qui sera capable d'avoir un comportement constant sur tout le déroulé de la réserve de marche. L'avenir de Zenith, sous l'impulsion de Jean-Claude Biver et du tout nouveau CEO, Julien Tornare, se conjugue donc en priorité avec l'innovation et le contenu horloger ce qui est totalement cohérent avec ce qu'est la réalité de Zenith: une manufacture sans véritable montre iconique mais qui possède avec le calibre El Primero, un des mouvements mythiques du marché.


L'accent mis sur l'innovation et les performances prometteuses des nouveaux mouvements ne doit pas faire oublier qu'il y a une collection actuelle et des mouvements existants à faire vivre. Dans ce contexte, une des plus intéressantes nouveautés de Bâle cette année témoigne du soin apporté par Zenith dans le renouvellement de son catalogue. En effet, le Chronomaster El Primero Full Open 38mm fait partie des montres qui m'ont le plus séduit. Il n'apporte certes pas grand chose de nouveau du strict point de vue horloger. Il se situe même à des années lumière de l'effet surprenant provoqué par la Defy El Primero 21. Mais il constitue en revanche une évolution intéressante de l'approche plus classique de Zenith.

Pour être franc, il y a deux points fondamentaux qui me plaisent beaucoup. Sa taille tout d'abord. Si le Chronomaster El Primero Full Open est disponible en deux diamètres (38mm et 42mm), c'est bien le plus petit des deux qui est la plus convaincant et de loin. Pour une raison très simple: le diamètre du mouvement El Primero 400 (30mm) et les positions des axes des aiguilles se marient idéalement avec le boîtier de 38mm. L'exercice est évidemment plus périlleux dans la version 42mm et nécessite un positionnement différent du disque de date qui se retrouve en périphérie, entre les compteurs et la lunette. La version 38mm est visuellement plus équilibrée et comme de toutes les façons la présentation du cadran est similaire, elle ne perd pas en présence sur le poignet.


Le second point qui me satisfait grandement est la correction apportée par Zenith cette année sur l'ordre de priorité des sous-cadrans et que l'on retrouve bien entendu sur le Chronomaster El Primero Full Open. Comme les sous-cadrans se chevauchent plus ou moins selon leurs tailles, Zenith avait choisi dans le passé de positionner le sous-cadran des heures au-dessus de celui des minutes. La conséquence était néfaste puisque le sous-cadran des minutes étant mordu, la lecture de certains temps était rendue imprécise voire impossible. L'ordre logique est de retour et la lecture des temps mesurés est maintenant optimale.

Pour le reste, le Chronomaster El Primero Full Open 38mm procure beaucoup de plaisir. Le cadran ouvert permet de profiter de  l'architecture du mouvement El Primero côté face et, une fois n'est pas coutume, elle est plutôt agréable à regarder. La lisibilité est préservée grâce aux graduations des compteurs qui se distinguent nettement et à la graduation périphérique. Les aiguilles sont soulignées par du superluminova qui apporte un meilleur contraste. Les index sont marqués de façon significative et apportent une touche de relief. Ils structurent par la même occasion le design qui aurait peut-être semblé confus en leur absence. A noter que ces index changent en fonction des deux déclinaisons de la montre: ils sont plaqués or pour la version bicolore à lunette en or rose et rhodiés pour la version en acier. J'aime la façon dont le disque de date a été traité avec un rendu "squeletté" des chiffres qui le rend plus discret. La date est d'ailleurs peu visible, se lisant lorsque les chiffres survolent une zone rouge. Cette solution me convient, se fondant harmonieusement dans l'esthétique du cadran. 


Côté mouvement, Zenith a adopté la finition monochrome du mouvement El Primero 400. Je trouve que c'est une excellente idée dans ce contexte. En effet, elle est cohérente avec le rendu du mouvement côté cadran et souligne sans effet inutile la construction du mouvement. Ce dernier présente une finition industrielle mais soignée. L'absence de finitions élaborées n'est pas pour moi problématique dans ce contexte car le mouvement El Primero séduit avant tout par sa présentation plus que par sa décoration. J'aurais cependant aimé une masse oscillante plus valorisante même si elle se distingue suffisamment des autres éléments du mouvement. Les performances du calibre  sont traditionnelles pour un El Primero à savoir une réserve de marche  d'une cinquantaine d'heures pour une fréquence de 5hz. Ce mouvement fiable et précis offre un grand confort d'usage au quotidien grâce notamment à une excellente efficacité au remontage.

Le test au porter a validé l'impression donnée par la montre dès le départ: le diamètre de 38mm est non seulement suffisant mais il assure le bon équilibre esthétique. Le Chronomaster El Primero Full Open 38mm m'a séduit par sa présentation à la fois classique et contemporaine qui met en valeur la star de Zenith: le mouvement. Même si j'aurais préféré une inscription sur le verre plus discrète, je le considère comme une des plus nouveautés les plus réussies de la part de Zenith cette année.


Les plus:
+ un diamètre équilibré
+ l'ordonnancement des sous-cadrans est logique
+ les performances du calibre El Primero et le plaisir à l'usage qu'il procure
+ un style à la fois classique et contemporain
+ l'étanchéité à 100 mètres

Les moins:
- l'inscription  sur le verre est un peu trop voyante à mon goût
- la masse oscillante aurait mérité un traitement plus valorisant

vendredi 9 juin 2017

Lange & Söhne: 1815 Chronographe édition 2017

Décidément, la vie du 1815 chronographe n'est pas aussi paisible que celle du Datograph. Le Datograph, dans sa configuration simple, n'a existé pour l'instant que dans deux versions et la version d'origine, présentée en 1999, ne fut remplacée que 13 ans plus tard par le Datograph Up&Down. Le rythme de changement du 1815 chronographe est bien plus élevé. La première version fut dévoilée en 2004. Elle se caractérisait par la présence d'une échelle pulsométrique positionnée sur un rehaut périphérique. Après avoir été retirée du catalogue en 2008, elle fut remplacée en 2010 par un nouveau modèle dont l'objectif était de corriger quelques critiques formulées à son encontre.

4 génération de 1815 chronographes rassemblées pour célébrer l'arrivée du petit dernier à cadran noir:


Le 1815 chronographe de 2010 se distinguait par son boîtier très légèrement agrandi (39,5mm vs 39mm pour la première version) et surtout par son design plus pur et plus plat afin de pouvoir agrandir les sous-cadrans et améliorer ainsi la lisibilité. Même s'il s'agissait évidemment d'une très belle pièce (un chronographe en provenance de Lange est toujours une pièce de référence ne serait-ce que par la beauté du mouvement ), certains (dont moi) regrettaient la perte de caractère. Montre plus consensuelle et plus formelle que sa devancière, le 1815 chronographe possédait une taille perçue au porter sensiblement supérieure malgré le seul demi-millimètre de différence de diamètre. Elle se caractérisait également par une évolution du mouvement chronographe avec retour en vol qui lui permettait d'atteindre les 60 heures de réserve de marche contre 36 heures auparavant (le nombre de pièces du mouvement diminuant, en passant de 320 à 306). A compter de cette date, tous les mouvements du 1815 chronographe auront cette réserve de marche améliorée.


En 2015, une édition boutique compléta la gamme des 1815 chronographes, toujours avec un diamètre de 39,5mm. Cette édition marqua le retour du design de la première version avec un rehaut plus prononcé et une échelle pulsométrique périphérique. Cependant, Lange évita de cloner la montre de 2004 en jouant sur les proportions. Le rehaut moins large que sur la montre initiale permit  ainsi d'élargir les sous-cadrans.

Nous sommes maintenant en 2017 et la grande nouvelle est l'arrivée dans le catalogue d'une version en or gris et à cadran noir reprenant l'esthétique de l'édition boutique. Cette version n'est ni limitée ni réservée aux seules boutiques Lange & Söhne. Les 1815 chronographe de 2010 ne sont dorénavant plus produits même s'ils restent disponibles dans différents points de vente.


Comment souvent dans le petit monde de l'horlogerie, il suffit d'un détail pour radicalement changer la perception que nous avons d'une montre. Le fait d'utiliser un cadran noir, des chiffres peints blancs et des aiguilles rhodiées transforme cette montre qui se trouve très éloignée dans son esprit de l'édition boutique. Compte tenu de la dominante noire, la taille perçue du nouveau chronographe est inférieure à celle de l'édition boutique. La montre apparaît aussi beaucoup plus élégante et habillée alors que l'édition boutique est plus fidèle à l'esprit décontracté et plus sportif de la première version de 2004.

Le mouvement L951.5 possède un balancier à masselottes:


Ce n'est pas la première fois que Lange propose un cadran noir dans le contexte du 1815 chronographe. Rappelez-vous, le chronographe de 2004 existait dans une version en or rose à cadran noir. Mais l'atmosphère n'est plus du tout la même. La montre de 2004 était chaleureuse et audacieuse en proposant un contraste fort entre le boîtier et le cadran, ainsi qu'entre le cadran et les sous-cadrans blancs. Le nouveau chronographe est plus raffiné et séduira immédiatement tout collectionneur à la recherche d'une pièce de haute horlogerie de référence souhaitant conserver une certaine discrétion. De plus, le fait que les sous-compteurs soient également noirs évite à la montre d'apparaître comme un Datograph sans date.

Il présente la même architecture que le L951.0 d'origine. L'augmentation de la réserve de marche est due à un retrait d'un mécanisme qui la limitait à 36 heures ce qui explique la diminution du nombre de pièces:


En tant que propriétaire de la première version du chronographe 1815 en or gris, j'apprécie que Lange ait proposé une telle dominante noire qui tranche significativement avec les versions précédentes. Cependant, je pense que ce chronographe est trop austère. Il ne possède pas une seule petite touche de couleur qui pourrait égayer et décontracter le cadran. Cette démarche est évidemment assumée par Lange & Söhne et s'inscrit dans la même veine que celle de la 1815 Platine célébrant les 200 ans de la naissance de F.A. Lange. Même la Richard Lange PLM en or gris et cadran noir possédait quelques petits détails en rouge. J'aurais ainsi apprécié que de subtils éléments cassent cette rigidité toute saxonne. De plus, dans certaines conditions de lumière, le contraste entre les aiguilles et le cadran s'affaiblit et nuit à une lisibilité optimale. Définitivement, ce sont les 1815 chronographes d'origine et de 2010 qui sont les plus lisibles.

Le premier 1815 chronographe:


L'édition de 2010:



Mais le point fort de la montre demeure: son incroyable mouvement. Le calibre L951.5 est une référence dans le monde des chronographes de haute horlogerie. Il est évidemment très beau comme tout mouvement chronographe en provenance de chez Lange. Il présente le même aspect que celui du Datograph Up & Down et offre donc, au-delà des finitions parfaites un saisissant effet de profondeur, chaque pont et chaque élément mobile semblant tisser une fine dentelle mécanique. Il se distingue en revanche au premier coup d'oeil du mouvement L951.0 qui équipait le 1815 chronographe initial car son balancier est équipé de masselottes alors que le L951.0 utilisait un balancier à vis.

L'édition boutique:


Le grand atout de ce mouvement est le plaisir qu'il procure à l'usage. Sa basse fréquence (2,5hz) provoque un tic-tac lent et très agréable à écouter. Le remontage est d'une rare douceur et le déclenchement des poussoirs est parfait: c'est le mieux réglé du marché. Enfin, comme sur chaque chronographe Lange, le compteur instantané des minutes assure une précision de l'affichage optimale. 

Le tout nouveau 1815 chronographe est, sans surprise, une belle réussite de la part de Lange qui récite une partition parfaitement maîtrisée. La montre est d'une rare élégance et sa taille, légèrement inférieure à 40mm lui assure un bel équilibre et une cohérence d'ensemble. Jouant la carte de la discrétion et du raffinement, le 1815 chronographe de 2017 manque toutefois de quelques détails audacieux ou originaux qui auraient pu relever son caractère et sa personnalité. Son principal défaut est finalement de se situer exactement là où on attendait Lange et j'aimerais être de temps en temps plus surpris pour être totalement séduit.

Et la toute dernière version à cadran noir:


Le 1815 chronographe version 2017 est vendu au même prix que l'édition boutique et que la version 2010 soit 49.400 euros TTC.

Merci à l'équipe de la boutique Lange de Paris - rue de la Paix.

Les plus:
+ la beauté du mouvement à remontage manuel
+ la douceur du remontage, le comportement des poussoirs et le compteur des minutes instantané
+ une montre disponible sur l'ensemble des points de vente
+ un cadran très élégant et raffiné...

Les moins:
- ...mais qui peut sembler trop austère
- une lisibilité moyenne dans certaines conditions de lumière

dimanche 4 juin 2017

Audemars Piguet: Royal Oak Offshore Byblos

Je dois vous prévenir: l'été approche à grands pas et il faut donc très vite penser à sa ligne... Mais comment ai-je pris conscience de cette réalité? Tout simplement parce qu'Audemars Piguet vient de présenter deux montres (une version masculine et une version féminine) dans le cadre d'une édition limitée qui célèbre le 50ième anniversaire du fameux hôtel Byblos de Saint-Tropez. Et le moins que l'on puisse dire est que ces deux montres fleurent bon les vacances sous le beau soleil du Sud-Est de la France.

Pour être honnête avec vous, je ne vais écrire un long roman au sujet de la version masculine de cette Royal Oak Offshore Byblos puisqu'elle n'est qu'une évolution d'une montre très connue. Je dois cependant avouer que je la trouve particulièrement attirante. Peut-être est-ce dû aux oiseaux qui chantent, aux températures qui montent, aux jupes qui se raccourcissent mais je commence à apprécier particulièrement la combinaison de l'or rose avec le cadran blanc qui définit et symbolise le style de cette montre. Si la présentation avait eu lieu en plein hiver, peut-être que mes sentiments auraient été bien différents. 


En fait, il y a quelque chose d'excitant avec cette Royal Oak Offshore. La gamme de couleurs est très douce et légère, presque féminine en un sens mais au bout du compte, elle est très fidèle à l'esprit de Saint-Tropez avec sa touche de blanc (le cadran est très réussi). Le paradoxe est que cette douceur s'applique dans un contexte très dynamique et masculin: celui de la Royal Oak Offshore 44mm.

N'espérez pas en revanche porter une montre discrète. Compte tenu du diamètre de 44mm, de l'épaisseur du boîtier (14mm) et des poussoirs surdimensionnés et proéminents, l'or rose dominant est très facilement perceptible. Mais, de façon surprenante, la montre parvient tout de même à transmettre une certaine idée de raffinement et d'élégance... ce qui n'était pas gagné d'avance!

Mais non, je vous confirme que je n'ai fumé aucune substance interdite. Je pense sincèrement ce que je dis et j'ai d'ailleurs connu une sensation similaire avec la Royal Oak Offshore Lebron James qui n'était pas non plus une petite montre de soirée. Cette comparaison me donne l'occasion d'exprimer un de mes regrets à propos de l'édition Byblos. Pour être totalement en accord avec son contexte, je serais presque allé plus loin dans la présence du blanc et aurais apporté un peu plus d'originalité au niveau des poussoirs comme la montre du basketteur le faisait. Par exemple, le fait de retrouver des poussoirs identiques à ceux de la Royal Oak Offshore Céramique Blanche aurait peut-être été plus audacieux. Les diamants sertis dans le poussoir à deux heures de la Lebron James constituaient un plus appréciable. J'aurais espéré une approche de ce type avec l'édition Byblos afin de casser la présentation somme toute très classique du boîtier en or rose. On est à Saint-Tropez après tout... et rien ne s'y passe comme ailleurs. 


Le fond transparent du boîtier (que je n'ai malheureusement pas photographié) permet d'observer le mouvement 3126 qui anime cette Royal Oak Offshore. Il s'agit tout simplement de la construction en deux parties basée sur le calibre de manufacture 3120 qui alimente le module de chronographe. Sa réserve de marche se situe autour de cinquante cinq heures pour une fréquence de 3hz. Le verre est décoré avec le logo de l'hôtel et le rappel de la célébration de l'anniversaire. Je ne trouve pas cette décoration très jolie et elle nuit selon moi à la vue sur le mouvement. Comme ce dernier est trop petit pour le boîtier (problème récurrent de la Royal Oak Offshore 44mm), je pense que la solution d'un fond plein gravé aurait été préférable. Mais je le sais pertinemment, une montre avec un mouvement automatique visible est plus efficace du point de vue commercial et après tout... la masse oscillante du 3120 est toujours agréable à voir.

Le bracelet en caoutchouc blanc est très confortable et parvient à maintenir fermement la montre sur le poignet. C'est un très bon point compte tenu de la taille et du poids du boîtier. A noter qu'un autre bracelet en caoutchouc sombre est également disponible si vous voulez profiter de cette Royal Oak Offshore en dehors de l'été. 


En conclusion, j'ai apprécié cette montre pour son subtil équilibre entre puissance et raffinement. Evidemment, elle n'apporte rien de bien nouveau en comparaison des Royal Oak Offshore 44mm du catalogue et j'aurais aimé une approche plus audacieuse du traitement de certains détails. Mais je fus convaincu par son charme et sa cohérence avec le contexte de la célébration du 50ième anniversaire du Byblos.

Merci à Audemars Piguet France.
Les plus:
+ un équilibre subtil entre puissance et raffinement
+ le cadran blanc met en valeur le motif tapisserie
+ la finition du boîtier
+ le confort du bracelet caoutchouc

Les moins:
- j'aurais aimé des poussoirs plus originaux en jouant par exemple avec la céramique blanche
- un fond plein et gravé aurait été une meilleure solution

samedi 3 juin 2017

Chopard: Mille Miglia Classic XL 90ième anniversaire

La course des Mille Miglia fête cette année son 90ième anniversaire et Chopard, en tant que partenaire majeur de l'événement ne pouvait pas rater l'opportunité de célébrer cette vénérable étape. Contrairement aux idées reçues, la course, telle qu'elle est configurée aujourd'hui, n'est pas une aimable promenade au volant de véhicules historiques de compétition sur des charmantes routes italiennes. Mélangeant des épreuves de régularité avec des portions de déplacement au beau milieu de la circulation, elle exige de la part des équipages une concentration de tous les instants et une belle endurance physique, la longueur des étapes provoquant des arrivées nocturnes.


C'est la raison pour laquelle, afin de respecter cet esprit mélangeant charme et physique, les montres de la collection Mille Miglia sont généralement polyvalentes avec des détails empruntés à l'univers automobile comme les compteurs, le motif du bracelet caoutchouc ou l'échelle tachymétrique périphérique. Agréables à porter, lisibles grâce à des éléments luminescents, résistantes du fait de l'utilisation d'un boîtier acier et de mouvements éprouvés, les montres Mille Miglia ont la vocation d'accompagner leurs propriétaires en toute circonstance.

Je vais être clair: la montre qui célèbre le 90ième anniversaire n'est pas faite pour mettre les mains dans le cambouis. Elle est en revanche beaucoup plus à l'aise dans le cadre feutré de l'Automobile Club, avec un cigare et un bon verre de cognac. Car la partition jouée par la Mille Miglia Classic XL 90ième anniversaire, présentée dans le cadre d'une série limitée de 90 exemplaires, est bien plus exclusive et raffinée que celle des habituelles montres de la collection. Pourtant, et c'est ce qui explique son intérêt, elle ne renie pas ses origines. En la mettant au poignet, j'ai retrouvé les mêmes sensations de volume, de proportion qu'avec le chronographe Race Edition 2016. En revanche, trois éléments majeurs la distinguent de cette dernière: le matériau du boîtier, le retrait du guichet de date et le mouvement.


Le principal symbole du caractère précieux de la Mille Miglia Classic XL 90ième anniversaire est son boîtier en or rose. Précieux mais pas délicat! En effet, le boîtier présente un gabarit imposant dû à son diamètre de 46mm, amplifié par les poussoirs champignon proéminents et par la large couronne. La montre présente donc un caractère puissant sans tomber toutefois dans l'excès. Ainsi, la dominante blanche du cadran laqué atténue l'impact visuel de l'or rose. La bonne nouvelle concernant le boîtier est la forme très incurvée des cornes qui permet un bon positionnement sur le poignet... à condition que ce dernier soit suffisamment grand!


J'aime beaucoup le cadran de cette montre. Alors qu'il est très similaire à celui de la Race Edition 2016, il m'est apparu beaucoup plus aéré. C'est paradoxal car il contient quasiment les mêmes informations. Mais la couleur claire provoque cet effet visuel et l'ensemble semble mieux "respirer". Les compteurs sont larges et visibles et l'échelle tachymétrique positionnée sur le rehaut périphérique ne nuit pas à la lisibilité. Les chiffres auraient pu être retirés pour obtenir un design plus léger mais ils font partie  du style Mille Miglia et sont donc indispensables. C'est pour la même raison que je retrouve le logo de la course qui donne une petite touche colorée sur le cadran et qui rend la montre moins formelle.

Mais le très bon point côté cadran est assurément la suppression du guichet de date. Enfin! Je trouvais que la Race Edition 2016 souffrait de la présence de ce guichet coincé entre deux chiffres. La Mille Miglia Classic XL 90ième anniversaire s'adresse à un autre public, à des clients collectionneurs et connaisseurs pour lesquels les guichets de date sont plus des obstacles que des atouts. Chopard a pris à travers ce choix une excellente décision.


L'exclusivité de la Mille Miglia Classic XL 90ième anniversaire est également incarnée par l'utilisation du mouvement chronographe flyback à remontage manuel LUC 03.07-L1. Ce mouvement n'est pas inconnu puisqu'il anime déjà le chronographe LUC 1963 ainsi que l'édition limitée pour Purists. Il présente une architecture très originale et inhabituelle qui provient de ses origines, découlant du mouvement automatique  de la LUC Chrono One. Il n'en demeure pas moins très agréable à observer, étant fini avec soin et respectant les critères du Poinçon de Genève. J'aime beaucoup le contraste entre les ponts, les parties mobiles et la platine perlée. J'aurais cependant apprécié que les deux ponts principaux aient des formes plus subtiles. De plus, il est un peu petit pour le boîtier mais cela ne se ressent pas côté cadran.

Ses performances techniques sont tout à fait correctes avec une réserve de marche de 60 heures pour une fréquence de 4hz sans oublier sa certification chronomètre. Mais sa force réside dans le plaisir qu'il procure à l'usage. Le déclenchement des poussoirs est bien dosé et la taille de la couronne permet un remontage aisé. 


De prime abord, la Mille Miglia Classic XL 90ième anniversaire semble hésiter entre deux univers: celui de la montre sportive et celui de la montre classique habillée. Elle parvient finalement à concilier les deux à travers un design intemporel mais imposant. La suppression du guichet de date par rapport à la Race Edition 2016 et l'utilisation d'un mouvement à remontage manuel sont des choix pertinents qui apportent beaucoup à cette montre. Elle m'a donc séduit par sa présentation et la qualité de son exécution. Sa taille la rend  difficilement portable par tous mais après tout, elle s'adresse en priorité à des pilotes de belles et puissantes mécaniques. Chopard célèbre ainsi d'une très belle façon le 90ième anniversaire de la "corsa più bella del mondo". 

Les plus:
+ la qualité de l'exécution
+ la suppression du guichet de date par rapport à la Race Edition 2016
+ le plaisir procuré par le mouvement chronographe LUC à remontage manuel
+ l'incarnation d'un style ni trop formel, ni trop sportif

Les moins:
- la taille du boîtier ne correspond pas à tous les poignets
- l'architecture du mouvement rappelle que le point de départ est un calibre automatique