Gorilla: Fastback

Préambule: la montre photographiée est un prototype et certains détails auront une finition plus aboutie dans la version finale.

La crise horlogère est en train de favoriser l'émergence d'une nouvelle offre en provenance de jeunes marques proposant des montres originales et à forte personnalité avec des tarifs contenus, généralement en dessous de 1.000 euros. Ces marques sont en mesure de présenter des produits plus en phase avec les aspirations de la clientèle grâce à une certaine audace esthétique et des petits volumes de production. Elles parviennent ainsi à donner le sentiment d'être exclusives tout en restant accessibles. Or les marques établies transmettent aujourd'hui une image contraire: une créativité la plupart du temps en panne, des prix inadaptés et une communication globale et mondiale qui est aux antipodes  de ce qui va éveiller la curiosité et l'attention des clients moins sensibles aux thèmes habituels de l'horlogerie. 


Non seulement ce marché spécifique est en train de se développer mais il devient de plus en plus crédible en attirant des personnalités reconnues ayant par le passé oeuvré pour des marques prestigieuses ou appartenant à des segments tarifaires bien plus élevés. Je pourrais ainsi citer les exemples d'Emmanuel Dietrich, de Richard Piras mais c'est celui d'Octavio Garcia qui nous intéresse tout particulièrement dans le contexte de la Gorilla Fastback.

La Gorilla Fastback est en effet la première concrétisation du duo Octavio Garcia - Lukas Gopp. Mais qu'est-ce qui peut motiver deux designers de renom, ayant travaillé de nombreuses années au sein d'Audemars Piguet (entre autres) à unir leurs efforts pour créer une marque et lancer une montre vendue au prix de 790 euros hors taxes? Je vois deux raisons à cette démarche. La première est la volonté de développer un projet personnel. La seconde est de travailler avec plus de liberté créative et sous des contraintes différentes de celles connues par le passé. Tout ceci donne un caractère très stimulant à la démarche et cela se ressent dans le produit.


Pourtant, j'avais quelques craintes au départ. Gorilla est présentée comme une marque inspirée par l'univers automobile et qui utilise des matériaux innovants pour retrouver l'atmosphère particulière des véhicules puissants. Rien de bien nouveau sous le soleil! Et en découvrant la Fastback, j'ai très vite retrouvé quelques détails qui appartiennent au style d'Octavo Garcia comme le mélange de couleurs noir et rouge, le protége-couronne et les sortes d'écrous sur la lunette. N'allais-je pas me retrouver tout simplement face à une déclinaison abordable et sympathique d'une Royal Oak Offshore Alinghi? Fort heureusement, la Fastback évite ces écueils et parvient à faire dégager sa propre personnalité.


La forme du boîtier y contribue beaucoup. A la fois carré et biseauté, le boîtier aime jouer sur le contraste entre ses lignes géométriques et le cadran circulaire. Le sentiment de virilité qu'il exprime n'est pas vraiment dû à sa taille, pourtant généreuse avec un diamètre de 44mm. Il provient des effets de prolongement avec l'imposant protège-couronne sur le côté droit et la base du boîtier qui recouvre le bracelet. Le diamètre atteint ainsi 48,5mm en intégrant le protège-couronne et cette taille fait changer la perception.

Le boîtier est également relativement épais mais cela ne m'a pas dérangé. Le rapport diamètre/épaisseur est équilibré et cette hauteur fait apprécier la construction particulière du boîtier. En fait, c'est un véritable gâteau à étages qui pourrait presque être utilisé comme démonstration du rendu et des différences des matériaux. Car du bas vers le haut, ce n'est pas moins de 4 matériaux différents qui se succèdent: le titane d'abord, au contact de la peau et qui est utilisé aussi pour la couronne, le carbone forgé par la suite et qui constitue l'essentiel du boîtier, puis l'aluminium anodisé qui apporte sa touche de couleur et enfin la lunette en céramique.


Cette succession fonctionne plutôt bien et est presque harmonieuse. "Presque" car un détail m'a tout de même dérangé: la céramique m'est apparu comme trop brillante, agissant comme un miroir. J'aurais préféré un matériau plus mat, plus brut car les reflets de la partie supérieure du boîtier cassent un peu la cohérence esthétique de l'ensemble.

L'affichage du temps est classique. Il n'est cependant pas dénué d'originalité. La pierre angulaire de cet affichage est l'aiguille des heures tripale. L'extrémité blanche indique l'heure. La section blanche entre les deux extrémités noires n'a qu'un but décoratif. Elle évolue sur le cadran au fil de la journée si bien que le rendu est en constant mouvement. J'aime beaucoup cette idée qui donne une touche très dynamique au design. Les minutes sont indiquées par l'aiguille rouge et les index, de 5 en 5, ne sont relatifs qu'à cette aiguille.


C'est la raison pour laquelle la lecture de l'heure nécessite une petite habitude. L'aiguille rouge n'est pas immédiatement perçue comme celle des minutes et il faut acquérir le réflexe d'aller chercher l'extrémité blanche  de l'aiguille tripale. L'absence d'index des heures est aussi troublante et il faut mentalement se recaler pour lire l'heure sans confusion. J'y suis arrivé mais ce ne fut pas immédiat!

Les effets de relief font également partie de la réussie esthétique de l'ensemble. La hauteur du rehaut est significative et le nom de la marque est d'ailleurs apposé dessus. La section centrale du cadran est ouverte ce qui renforce aussi cette sensation de profondeur.

Le fond du boîtier est plein et arbore le gorille, symbole de la marque. C'est un excellent choix d'avoir opté pour cette solution puisque le mouvement qui équipe la montre, le Miyota 8215 n'est pas particulièrement beau. Le choix d'un tel calibre est logique compte tenu du prix de vente de la montre. Cependant, il s'agit d'un mouvement fiable et à l'excellente efficacité au remontage. Il est donc particulièrement bien indiqué pour la Fastback. Sa fréquence est de 3hz et la réserve de marche se situe autour d'une quarantaine d'heures.


Compte tenu de sa forme, de ses couleurs, de sa présence au poignet, la Gorilla Fastback attire incontestablement les regards et j'ai eu beaucoup de questions sur cette montre. Cela traduit la réussite de la démarche esthétique d'Octavio Garcia et de Lukas Gopp. La montre parvient à surprendre, à susciter des interrogations et à exprimer une qualité perçue supérieure à celle que son prix de vente pourrait suggérer. J'ai donc pris beaucoup de plaisir à porter la Fastback pendant plusieurs semaines y compris lors de voyages. Elle s'est révélée confortable malgré son gabarit grâce au bon  maintien apporté par le bracelet. Puissante sans être brutale, possédant le bon dosage d'originalité, elle est aujourd'hui une alternative crédible (et plus abordable!) à des marques qui dominent ce segment particulier comme SevenFriday. Pour 790 euros HT, elle offre à ses propriétaires l'aboutissement d'une démarche créative personnelle de designers connus. Qui peut en dire autant?

La Gorilla Fastback est actuellement en pré-commande sur le site de la marque. Les 500 premiers exemplaires seront numérotés et les livraisons débuteront en novembre.

Les plus:
+ une qualité perçue excellente compte tenu du prix de la montre
+ une démarche esthétique aboutie
+ un mouvement simple, fiable et efficace
+ le confort au porter malgré la taille

Les moins:
- le rendu trop brillant de la céramique
- la lecture de l'heure, pourtant classique, nécessite une période d'accoutumance

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