Urwerk: EMC Time Hunter X-Ray

L'EMC (Electro Mechanical Control) est une montre à part dans le monde horloger et dont la première version fut dévoilée en 2013. Elle témoigne d'une des idées les plus chères à Felix Baumgartner à savoir l'interactivité entre la montre et son propriétaire. Cette idée, déjà mise en oeuvre avec le système de turbines qui permet de réguler l'efficacité du remontage du mouvement automatique est déployée de façon beaucoup plus poussée dans le contexte de l'EMC. Le module électronique spécialement développé pour cette montre permet, grâce à des capteurs optiques contrôlés par un circuit intégré, de mesurer la précision de marche du mouvement mécanique à remontage manuel ainsi que l'amplitude du balancier. L'énergie requise par ce module électronique provient de la manivelle latérale qui s'insère dans le boîtier et dont la manipulation charge l'accumulateur. Le résultat des mesures du module électronique ne servirait à rien si le réglage de la montre ne pouvait être effectué instantanément. Et c'est tout l'intérêt de l'EMC et de la construction particulière de cette montre. La vis de réglage Fine Tuning, située à l'arrière du boîtier  ajuste la longueur du spiral et influence donc la marche du mouvement. L'observation n'est donc plus passive mais incite le propriétaire de l'EMC à l'action. L'autre élément de l'EMC séduisant du point de vue conceptuel est de voir qu'un module électronique, utilisant des éléments contemporains se met au service d'un mouvement mécanique dont les principes existent depuis des siècles. C'est un peu le paradoxe de la quête de l'amélioration de la locomotive à vapeur mais c'est aussi ce qui fait le charme et la singularité de l'EMC.


Urwerk présenta en début d'année lors du SIHH les versions Time Hunter de l'EMC. Elles se distinguent de l'EMC d'origine par une organisation de cadran différente redonnant plus de place à l'affichage du temps. La zone supérieure gauche est dédiée aux mesures du module électronique avec la précision du mouvement (matérialisée par l'écart de marche) et l'amplitude du balancier (qui n'était pas disponible sur la première EMC). Cette zone comporte également une lumière LED qui facilite l'interprétation des données. Comme la précision est affichée rapidement avant que l'aiguille ne bascule sur l'indication de l'amplitude, la couleur de la lumière nous informe si la précision est dans une zone acceptable (couleur verte) ou pas (couleur rouge).  La réserve de marche est indiquée à 7 heures tandis qu'un disque affiche les secondes dans la zone supérieure droite. Les EMC Time Hunter gagnent ainsi nettement en lisibilité et témoignent du progrès d'Urwerk dans la maîtrise du potentiel lié au module électronique.
 
La surprise en cette rentrée 2016 est la découverte d'une nouvelle version de l'EMC Time Hunter.  Comme souvent avec Urwerk, une approche esthétique différente d'un modèle existant a tendance à totalement transformer son apparence et notre perception. C'est le cas ici également car l'EMC Time Hunter X-Ray joue la carte de la transparence et se dévoile alors que les Time Hunter du SIHH se focalisent sur les affichages.


Je dois avouer que cette toute dernière version est sans aucune hésitation ma préférée. Le style décoratif met en valeur la dimension technique de la pièce et est surtout cohérent avec son esprit. Je retrouve d'ailleurs cette même cohabitation entre tradition et modernité, qui se manifeste au niveau du mouvement, dans le rendu du squelettage. Ce dernier permet d'observer les entrailles de la bête et surtout de l'alléger visuellement parlant. L'EMC devient ici plus complexe et plus raffinée à la fois. Le résultat est extrêmement convaincant car les formes très géométriques du squelettage empêchent le cadran de la montre de tomber dans la confusion tout en rappelant la rigueur de la présentation du mouvement.

Les touches de rouge qui se distinguent principalement au niveau de l'affichage des résultats du module électronique mettent en exergue les spécificités de la montre et ont même tendance à nous inciter à utiliser la manivelle latérale pour actionner les mesures! En revanche, j'ai trouvé que le squelettage rendait moins visible ces indications. 


L'allégement visuel de la montre est une bonne nouvelle. L'EMC Time Hunter X-Ray est certes une montre qui se porte très confortablement grâce à la souplesse de son bracelet qui positionne fermement la montre sur le poignet mais le gabarit de son boîtier en titane et acier traités en PVD noir demeure important (43x51mm) avec une épaisseur maximum de 15,8mm. Dans ce contexte, elle ne conviendra pas à tous les poignets et aura quelques difficultés à passer sous les chemises. Mais à aucun moment, elle ne donne l'impression d'être très imposante et il se dégage même une certaine fluidité.

L'arrière de la montre offre un spectacle unique, une sorte d'aboutissement d'une expérience uchronique. Il est important de rappeler que le mouvement est purement mécanique puisque le module électronique ne fait qu'observer ses performances. Pourtant, Urwerk a réussi une sorte de prouesse esthétique en mélangeant les deux univers pour obtenir une présentation de mouvement originale et inégalée. 

Le cache rouge du balancier recouvre les capteurs optiques du balancier. Ce dernier a une fréquence de 4hz pour une réserve de marche généreuse de 80 heures obtenue grâce à l'utilisation d'un double-barillet qui occupe une zone importante du mouvement. La grille rouge protège les composants du module électronique. Enfin, la vis de réglage est située face au double-barillet sur la petite proéminence. 

J'aime beaucoup l'architecture de ce mouvement et notamment l'imbrication entre le monde mécanique et le monde électronique. J'y retrouve tout l'esprit de l'EMC et une certaine harmonie avec le squelettage côté cadran.


L'EMC Time Hunter X-Ray est donc pour moi une très belle réussite. Elle est originale, audacieuse mais rien n'est fait gratuitement. L'ensemble est cohérent et esthétiquement abouti. Même si son gabarit l'empêche d'être à destination de tous les poignets, elle n'en demeure pas moins agréable au porter. Une fois de plus, Urwerk réussit une évolution d'un modèle existant et cette série limitée en 15 exemplaires a peut-être l'unique défaut de rendre les Time Hunter de début d'année moins désirables.

Merci à l'équipe de Chronopassion.

Les plus:
+ un évolution esthétique réussie de l'EMC Time Hunter
+ la présentation du mouvement
+ l'interactivité qui existe entre la montre et son propriétaire
+ un design qui tranche avec les autres montres d'Urwerk
+ un bracelet très agréable

Les moins:
- un gabarit et notamment une épaisseur conséquents
- une lisibilité des informations données par le module électronique légèrement en retrait par rapport aux Time Hunter du début d'année

Commentaires

Anonyme a dit…
Je déteste l'idée d'hybridation. La co-existance de mécanique pure et d'électronique ne passe déjà pas en automobile (de la Prius à la McLaren P1) alors en horlogerie, non merci.
La montre n'est pas selon moi "hybride" tel qu'on peut le voir par ailleurs. Le mouvement est mécanique et peut tourner sans le module électronique. Mais je peux comprendre le sentiment que vous exprimez.

Fx