dimanche 1 mai 2016

Vacheron Constantin: Quai de l'Île Acier

La collection Quai de l'Île symbolise pour moi l'expérience menée par Vacheron Constantin depuis son lancement et qui consiste à proposer  une personnalisation extrêmement poussée des montres grâce aux multiples paramètres et options disponibles. Par le biais d'un configurateur, le client a la possibilité de choisir les matériaux du boîtier, les complications, les types de cadran et ainsi de définir la montre qui correspond au mieux à ses goûts. Cette démarche, pourtant fort intéressante, se heurte à la problématique de l'organisation industrielle de la production et Vacheron Constantin préfère dorénavant se focaliser sur la collection Quai de l'Île en tant que composante traditionnelle du catalogue avec des modèles bien précis. Vacheron Constantin a peut-être eu le tort d'avoir raison trop tôt car la personnalisation est un des sujets majeurs sur lesquels les marques doivent travailler aujourd'hui pour répondre aux aspirations de la clientèle.


Les montres de la collection Quai de l'Île conservent cependant une place à part. Cette singularité est due à l'approche esthétique "chic décontractée" bien particulière. Les différents modèles ne sont pas aussi "sportifs" que peuvent l'être ceux de la collection Overseas. L'étanchéité à 30 mètres contre 150 mètres pour les Overseas le prouve. La collection Quai de l'Île se veut raffinée et propose une construction de boîtier complexe et originale, mi-ronde, mi-coussin. S'il fallait faire un raccourci audacieux, une montre Quai de l'Île est plus celle que l'on porte la semaine et notamment le vendredi lors du célèbre "Casual Friday" alors qu'une montre Overseas orne le poignet de son propriétaire le week-end!

Plus sérieusement, la collection Quai de l'Île témoigne de la volonté de la part de Vacheron Constantin d'explorer un style plus contemporain pour des montres qui demeurent à la base classiques. Cette tendance est d'ailleurs accentuée par la présentation en 2016 d'une montre Quai de l'Île en acier disponible en deux couleurs de cadran: noir et blanc.


Cette présentation est pour moi une surprise, surtout dans le contexte du renouvellement de la collection Overseas intervenue lors du dernier SIHH. N'y avait-il pas au bout du compte un risque de collision entre toutes ces nouvelles montres en acier? Et en analysant de près Quai de l'Île acier, je me suis rendu compte que Vacheron Constantin avait subtilement complété l'offre de son catalogue.

En fait, cette nouvelle Quai de l'Île Acier occupe le terrain tarifaire abandonné par l'Overseas 3 aiguilles qui dans sa cuvée 2016 monte singulièrement en gamme grâce notamment à l'utilisation du mouvement de manufacture 5100 certifié poinçon de Genève. Elle est esthétiquement différente de l'Overseas car cette dernière demeure profondément marquée par le contexte stylistique des années 70. La Quai de l'Île ne possède pas non plus les performances d'étanchéité et d'anti-magnétisme de l'Overseas ce qui indique bien sa vocation différente. Mais elle tire profit de l'originalité de son boîtier et du caractère de son cadran.


Le boîtier de la Quai de l'Île Acier constitue selon moi son point fort esthétique. Sa base a une forme coussin aux dimensions généreuses (41mm x 50,26mm) mais la lunette ronde ressort sensiblement. De fait, selon les circonstances, le boîtier peut être perçu comme rond ou comme tonneau. J'aime beaucoup cette sensation qui donne beaucoup de subtilité à la pièce. L'alternance des parties polies et brossées est également appréciable. Son épaisseur de 11,75mm n'est pas à proprement parler fine mais il se dégage un côté élancé. La forme du fond du boîtier et des cornes, très courtes lorsque la montre est retournée, contribue significativement au confort au porter. De plus, le bon positionnement sur le poignet est assuré par une boucle déployante efficace et qui se règle facilement, Vacheron Constantin ayant eu la bonne idée d'éviter le système à vis des modèles plus onéreux.

Le caractère du cadran est dû à la position des quantièmes en zone centrale. Ces quantièmes suivent le principe de la collection Quai de l'Île: ils sont fixes tandis que c'est leur indicateur qui se déplace. Ainsi la date est affichée grâce à une petite flèche située le long de cette graduation et orientée vers l'intérieur. Ce n'est pas ce qu'il y a de plus pratique et lisible mais l'intégration esthétique est plutôt réussie. Le cadran possède ainsi deux zones nettement distinctes, la zone centrale dédiée à la date et la zone périphérique dédiée à l'heure.  Le dessin du cadran se veut résolument épuré et moderne et sa finition est soignée, notamment en ce qui concerne la zone périphérique. Les deux aiguilles principales sont luminescentes tandis qu'une trotteuse centrale anime le cadran.


J'ai beaucoup parlé des éléments de divergence avec l'Overseas 3 aiguilles et pourtant il existe un point commun fondamental entre ces deux montres: le mouvement. En effet, la Quai de l'Île Acier est animée par le mouvement 5100/1 qui est le même que celui de l'Overseas mais avec une décoration spécifique. Il s'agit d'une véritable surprise car la Quai de l'Île 3 aiguilles en or utilise le calibre 2460QH et je pouvais m'attendre à retrouver le même mouvement.

Certes, la décoration du calibre 5100 est supérieure sur l'Overseas du fait de la masse oscillante en or. Mais Vacheron Constantin a préservé la certification Poinçon de Genève sur la version 5100/1 et le rendu visuel de la masse oscillante en Tungstène reste agréable et surtout cohérent avec l'atmosphère contemporaine de la montre. La finition du mouvement est soignée et l'ensemble demeure sobre et de bon goût.  Ses performances sont dans les normes des mouvements de conception récente avec une fréquence de 4hz et une réserve de marche de 60 heures. 

Mais là où Vacheron Constantin fait mouche est dans le positionnement tarifaire de la montre. En proposant un boîtier acier dans sa collection Quai de l'Île, la manufacture genevoise donne la possibilité à sa clientèle d'acquérir une montre au design contemporain et intemporel, animée par un nouveau calibre de manufacture certifié poinçon de Genève pour un prix de 16.200 euros TTC en France, le tout complété par la boucle déployante et les deux bracelets disponibles: l'un en alligator, l'autre en caoutchouc. Compte tenu de ce prix compétitif dans le segment de la haute horlogerie, la Quai de l'Île acier peut être considérée comme une montre d'entrée de gamme crédible et convaincante qui répond à la problématique actuelle du marché qui nécessite des tarifs plus ajustés. Elle devrait donc permettre à Vacheron Constantin d'élargir sa base de clientèle ce qui ne peut être que bénéfique sur un plus long terme.

Merci à l'équipe de la boutique Vacheron Constantin de la rue de la Paix à Paris.

Les plus:
+ un boîtier complexe et abouti
+ un design à la fois contemporain et intemporel
+ l'utilisation du nouveau mouvement automatique 5100/1
+ le prix attractif pour une Vacheron Constantin animée par un mouvement de manufacture
+ la boucle déployante et les deux bracelets

Les moins:
- une étanchéité un peu limitée s'il fallait utiliser la montre dans un contexte de loisir
- la lecture de la date n'est pas des plus aisées. 

2 commentaires:

Anonyme a dit…

J'aime beaucoup cette nouvelle version de la Quai de l'île. Je doute par contre du positionnement tarifaire : une montre en acier, trois aiguilles, date, à 16k€, c'est trop cher. Même en HH. Les magasins sont vides mais certaines marques refusent de comprendre le message semble-t-il...

Anonyme a dit…

Une jolie maison...qui se prend de belles décotes...Il faut être fou pour acheter des VC neuves.
J'ai pu essayer cette Quai de l'Ile. Très jolie, bien finie, agréable à regarder...
Mais :
- Pas de couronne vissée
- Vendue avec un caoutchouc mais pas étanche
- Positionnement étrange sport/chic sans être vraiment l'une ou l'autre
- La finition de la masse oscillante est...sheap