dimanche 6 mars 2016

Manufacture Royale: 1770 Voltige Univers

Plus le temps passe et plus je pense que le véritable indicateur de la valeur et du potentiel d'une manufacture réside dans sa faculté à créer sa montre d'entrée de gamme. Il est, au bout du compte, beaucoup plus facile d'exprimer ses idées lorsque les coûts de production sont moins contraignants. Et il est beaucoup plus difficile de concevoir une montre spectaculaire lorsqu'elle possède pas les artifices habituels comme par exemple le Tourbillon pour créer une dimension hypnotisante. 


C'est la raison pour laquelle je suis très confiant quant aux capacités de Manufacture Royale: la 1770 Voltige, qui est la montre la plus abordable de sa collection, en est peut-être également une des plus convaincantes. Certes, son contenu horloger n'est pas du même niveau que celui de la 1770 Flying Tourbillon. Elle n'est pas aussi spectaculaire que la 1770 Micromegas et ses deux tourbillons qui évoluent à des vitesses différentes. Et elle ne possède pas non plus l'audace esthétique de l'Androgyne ou de l'Opera. Mais l'essentiel est ailleurs. La 1770 Voltige se distingue par sa cohérence et son apparente simplicité met en valeur l'organe réglant et l'échappement du mouvement qui deviennent les principaux centres d'intérêt.


Rarement une montre aura aussi bien portée son nom. Voltige évoque évidemment les oscillations du balancier suspendu qui donnent un très bel effet visuel et une sensation aérienne. Mais ce nom partage les mêmes premières lettres que celui du fondateur de la Manufacture, en 1770: Voltaire. A ce titre, la 1770 Voltige est une sorte de lien entre le passé et le présent de la Manufacture. Ce lien est renforcé dans le contexte particulier de la très petite série disponible uniquement à l'attention des collectionneurs déjà propriétaires d'une montre de la Manufacture. La Voltige Univers se distingue des autres versions de la 1770 Voltige par son superbe cadran bleu et par la citation de Voltaire inscrite sur le cadran: « L'univers m'embarrasse, et je ne puis songer que cette horloge existe et n'ait point d'horloger. ». Mais si la citation est propice à cette interrogation métaphysique, la montre est avant tout une réussite esthétique.

Le risque avec l'inscription de la citation était de rendre le cadran de la 1770 Voltige plus chargé et donc de lui faire perdre sa simplicité nécessaire pour profiter des éléments mobiles du mouvement. Heureusement, la police utilisée et sa taille rendent la lecture de la citation plutôt difficile et ainsi lui donnent une importance secondaire. Elle est beaucoup plus décorative qu'informative. Le centre d'intérêt de la montre demeure les animations du mouvement situées dans la zone supérieure gauche.


La 1770 Voltige est en effet un véritable hommage à l'horlogerie mécanique en positionnant côté cadran le balancier et l'échappement. Certes, c'est loin d'être une grande première mais même en dehors du contexte particulier des Tourbillons, il est très appréciable de pouvoir profiter en permanence des oscillations du balancier lorsque la montre est mise au poignet. De plus, le fait qu'il soit suspendu et qu'il ait un diamètre généreux (14mm) rend le spectacle encore plus réjouissant. Il provoque une sensation de légèreté, de dynamisme, de délicatesse. Mais la spécificité de la 1770 Voltige est que l'échappement est lui aussi nettement visible: le comportement de l'ancre et de la roue d'ancre complète le spectacle et la finesse du balancier (qui ne comporte que 3 bras) préserve la vue sur cet échappement. D'ailleurs, tout le cadran est organisé autour de ces éléments mobiles. Les ponts en arc de cercle accompagnent non seulement les courbes du boitier mais convergent vers les éléments mobiles, comme pour accompagner notre regard.

Les effets de volume sur le cadran sont saisissants: les deux aiguilles principales survolent le balancier qui lui-même se situe au-dessus de l'échappement. Cette sensation de profondeur, de rendu tri-dimensionnel explique en grande partie le pouvoir de séduction du cadran de la 1770 Voltige. Le seul reproche que je pourrais lui faire est l'incabloc un peu trop omniprésent à mon goût. 

Le diamètre du boîtier en acier est de 45mm et l'ouverture du cadran est relativement grande puisque le rehaut est totalement vertical et les index fixés dessus. Cependant, le cadran possède suffisamment de détails esthétiques variés pour éviter de tomber dans une trop grande uniformité. Par exemple, le sous-cadran de la trotteuse offre un fond structuré "tamis" qui le décore joliment. Je retrouve sinon des éléments esthétiques communs à la 1770 Tourbillon Volant comme la forme des aiguilles (ici, légèrement évidées) et les deux brancards latéraux qui donnent du caractère au boîtier tout en soulignant son galbe.

Le mouvement MR05, ici dans le contexte de la série limitée Black Feather:


La taille du boîtier est évidemment imposante. Elle s'explique pour deux principales raisons: compte tenu de l'architecture du mouvement côté cadran, sa hauteur est de 14mm pour permettre les effets de profondeur. Le diamètre élevé augmente le ratio diamètre sur épaisseur et donne à la montre, malgré cette hauteur, un style très fluide conforme à l'animation du cadran. La deuxième raison est la taille propre du mouvement MR05 d'un diamètre de 36mm. Il occupe donc généreusement le boîtier et cette cohérence entre les deux diamètre est très appréciable. Il est à noter que, fort heureusement, les cornes sont très courtes permettant ainsi à la montre d'être portée même sur un poignet de taille moyenne.

Le mouvement de manufacture MR05 est visible à travers le fond saphir du boîtier. Son rendu est plutôt austère même s'il est correctement fini. C'est généralement la dure loi des mouvements qui positionne l'organe réglant côté cadran. La masse oscillante est très largement ouverte mais comme l'essentiel du spectacle est constitué des côtes de Genève qui ornent la platine et les ponts, j'aurais préféré voir une masse plus travaillée. La fréquence du mouvement est de 3hz et sa réserve de marche est de 40 heures, ce qui est plutôt bas pour un mouvement récent, surtout compte tenu de son diamètre. Il faut cependant considérer que la taille du balancier impose une grande consommation d'énergie.


La version Univers est pour moi la plus réussie des 1770 Voltige. La couleur dominante est très séduisante et surtout, l'inscription de la citation casse le rendu du cadran qui pourrait apparaître comme un peu trop spartiate. Mais je n'oublie pas que derrière cette apparente simplicité se cache la volonté de mettre en valeur les animations du balancier et de l'échappement. La montre atteint cet objectif avec brio. La preuve en est est qu'il est difficile de quitter le cadran des yeux! Alors, même si les finitions dans leur ensemble ne sont pas du même niveau que celles de la 1770 Tourbillon Volant, il n'en demeure pas moins que la 1770 Voltige est une belle réussite car elle crée une belle expérience visuelle (voire même sonore!) à l'attention de son propriétaire. Manufacture Royale apporte par son entremise une démonstration convaincante et séduisante de ses capacités créatives et techniques.

Merci à l'équipe Manufacture Royale pour son accueil pendant la semaine du SIHH à Genève.

Les plus:
+ une belle expérience visuelle due au balancier et à l'échappement nettement visibles côté cadran
+ les effets de relief du cadran
+ la montre demeure portable malgré son diamètre imposant
+ la couleur dominante et la citation décorent joliment le cadran sans dénaturer l'esprit de la montre

Les moins:
- l'incabloc est un peu trop visible à mon goût
- la réserve de marche du mouvement est courte selon les standards actuels
- la présentation du mouvement est austère

2 commentaires:

Anonyme a dit…

Bleuissant des vis réellement artisanale, j'ai un énorme doute, surtout à la vu de celle du réglage A/R

Anonyme a dit…

Je voulais écrire "bleuissage"