Piaget: Altiplano Chronographe en Or Gris

Spécialiste des montres extra plates, Piaget présenta lors du SIHH 2015 l'Altiplano Chronographe qui se distingua par deux records pour un chronographe à remontage manuel: celui du mouvement le plus fin (4,65mm) et celui du boîtier le plus plat (8,24mm). Piaget profita de l'occasion pour dévoiler un nouveau mouvement, le 883P dérivant du 880P.

Cette montre était jusqu'à maintenant disponible uniquement en or rose dans sa configuration sans sertissage mais une nouvelle version en or gris vient d'être présentée lors du dernier SIHH. Elle me donne l'occasion de revenir sur cette montre très paradoxale.


En fait, cette Altiplano Chronographe est pour moi une énigme. Lorsque je l'analyse froidement, je lui trouve plusieurs défauts. Pris un par un, ils pourraient être rédhibitoires. Or, et c'est sûrement la magie Piaget qui fait son oeuvre, une fois mise au poignet, elle dégage un charme incontestable et une certaine originalité. Mais quels sont ces défauts?

Tout d'abord, j'étais loin d'imaginer le chronographe comme étant la première véritable complication rejoignant la ligne Altiplano. Certes, un guichet de date (à 9 heures!) avait initié précédemment cette volonté de la part de Piaget d'offrir des complications dans le contexte de sa ligne extra-plate et élégante. Mais avec un chronographe, nous changeons de dimension, de niveau horloger et cette complication ne m'apparaissait pas comme la plus logique. Après tout, le chronographe donne un côté très masculin voire sportif aux montres et il semblait presque en contradiction avec l'esprit Altiplano.


Ensuite, en faisant le choix d'un mouvement à remontage manuel, Piaget a développé le calibre 883P à partir du 880P. Le problème est que le rendu visuel du mouvement est relativement décevant malgré le soin apporté à la finition: il ne cache pas ses origines "automatiques" et son architecture est incontestablement celle d'un mouvement amputé de sa masse oscillante.

De plus, le diamètre propre de ce mouvement demeure petit pour un calibre chronographe (27mm) et en le plaçant dans un boîtier de 41mm, Piaget s'est compliqué la tâche: côté cadran, les compteurs (dont l'affichage très pratique du second fuseau à 9 heures) semblent alors trop proches du centre et la montre apparaît comme déséquilibrée. Ces mêmes compteurs sont à peine suggérés et aucun effet de profondeur, de relief n'est apposé sur le cadran. Ce dernier est donc extrêmement plat. 


Enfin, dans sa volonté d'apurer au maximum le style de la montre, Piaget n'a inscrit aucun marqueur intermédiaire entre les secondes de l'échelle périphérique que suit la trotteuse du chronographe. Par conséquent, ce chronographe n'affiche pas les 1/8ième de seconde alors que la fréquence du mouvement de 4hz (pour une réserve de marche de 50 heures) le permettrait.

Déséquilibrée, esthétiquement trop simplifiée, animée par un mouvement dont l'esthétique n'est pas totalement convaincante, l'Altiplano Chronographe semble de prime abord affectée par des défauts non négligeables. Mais voilà, une montre ne s'analyse pas point par point: elle se considère avant tout comme un ensemble. Et c'est sur ce point que Piaget rétablit la situation comme un chat qui retombe sur ses pattes. 

Il m'a fallu un temps fou pour savoir si je appréciais ou pas cette Altiplano Chronographe, hésitant entre la vision noire décrite plus tôt ou une perception bien plus positive. Je me range finalement du côté de cette seconde option. La raison est très simple: lorsque je la mets au poignet, l'Altiplano Chronographe devient séduisante et j'ai même envie de dire que ses problèmes deviennent des atouts. La complication additionnelle apporte plus une dose d'énergie et de caractère au contexte Altiplano qu'une véritable fonction complémentaire même si, évidemment, le chronographe est opérationnel. La pureté du cadran, la discrétion des compteur, l'échelle périphérique réduite à sa plus simple expression s'expliquent alors et finissent par renforcer la cohérence de la montre. Après tout, l'échelle périphérique est également réduite sur les Polo ou Gouverneur qui utilisent le calibre 880P.  

Le mouvement 883P dans le contexte de la version en or rose:


Les compteurs trop proches du centre trouvent même grâce à mes yeux. Si la montre avait le véritable objectif d'être un chronographe instrument, une telle situation m'agacerait. Une fois mise au poignet, l'Altiplano Chronographe séduit par sa présence, son style extrêmement élancé (le rapport diamètre sur épaisseur est très élevé) et cette concentration en son centre apparaît plus comme une originalité que comme un souci. La discrétion des poussoirs et le fait que toutes les aiguilles aient la même teinte confirment d'ailleurs l'idée que la complication doit se fondre au maximum dans la montre. 

Cette présence (la taille ressentie est d'ailleurs supérieure au diamètre de 41mm) peut être perçue comme paradoxale pour une montre habillée et élégante. Cette opposition explique aussi le caractère particulier de l'Altiplano Chronographe qui derrière une apparence très sage n'hésite pas à casser les codes habituels. 

La version en or gris de cette année est bien entendu plus discrète que sa devancière en or rose. Cette dernière demeure ma préférée mais j'aime beaucoup le rendu monochrome de la montre présentée au SIHH 2016. Elle est peut-être plus polyvalente compte tenu de ses couleurs neutres mais la chaleur du boîtier en or rose me manque.


L'Altiplano Chronographe est en conclusion une montre qu'il est impératif d'essayer pour se forger une opinion valable. Les photos, les spécifications techniques ne lui rendent pas justice et seul le test au porter permet de valider sa propre perception. Paradoxale, énigmatique, possédant un caractère bien trempé malgré son cadran épuré, l'Altiplano Chronographe ne laisse pas indifférent ce qui est un excellent point. Elle nécessite du temps pour être appréciée et c'est la raison pour laquelle il ne faut pas s'arrêter aux premières impressions pour en saisir tout l'intérêt.

Merci à l'équipe Piaget pour son accueil lors du SIHH 2016.

Les plus:
+ une montre qui possède bien plus de caractère qu'elle ne le laisse imaginer
+ la finition du mouvement simple et soignée
+ l'élégance qui se dégage de son style épuré
+ la présence au poignet
+ la polyvalence stylistique de la version en or gris

Les moins:
- l'architecture du mouvement rappelle ses origines "automatiques"
- le mouvement est trop petit pour le boîtier et un fond plein aurait peut-être été plus judicieux
- montre paradoxale, ses défauts pour les uns peuvent être perçus comme des traits de caractère pour les autres (taille, compteurs proches du centre)

Commentaires

Anonyme a dit…
Jolie pièce.
Petit bémol concernant les sous-compteurs un peu trop centrés.