mardi 22 décembre 2015

Ressence: Type 5

Il y a plusieurs façons d'appréhender la toute nouvelle Type 5 de Ressence. On peut la considérer comme la première montre de plongée de la marque ou comme une évolution de la Type 3. Je la perçois plutôt comme un aboutissement, comme la conclusion logique de l'avancée technologique et des caractéristiques de la Type 3. En fait, j'ai l'impression que Benoît Mintiens est arrivé là où il voulait aller avec la Type 5, un peu comme la Type 1 était le terme du développement initié avec la Type 100x.


Bien entendu, la Type 5 est présentée comme une montre de plongée offrant une étanchéité de 10 ATM. Elle est d'ailleurs la première montre de plongée mécanique entière lisible sous l'eau et ce, quelque soit l'angle de vue. Mais je l'analyse plus comme étant une montre véritablement polyvalente intégrant le meilleur de l'innovation de Ressence. S'il fallait souligner un seul point, ce serait son confort au porter et la fluidité des lignes qui lui permettent de conserver une certaine élégance en toute circonstance. Car telle est la prouesse: cette montre, qui répond aux exigences de la norme ISO 6425, n'est absolument pas une transformation "ultra protégée" et donc épaisse de la Type 3. Elle tire profit de l'élément clé de cette dernière, l'huile, pour améliorer ses performances tout en conservant le style typique de Ressence.

La Type 5 reprend ainsi la construction de la Type 3: le boîtier intègre deux chambres étanches dont l'une d'entre elles, la supérieure, est remplie d'huile. Dans le contexte de la Type 3, l'huile a pour principaux objectifs d'optimiser l'énergie du mouvement et d'améliorer la lisibilité en offrant une ouverture de cadran unique. Il suffit d'examiner le positionnement des quantièmes périphériques pour constater que toute la surface disponible est utilisée. L'huile joue un rôle supplémentaire au sein de la Type 5. Bien entendu, son atout relatif à la lisibilité demeure et il est même amplifié lorsque les effets de luminescence entrent en jeu. La montre devient alors spectaculaire car les éléments lumineux profitent également de la forme du cadran et du dôme du verre pour se détacher de façon encore plus nette.


De façon similaire à la Type 3, le fait de plonger le système d'affichage dans ce bain d'huile, et donc de lui assurer une lubrification permanente, réduit les effets d'usure et surtout diminue la consommation d'énergie. Moins sollicité, le mouvement de base, le calibre ETA 2824 retravaillé dont l'unique objectif est d'alimenter le système d'affichage à travers l'axe des minutes délivre tout de même une réserve de marche de 36 heures malgré la complexité du module. Une performance remarquable.

Mais la grande nouveauté relative à l'huile est l'utilisation de ses propriétés physiques. Les 37,5 ml de liquide compensent la pression extérieure de l'eau et permettent à Ressence d'utiliser pour la Type 5 une structure légère basée sur un boîtier en titane grade 5 et un verre à l'épaisseur normale. Cette notion d'épaisseur du verre est fondamentale. N'oublions pas sa forme et sa capacité d'englober le cadran. S'il avait été beaucoup plus épais, le rendu visuel n'aurait pas été le même et la montre aurait été disgracieuse. 


La présentation du cadran de la Type 5 est différente de celle de la Type 3. La montre perd deux fonctions: les quantièmes périphériques remplacés par la lunette unidirectionnelle et l'affichage des jours de la semaine, inutile dans le contexte d'une montre de plongée. Ce retrait a en fait un autre objectif: il positionne l'indicateur de marche sur un disque bien plus important que celui de la Type 3. Cette trotteuse, qui effectue une rotation en 90 secondes est en effet cruciale pour une montre de plongée car à tout moment son propriétaire doit être sûr qu'elle fonctionne.

L'indicateur de température de l'huile utilise un disque de taille similaire à celui de la trotteuse tandis que le disque principal demeure celui des heures. Tous ces disques sont positionnés sur le socle rotatif dédié à l'affichage des minutes. A l'instar de la Type 3, le système d'affichage, le ROCS 5 - Ressence Orbital Convex System, est basé sur les minutes. Les minutes entraînent les autres disques dans cette révolution permanente et c'est la raison pour laquelle seul l'axe des minutes du calibre ETA 2824 est conservé. Le principe est ingénieux et efficace.

Comme toute montre Ressence de la collection actuelle, la Type 5 ne possède aucune couronne. La raison est avant tout esthétique et comme le rappelait Benoît Mintiens, le design cible d'une montre Ressence se devait de faire abstraction de cette interface pour obtenir la pureté des lignes et une expérience d'utilisation et de manipulation au contact direct de l'objet. Pour une montre de plongée, l'absence de couronne est un avantage: un point de faiblesse qui nécessite un traitement particulier pour préserver l'étanchéité n'existe plus. En revanche, la Type 5 a nécessité le développement d'un nouveau fond de boîtier. En effet, la mise à l'heure s'effectue toujours de la même façon en tournant le fond du boîtier. Mais pour des raisons évidentes de sécurité et d'étanchéité, ce fond est protégé contre une manipulation intempestive grâce au Ressence Compression Lock System, le RCLS qui le bloque (lock) ou le libère (set) pour la mise à l'heure. En manipulant le fond, les disques effectuent leurs rotations grâce à une transmission magnétique afin de régler la montre.


Tous ces trésors d'ingéniosité auraient été bien inutiles si la Type 5 avait été importable ou inconfortable. Et je touche maintenant ce que je préfère dans cette montre: son boîtier. Inspiré par la forme d'une tortue marine, il offre des lignes incurvées, à la fois douces et énergiques. J'aime beaucoup la façon dont la lunette et la base du boîtier prolongent le verre et les cornes courtes et incurvées. Mais le détail que j'apprécie le plus est la façon dont a été dessinée la lunette. Les subtiles proéminences facilitent sa manipulation tout en s'intégrant parfaitement dans le design. Elles ressemblent presque à de petites écailles et leur effet visuel est une réussite. Ce sont elles qui apportent une rupture dans les courbes générales et qui dynamisent le dessin.

La conséquence logique d'un tel boîtier en titane est le grand confort au porter. La montre est non seulement légère (87 grammes) mais elle se positionne de façon précise sur le poignet.  La Type 5 provoque même une surprise: malgré sa taille généreuse (46mm de diamètre pour une épaisseur maximum de 15,5mm), elle semble plus petite qu'elle n'est.


Pour moi, cela ne fait pas l'ombre d'un doute: la Type 5 est non seulement la montre Ressence la plus aboutie techniquement parlant, elle est également la plus séduisante. Elle n'est certes pas dénuée de défauts et je pense que le cadran de type "régulateur" n'est pas forcément le plus pratique pour une montre de plongée. De plus la lunette graduée "plonge" de façon trop nette derrière la graduation des minutes et cela peut être gênant du point de vue pratique. Mais qu'importe. La Type 5 est une formidable montre inventive, tout terrain, originale et intrigante. Les caractéristiques de l'huile sont utilisées à leur maximum pour un résultat visuellement abouti. J'ai presque envie de dire qu'à l'instar du ROCS 5 dans le liquide, "tout baigne!" avec la Type 5... ce qui après tout est normal pour une montre de plongée!

Merci à Benoît Mintiens et à Gaëtan Gaye.

Les plus:
+ une montre qui symbolise un aboutissement technique et esthétique
+ la luminosité de l'affichage
+ des lignes fluides et qui ont du caractère
+ le confort au porter

Les moins:
- l'affichage peut être déroutant pour une montre de plongée
- la graduation de la lunette est fortement inclinée: un plus esthétique réalisé au détriment de l'aspect pratique

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