Pita: Carousel

Je ne manque jamais de rencontrer Aniceto et Daniel Pita lorsque j'effectue un déplacement à Barcelone. D'ailleurs, la visite de la boutique et de l'atelier situés au 223 de l'avenue Meridiana est indispensable pour tout amoureux de l'horlogerie indépendante. Elle permet d'appréhender et de comprendre ce qu'est le travail quotidien d'un horloger comme Aniceto Pita, dont la créativité et l'imagination permettent de compenser l'absence de moyens et de faire face à de multiples contraintes.

Une montre Pita se reconnaît au premier coup d'oeil et c'est peut-être la plus belle réussite d'Aniceto Pita. Chaque pièce se distingue par un affichage du temps particulier et par un rendu artisanal qui lui donnent beaucoup de charme. Les imperfections sont palpables mais le propriétaire de la montre a véritablement la sensation de porter un objet fabriqué en toute petite série et qui est le résultat d'une démarche personnelle et sincère.


L'acquisition d'une machine à commande numérique l'année dernière peut être considérée comme une étape décisive dans le développement de la marque d'Aniceto Pita. Cette machine, qui a nécessité plusieurs mois de formation afin de maîtriser son potentiel, apporte en effet beaucoup de flexibilité. Elle permet ainsi d'accélérer la fabrication des prototypes ce qui facilite grandement l'activité de développement. Elle donne également la possibilité de personnaliser plus facilement les montres grâce à un choix élargi de matériaux et à des délais de fabrication raccourcis. La nouvelle Carousel, peut-être la montre la plus représentative du style de Pita, est l'aboutissement de cette capacité de production améliorée. Les clients ont ainsi la possibilité de choisir le matériau du boîtier parmi 5 (or, acier, platine, titane et bronze) sans oublier les multiples cadrans disponibles (blanc, noir, crème, laqué ou en émail) et la couleur de l'aiguille.


Disponible à partir d'un prix de 4.450 euros en acier, la Carousel est selon moi la meilleure façon de rentrer dans l'univers singulier et attachant d'Aniceto Pita. Ce qui surprend le plus en observant de près cette montre, c'est sa capacité à faire cohabiter des animations aux rythmes totalement différents. D'un côté, la masse oscillante visible au centre du cadran et qui bouge instantanément en fonction du mouvement du poignet.  De l'autre l'aiguille d'affichage du temps qui effectue sa paisible et constante révolution en faisant un tour complet du cadran en une douzaine d'heures. Je pourrais même rajouter le balancier dont les oscillations peuvent être entrevues derrière la raquetterie. Tout le principe de la montre découle de l'utilisation de la roue des heures qui entraîne non seulement l'aiguille mais également le mouvement, ce dernier effectuant lui aussi une rotation complète du cadran en douze heures. La montre agit en quelque sorte comme une sorte de tourbillon lent. 

La mise à l'heure s'effectue en manipulant le fond du boîtier:


La lecture de l'heure nécessite un peu d'habitude mais comme pour toute montre mono-aiguille, elle ne pose aucune difficulté. La précision de l'affichage n'est évidemment pas celle d'une montre traditionnelle mais les graduations toutes les dix minutes assurent le minimum. Je prends toujours en considération la première graduation qui suit l'aiguille afin de ne jamais risquer d'arriver en retard. Au final, je suis toujours en avance avec une montre mono-aiguille! Je veille cependant toujours à mettre la montre à l'heure au moment propice, à savoir à une dizaine de minutes pleine.

La Carousel est pour moi une réussite esthétique. Les zones du cadran sont clairement délimitées et j'apprécie beaucoup de voir le centre de la montre dédié au mouvement. Les roulements à bille autour du mouvement ont aussi un rôle décoratif et donnent un rendu très "mécanique" à l'ensemble. L'alternance des pois de tailles différentes qui définissent les heures pleines et les demi-heures dans la zone périphérique de l'affichage est également originale. Elle renforce l'esthétique très circulaire de l'ensemble. Mais l'élément clé qui parachève le design de la Carousel est bel et bien l'absence de couronne, une sorte de credo pour Aniceto Pita.   La montre utilise en effet le TSM (Time Setting Mechanism) pour la mise à l'heure. Elle s'effectue en tournant le fond du boîtier qui peut être manipulé sans problème  grâce aux petits ergots latéraux.


Heureusement, le mouvement ETA2678 qui est démonté et restructuré pour répondre à l'architecture de la Carousel possède une bonne efficacité au remontage malgré son diamètre modeste (17,20mm). Ce mouvement, d'une fréquence de 4hz et d'une réserve de marche de 38 heures, est à la base dédié aux montres féminines. Il est simple, fiable et efficace. Dans ce contexte, il est le compagnon idéal de la Carousel.


Une fois mise au poignet, la Carousel intrigue du fait du comportement de la masse oscillante et parce que les curieux cherchent désespérément  la deuxième aiguille. Elle donne l'impression d'être une sorte de petit objet mécanique dont la fonction n'est pas de donner l'heure. Et pourtant! Elle y parvient parfaitement avec charme et style. La nouvelle machine à commande numérique a permis d'améliorer la finition du boîtier et son diamètre est dorénavant de 39mm. La finition du cadran est tout à fait correcte et si je note ici et là des imperfections, elles ne nuisent pas à la qualité perçue, bien au contraire: elles font ressortir l'approche artisanale de la montre ce qui est très agréable.


Je fus donc séduit par cette nouvelle mouture de la Carousel car elle représente le parfait exemple de ce qu'est le travail d'un horloger indépendant. Elle rassemble audace, créativité et astuce, le tout dans un contexte esthétique séduisant et à un prix contenu. Car rares sont les montres d'un membre de l'AHCI en-dessous de 5.000 euros!

Merci à Aniceto et à Daniel Pita.

Les plus:
+ une esthétique originale et pleine de charme
+ le plaisir d'observer le mouvement côté cadran
+ les multiples possibilités de personnalisation
+ une véritable montre d'horloger indépendant et de petite série disponible à un prix inférieur à 5.000 euros en acier

Les moins:
- la précision de la lecture de l'heure
- la réserve de marche du mouvement est un peu courte

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