Montblanc: 1858 Chronographe Tachymeter Edition Limitée (en or rouge)

Présenté lors du dernier SIAR à Mexico, le 1858 Chronographe Tachymeter symbolise deux orientations stratégiques significatives de la part de Montblanc. La première consiste à accentuer la tendance initiée avec le Chronographe Heritage Spirit Pulsograph et qui a pour but de proposer les mouvements Villeret dans un contexte tarifaire plus raisonnable que celui de la collection éponyme. La seconde est la démonstration de la volonté de Montblanc d'élargir sa palette esthétique à travers la toute nouvelle collection 1858 qui rend hommage à Minerva.


Le catalogue de Montblanc était jusqu'à maintenant composé de  plusieurs collections qui se complétaient intelligemment mais il manquait peut-être une dimension fondamentale de nos jours, presque indispensable pour le succès d'une marque généraliste: celle qui incarne le style néo-rétro. La collection 1858 offre cette opportunité et témoigne du travail de fond effectué par Jérôme Lambert depuis son arrivée à la tête de la marque. Cette arrivée est pourtant récente mais le changement de la structure du catalogue est nettement perceptible: la collection Star, peut-être celle qui auparavant était la plus porteuse des éléments reconnaissables de l'image de Montblanc (étoile, police de caractère) laisse petit à petit sa place à la collection Heritage, plus classique et raffinée tandis que la collection Timewalker s'affirme comme la vision contemporaine voire futuriste de la marque. La collection Rieussec s'étoffe en s'appuyant sur des mouvements de manufacture tandis que la collection Villeret évolue de plus en plus vers l'horlogerie d'exception.


Il est d'ailleurs intéressant de noter que cette dernière collection est dorénavant presque exclusivement composée de montres à tourbillon ou à complications rares (Metamorphosis ou Chronographe Bi-Fréquence), conséquence de la volonté de Montblanc de proposer les mouvements chronographe traditionnels Villeret dans d'autres contextes. Le 1858 Chronographe Tachymeter en est la démonstration.

La nouvelle collection 1858 a pour but de célébrer la prestigieuse contribution de la Manufacture Minerva à l'histoire de l'horlogerie suisse. Mais elle est bien plus que cela. Elle réaffirme l'intégration de Minerva au sein de la Manufacture Montblanc et d'ailleurs l'utilisation de mouvements Villeret dans cette collection ou dans la collection Heritage prouve que la stratégie précédente qui isolait les mouvements Villeret dans une collection spécifique est bel et bien terminée. De plus, elle offre l'opportunité à Montblanc de rentrer dans un nouveau territoire stylistique. Avec leurs aiguilles Cathédrale et leurs chiffres arabes luminescents, leurs boîtiers imposants et  élancés, leurs mouvements à remontage manuel, les montres de la collection 1858 puisent leur inspiration dans plusieurs pièces du passé de Minerva et notamment dans les montres de pilote. Ce choix esthétique conforté par l'utilisation du logo historique de Montblanc crée une sorte de lien avec l'horlogerie de la première moitié du XXième siècle et a pour but de construire une légitimité et une antériorité à l'ambition horlogère récente de la marque. C'est, il faut l'avouer, très intelligemment fait.


Le 1858 Chronographe Tachymeter est incontestablement la montre la plus  intéressante de cette collection. Pour une raison toute simple: alors que la montre à 3 aiguilles utilise un calibre Unitas (un choix un peu étonnant pour un hommage à Minerva!), le 1858 Chronographe Tachymeter est animé par le superbe mouvement M16.29 en provenance de la manufacture de Villeret. Le choix de ce mouvement a deux intérêts: son diamètre propre de 38,4mm le rend approprié au boîtier de 44mm qui caractérise la collection 1858. Et surtout il se distingue du mouvement M13.21 qui équipe le Chronographe Heritage Spirit Pulsograph présenté l'année dernière.

Montblanc a particulièrement veillé à proposer cette année un chronographe radicalement différent de celui de l'année dernière. Taille du boîtier, couleur dominante du cadran, esthétique beaucoup plus énergique, mouvement monopoussoir, type d'échelle périphérique, tout finalement oppose le 1858 Chronographe Tachymeter à son cousin de l'année dernière. Je dois avouer que j'ai une nette préférence pour celui de cette année qui possède plus de caractère et un cadran à la qualité perçue supérieure.


Malgré sa taille imposante, qui est de plus accentuée par la couronne monopoussoir proéminente, le 1858 Chronographe Tachymeter offre un sentiment d'équilibre grâce à la position des deux sous-cadrans et à l'échelle tachymétrique périphérique qui crée une harmonie d'ensemble. Les chiffres luminescents et les aiguilles se marient parfaitement et sont exécutés avec beaucoup de soin. Rien ne bave et la matière luminescente a été apposée de façon nette. En revanche, la dimension de l'aiguille des minutes fait que dans certaines positions, elle peut rendre difficile la lecture du compteur du chronographe. Mon seul véritable bémol concernant le cadran est inhérent à la stratégie de Montblanc. La marque veut faire savoir que la Manufacture de Villeret a intégré sa structure de production et cela se voit. Le logo historique, certes approprié dans ce contexte néo-rétro est tout de même imposant et j'aurais apprécié qu'il soit plus discret. Cela ne gâche finalement pas le plaisir car prédominent le dynamisme du design lié au contraste entre le boîtier en or rouge et le cadran noir ainsi que la puissance de l'inspiration des montres de pilote.


Le boîtier est bien entendu à la hauteur de l'ambition de Montblanc et présente un rapport diamètre sur épaisseur (13,5mm) qui donne à la montre un aspect relativement élancé. Si ses finitions sont irréprochables, il ne présente pas de véritable originalité. Un petit peu plus d'audace à ce niveau aurait été la bienvenue. Les cornes sont plutôt longues mais très incurvées et la montre se positionne bien sur le poignet... à condition que sa taille soit suffisante!

Mais évidemment, le point d'intérêt majeur du 1858 Chronographe Tachymeter réside dans son mouvement M16.29. Ce mouvement est une merveille visuelle avant tout grâce à son architecture. Large, occupant généreusement le boîtier, offrant de multiples effets de profondeur et des courbes fines et sensuelles, il constitue le meilleur de ce qu'est un calibre chronographe traditionnel de haut niveau. Je retrouve ici tout ce que j'aime dans ce type d'horlogerie: un balancier imposant de 14,5mm à basse fréquence (2,5hz), une finition exceptionnelle vierge de tout effet de style inutile sans oublier le petit plus des mouvements Minerva: la finition du levier avec la flèche à son extrémité, une touche de raffinement supplémentaire. 


La contrepartie de cette approche traditionnelle est assurément des performances en retrait par rapport à des mouvements de conception plus récente: fréquence oblige, il ne mesure que les 5ièmes de seconde, la réserve de marche est plutôt courte (mais pas ridicule non plus avec une cinquantaine d'heures), le compteur des minutes est semi-instantané et l'embraye est horizontal. Mais ce dernier point ne m'a jamais dérangé sur un mouvement à remontage manuel, bien au contraire! Je le trouve visuellement plus beau. Enfin, ce qui compte le plus avec une telle complication est sa sensation à l'usage. Grâce à des finitions techniques et décoratives de haut niveau, l'enclenchement du chronographe, son arrêt et sa remise à zéro sont très agréables et parfaitement dosés. La sensation est nette et précise. Incontestablement, le mouvement M16.29 fait partie des calibres chronographe à remontage manuel de référence du marché de la haute horlogerie au même titre, dans un style différent, que celui du Datograph.


Le 1858 Chronographe Tachymeter, disponible dans le cadre d'une série limitée de 100 pièces, est donc le véritable fer de lance de la nouvelle collection 1858. Il impose son caractère, sa puissance et la beauté irrésistible de son mouvement. Sa présence au poignet, le contraste entre la couleur du boîtier et celle du cadran ne le rendent pas très discret. Il n'en demeure pas moins extrêmement séduisant. Mais l'objectif pour Montblanc est bien de faire savoir que la capacité de la manufacture de Villeret va dorénavant s'exprimer de façon plus tangible dans le catalogue de la marque et à des prix plus en phase avec le marché. Cette montre en est la parfaite démonstration.

A noter que la collection 1858 s'étoffera avec de nouvelles pièces lors du prochain SIHH.

Merci à l'équipe Montblanc pour son accueil pendant le SalonQP 2015.

Les plus:
+ une montre possédant plus de caractère que l'Heritage Spirit Pulsograph
+ la finition des éléments
+ la beauté irrésistible du mouvement M16.29 adapté à la taille du boîtier
+ le son du mouvement à basse fréquence
+ un prix somme toute raisonnable pour un tel contenu horloger (30K euros)

Les moins:
- un logo un peu trop imposant
- un poignet suffisamment grand est requis pour profiter de la montre compte tenu de sa taille
- des performances techniques en retrait par rapport à des calibres de conception plus récente.. mais c'est ce qui fait le charme de la montre et son attrait auprès des collectionneurs!

Commentaires

Anonyme a dit…
Cette phrase est drôle...
"la toute nouvelle collection 1858 qui rend hommage à Minerva"
On marche sur la tête.
Je n'ai jamais compris pourquoi Richemont avait décidé de mettre les superbes Minerva dans des Montblanc...Ce sont des stylos, les montres Montblanc, c'est une marque d'aéroport...
D'un autre côté, les choix de Richemont, ça a toujours était du grand n'importe quoi.