dimanche 29 novembre 2015

Salon Belles Montres: rebondir ou mourir

L'édition 2015 du Salon Belles Montres vient de s'achever sur un constat sans surprise car prévisible depuis de nombreuses semaines. Le Salon poursuit sa descente et n'arrive pas à sortir du cercle vicieux dans lequel il est entré depuis plusieurs années: pour n'avoir pas su se renouveler, il souffre d'un plateau de marques exposantes qui s'affaiblit  entraînant une baisse de fréquentation de la part des visiteurs "à potentiel" et des amateurs d'horlogerie et ceci conduisant à une réticence des marques à se réengager avec le Salon.

Pourtant, le regroupement du Salon Belles Montres et du Salon de l'Homme au sein d'un même espace pouvait laisser entrevoir un regain d'intérêt et l'espoir d'attirer une nouvelle clientèle plus "mode" et "lifestyle", un thème cher aux équipes marketing des marques. Hélas, en visitant l'espace au Carrousel du Louvre, j'ai vraiment eu le sentiment que cet objectif n'était pas atteint et qu'une frontière invisible mais bien réelle existait entre les deux  Salons. 

Girard-Perregaux fut un des principaux exposants cette année:


L'organisation a évidemment une part de responsabilité dans cet échec. D'abord parce que j'ai l'impression qu'elle ne maîtrise que partiellement les ressorts du luxe (un paradoxe!), ensuite parce les animations autour du Salon ont été d'une rare indigence: comment peut-on qualifier de "vernissage VIP Presse" une soirée où le vestiaire est payant (!), les boissons payantes (!!) et lorsque les marques pouvaient offrir un peu de champagne, elles ne pouvaient le faire qu'avec des flutes en plastique? Comment peut-on présenter un tel plateau de conférence avec un seul et unique thème autour de l'horlogerie? Enfin, l'éclairage demeurait toujours aussi faiblard, les vitrines étaient trop petites, le confort des exposants était relatif et tout ceci n'incitait pas les marques ayant fait l'effort de participer à cette édition de revenir. Je ne parle même pas de la fouille à la sortie du Salon, un grand moment de n'importe quoi mais tous les visiteurs ont su faire preuve de philosophie et de patience compte tenu des circonstances particulières qui règnent sur Paris.

Zannetti rendit hommage à Paris avec cette montre qui n'est pas à la vente:


Je ne leur jette cependant pas la pierre car la tâche était dès le départ extrêmement difficile, pour ne pas dire insurmontable. Mettez-vous à la place des marques. Pourquoi investir des budgets supplémentaires (et ils sont maintenant extrêmement rares) dans un Salon qui n'a pas donné l'impression, depuis plusieurs années, d'attirer des clients potentiels? Ces derniers ont de toutes les façons tout le loisir de visiter les multiples points de vente qui se sont ouverts sur Paris (détaillants, boutiques, grands magasins). Ainsi, pourquoi payer 15 euros pour voir des montres que l'on peut manipuler en toute quiétude et de façon plus confortable chez Bucherer, chez Dubail ou au Printemps à 200 mètres du Salon? Réticence de la part des marques, réticence de la part des visiteurs, l'équation semble insoluble. Il est vrai que le paysage horloger s'est beaucoup transformé depuis la première édition du Salon. L'offre horlogère est maintenant surreprésentée à Paris et les aspirations de la clientèle ont aussi fortement évolué.

L'esprit de Gérard Depardieu soufflait sur le salon grâce à Cvstos:


A vrai dire, les difficultés du Salon trahissent celles de l'industrie horlogère. L'idée d'attirer un public plus "lifestyle" n'est pas en-soi mauvaise. Mais elle repose sur une illusion. Aujourd'hui, les marques, quelques unes mises à part, sont dans l'incapacité de séduire cette clientèle: elles n'ont ni les codes, ni les messages, ni la réactivité ni surtout les produits! Donc à ce stade, tant que l'industrie horlogère n'aura pas fait sa véritable révolution culturelle et adapté sa production (et ses prix!) aux relais de croissance, il faudra bien continuer à s'adresser à la clientèle traditionnelle qui demeurera, de toutes les façons, le socle. 

Alors comment le Salon Belles Montres peut se sortir de cette impasse pour rendre envisageable une prochaine édition?

Armin-Strom et ses montres squelettées ont séduit les visiteurs:


Je vois plusieurs axes de réflexion qui doivent incarner une stratégie de rupture par rapport à l'existant. Sinon, ce n'est même pas la peine de venir se présenter devant les marques.

1) Le lieu et le décor doivent être changés. Trop d'éditions au même endroit, toujours les mêmes stands et vitrines, une adresse prestigieuse mais absolument pas "classe": l'espace du salon n'est pas compatible avec la tenue d'un salon horloger de haut niveau. SalonQP se déroule à la Saatchi Gallery, Passion for Watches à Bruxelles au Cercle de Lorraine et pour avoir assister à ces salons, je peux vous dire que c'est autrement plus distingué et luxueux. 

2) Il faut de nouveau attirer les indépendants et les "petites" marques. Les grandes marques seront maintenant toujours réticentes pour les raisons évoquées plus tôt. La participation au Salon apparaîtra comme une dépense inutile compte tenu de leur distribution sur Paris. Alors la question est de savoir comment. Une première idée consiste à changer de date. Novembre est trop chargé et 15 jours après le SalonQP, personne ne voudra sérieusement enchaîner sur un second salon. Faut-il de même conserver l'ouverture le dimanche? Une contrainte de plus pour les exposants sans que cela attire les visiteurs les plus intéressés (et intéressants) qui seront déjà passés.

La palme du plus beau stand revint à Vacheron-Constantin:


3) Il faut remettre l'église au centre du village: l'horlogerie doit être  le thème central du Salon avec des  conférences de grande tenue faites par des autorités c'est-à-dire des noms capables d'attirer les collectionneurs.

4) Le Salon doit s'internationaliser. Il est aujourd'hui franco-français avec une stratégie de communication purement locale. Les relais médias d'influence sont quasiment tous absents et cela n'incite guère les marques à participer. Je n'évoque même pas le compte Instagram qui a commencé à publier des photos le jour de l'ouverture. Un tel compte Instagram doit s'animer des mois à l'avance.

5) Le Salon doit enfin clairement définir sa cible. A sa création, le Salon avait adopté une stratégie grand public, qui fonctionnait bien à l'époque, pour faire découvrir l'horlogerie au plus grand nombre. La maturité du public a évolué et les marques se déplaceront plus facilement si les acheteurs potentiels sont présents. C'est la stratégie adoptée par SalonQP qui ne rentre pas dans une course au nombre de visiteurs mais qui se focalise sur la qualité et le potentiel de ces visiteurs. Ce n'est pas un critère de moyens financiers puisque le plateau de cette année à Londres regroupaient des montres de quelques centaines d'euros à plusieurs centaines de milliers. Alors, grand public ou amateurs/collectionneurs, il faut choisir et éviter de se retrouver dans une situation hybride qui ne satisfait personne.

6) Enfin, le Salon aurait peut-être intérêt à s'appuyer plus sur les détaillants pour inviter leurs clients. La réussite du Salon de Jean et Jean-Yves Perini à Bruxelles ou à Luxembourg repose sur cette intégration des détaillants. Pourquoi cela ne serait-pas possible sur Paris?

Une des stars du Salon, le chronographe Vacheron Constantin Historiques Cornes de Vache 1955:


Les pistes de réflexion sont multiples et je suis sûr que nous sommes nombreux à souhaiter la résurrection du Salon Belles Montres. Il fut le premier véritable salon dédié aux clients finaux, il fut le meilleur du genre pendant plusieurs années. L'absence de changement, de prise de risque (un mal très français) lui a fait perdre de sa superbe étant maintenant nettement dépassé par d'autres événements comme SalonQP. Mais je garde espoir à condition qu'une bonne fois pour toute, une profonde remise en question soit menée. De toutes les façons, sans cet exercice, aucune marque, grande ou petite, ne voudra revenir.

Pour finir sur une note optimiste, le Salon 2015 réserva tout de même quelques bonnes surprises avec la présence d'horlogers chez Vacheron-Constantin et Girard-Perregaux notamment. Vacheron-Constantin se distingua d'ailleurs avec son magnifique stand qui offrait la possibilité de voir le chronographe Cornes de Vache et la toute dernière version de la Patrimony Répétition Minutes. J'ai également eu le plaisir de retrouver les équipes de Czapek et d'Armin Strom après le SalonQP sans oublier les amis de Zannetti que j'avais vu à Rome cet été. Des moments de plaisir qui rappellent le glorieux passé du Salon.

Lange & Söhne: 1815 "200th Anniversary F.A. Lange" en Or Miel

Lange & Söhne a décidé d'accorder au 200ième anniversaire de la naissance de Ferdinand-Adolph Lange toute l'attention qu'il mérite. Ainsi, ce n'est pas une mais bien deux séries limitées de la 1815 40mm qui lui sont consacrées. Si la première, présentée en février, se distinguait par son cadran noir, la seconde, qui fut dévoilée lors de la dernière édition de Watches & Wonders, comporte deux originalités: l'utilisation d'un boîtier en or miel et un cadran en argent massif grainé.

L'or miel effectue donc son grand retour après avoir fait son apparition de façon exclusive chez Lange & Söhne en 2010 dans le cadre d'un triptyque composé de montres en série limitée célébrant le 165ième anniversaire de la création de la manufacture: le Tourbograph, la Lange One Tourbillon et la 1815 Phases de Lune. Si ces 3 pièces se caractérisaient par leur approche décorative particulière et élaborée (guillochage du cadran, gravure sur le mouvement etc...), la 1815 200ième anniversaire adopte un style beaucoup plus pur qui permet de profiter pleinement du potentiel de l'or miel.


L'or miel a deux intérêts: le premier est sa résistance deux fois supérieure à celle des autres alliages traditionnels en or. Le second correspond au rendu du boîtier qui selon les conditions de lumière varie fortement. C'est là tout l'intérêt de cette 1815 200ième anniversaire. Le boîtier semble en permanence changer de matériau, passant de l'or gris à l'or jaune en une fraction de seconde. La montre gagne ainsi en subtilité et en chaleur par rapport à la version en platine dont le rendu est beaucoup plus stable.

Contrairement aux modèles en or de la collection permanente, la 1815 200ième anniversaire n'utilise pas les aiguilles en acier bleui mais des aiguilles en or miel également. Je retrouve ici l'esprit de la première 1815 en or rose qui combinait boîtier et aiguilles du même matériau avec un cadran en argent. Ce sont d'ailleurs ces deux aiguilles (sans oublier celle de la trotteuse!) qui permettent de savoir au premier coup d'oeil que nous sommes en présence d'une série limitée. Puis, en observant de près le cadran, sa texture originale apparaît  de façon plus claire et son aspect grainé se détache. J'aime beaucoup cette texture qui reste cependant très douce contrairement à certains cadrans grainés, notamment en platine, que j'ai pu voir par ailleurs. Ce cadran lui aussi contribue à la subtilité et à l'élégance de la montre car de prime abord, il semble presque identique aux cadrans en argent des montres de la collection permanente. Puis, insensiblement, le rendu grainé devient plus perceptible et définit un fond de cadran qui met en valeur les couleurs du boîtier et des aiguilles: une idée finalement simple et bienvenue qui apporte une vraiment touche singulière à cette 1815.


La 1815 200ième anniversaire en or miel est ainsi une évolution esthétique extrêmement séduisante de la 1815 40mm tout en étant plus raffinée que la version en platine. De plus, je retrouve toutes les qualités de base du modèle d'origine: l'équilibre du boîtier qui offre une présence au poignet sans que la montre ne semble disproportionnée, le style germanique qui marie rigueur et distinction comme le prouvent les chiffres arabes, les index et le chemin de fer périphérique, sans oublier les performances du mouvement L051.1. Ce dernier possède une fréquence de 3hz et une réserve de marche de 55 heures. Fini avec soin et très agréable à regarder, il s'apprécie avant tout à l'usage grâce aux sensations parfaites qu'il procure au remontage... un vrai plus pour une montre à remontage manuel.

Le mouvement L051.1, ici dans le boîtier en platine:


Alors, évidemment, comme avec la série limitée en platine, je regrette que Lange & Söhne n'ait pas fait preuve de plus d'audace pour une montre célébrant un tel anniversaire avec, par exemple, l'adjonction d'une complication. Mais le retour de l'or miel dans un contexte plus sobre que celui du triptyque de 2010 est une excellente nouvelle et le cadran grainé est une vraie originalité au sein de la manufacture saxonne. Ne boudons pas notre plaisir, cette 1815 est après tout une des plus belles montres 3 aiguilles du segment de la haute horlogerie.


Merci à l'équipe de la boutique Lange & Söhne de la rue de la Paix à Paris.

Les plus:
+ le plaisir de retrouver l'or miel dans un contexte plus sobre
+ la petite touche d'originalité apportée par le cadran grainé
+ le plaisir du remontage quotidien du mouvement L051.1
+ une montre habillée avec une belle présence au poignet tout en conservant une taille raisonnable

Les moins:
- deux séries limitées basées sur la même montre célébrant le même anniversaire, n'est-ce pas une de trop? 

mercredi 25 novembre 2015

Montblanc: 1858 Chronographe Tachymeter Edition Limitée (en or rouge)

Présenté lors du dernier SIAR à Mexico, le 1858 Chronographe Tachymeter symbolise deux orientations stratégiques significatives de la part de Montblanc. La première consiste à accentuer la tendance initiée avec le Chronographe Heritage Spirit Pulsograph et qui a pour but de proposer les mouvements Villeret dans un contexte tarifaire plus raisonnable que celui de la collection éponyme. La seconde est la démonstration de la volonté de Montblanc d'élargir sa palette esthétique à travers la toute nouvelle collection 1858 qui rend hommage à Minerva.


Le catalogue de Montblanc était jusqu'à maintenant composé de  plusieurs collections qui se complétaient intelligemment mais il manquait peut-être une dimension fondamentale de nos jours, presque indispensable pour le succès d'une marque généraliste: celle qui incarne le style néo-rétro. La collection 1858 offre cette opportunité et témoigne du travail de fond effectué par Jérôme Lambert depuis son arrivée à la tête de la marque. Cette arrivée est pourtant récente mais le changement de la structure du catalogue est nettement perceptible: la collection Star, peut-être celle qui auparavant était la plus porteuse des éléments reconnaissables de l'image de Montblanc (étoile, police de caractère) laisse petit à petit sa place à la collection Heritage, plus classique et raffinée tandis que la collection Timewalker s'affirme comme la vision contemporaine voire futuriste de la marque. La collection Rieussec s'étoffe en s'appuyant sur des mouvements de manufacture tandis que la collection Villeret évolue de plus en plus vers l'horlogerie d'exception.


Il est d'ailleurs intéressant de noter que cette dernière collection est dorénavant presque exclusivement composée de montres à tourbillon ou à complications rares (Metamorphosis ou Chronographe Bi-Fréquence), conséquence de la volonté de Montblanc de proposer les mouvements chronographe traditionnels Villeret dans d'autres contextes. Le 1858 Chronographe Tachymeter en est la démonstration.

La nouvelle collection 1858 a pour but de célébrer la prestigieuse contribution de la Manufacture Minerva à l'histoire de l'horlogerie suisse. Mais elle est bien plus que cela. Elle réaffirme l'intégration de Minerva au sein de la Manufacture Montblanc et d'ailleurs l'utilisation de mouvements Villeret dans cette collection ou dans la collection Heritage prouve que la stratégie précédente qui isolait les mouvements Villeret dans une collection spécifique est bel et bien terminée. De plus, elle offre l'opportunité à Montblanc de rentrer dans un nouveau territoire stylistique. Avec leurs aiguilles Cathédrale et leurs chiffres arabes luminescents, leurs boîtiers imposants et  élancés, leurs mouvements à remontage manuel, les montres de la collection 1858 puisent leur inspiration dans plusieurs pièces du passé de Minerva et notamment dans les montres de pilote. Ce choix esthétique conforté par l'utilisation du logo historique de Montblanc crée une sorte de lien avec l'horlogerie de la première moitié du XXième siècle et a pour but de construire une légitimité et une antériorité à l'ambition horlogère récente de la marque. C'est, il faut l'avouer, très intelligemment fait.


Le 1858 Chronographe Tachymeter est incontestablement la montre la plus  intéressante de cette collection. Pour une raison toute simple: alors que la montre à 3 aiguilles utilise un calibre Unitas (un choix un peu étonnant pour un hommage à Minerva!), le 1858 Chronographe Tachymeter est animé par le superbe mouvement M16.29 en provenance de la manufacture de Villeret. Le choix de ce mouvement a deux intérêts: son diamètre propre de 38,4mm le rend approprié au boîtier de 44mm qui caractérise la collection 1858. Et surtout il se distingue du mouvement M13.21 qui équipe le Chronographe Heritage Spirit Pulsograph présenté l'année dernière.

Montblanc a particulièrement veillé à proposer cette année un chronographe radicalement différent de celui de l'année dernière. Taille du boîtier, couleur dominante du cadran, esthétique beaucoup plus énergique, mouvement monopoussoir, type d'échelle périphérique, tout finalement oppose le 1858 Chronographe Tachymeter à son cousin de l'année dernière. Je dois avouer que j'ai une nette préférence pour celui de cette année qui possède plus de caractère et un cadran à la qualité perçue supérieure.


Malgré sa taille imposante, qui est de plus accentuée par la couronne monopoussoir proéminente, le 1858 Chronographe Tachymeter offre un sentiment d'équilibre grâce à la position des deux sous-cadrans et à l'échelle tachymétrique périphérique qui crée une harmonie d'ensemble. Les chiffres luminescents et les aiguilles se marient parfaitement et sont exécutés avec beaucoup de soin. Rien ne bave et la matière luminescente a été apposée de façon nette. En revanche, la dimension de l'aiguille des minutes fait que dans certaines positions, elle peut rendre difficile la lecture du compteur du chronographe. Mon seul véritable bémol concernant le cadran est inhérent à la stratégie de Montblanc. La marque veut faire savoir que la Manufacture de Villeret a intégré sa structure de production et cela se voit. Le logo historique, certes approprié dans ce contexte néo-rétro est tout de même imposant et j'aurais apprécié qu'il soit plus discret. Cela ne gâche finalement pas le plaisir car prédominent le dynamisme du design lié au contraste entre le boîtier en or rouge et le cadran noir ainsi que la puissance de l'inspiration des montres de pilote.


Le boîtier est bien entendu à la hauteur de l'ambition de Montblanc et présente un rapport diamètre sur épaisseur (13,5mm) qui donne à la montre un aspect relativement élancé. Si ses finitions sont irréprochables, il ne présente pas de véritable originalité. Un petit peu plus d'audace à ce niveau aurait été la bienvenue. Les cornes sont plutôt longues mais très incurvées et la montre se positionne bien sur le poignet... à condition que sa taille soit suffisante!

Mais évidemment, le point d'intérêt majeur du 1858 Chronographe Tachymeter réside dans son mouvement M16.29. Ce mouvement est une merveille visuelle avant tout grâce à son architecture. Large, occupant généreusement le boîtier, offrant de multiples effets de profondeur et des courbes fines et sensuelles, il constitue le meilleur de ce qu'est un calibre chronographe traditionnel de haut niveau. Je retrouve ici tout ce que j'aime dans ce type d'horlogerie: un balancier imposant de 14,5mm à basse fréquence (2,5hz), une finition exceptionnelle vierge de tout effet de style inutile sans oublier le petit plus des mouvements Minerva: la finition du levier avec la flèche à son extrémité, une touche de raffinement supplémentaire. 


La contrepartie de cette approche traditionnelle est assurément des performances en retrait par rapport à des mouvements de conception plus récente: fréquence oblige, il ne mesure que les 5ièmes de seconde, la réserve de marche est plutôt courte (mais pas ridicule non plus avec une cinquantaine d'heures), le compteur des minutes est semi-instantané et l'embraye est horizontal. Mais ce dernier point ne m'a jamais dérangé sur un mouvement à remontage manuel, bien au contraire! Je le trouve visuellement plus beau. Enfin, ce qui compte le plus avec une telle complication est sa sensation à l'usage. Grâce à des finitions techniques et décoratives de haut niveau, l'enclenchement du chronographe, son arrêt et sa remise à zéro sont très agréables et parfaitement dosés. La sensation est nette et précise. Incontestablement, le mouvement M16.29 fait partie des calibres chronographe à remontage manuel de référence du marché de la haute horlogerie au même titre, dans un style différent, que celui du Datograph.


Le 1858 Chronographe Tachymeter, disponible dans le cadre d'une série limitée de 100 pièces, est donc le véritable fer de lance de la nouvelle collection 1858. Il impose son caractère, sa puissance et la beauté irrésistible de son mouvement. Sa présence au poignet, le contraste entre la couleur du boîtier et celle du cadran ne le rendent pas très discret. Il n'en demeure pas moins extrêmement séduisant. Mais l'objectif pour Montblanc est bien de faire savoir que la capacité de la manufacture de Villeret va dorénavant s'exprimer de façon plus tangible dans le catalogue de la marque et à des prix plus en phase avec le marché. Cette montre en est la parfaite démonstration.

A noter que la collection 1858 s'étoffera avec de nouvelles pièces lors du prochain SIHH.

Merci à l'équipe Montblanc pour son accueil pendant le SalonQP 2015.

Les plus:
+ une montre possédant plus de caractère que l'Heritage Spirit Pulsograph
+ la finition des éléments
+ la beauté irrésistible du mouvement M16.29 adapté à la taille du boîtier
+ le son du mouvement à basse fréquence
+ un prix somme toute raisonnable pour un tel contenu horloger (30K euros)

Les moins:
- un logo un peu trop imposant
- un poignet suffisamment grand est requis pour profiter de la montre compte tenu de sa taille
- des performances techniques en retrait par rapport à des calibres de conception plus récente.. mais c'est ce qui fait le charme de la montre et son attrait auprès des collectionneurs!

dimanche 22 novembre 2015

Czapek: Quai des Bergues

Il faut dire les choses clairement: la création d'une marque portant le nom d'un horloger du passé est un exercice difficile et généralement peu apprécié des amateurs car donnant le sentiment d'une approche opportuniste. Face à ces contraintes, le projet doit être soigneusement bâti et reposer sur un produit convaincant, séduisant et contenant suffisamment d'éléments rappelant le travail de l'horloger "ressuscité". Sinon, se pose irrémédiablement la question de sa crédibilité.

L'équipe Czapek est menée par Harry Guhl, président de la société, Xavier de Roquemaurel, son directeur général et Sébastien Follonier,  qui, en tant qu'horloger expert en montres compliquées ayant travaillé chez Greubel Forsey joue le rôle de directeur technique. Ils ont tous les trois bien conscience de ces difficultés et c'est la raison pour laquelle le projet a été mené avec beaucoup de minutie. Je le ressens à la fois dans le business plan, dans la structure de la collection et évidemment dans les premières montres proposées.


François Czapek était un horloger polonais d'origine tchèque qui émigra en Suisse en 1832. Il créa très rapidement sa première société avec un horloger suisse puis en 1839 démarra son partenariat avec Antoni Patek qui dura jusqu'en 1845 date à laquelle leurs routes se séparèrent. Pendant ces 6 années, Czapek et Patek proposèrent des montres d'exception qui permirent d'assoir leurs réputations respectives. Czapek fondit par la suite une nouvelle société qui prospéra, devenant horloger de la Cour de Napoléon III et ouvrant des boutiques à Paris, Genève et Varsovie. Il écrivit également le premier livre consacré à l'horlogerie en polonais. La date du décès de François Czapek demeure inconnue mais il est probable qu'elle se situe au moment où sa société changea de propriétaire, à la fin des années 1860.

La montre qui est la plus représentative du style de Czapek est la 3430, produite dans les années 1850. Elle se caractérise  par un style épuré, des aiguilles et des chiffres romains très fins et un cadran comportant deux sous-cadrans à 4h30 et à 7h30. Le sous-cadran de gauche correspond à celui de la trotteuse tandis que celui de droite sert, par le biais d'une unique aiguille, à afficher à la fois les jours de la semaine et la réserve de marche.


L'architecture du mouvement de cette montre historique est lui aussi caractéristique avec une certaine symétrie dans la zone supérieure due au double-barillet et un organe réglant utilisant un balancier bimétallique, un spiral Breguet et un échappement à ancre en ligne droite.

Cette montre sert ainsi d'inspiration à la première collection de la marque, celle qui symbolise son véritable point de départ avec la présentation des pré-séries au grand public: la Quai des Bergues. Cette collection peut se répartir en deux parties. D'un côté les montres en or rose ou en or gris qui se distinguent par leurs cadrans en émail avec chiffres romains et par le sous-cadran à 4h30 comportant à la fois la réserve de marche et les jours de la semaine. De l'autre, les montres en titane ou en acier XO (particulièrement résistant) proposant des cadrans en laiton recouvert d'une couche de carbone ou en argent. Le sous-cadran de réserve de marche peut être identique à celui  des montres en or ou sans indication des jour de la semaine.

Dans tous les cas, les différentes montres de la collection sont bien à l'image de la montre de poche d'origine, raffinées et élégantes malgré une taille plutôt généreuse (42,5mm). Cette taille n'est cependant pas esthétiquement gênante car le cadran est plutôt bien équilibré. Son ouverture demeure raisonnable du fait de l'épaisseur de la lunette, les chiffres romains et les aiguilles apportent leur légèreté. J'aime beaucoup la forme des aiguilles et l'organisation du cadran. Le principe du sous-cadran de réserve de marche et à jour de la semaine à aiguille unique est évidemment sympathique et crée un lien avec le passé mais il oblige à remonter la montre le premier jour de la semaine et à attendre la fin de la réserve de marche pour la remonter de nouveau... pour que le double affichage est un sens. Or pour des raisons chronométriques, j'ai toujours tendance à préférer remonter quotidiennement les mouvements même ceux à longue réserve de marche. Je pense qu'il aurait été préférable d'avoir un véritable affichage des jours de la semaine indépendant et loger une seconde aiguille dans ce sous-cadran.


En revanche, le boîtier m'a convaincu avec de belles proportions, des cornes très incurvées contribuant au confort au porter et le léger effet de style sur la carrure droite qui esquisse une sorte de protège couronne donnant une touche de caractère à l'ensemble. 

Dans un tel contexte, le mouvement se doit d'être à la hauteur des attentes que suscite la marque. Le mouvement exclusif qui équipe les différentes montres Quai des Bergues fut développé par Chronode ce qui est un gage de sérieux et de fiabilité. L'inspiration de la montre de poche 3430 se retrouve dans son architecture avec les deux rochets ouverts et le rendu symétrique dans la zone proche de la couronne. J'apprécie aussi la finition sablée des ponts, la qualité des anglages et la forme des ponts qui avec beaucoup d'intelligence évite quelques difficultés (pas d'angle rentrants) tout en offrant un aspect plutôt valorisant. J'aurais en revanche aimé plus d'ambition dans le traitement de l'organe réglant pour être plus fidèle à la montre de proche. Le rendu général est donc soigné, joliment fait mais j'aurais attendu un peu plus d'audace. Les performances sont sans surprise, avec une fréquence de 3hz et la fameuse réserve de marche  promise côté cadran de 7 jours. Le diamètre propre du mouvement de 32mm est suffisant important pour ne pas donner l'impression d'être perdu dans le boîtier et c'est un bon point.


La sensation au porter de la version en or rose de la Quai des Bergues est très agréable. La montre se positionne correctement sur le poignet et la finition du cadran en émail, avec les effets de profondeur des deux sous-cadrans, confirme son élégance et son raffinement. J'ai en revanche été moins séduit par la version en titane ou en acier. Leurs poids plus légers et leur styles plus contemporains m'ont semblé  moins convaincant. J'ai nettement préféré les versions en or qui me semblent mieux correspondre à l'esprit recherché. En revanche, la décision de compléter la gamme avec des montres sans métaux précieux et donc plus abordables est judicieuse.

Je touche ici une des forces du lancement de Czapek: rien n'a été laissé au hasard et tout a été bien étudié jusqu'au plan de financement. Car chose rare pour une marque de ce niveau de prix, Czapek offre la possibilité de devenir actionnaire de la société et de profiter de certains avantages comme par exemple l'acquisition de montres à prix préférentiels ou, pour ceux qui sont possèdent au moins 50.000 CHF de capital, de faire partie du conseil consultatif de la société.

Les personnes séduites par l'offre de Czapek et souhaitant participer au développement d'une nouvelle société horlogère ont la possibilité de rentrer dans le capital selon leurs moyens grâce à plusieurs formules qui varient en fonction du nombre d'actions détenues. Pour convaincre les investisseurs, Czapek propose une présentation de son business plan et de sa stratégie sur son site. Je recommande vivement la lecture de ce document, ne serait-ce que pour avoir une idée de ce qu'est une stratégie de marque. Dans ce contexte, Czapek se montre transparent à la fois sur ses fournisseurs et sur les prochaines étapes. Si je loue cette transparence, l'ambition de la marque pour les prochaines années m'a semblé très optimiste et peut-être même en décalage avec le marché alors que l'offre initiale, celle d'aujourd'hui m'apparaît mieux adaptée. En effet, une montre à 250.000 CHF est évoquée à l'horizon 2018 dans une gamme par la suite allant de 10.000 à 500.000 CHF. Je persiste à penser qu'à moins de s'appeler Jaeger-Lecoultre ou une autre marque généraliste très établie, les grands écarts de prix au sein d'un même catalogue sont extrêmement difficile à gérer. De plus, la clientèle des montres à 6 chiffres recherche plus que jamais la sécurité et la pérennité et les nouvelles marques suscitent toujours des interrogations à ce niveau.


Czapek a selon moi intérêt à rester dans la lignée du lancement de la collection Quai des Bergues qui est intelligemment faite, séduisante et raisonnablement tarifée. L'enjeu immédiat pour Czapek consiste à poursuivre la constitution de son capital via l'actionnariat direct ou la plateforme Raizers et à lancer sa production. Une fois cette étape franchie, il sera temps de penser aux développements futurs qui devront nécessairement intégrer les paramètres du marché. Car même si un business plan est bien fait, il n'en demeure pas moins que la réussite ne viendra que si les clients sont séduits. Dans un marché extrêmement concurrentiel, la tâche d'un nouvel acteur n'est jamais simple. La question est de savoir si Czapek apporte suffisamment de nouveautés pour se distinguer. C'est peut-être dans ce point précis que se situe la faiblesse de la stratégie: la collection Quai des Bergues n'est peut-être pas assez en rupture par rapport à l'offre du marché malgré ses qualités incontestables.

Merci à l'équipe Czapek pour son accueil lors du SalonQP.

Les plus:
+ une collection complète comprenant une entrée de gamme en acier
+ une présentation soignée et une esthétique séduisante
+ un mouvement exclusif convaincant
+ la finition du cadran en émail

Les moins:
- un sous-cadran avec affichage des jours de la semaine qui en toute rigueur oblige à un remontage hebdomadaire le premier jour de la semaine
- une présentation de l'organe réglant manquant d'ambition par rapport à celui de la montre de poche

vendredi 20 novembre 2015

SalonQP 2015: une galerie de portraits

Voici la traditionnelle galerie de portraits pris au cours de l'édition 2015 du SalonQP qui vient de se dérouler à Londres. L'événement fut une nouvelle fois une véritable réussite, marquée par la présence de plus de 80 marques, faisant la part belle à l'horlogerie indépendante et proposant de découvrir plusieurs projets britanniques.  Pendant 3 jours, la Saatchi Gallery fut le centre de la créativité horlogère et le théâtre des premiers pas de nouvelles marques sur lesquelles j'aurai l'occasion de revenir plus tard.

Avec Lucia Toro (Lange & Söhne):


Avec Jessica Gasser (Laurent Ferrier):


Tim et Bart Grönefeld:


Stepan Sarpaneva demeure le meilleure modèle et me surprend toujours par sa créativité non seulement horlogère mais photographique!


Les horlogers indépendants en force:


Je fais presque petit parmi eux!


L'association entre Stepan Sarpaneva et James Thompson (Black Badger) :


Roger W. Smith présenta deux nouvelles montres lors du Salon avec les séries 3 et 4:


L'équipe de Lang & Heyne avec Marco Lang à sa gauche:


Avec Yacine Sar (Urwerk):


Antoine Preziuso peut être fier de son fils qui contribua à la création du Tourbillon des Tourbillons:


Avec l'équipe d'Akrivia, Yuliana Ramirez et Naomi Barokas:


La LM Perpetual fut une des stars du Salon et MB&F était représenté en force avec Charris Yadigaroglou, Virginie Meylan et Stephen McDonnell qui en développa le mouvement: 


Pia de Chefdebien et David Gouten (Manufacture Royale):


Maria et Richard Habring avec an arrière plan, Felix qui remporta le prix de la Petite Aiguille au GPHG 2015:


Kari Voutilainen:


Emmanuel Dietrich:


L'équipe Schofield avec Giles Ellis au milieu:


Je rejoignis l'équipe Schofield le temps de la photo mais je n'avais décidément pas le look!


Ludovic Ballouard:


Mo Coppoletta dont le talent artistique de tatoueur s'est également exprimé dans plusieurs projets horlogers:


Samir Khemici était également présent à Londres pour faire participer les visiteurs du Salon aux ateliers d'initiation organisés par Objectif Horlogerie: 


Un grand merci à l'équipe du SalonQP 2015 qui, une fois de plus, a su créer l'événement grâce à un plateau d'exposants de qualité et une organisation sans faille. SalonQP est maintenant devenu selon moi le Salon de référence dédié aux clients finaux.

jeudi 19 novembre 2015

Urwerk: EMC Pistol

Présentée en 2013, l’EMC (Electro Mechanical Control) marqua une étape décisive dans le développement d’Urwerk. Se distinguant par son module électronique permettant de contrôler la précision grâce à un capteur optique alimenté par un générateur se rechargeant manuellement, l’EMC met en scène deux concepts chers à Felix Baumgartner : l’interaction entre la montre et son propriétaire et la capacité qu’a le module électronique à se mettre au service d’un mouvement traditionnel, purement mécanique, afin d’en améliorer les performances.


En effet, l’affichage des écarts de précision, occupant toute la zone supérieure gauche du cadran, en est son principal indicateur apportant ainsi la preuve de la finalité première de la montre qui est avant tout orientée vers cette ambition chronométrique. La vis située à l’arrière du boîtier permet ainsi, grâce à un tournevis, de régler l’organe réglant et donc de tenir compte de l’affichage des écarts pour améliorer la précision de marche. La fonction additionnelle n’est donc pas un simple gadget car possédant une véritable dimension pratique. 


Au-delà du développement du premier mouvement maison d’Urwerk (le balancier est par exemple fabriqué en interne), Felix Baumgartner consacra une grande partie du temps de développement à la miniaturisation des composants du module électronique afin de les loger dans un boîtier de taille acceptable. Ainsi, si l’EMC peut sembler imposante (43x51mm pour une épaisseur de 15,8mm), elle n’en demeure pas moins portable, voire même élancée grâce au travail de design extrêmement abouti réalisé par Martin Frei. La façon par exemple dont la manivelle de recharge du générateur s’intègre dans le boîtier est un modèle du genre.

L’EMC tire maintenant sa référence avec une série limitée de 5 pièces à la fois surprenante et déroutante : l’EMC Pistol. Cela ne veut pas dire que le concept propre à l’EMC ne sera plus utilisé par Urwerk. Il faut au contraire voir cette montre comme la fondatrice d’une lignée qui se développera à l’avenir. Dans l’immédiat, l’EMC se transforme esthétiquement parlant grâce au travail de Fabian Güllert, un artisan autrichien spécialiste en gravure d’armes à feu. Le style décoratif ainsi appliqué rappelle incontestablement celui des fusils et autres armes de poing et c’est dans ce contexte que le boîtier en acier, caractéristique de l’EMC, joue tout son rôle.

Le mouvement caractéristique de l'EMC:


Grâce à sa taille, ses angles, ses surfaces, il se prête parfaitement à cet embellissement et permet à Florian Güllert d’exercer tout son talent avec minutie et précision… en cohérence donc avec la principale complication de la montre. S’il existe une cohérence d’esprit entre le travail du graveur et l’ambition de Felix Baumgartner et de Martin Frei, il n’en demeure pas moins que l’EMC Pistol surprend par les effets de contraste qu’elle propose.

Le premier contraste est évidemment stylistique, entre l’ornement classique défini par Florian Güllert et le design contemporain de l’EMC. Cependant, une fois l’effet de surprise passé, l’ensemble apparaît harmonieux et l’intégration des éléments non gravés de la carrure du boîtier (comme la couronne par exemple) est réussie.

Steampunk, baroque ou gothique? Quel adjectif décrit le mieux l'EMC Pistol?


Le second contraste qui se manifeste est celui entre les parties gravées et la zone supérieure englobant affichages qui demeure lisse et satinée. Il met en valeur la qualité du travail de Florian Güllert et surtout il évite à la montre, au rendu très baroque, de tomber dans le piège de la sur-décoration et du rococo. Les effets de lumière deviennent saisissants et j’ai beaucoup apprécié les différentes façons avec lesquelles ces parties évoluent selon les conditions d’éclairage. Les détails deviennent plus ou moins perceptibles pour les parties gravées, la partie lisse passe d’un aspect très clair à un rendu beaucoup plus sombre en un clin d’œil.

L’EMC Pistol ne se caractérise pas seulement par la gravure du boîtier mais également par son bracelet. En provenance de l’atelier de Joséphine Morf, il se distingue par son aspect double-corné et tri-dimensionel. Les sensations visuelles et tactiles qu’il provoque rappellent évidemment celles de la gravure. Réalisé avec minutie et grand soin, il devient le parfait complément de l’EMC Pistol qui se transforme presque en objet gothique au poignet ! 


En la mettant au poignet, l’EMC Pistol m’a fait penser à plusieurs références artistiques grâce aux multiples atmosphères qu’elle dégage. Son originalité fait même oublier sa taille et surtout transforme complètement la montre d’origine, pourtant si particulière. C’est ici que réside la principale réussite de l’EMC Pistol : elle crée sa propre identité et chacun d’entre nous pourra y trouver, selon notre propre sensibilité, l’influence esthétique dominante qui a guidé à sa création.

Les plus :
+ l’intérêt technique de base de l’EMC
+ la transformation esthétique de la montre
+ la qualité du travail effectué par Florian Güllert
+ le bracelet qui complète parfaitement le design

Les moins :
- Un gabarit qui demeure imposant

dimanche 8 novembre 2015

Pita: Carousel

Je ne manque jamais de rencontrer Aniceto et Daniel Pita lorsque j'effectue un déplacement à Barcelone. D'ailleurs, la visite de la boutique et de l'atelier situés au 223 de l'avenue Meridiana est indispensable pour tout amoureux de l'horlogerie indépendante. Elle permet d'appréhender et de comprendre ce qu'est le travail quotidien d'un horloger comme Aniceto Pita, dont la créativité et l'imagination permettent de compenser l'absence de moyens et de faire face à de multiples contraintes.

Une montre Pita se reconnaît au premier coup d'oeil et c'est peut-être la plus belle réussite d'Aniceto Pita. Chaque pièce se distingue par un affichage du temps particulier et par un rendu artisanal qui lui donnent beaucoup de charme. Les imperfections sont palpables mais le propriétaire de la montre a véritablement la sensation de porter un objet fabriqué en toute petite série et qui est le résultat d'une démarche personnelle et sincère.


L'acquisition d'une machine à commande numérique l'année dernière peut être considérée comme une étape décisive dans le développement de la marque d'Aniceto Pita. Cette machine, qui a nécessité plusieurs mois de formation afin de maîtriser son potentiel, apporte en effet beaucoup de flexibilité. Elle permet ainsi d'accélérer la fabrication des prototypes ce qui facilite grandement l'activité de développement. Elle donne également la possibilité de personnaliser plus facilement les montres grâce à un choix élargi de matériaux et à des délais de fabrication raccourcis. La nouvelle Carousel, peut-être la montre la plus représentative du style de Pita, est l'aboutissement de cette capacité de production améliorée. Les clients ont ainsi la possibilité de choisir le matériau du boîtier parmi 5 (or, acier, platine, titane et bronze) sans oublier les multiples cadrans disponibles (blanc, noir, crème, laqué ou en émail) et la couleur de l'aiguille.


Disponible à partir d'un prix de 4.450 euros en acier, la Carousel est selon moi la meilleure façon de rentrer dans l'univers singulier et attachant d'Aniceto Pita. Ce qui surprend le plus en observant de près cette montre, c'est sa capacité à faire cohabiter des animations aux rythmes totalement différents. D'un côté, la masse oscillante visible au centre du cadran et qui bouge instantanément en fonction du mouvement du poignet.  De l'autre l'aiguille d'affichage du temps qui effectue sa paisible et constante révolution en faisant un tour complet du cadran en une douzaine d'heures. Je pourrais même rajouter le balancier dont les oscillations peuvent être entrevues derrière la raquetterie. Tout le principe de la montre découle de l'utilisation de la roue des heures qui entraîne non seulement l'aiguille mais également le mouvement, ce dernier effectuant lui aussi une rotation complète du cadran en douze heures. La montre agit en quelque sorte comme une sorte de tourbillon lent. 

La mise à l'heure s'effectue en manipulant le fond du boîtier:


La lecture de l'heure nécessite un peu d'habitude mais comme pour toute montre mono-aiguille, elle ne pose aucune difficulté. La précision de l'affichage n'est évidemment pas celle d'une montre traditionnelle mais les graduations toutes les dix minutes assurent le minimum. Je prends toujours en considération la première graduation qui suit l'aiguille afin de ne jamais risquer d'arriver en retard. Au final, je suis toujours en avance avec une montre mono-aiguille! Je veille cependant toujours à mettre la montre à l'heure au moment propice, à savoir à une dizaine de minutes pleine.

La Carousel est pour moi une réussite esthétique. Les zones du cadran sont clairement délimitées et j'apprécie beaucoup de voir le centre de la montre dédié au mouvement. Les roulements à bille autour du mouvement ont aussi un rôle décoratif et donnent un rendu très "mécanique" à l'ensemble. L'alternance des pois de tailles différentes qui définissent les heures pleines et les demi-heures dans la zone périphérique de l'affichage est également originale. Elle renforce l'esthétique très circulaire de l'ensemble. Mais l'élément clé qui parachève le design de la Carousel est bel et bien l'absence de couronne, une sorte de credo pour Aniceto Pita.   La montre utilise en effet le TSM (Time Setting Mechanism) pour la mise à l'heure. Elle s'effectue en tournant le fond du boîtier qui peut être manipulé sans problème  grâce aux petits ergots latéraux.


Heureusement, le mouvement ETA2678 qui est démonté et restructuré pour répondre à l'architecture de la Carousel possède une bonne efficacité au remontage malgré son diamètre modeste (17,20mm). Ce mouvement, d'une fréquence de 4hz et d'une réserve de marche de 38 heures, est à la base dédié aux montres féminines. Il est simple, fiable et efficace. Dans ce contexte, il est le compagnon idéal de la Carousel.


Une fois mise au poignet, la Carousel intrigue du fait du comportement de la masse oscillante et parce que les curieux cherchent désespérément  la deuxième aiguille. Elle donne l'impression d'être une sorte de petit objet mécanique dont la fonction n'est pas de donner l'heure. Et pourtant! Elle y parvient parfaitement avec charme et style. La nouvelle machine à commande numérique a permis d'améliorer la finition du boîtier et son diamètre est dorénavant de 39mm. La finition du cadran est tout à fait correcte et si je note ici et là des imperfections, elles ne nuisent pas à la qualité perçue, bien au contraire: elles font ressortir l'approche artisanale de la montre ce qui est très agréable.


Je fus donc séduit par cette nouvelle mouture de la Carousel car elle représente le parfait exemple de ce qu'est le travail d'un horloger indépendant. Elle rassemble audace, créativité et astuce, le tout dans un contexte esthétique séduisant et à un prix contenu. Car rares sont les montres d'un membre de l'AHCI en-dessous de 5.000 euros!

Merci à Aniceto et à Daniel Pita.

Les plus:
+ une esthétique originale et pleine de charme
+ le plaisir d'observer le mouvement côté cadran
+ les multiples possibilités de personnalisation
+ une véritable montre d'horloger indépendant et de petite série disponible à un prix inférieur à 5.000 euros en acier

Les moins:
- la précision de la lecture de l'heure
- la réserve de marche du mouvement est un peu courte