Ressence: Type 1 V Genesis

2015 est décidément une année propice aux célébrations pour les marques indépendantes créatives. Après les 10 ans de MB&F, voici le cinquième anniversaire de la marque de Benoît Mintiens, Ressence. Le jeune designer belge profite de l'occasion pour observer le chemin parcouru en rendant hommage aux premiers prototypes. Cependant, il serait erroné de penser que c'est un retour à la case départ, bien au contraire! Car la Type 1 V Genesis, malgré son approche esthétique particulière, demeure avant tout une véritable Type 1 soit l'incarnation de l'aboutissement de la réflexion et du travail de Benoît Mintiens tant du point de vue esthétique que du point de vue technique. 


Les amateurs d'horlogerie indépendante se souviennent sans difficulté des Type 100x qui constituaient le point de départ de la marque. Les Type 1 d'aujourd'hui semblent très proches de ces montres initiales car le système d'affichage du temps, fondé sur une conception satellitaire et qui bannit l'usage de la moindre aiguille est partagé par les deux modèles. Et pourtant, que d'évolutions durant ces cinq années! Un point fondamental les distingue et symbolise à lui tout seul l'objectif à atteindre pour Benoît Mintiens: la suppression de la couronne.

Tant que ses montres continuaient à utiliser cette couronne, il ne pouvait être satisfait car une sorte d'intermédiaire existait entre elles et leurs propriétaires. Or il souhaitait avant tout une interaction totale, un lien direct. Le processus de création des Type 1 répond à sa logique de designer industriel, où la forme n'a pas qu'un seul but esthétique, mais également un rôle fonctionnel. La disparition de la couronne s'inscrit dans la même démarche que celle qui a conduit à éliminer les aiguilles. C'est l'horlogerie traditionnelle  qui est bousculée par une telle approche. Le client éprouve de nouvelles sensations à l'utilisation d'une Type 1 et c'est le but recherché.


La lecture du temps, malgré son caractère original, n'est guère difficile à maîtriser. L'élément central est le disque des minutes qui porte les autres disques de l'affichage, dédiés à la seconde, aux heures et aux jours de la semaine. Ce disque dominant, en évoluant dans le temps et en effectuant sa révolution complète en une heure, change la position des affichages sur le cadran. Ce dernier est donc en perpétuelle évolution et tout comme un visage, la montre semble exprimer des émotions changeantes.


Même si cela s'explique du point de vue esthétique et fonctionnel (la minute est peut-être l'indication la plus importante d'une montre), il y a également une raison technique au rôle joué par le disque des minutes. Le mouvement est en effet composé de deux parties. La base, un mouvement ETA2824 ne sert qu'à alimenter le module d'affichage, le ROCS1 (Ressence Orbital Convex System) qui concentre toute l'ingéniosité de Benoît Mintiens. L'intérêt horloger de la montre provient donc de ce module qui est animé par l'axe des minute du calibre de base. En effet, l'ETA2824 est ici réduit à sa plus simple expression et toutes ses autres fonctions ont été retirées. A noter que compte tenu de la consommation d'énergie requise par le module, la réserve de marche du mouvement est de 36 heures, en-deçà des standards de l'ETA2824.

Le réglage de la montre, que ce soit la mise à l'heure ou son remontage, nécessite en revanche de l'habitude et l'absence de couronne est déroutante au départ. Heureusement, des indications (et un conseil!) se trouvent inscrits à l'arrière. La couronne est remplacée par une roue dentée qui interagit  sur le mouvement directement positionné sur le fond du boîtier. Une fois la façon de procéder bien comprise, j'ai pu apprécier de pouvoir remonter le mouvement en mettant la montre à l'heure.


L'ensemble du cadran est légèrement courbé afin de créer cette sensation de parfaite homogénéité et d'intégration des éléments, épousant la forme du verre saphir. Cette cohérence esthétique n'est pas simple à obtenir puisqu'elle a obligé à incliner les axes et les roues dentées et à courber les planches. Mais le jeu en valait la chandelle puisque la façon dont le cadran accompagne le verre jusqu'au bord de la montre, qui ne possède pas à proprement parler de lunette, donne un effet spectaculaire et améliore la visibilité.

La spécificité de la Type 1 V Genesis est son style de finition qui évoque... l'absence de finition. Ne pas faire de finition du tout, c'est facile. Mais appliquer une finition qui donne un côté brut est beaucoup plus délicat. Ainsi, le rendu du cadran grené combine avec les index creusés sans Superluminova et les indicateurs galvanisés des disques pour définir une atmosphère très particulière amplifiée par l'utilisation d'un bracelet en veau barenia non traité. J'aime beaucoup le contraste entre la texture du cadran et les effets de profondeur des chiffres et index périphériques. De même, le boîtier en titane comporte encore des traces d'usinage. Mais je rassure sur ce point: la montre n'apparaît jamais comme mal finie. Cette démarche esthétique ne manque pas finalement de charme et de raffinement. Un peu paradoxal certes mais sur ce point, il y a un monde entre le rendu de la Type 1 V Genesis et celui d'un prototype qui aurait été rapidement terminé pour être présenté sur un salon.


Cette Type 1 particulière est donc fascinante à porter. Elle est dotée d'une grande présence sur le poignet du fait de sa très grande ouverture de cadran et de son diamètre de 42mm. Possédant des proportions équilibrées, ni trop fine, ni trop épaisse (13mm), elle se porte avec confort grâce à la souplesse du bracelet et l'intégration des anses à fil qui le positionne près du boîtier. Son cadran intrigue beaucoup et son apparence plus radicale la rend plus difficile à apprécier qu'une Type 1 de la collection permanente. Benoît Mintiens ne s'y est pas trompé: s'adressant avant tout aux passionnés de sa marque voulant retrouver l'esprit des premiers jours, elle est éditée dans le cadre d'une série très limitée de 5 exemplaires. Les collectionneurs voulant découvrir Ressence le feront plus aisément avec une autre Type 1 sans oublier l'étonnante Type 3 car leurs finitions plus élaborées les rendent plus simples à apprécier.

Merci à Benoît et à Gaëtan pour leur accueil à Bâle.

Les plus:
+ l'originalité de l'affichage du temps à la fois astucieux et facile à maîtriser
+ la cohérence entre l'approche esthétique et l'utilisation au quotidien
+ le calibre de base, simple et fiable
+ la conception du module d'affichage
+ la présence et le confort au poignet

Les moins:
- une réserve de marche un peu courte
- une édition réservée aux passionnés de la marque, plus difficile à apprécier compte tenu de son style décoratif

Commentaires

Anonyme a dit…
Dommage qu'il y ai des soucis de fiabilité.
De plus, j'ai constaté à 3 reprises, la dernière fois chez Chronopassion, que le calibre manquait cruellement de couple, bilan, le disque de la petite seconde saccade...pas terrible.
Dommage car je souhaitais franchir le pas.