Patek Philippe: 5905P

5905P. Rarement une référence Patek Philippe aura eu un numéro aussi bien adapté. Car à bien la considérer, la 5905P est un savant mélange entre la 5960 à laquelle elle succède et la 5205 dont elle puise une partie de son inspiration. Elle démontre également que Patek Philippe considère la complication du calendrier annuel comme utile et suffisamment digne d'intérêt pour continuer à lui rajouter une fonction de chronographe. En effet, les marques qui combinent ces deux complications sont très rares. En sus de Patek Philippe qui démarra cet exercice de style avec la 5960, Zenith et Carl.F.Bucherer me viennent à l'esprit sans oublier Breitling dans le contexte d'un calendrier bissextile. La présentation d'une nouvelle montre Calendrier Annuel Chronographe est donc un événement et cette 5905P ne déroge pas à la règle.


Si la 5960 demeure dans le catalogue par le biais du modèle acier dévoilé en 2014 et de la version à lunette sertie (la 5961P), la version platine laisse tout de même sa place à la 5905P dans un contexte esthétique différent. En fait, la 5905P adopte une démarche presque opposée à celle qui a guidé à la création de la 5960. Cette dernière incarnait l'arrivée du mouvement chronographe automatique de manufacture et se distinguait par sa répartition des affichages du cadran pour le moins originale. Si nous étions habitués aux guichets "en éventail" de la partie supérieure dédiés aux données calendaires, le monocompteur des minutes et des heures occupant toute la zone inférieure était en revanche beaucoup plus inattendu. Il expliqua une grande partie du succès de la 5960 même si à titre personnel, je n'ai jamais été séduit par son côté pratique et sa lisibilité. Le cadran était complété par un très discret indicateur de réserve de marche juste sous le guichet des quantièmes et un affichage jour&nuit dans le monocompteur. A la fois contemporaine et d'apparence plus décontractée, la 5960 occupait une place à part dans la collection.

La 5905P fait un peu table rase de toutes ces considérations. Exit le monocompteur et l'indicateur de réserve de marche. Exit la couleur du monocompteur qui contrastait avec le fond du cadran. Exit les poussoirs champignon remplacés par des poussoirs rectangulaires plus cohérents dans ce contexte. La priorité est de revenir dans une ambiance plus classique et d'améliorer la lisibilité de l'ensemble. De fait, la mission est accomplie. Le compteur inférieur est maintenant entièrement dédié aux minutes rendant ainsi leur lecture plus simple et plus précise. Le retrait de l'indicateur de réserve de marche aère le cadran qui devient plus élégant mais par la même occasion, plus impersonnel.

L'affichage jour&nuit, utilisé pour régler le calendrier annuel est toujours présent dans le compteur:


Je touche ici tout le paradoxe lié à cette montre. En épurant le style et en corrigeant quelques reproches faits à l'égard de la 5960, Patek Philippe a peut-être poussé le curseur trop loin en proposant une montre certes irréprochable mais avec moins de caractère que celle à laquelle elle succède. Le jeu en valait-il la chandelle? Après tout, le catalogue comporte déjà de nombreuses références très sages. Mais en y réfléchissant bien, tout s'éclaire. La 5905P réaffirme le savoir-faire de Patek Philippe dans les montres calendrier - chronographe tout en mettant en valeur l'originalité et le côté moins formel de la 5960/1A qui semble se situer dorénavant à des années lumière. Il était donc important pour Patek Philippe de créer cette distance tant esthétique que du point de vue des fonctions. En proposant dans sa collection une montre audacieuse et une autre beaucoup plus sage autour des complications du calendrier annuel et du chronographe, Patek Philippe prouve une fois de plus l'extrême diversité de son catalogue.

Bien évidemment, le retrait de complications par rapport à la 5960 ne peut être considéré comme satisfaisant du point de vue du contenu horloger. J'avoue que l'indicateur de réserve de marche me manque plus que le totalisateur des heures car je l'ai toujours trouvé très pratique avec la 5960 et particulièrement bien intégré sur le cadran. Certains utilisaient même le monocompteur comme affichage d'un second fuseau horaire en lançant le chronographe au bon moment. Ce n'est dorénavant plus possible. En tout cas, 5960 ou 5905P, demeure le problème de l'absence de la trotteuse permanente fort utile en tant qu'indicateur de marche. Ceux qui veulent profiter de l'animation apportée par la trotteuse doivent faire tourner le chronographe en permanence. 


Il ne faut cependant pas réduire la 5905P à une évolution très sage et habillée de la 5960.  Elle profite du boîtier de la 5205 pour gagner en subtilité et en modernité. La plus grande réussite de la 5205 est selon moi son boîtier qui est une merveille de fluidité avec ses cornes ajourées et sa lunette concave. Ce boîtier conserve toute sa magie dans le contexte de la 5905P malgré l'augmentation de la taille (42mm de diamètre contre 40mm pour la 5205). Une telle taille pourrait faire peur aux amateurs de Patek Philippe qui ont une préférence pour les diamètres traditionnels. Mais c'est justement l'intérêt d'un tel boîtier. L'ouverture du cadran est maîtrisée sans qu'une lunette épaisse n'alourdisse le dessin. La 5905P apparaît ainsi plus petite qu'elle n'est une fois mise au poignet. Son épaisseur (14,03mm) qui n'est pourtant pas anodine ne choque nullement grâce aux courbes du boîtier et au rôle, une fois de plus primordial, de la forme de la lunette.


Sans surprise, la 5905P est animée par le calibre CH 28-520 QA 24H composé d'un mouvement de base, le chronographe automatique et le module du calendrier annuel. Le module étant plus large que le mouvement de base, il assure une présentation de cadran équilibrée. Je retrouve sinon les caractéristiques et performances habituelles du CH 28-520 à savoir un balancier Gyromax, un spiral Spiromax, une fréquence de 4hz, une réserve de marche comprise entre 45 et 55 heures et un chronographe flyback à roue à colonne et à embrayage vertical. Il est comme toujours très joliment présenté, sans effet inutile. J'aime beaucoup la continuité des côtes de Genève circulaires qui se marient avec celles de la masse oscillante. Les légers effets de profondeur sont aussi agréables à observer et l'ensemble, à défaut d'être véritablement spectaculaire, est soigné et raffiné.

La 5905P, disponible en deux versions à cadran laiton bleu ou noir, est au bout du compte une montre séduisante. Une première analyse pourrait faire regretter l'abandon de fonctions par rapport à la 5960 et l'adoption d'un style sans risque. Heureusement, le sublime boîtier de la 5205 reprend du service dans ce contexte plus grand et plus épais et donne incontestablement une autre dimension à la 5905P. Je l'ai trouvée en revanche moins polyvalente que sa devancière du point de vue esthétique, tendant nettement plus vers un style formel alors que la 5960 reste à l'aise en toutes circonstances.



Les plus:
+ le boîtier, magnifique, dont les courbes font oublier la taille et l'épaisseur de la montre
+ la lisibilité du cadran
+ l'efficacité du mouvement CH 28-520 QA 24H, très agréable au quotidien
+ la cohérence esthétique de l'ensemble qui donne l'impression d'être face à une 5205 élargie

Les moins:
- le retrait de deux fonctions (l'indicateur de réserve de marche et le totalisateur des heures) par rapport à la 5960
- l'absence de trotteuse permanente
- un style moins polyvalent que celui de la 5960

Commentaires