Patek Philippe: Calatrava Pilot Travel Time 5524G

La Calatrava Pilot Travel Time a au moins réussi une de ses missions: faire parler d'elle. Je n'ai pas le souvenir d'une montre Patek Philippe ayant fait couler autant d'encre ces dernières années. Elle a même subi un tir de barrage, une pluie de critiques ce qui a dû faire sourire Thierry Stern car avec Patek Philippe, les mêmes causes provoquent généralement les mêmes conséquences: plus une montre est critiquée, plus elle est désirée dans le futur. Et comme les collectionneurs ne voudront pas rater une telle opportunité, ils se sont déjà positionnés pour l'acquisition de cette pièce qui sera, je l'imagine, très difficile à voir en boutique.


Il faut avouer que la surprise fut grande le jour où Patek Philippe la dévoila. "Design incohérent", "Clone de la Zenith Pilot GMT", "Aucune logique avec la collection en cours", telles furent les remarques les plus fréquentes. Mais voilà, les raisonnements qui s'appliquent à de nombreuses marques sont rarement valables avec la manufacture genevoise. L'incohérence du design est tout d'abord un mauvais procès. Certes la montre donne l'impression d'arriver sans crier gare et sans connexion esthétique avec un modèle existant. Mais après tout, Patek Philippe a créé des montres de pilotes et de navigateurs dans les années 30. Qu'est-ce qui empêcherait la marque de présenter une telle montre? On ne peut pas leur reprocher une année leur immobilisme en matière de design et l'année suivante  d'oser sortir de leur style habituel.

Ensuite, la forme des chiffres appliqués qui définissent une grande partie du caractère de la Calatrava Pilot Travel Time sont pour moi un hommage aux montres de pilotes de la première guerre mondiale. Les différences avec la Zenith sautent aux yeux: forme des aiguilles, présence des deux poussoirs sur la carrure gauche, affichage de la date, de nombreux détails séparent les deux montres. Alors certes oui, elles évoluent dans une même atmosphère mais au même titre que des milliers d'autres duos de montres qui abordent des thèmes similaires.


Enfin, le lien avec la collection actuelle me semble assez évident. Il ne s'agit pas d'un lien esthétique mais fonctionnel. Ces dernières années, Patek Philippe a mis l'accent de plus en plus fréquemment sur les montres de voyage: l'Aquanaut Travel Time 5164A il y a 4 ans, la Nautilus 5990/1A l'année dernière, il n'est pas illogique de voir une nouvelle montre embarquant l'affichage d'un second fuseau cette année et ce d'autant plus qu'il s'agit d'une complication utile appréciée de la clientèle. A vrai dire, il est un peu abusif d'appeler cette montre "Pilot". Comme l'a concédé bien volontiers Thierry Stern lorsque je l'ai rencontré pendant la présentation des nouveautés à Bâle, il s'agit plus d'une montre de voyageur... et il sait de quoi il parle puisque l'Aquanaut Travel Time est une des montres qu'il porte le plus.

D'ailleurs, ceux qui connaissent la 5164A ne seront pas dépaysés avec la 5524G: elles utilisent le même mouvement, le calibre 324 S C FUS et donc leurs cadrans sont organisés de la même façon: l'aiguille creuse affiche l'heure du domicile tandis que l'aiguille pleine affiche l'heure locale. L'aiguille des minutes combine avec les deux aiguilles des heures puisque la montre ne gère pas les fuseaux décalés nécessaires pour des pays comme l'Inde ou l'Iran par exemple. Je retrouve également les deux guichets qui symbolisent l'affichage jour/nuit pour l'heure locale et l'heure du domicile. La date locale est affichée par le biais d'une aiguille au sein d'un sous-cadran à 6 heures. Petite originalité: pour une meilleure lisibilité et éviter la confusion, les quantièmes sont affichés tous les trois jours. Enfin, une trotteuse centrale anime le cadran.


J'aime beaucoup la finition de ce cadran, le verni bleu est à la fois intense et subtil et peut tirer presque vers le gris anthracite selon les conditions de lumière. Les chiffres appliqués en or revêtus d'une matière luminescente apportent leur effet de relief. En revanche, j'ai été moins séduit par les aiguilles "glaive". Elles ne possèdent aucun défaut majeur, elles sont cohérentes avec l'atmosphère et le style de la montre mais je les ai trouvées sans saveur particulière.

Le boîtier en or gris d'un diamètre de 42mm a d'agréables proportions et possède selon moi la taille idéale pour une telle pièce qui se doit d'être suffisamment grande pour être fidèle à l'esprit "montre de pilote" sans ressembler à une assiette à pizza pour conserver un minimum d'élégance. Je me suis posé la question si l'or gris était le matériau adapté à un tel contexte. L'acier m'aurait semblé plus adéquat mais l'étanchéité minimum (30m) rappelle que la vocation de la Calatrava Pilot Travel Time n'est pas d'être une montre de sport mais d'apporter un contexte différent à l'affichage du second fuseau. Après tout, l'Aquanaut Travel Time et la Nautilus Travel Time Chronograph sont déjà là pour proposer de l'acier et une étanchéité supérieure (120 mètres). Une troisième montre avec les mêmes caractéristiques aurait été de trop. L'or gris marque ainsi cette différence. La Calatrava Pilot Travel Time est certes avant tout une montre décontractée  mais de voyageur d'affaires et pas de bourlingueur aventurier.


La taille perçue de la Calatrava Pilot Travel Time est cependant supérieure à son diamètre affiché. Ce sentiment est dû aux deux poussoirs proéminents situés sur la carrure gauche. Ils servent à régler l'heure locale en avant ou en arrière. Leurs extrémités sont cannelées afin d'améliorer la prise en main. Je me suis demandé pourquoi alors que de prime abord, ils ne peuvent être que poussés. Il s'avère  que ces poussoirs comportent un verrouillage qui empêche tout mouvement intempestif de l'aiguille des heures. Ceux qui ont connu beaucoup de malheurs de ce type avec la Travel Time 5134 savent que ce verrouillage est bienvenu. Un petit quart de tour et le poussoir est actif. Un petit mouvement vers l'arrière et le poussoir est de nouveau bloqué.

La Calatrava Pilot Travel Time est donc équipée du mouvement 324 S C FUS visible à travers un fond transparent. Le module étant situé côté cadran, le spectacle offert est similaire à celui d'une montre 3 aiguilles utilisant le même mouvement de base. La finition est propre, nette et sans effet de style inutile. J'aurais cependant aimé trouver un fond plein, voire un fond officier s'ouvrant dans le sens vertical à cause des poussoirs, compte tenu de l'atmosphère dans laquelle évolue cette montre. Les performances du mouvement sont sans surprise, conformes à celles du mouvement 324 à savoir une fréquence de 4hz pour une réserve de marche comprise entre 35 et 45 heures. Je reste toujours dubitatif face à cette façon de présenter la réserve de marche de la part de Patek Philippe mais de toutes les façons, dans un contexte contemporain, quelle que soit sa durée réelle, elle demeure relativement courte malgré l'excellente efficacité au remontage.


Mais finalement, la vocation de la Calatrava Pilot Travel Time n'est-elle pas de rester constamment au poignet? Décontractée et élégante, elle incarne un style polyvalent la rendant à l'aise en toute circonstance... malgré une étanchéité et un matériau peu adaptés à des pratiques plus sportives. J'ai malgré tout apprécié son bon positionnement sur le poignet, le confort du bracelet en cuir de veau, sa présence non excessive et la touche de caractère apportée par les chiffres appliqués et les poussoirs latéraux.

Incontestablement, la Calatava Pilot Travel Time ne laisse pas indifférent. Loin d'être parfaite, elle est tout de même parvenue à me séduire grâce à son design unique dans la collection actuelle de Patek Philippe et à quelques détails bienvenus facilitant son usage au quotidien. Elle ne mérite clairement pas les foudres qui lui étaient destinées et j'ai la certitude que ses opposants les plus acharnés changeront petit à petit d'avis au fil du temps. La magie Patek Philippe fonctionnera une fois de plus.

Merci  l'équipe Patek Philippe pour son accueil à Baselworld.

Les plus:
+ un design unique dans la collection actuelle de Patek Philippe
+ la couleur du cadran oscillant entre le bleu et le gris
+ le système de sécurité des poussoirs
+ l'affichage des quantièmes tous les 3 jours rendant la lecture de la date plus facile
+ la polyvalence esthétique

Les moins:
- la réserve de marche du mouvement 324, en retrait par rapport aux standards contemporains
- des aiguilles glaives sans charme particulier
- l'étanchéité et le matériau du boîtier rendent la montre moins polyvalente à l'usage

Commentaires

Anonyme a dit…
Je n'aime vraiment pas cette montre, mais si on laisse de côté les polémiques, je me rends compte que le plus étrange avec celle-ci est son esthétique pour le moins banale... Gros chiffres, grosses aiguilles, c'est facile et sans grâce particulière. Même les poussoirs proéminents ne parviennent pas vraiment à me surprendre. Bizarrement, c'est le quantième qui est le plus réussi. Pour le reste, c'est du déjà vu. Après, est-ce un essai manqué ? une erreur de jugement de ma part ? une preuve du cynisme de la marque qui se dit qu'elle peut vendre tout et n'importe quoi ? Le temps nous le dira...