mardi 22 décembre 2015

Ressence: Type 5

Il y a plusieurs façons d'appréhender la toute nouvelle Type 5 de Ressence. On peut la considérer comme la première montre de plongée de la marque ou comme une évolution de la Type 3. Je la perçois plutôt comme un aboutissement, comme la conclusion logique de l'avancée technologique et des caractéristiques de la Type 3. En fait, j'ai l'impression que Benoît Mintiens est arrivé là où il voulait aller avec la Type 5, un peu comme la Type 1 était le terme du développement initié avec la Type 100x.


Bien entendu, la Type 5 est présentée comme une montre de plongée offrant une étanchéité de 10 ATM. Elle est d'ailleurs la première montre de plongée mécanique entière lisible sous l'eau et ce, quelque soit l'angle de vue. Mais je l'analyse plus comme étant une montre véritablement polyvalente intégrant le meilleur de l'innovation de Ressence. S'il fallait souligner un seul point, ce serait son confort au porter et la fluidité des lignes qui lui permettent de conserver une certaine élégance en toute circonstance. Car telle est la prouesse: cette montre, qui répond aux exigences de la norme ISO 6425, n'est absolument pas une transformation "ultra protégée" et donc épaisse de la Type 3. Elle tire profit de l'élément clé de cette dernière, l'huile, pour améliorer ses performances tout en conservant le style typique de Ressence.

La Type 5 reprend ainsi la construction de la Type 3: le boîtier intègre deux chambres étanches dont l'une d'entre elles, la supérieure, est remplie d'huile. Dans le contexte de la Type 3, l'huile a pour principaux objectifs d'optimiser l'énergie du mouvement et d'améliorer la lisibilité en offrant une ouverture de cadran unique. Il suffit d'examiner le positionnement des quantièmes périphériques pour constater que toute la surface disponible est utilisée. L'huile joue un rôle supplémentaire au sein de la Type 5. Bien entendu, son atout relatif à la lisibilité demeure et il est même amplifié lorsque les effets de luminescence entrent en jeu. La montre devient alors spectaculaire car les éléments lumineux profitent également de la forme du cadran et du dôme du verre pour se détacher de façon encore plus nette.


De façon similaire à la Type 3, le fait de plonger le système d'affichage dans ce bain d'huile, et donc de lui assurer une lubrification permanente, réduit les effets d'usure et surtout diminue la consommation d'énergie. Moins sollicité, le mouvement de base, le calibre ETA 2824 retravaillé dont l'unique objectif est d'alimenter le système d'affichage à travers l'axe des minutes délivre tout de même une réserve de marche de 36 heures malgré la complexité du module. Une performance remarquable.

Mais la grande nouveauté relative à l'huile est l'utilisation de ses propriétés physiques. Les 37,5 ml de liquide compensent la pression extérieure de l'eau et permettent à Ressence d'utiliser pour la Type 5 une structure légère basée sur un boîtier en titane grade 5 et un verre à l'épaisseur normale. Cette notion d'épaisseur du verre est fondamentale. N'oublions pas sa forme et sa capacité d'englober le cadran. S'il avait été beaucoup plus épais, le rendu visuel n'aurait pas été le même et la montre aurait été disgracieuse. 


La présentation du cadran de la Type 5 est différente de celle de la Type 3. La montre perd deux fonctions: les quantièmes périphériques remplacés par la lunette unidirectionnelle et l'affichage des jours de la semaine, inutile dans le contexte d'une montre de plongée. Ce retrait a en fait un autre objectif: il positionne l'indicateur de marche sur un disque bien plus important que celui de la Type 3. Cette trotteuse, qui effectue une rotation en 90 secondes est en effet cruciale pour une montre de plongée car à tout moment son propriétaire doit être sûr qu'elle fonctionne.

L'indicateur de température de l'huile utilise un disque de taille similaire à celui de la trotteuse tandis que le disque principal demeure celui des heures. Tous ces disques sont positionnés sur le socle rotatif dédié à l'affichage des minutes. A l'instar de la Type 3, le système d'affichage, le ROCS 5 - Ressence Orbital Convex System, est basé sur les minutes. Les minutes entraînent les autres disques dans cette révolution permanente et c'est la raison pour laquelle seul l'axe des minutes du calibre ETA 2824 est conservé. Le principe est ingénieux et efficace.

Comme toute montre Ressence de la collection actuelle, la Type 5 ne possède aucune couronne. La raison est avant tout esthétique et comme le rappelait Benoît Mintiens, le design cible d'une montre Ressence se devait de faire abstraction de cette interface pour obtenir la pureté des lignes et une expérience d'utilisation et de manipulation au contact direct de l'objet. Pour une montre de plongée, l'absence de couronne est un avantage: un point de faiblesse qui nécessite un traitement particulier pour préserver l'étanchéité n'existe plus. En revanche, la Type 5 a nécessité le développement d'un nouveau fond de boîtier. En effet, la mise à l'heure s'effectue toujours de la même façon en tournant le fond du boîtier. Mais pour des raisons évidentes de sécurité et d'étanchéité, ce fond est protégé contre une manipulation intempestive grâce au Ressence Compression Lock System, le RCLS qui le bloque (lock) ou le libère (set) pour la mise à l'heure. En manipulant le fond, les disques effectuent leurs rotations grâce à une transmission magnétique afin de régler la montre.


Tous ces trésors d'ingéniosité auraient été bien inutiles si la Type 5 avait été importable ou inconfortable. Et je touche maintenant ce que je préfère dans cette montre: son boîtier. Inspiré par la forme d'une tortue marine, il offre des lignes incurvées, à la fois douces et énergiques. J'aime beaucoup la façon dont la lunette et la base du boîtier prolongent le verre et les cornes courtes et incurvées. Mais le détail que j'apprécie le plus est la façon dont a été dessinée la lunette. Les subtiles proéminences facilitent sa manipulation tout en s'intégrant parfaitement dans le design. Elles ressemblent presque à de petites écailles et leur effet visuel est une réussite. Ce sont elles qui apportent une rupture dans les courbes générales et qui dynamisent le dessin.

La conséquence logique d'un tel boîtier en titane est le grand confort au porter. La montre est non seulement légère (87 grammes) mais elle se positionne de façon précise sur le poignet.  La Type 5 provoque même une surprise: malgré sa taille généreuse (46mm de diamètre pour une épaisseur maximum de 15,5mm), elle semble plus petite qu'elle n'est.


Pour moi, cela ne fait pas l'ombre d'un doute: la Type 5 est non seulement la montre Ressence la plus aboutie techniquement parlant, elle est également la plus séduisante. Elle n'est certes pas dénuée de défauts et je pense que le cadran de type "régulateur" n'est pas forcément le plus pratique pour une montre de plongée. De plus la lunette graduée "plonge" de façon trop nette derrière la graduation des minutes et cela peut être gênant du point de vue pratique. Mais qu'importe. La Type 5 est une formidable montre inventive, tout terrain, originale et intrigante. Les caractéristiques de l'huile sont utilisées à leur maximum pour un résultat visuellement abouti. J'ai presque envie de dire qu'à l'instar du ROCS 5 dans le liquide, "tout baigne!" avec la Type 5... ce qui après tout est normal pour une montre de plongée!

Merci à Benoît Mintiens et à Gaëtan Gaye.

Les plus:
+ une montre qui symbolise un aboutissement technique et esthétique
+ la luminosité de l'affichage
+ des lignes fluides et qui ont du caractère
+ le confort au porter

Les moins:
- l'affichage peut être déroutant pour une montre de plongée
- la graduation de la lunette est fortement inclinée: un plus esthétique réalisé au détriment de l'aspect pratique

samedi 19 décembre 2015

Akrone: K-01

Préambule: les montres photographiées sont des prototypes qui comportent des imperfections.

Akrone est une jeune marque française créée par des amis d'enfance qui ne sont pas  à la base des professionnels de l'horlogerie. Et comme je le dis régulièrement ces derniers temps, cette absence d'expérience n'est pas un obstacle mais bien un atout car permettant d'apporter des idées rafraichissantes dans une industrie de plus en plus prisonnières de ses principes. En effet, Akrone fait partie de ces sociétés qui ont pour objectif de proposer des montres à des tarifs accessibles, avec des designs caractéristiques et qui s'adressent plus à une clientèle  life-style, moins sensible à l'origine des composants qu'une clientèle plus traditionnelle, sans cependant renier la qualité de fabrication.

Je considère ces "petites" marques comme une chance pour l'horlogerie. Même si à ce stade elles ne représentent qu'une infime part de marché, elles attirent de plus en plus fréquemment des clients lassés par l'offre trop formatée et rigide des principaux acteurs du marché qui apparaissent de plus en plus éloignés de leurs aspirations. Cette proposition alternative permet ainsi à ces clients de conserver un lien avec l'horlogerie qui pourra par la suite les faire basculer vers un segment d'une gamme supérieure.


On parle souvent des maux actuels de l'horlogerie comme étant liés à des problèmes de communication et de marketing. Certes. Mais je ne pense pas que le principal problème soit là. A la base, et c'est peut-être plus grave, il y a un problème d'offre. En période de crise, les marques généralistes se sont repliées sur elles-mêmes et ont fortement réduit les prises de risque. Le paradoxe est que le temps de développement moyen, entre hésitation, prudence et structures industrielles inadaptées, s'est rallongé et que le marché a le temps de changer plusieurs fois avant que le nouveau produit  n'arrive chez les détaillants. Il est d'ailleurs toujours hallucinant de constater, qu'à de rares exceptions près, il faut attendre plusieurs mois pour qu'une montre soit officiellement à la vente après sa première présentation lors des salons. Dans ce contexte, les modèles deviennent de plus en plus stricts tant du point de vue esthétique que de celui de la personnalisation. Même le changement de couleur de bracelet peut dans de nombreux cas sembler insurmontable à moins de passer par un fournisseur tiers!


Or, que constatons-nous aujourd'hui? Un autre type de clientèle, qui  veut s'amuser avec des montres facilement personnalisables, à la qualité perçue acceptable et qui n'a pas envie de dépenser des fortunes, a émergé. Akrone a pour but de répondre aux attentes de cette clientèle mais la jeune marque française n'est pas la seule dans ce cas. Elle doit faire face à une concurrence féroce, notamment sur les plateformes de financement participatif ou sur les réseaux sociaux qui deviennent incontournables dans les processus de création et de développement de nouvelles sociétés horlogères. Dans cet environnement impitoyable, où les illusions peuvent se perdre rapidement, Akrone a cependant des atouts à faire valoir.


Le premier de ces atouts est son origine française: dessinée à Nantes, assemblée à Besançon, sans oublier les bracelets cuir français, la première montre d'Akrone, la K-01, revendique ses origines tricolores et peut ainsi s'appuyer sur une communauté d'amateurs français.

Le deuxième atout est le style "Akrone". La touche originale d'Akrone est de proposer un boîtier en céramique noir mat d'un diamètre de 40mm et un verre saphir. Le boîtier joue ainsi un double rôle: il est inrayable mais surtout il constitue l'élément clé du design car la montre, dans son ensemble, reste plutôt conventionnelle. Elle pourrait même apparaître comme austère car en sus du boîtier, le cadran se pare également d'un noir mat. Heureusement, des petites touches de couleurs et de relief animent la montre et lui donnent de l'énergie et un côté plus fun. Ces multiples détails se retrouvent au niveau des index facettés, de la trotteuse, du nom de la montre et du guichet de date. Et c'est à ce niveau que la magie de l'Akrone K-01 opère. Elle flirte avec le all-black et elle finit par apparaître colorée! Mon seul regret au niveau du cadran est la police de caractère du nom de la montre que je trouve trop décalée dans le contexte stylistique de la K-01. Certains peuvent la trouver bienvenue car apportant un soupçon de décontraction. Mais je pense que les touches colorées auraient pu suffire dans ce but.

Akrone a au moins veillé à travailler la masse oscillante:


Le troisième atout est la présentation du mouvement. Le calibre Miyota 9015 reprend sans surprise du service, comme c'est souvent le cas dans ce segment. C'est un mouvement de conception récente, simple, efficace et fiable. Je l'aime beaucoup car son efficacité au remontage est excellente et sa large diffusion est rassurante. Sa fréquence est de 4hz et sa réserve de marche d'une quarantaine d'heures. Sa finition et son rendu esthétique sont généralement basiques pour ne pas dire assez laids. Heureusement Akrone a fait l'effort de travailler la masse oscillante et son aspect évidé avec un matériau périphérique différent lui donnent un aspect plus valorisant. Est-ce suffisant pour justifier le fond transparent? Je ne pense pas mais je salue cet effort que d'autres ne font pas.


Le dernier atout est constitué par  les possibilités de personnalisation qui sont offertes. Certes, elles demeurent relatives. Mais la K-01 est disponible en trois ambiances de couleurs assez distinctes les unes des autres (red lava, mint, light yellow) et surtout un système de pompes rapides facilite le changement de bracelet. Akrone oeuvre d'ailleurs à élargir sa gamme de bracelets disponibles pour renforcer la dimension ludique de la montre.

La K-01 se porte avec plaisir et confort grâce au boîtier en céramique. La montre se positionne bien sur le poignet grâce aux cornes courtes. La taille perçue est inférieure aux 40mm du boîtier du fait de la couleur noire dominante. Ce n'est pas un souci car la K-01 apparaît alors comme plutôt élégante. Les touches de couleur ressortent sensiblement et un équilibre entre sérieux et décontraction se crée. 


Akrone effectue donc des premiers pas convaincants en définissant du premier coup ses éléments de style ce qui n'est jamais évident. La K-01 est une montre sérieuse mais qui, fort heureusement, évite de tomber dans une trop grande rigueur grâce aux effets de couleurs judicieusement positionnés. La grande aventure commence véritablement maintenant pour Akrone avec la livraison des clients. La marque doit ainsi se concentrer sur cette étape qui demeure fondamentale. Car même si elle a de nombreux projets en tête, ils ne pourront se concrétiser qu'avec le succès de la K-01. La réussite d'une marque passe par une construction étape par étape et raisonnée et s'il faut veiller à préparer les prochains modèles, les retours positifs des premiers clients constitueront la meilleure assurance pour l'avenir.

Merci à l'équipe Akrone pour sa présentation de la K-01 sur Paris.

Les plus:
+ une montre à boîtier céramique proposée à un tarif très abordable
+ une conception sérieuse
+ un mouvement simple et fiable
+ les touches de couleurs qui égayent efficacement l'ensemble

Les moins:
- la police de caractère du nom de la montre sur le cadran
- un fond plein aurait été préférable mais le mouvement visible est plus judicieux commercialement parlant

dimanche 13 décembre 2015

Breitling: Transocean Chronograph 1915

Il y a tout juste 100 ans, Gaston Breitling, profitant du passage de la montre de gousset à la montre-bracelet, eut l'idée de séparer les commandes du chronographe de celles de l'affichage du temps. Pour la première fois, un poussoir, qui enclenchait, arrêtait et remettait à zéro le chronographe, était séparé de la couronne et positionné à deux heures pour améliorer le confort d'utilisation. Le premier chronographe à poussoir indépendant était né. Breitling rend hommage cette année au brevet de Gaston Breitling avec la Transocean Chronograph 1915, commercialisée, comme il se doit, dans le cadre d'une série limitée de 1915 exemplaires.


La Transocean Chronograph 1915 est une montre inspirée par le passé mais également très contemporaine. C'est d'ailleurs ce va-et-vient constant qui en fait l'originalité et la singularité au sein de la collection de Breitling. Le style néo-rétro est immédiatement perceptible grâce au rendu des chiffres qui utilisent une matière luminescente d'une couleur patinée et à l'ancienne signature Breitling qui décore joliment le cadran au sommet de sa zone centrale. Le compteur des minutes du chronographe (identique à celui de la Transocean Chronograph Edition) contribue également à cette atmosphère avec une graduation qui souligne les 3 premiers intervalles de trois minutes. L'aspect bombé du cadran est dans ce contexte cohérent et la qualité de l'exécution est conforme aux standards de qualité de la marque. L'ensemble est soigné et irréprochable.


La paire d'aiguilles est relativement fine mais la lecture du temps est aisée grâce au contraste suffisant avec le cadran argenté. L'échelle périphérique du chronographe est parfaitement dessinée et d'une grande clarté. Elle est par conséquent facilement lisible même si l'écart de hauteur entre la trotteuse du chronographe et l'échelle est conséquente, entraînant une sorte d'effet de parallaxe, sans grande conséquence toutefois.

Le cadran m'a donc beaucoup plu grâce à sa simplicité, son efficacité et son charme légèrement suranné. Malheureusement, Breitling a succombé à un de ses pêchés mignons et n'a pu résister à la tentation d'y apposer un guichet de date que je trouve inutile voire même nuisible à l'harmonie du cadran. Cette édition limitée était pourtant l'occasion rêvée de retrouver un cadran vierge de tout guichet et c'est fort dommage. Le 6 tronqué n'est pas du plus bel effet et compte tenu du contexte de la sortie de cette montre, un cadran sans date n'aurait pas, selon moi, nui à sa performance commerciale.


Le boîtier en acier reprend le diamètre généreux de 43mm de la Transocean Chronograph Edition et propose une épaisseur relativement conséquente de 14,6mm. Je pense que Breitling avait tout à fait les moyens de proposer un boîtier plus petit et plus fin. La marque a préféré rester dans ses gabarits habituels et ce point-là est également décevant. Remarquons cependant que grâce au retrait de la masse oscillante, la montre est tout de même plus fine que la Transocean Chronograph Edition qui possède une épaisseur de 15,9mm.

En revanche, j'ai beaucoup aimé l'intégration du poussoir dans le boîtier. Il se situe dans le prolongement du protège-couronne assurant ainsi une continuité esthétique. Il est suffisamment proéminent pour que son utilisation soit aisée et confortable. Sa manipulation est agréable et c'est un excellent point à souligner.


L'hommage au brevet de Gaston Breitling exigeait l'utilisation d'un mouvement à remontage manuel et Breitling a veillé à conserver cette cohérence. Le mouvement qui équipe la Transocean Chronograph 1915 est le calibre de manufacture B14, certifié chronomètre,  qui est une déclinaison du calibre B01. Deux principales modifications le distinguent du mouvement d'origine:
  • la suppression du remontage automatique bien entendu,
  • l'intégration d'un système de double roue à colonnes sur deux étages qui sont actionnées par des commandes également sur deux niveaux.

La première modification se ressent en observant le mouvement à travers le fond transparent. Le calibre B14 n'est pas pour ces raisons d'une beauté irrésistible car conçu à la base pour être automatique. Par contre, il se dégage de ce mouvement une approche sérieuse et aboutie de sa conception et de sa réalisation. Je retrouve en toute logique les performances du calibre B01 avec une réserve de marche appréciable de plus de 70 heures pour une fréquence de 4hz. 

La seconde modification est perceptible à travers l'aspect de la roue à colonnes qui est différent de celui du mouvement B01. Mais c'est surtout à l'usage que cette modification apporte un véritable plus. Accompagnant le poussoir à deux heures, elle contribue au plaisir qu'il procure lors de manipulation.


Il n'en demeure pas moins que du point de vue esthétique, j'aurais préféré un fond de boîtier plein. Je comprends néanmoins la contrainte commerciale de Breitling et la visibilité du mouvement me semble dans cet objectif plus pertinente que le fameux guichet de date.

Comme de coutume avec Breitling, la taille importante du boîtier n'altère pas le confort au porter grâce à l'excellent bracelet en cuir et à la boucle ardillon qui positionnent bien la montre sur le poignet... à condition que sa taille supporte celle de la montre. La Transocean Chronograph 1915 respire la qualité et le sérieux et se révèle agréable à l'usage grâce aux performances du mouvement B14 et au déclenchement précis du poussoir.


La Transocean Chronograph 1915 m'a donc plutôt convaincu à la fois par sa démarche et par sa réalisation. Cependant, je regrette que Breitling ne soit pas allé au bout de la logique en retirant le guichet de date et en proposant un fond plein pour cacher les origines "automatiques" du mouvement à remontage manuel. C'est dommage car cette série limitée, également disponible avec un bracelet à maille milanaise, offrait une opportunité pour trancher de façon plus nette avec la collection permanente du catalogue.

Merci à l'équipe de la boutique Breitling de la rue de la Paix.

Les plus:
+ le sérieux de la réalisation
+ un développement du mouvement spécifique à ce modèle
+ la simplicité du cadran et la signature historique de Breitling
+ l'intégration du poussoir 
+ les performances du mouvement B14

Les moins:
- un guichet de date inutile
- un fond plein aurait été préférable
- l'épaisseur du boîtier

Ouverture de la nouvelle boutique Glashütte Original à Paris

Glashütte Original vient d'ouvrir sa toute nouvelle boutique à Paris au 6 rue de la Paix, remplaçant le précédant occupant des lieux, Harry Winston. Cette ouverture symbolise l'ambition de la marque allemande du Swatch Group en France car elle se situe quelques mois après que Glashütte Original a rejoint la longue liste des marques distribuées chez Bucherer, boulevard des Capucines.

Si vous connaissez la petite boutique du Faubourg St Honoré (qui demeure toujours ouverte à ce stade), vous serez très surpris par l'espace offert par la boutique de la rue de la Paix. Elle est structurée en trois parties. La première zone est dédiée à l'accueil des visiteurs avec les vitrines, une table de vente et un meuble qui regroupe quelques pièces du passé, comme une sorte de petit musée. L'objectif de cette présentation est évidemment d'ancrer Glashütte Original dans une perspective historique et de rappeler le rôle joué par la ville de Glashütte dans le développement de l'horlogerie au XIXième siècle.

La deuxième zone est un long couloir comportant lui aussi des vitrines et une autre table de vente. Ce couloir conduit à la dernière zone de la boutique, assurément la plus particulière car elle regroupe à la fois l'établi de l'horloger et un coin "VIP" pour accueillir les clients avec confort et confidentialité. 

La rue de la Paix regroupe donc maintenant les deux principaux acteurs de l'horlogerie allemande car au numéro 19 de la même rue se trouve la boutique Lange & Söhne qui ouvrit ses portes en janvier 2013.

La zone d'accueil:

 

La vitrine des pièces historiques:

 

 Le long couloir menant à l'arrière de la boutique:


Les décorations de Noël sont prêtes!

 

Le coin VIP:


Une visite de boutique n'est pas une véritable visite sans au moins un wristshot! Voici la Panomatic Chrono dans des teintes de couleur particulières. Ce n'est pas ma version préférée (j'aimais beaucoup la Platine - cadran bleu) mais le compteur des secondes au premier plan demeure une jolie originalité:


Plus classique, la toute dernière Senator Calendrier Perpétuel à cadran bleu, disponible uniquement dans les boutiques de la marque:


La boutique n'est pas dans sa configuration définitive puisqu'elle recevra de nouveaux meubles après Baselworld. Mais sa visite est d'ores et déjà recommandée afin de découvrir dans un cadre aéré et confortable la collection de la manufacture saxonne de Swatch Group.

samedi 12 décembre 2015

Quelques mots sur la perception de la taille des montres

Je lis très souvent des commentaires sur les forums et autres réseaux sociaux de la part de personnes, qui, à la lecture des dimensions officielles d'une montre, considèrent que son diamètre est soit trop grand soit trop petit sans se donner la peine de l'essayer. Or le critère le plus important, au-delà du confort,  est celui du rendu esthétique au poignet. Or, ce n'est pas le diamètre du boîtier mais bien la taille perçue qui détermine si ce rendu est harmonieux ou pas.

Ceci est bien connu mais il est tout de même important de rappeler que deux montres d'un même diamètre peuvent avoir des tailles perçues très différentes. Plusieurs paramètres, tout aussi importants que le diamètre du boîtier l'influencent:
  • la couleur du cadran (une montre sombre est ressentie comme plus petite qu'une montre claire)
  • la présentation du cadran (un cadran épuré agrandit la montre)
  • le type de rehaut
  • l'ouverture du cadran
  • la forme et la taille de la couronne et des poussoirs éventuels
  • la longueur et la forme des cornes
Et cette liste n'est pas exhaustive.

Prenons un exemple de deux montres aux diamètres quasiment identiques: à gauche, le nouveau  chronographe 1815 édition boutique de Lange & Söhne, à droite, la première version qui date de 2004. La montre de gauche possède un diamètre de 39,5mm, celle de droite de 39mm. Et pourtant l'écart de taille perçu semble beaucoup plus important. Cela s'explique très aisément.


Les éléments qui augmentent la taille perçue de la montre de gauche sont:
  • la lunette du boîtier plus fine qui augmente l'ouverture du cadran
  • le rehaut est plus fin et moins incliné.
  • la zone centrale du cadran plus aérée comme le prouve la superficie des sous-cadrans
  • les couleurs dominantes plus claires
Le cumul de ces détails qui semblent anodins lorsque pris un par un crée un écart visuel entre les deux montres supérieur au demi-millimètre de différence de diamètre. La conclusion de cette petite démonstration est très simple: rien ne remplace le test au porter car les véritables sensations, celles qu'on éprouve lorsque la montre est au poignet, peuvent infirmer voire contredire un jugement initial au bout du compte sans réel fondement. Il ne faut donc pas s'attarder uniquement aux diamètres des boîtiers!

dimanche 6 décembre 2015

Giancarlo Maffi et Riccardo Zannetti: Montre for Chef

La cuisine fait partie du patrimoine de l'Italie et les meilleurs chefs de la Péninsule sont considérés comme de véritables artistes. Malheureusement, leur art est très éphémère puisque leurs créations qui sollicitent nos papilles gustatives disparaissent quelques minutes après avoir été servies. Partant de ce constat, Giancarlo Maffi, professionnel de l'horlogerie depuis plusieurs décennies, s'est associé à Riccardo Zannetti pour définir une collection d'une douzaine de montres qui rendent hommage à de prestigieux chefs italiens et qui surtout figent dans le temps et pérennisent leurs oeuvres culinaires. 

La montre Sud (Mauro Uliassi):


Chacune des montres de la collection "Montre for Chef" est dédiée à un de ces chefs à travers deux éléments. Le premier, le plus anecdotique, est la gravure du nom du chef sur la carrure de la montre. Le second est, si j'ose dire, le plat de résistance! Chaque cadran représente soit le plat préféré ou tout du moins le plus symbolique du chef, soit des ingrédients. Ainsi, l'observation de ces douze cadrans nous donne un aperçu de la créativité et de la diversité de la cuisine italienne bien éloignées de l'image tronquée que nous en avons.

Le mouvement ETA2824-2:


Dans le contexte de ce thème original, l'association entre Giancarlo Maffi et Riccardo Zannetti devenait presque une évidence. Riccardo Zannetti, depuis son atelier situé via Monte d'Oro à Rome, se distingue par sa créativité et par le large éventail des thèmes qu'il aborde. La représentation de plats ne devait donc pas l'effrayer et en tant que défenseur et promoteur de la culture italienne, il ne pouvait être que séduit par l'ambition du projet de Giancarlo Maffi.

Le nom du chef est gravé sur la carrure:


Ainsi, avec sa touche particulière et sous certains aspects naïve, il parvient à recréer toute la richesse des couleurs, des formes, des textures de cette cuisine italienne que j'aime tant. Des pâtes aux tomates, en passant par la mozzarella, les poissons, la seiche et autres fruits de mer, Giancarlo Maffi et Riccardo Zannetti nous offrent un voyage fort appétissant même si certaines représentations sont plus simples à appréhender que d'autres... Un peu comme les plats j'imagine, certains devant exiger une sorte d'initiation pour profiter pleinement des saveurs.

Sale, Olio, Grano (Ciccio Sultano):


Les montres sont sans surprise basées sur les mêmes principes que la plupart des pièces du catalogue de Zannetti à savoir un boîtier de 47mm afin d'offrir un cadran suffisamment large. Elles sont animées par un calibre ETA 2824-2 qui est un mouvement extrêmement répandu et fiable ce qui est un excellent point dans le cadre de cette collection: l'intérêt réside avant tout dans le thème du cadran. Une montre cependant se distingue du lot. Il s'agit de celle dédiée à Massimo Bottura, le chef triplement étoilé au guide Michelin et dont le restaurant se trouve à Modène. Le boîtier est recouvert d'un PVD noir afin de mettre en valeur le cadran représentant le fameux plat "Camouflage" qui est une sorte de fine couche marbrée constituée d'un lièvre au sang, avec du cacao, du foie gras, de l'écume d’expresso et du sucre caramélisé. Un plat bien délicat à imaginer et à peindre!


Malheureusement, je n'ai pas eu l'opportunité de voir l'ensemble des montres mais les trois que j'ai pu  manipuler m'ont laissé une impression positive. Le côté artisanal du cadran, et comme je l'ai précisé auparavant, naïf, colle bien à l'esprit de la collection qui se veut avant tout colorée et vivante. Une approche esthétique plus sophistiquée aurait peut-être donné trop de formalisme dans la représentation. La rigueur est certes de mise dans les cuisines des chefs qui fonctionnent comme de petites armées mais le résultat doit être surprenant et solliciter plusieurs de nos sens. Je trouve que les cadrans de Zannetti traduisent bien ces multiples sollicitations.

La plus spéciale du lot, la montre Camouflage (Massimo Bottura):


Chaque chef a bien entendu adhéré au concept et acheté la montre qui lui correspond. La douzaine de montres est sinon disponible à la clientèle à un prix autour de 4.500 euros. Alors, si vous êtes un admirateur d'un des douze chefs italiens impliqués dans le projet, pourquoi ne pas porter son plat fétiche au poignet? Cela ne remplacera certes pas le plaisir de la dégustation mais la montre constituera un rappel permanent d'un moment agréable.


En tout cas, la démarche de Giancarlo Maffi est intéressante car malgré la sur-médiatisation du monde culinaire et des chefs, l'horlogerie n'est pas encore véritablement entrée dans les cuisines. Elle y arrive petit à petit avec des partenariats de plus en plus présents avec des chefs et avec des placements d'horloges dans certains restaurants. Ce n'est pas si surprenant, un vrai chef sait que le sens du timing est une qualité nécessaire pour réussir les plats.


Merci à Giancarlo Maffi pour sa présentation.

Les plus:
+ un thème très rarement abordé dans l'horlogerie
+ l'approche colorée et naïve qui colle bien avec le sujet
+ un mouvement fiable et sans histoire
+ vous ne risquez pas de rencontrer votre voisin avec la même montre au poignet

Les moins:
- des résultats inégaux entre les montres: certains cadrans semblent un peu confus
- le mouvement est un peu perdu dans le boîtier, un fond totalement plein aurait été mieux indiqué
- les cadrans peuvent donner faim!

Lange & Söhne: Chronographe 1815 Edition Boutique

Le chronographe 1815 fut pour la première fois présenté en 2004 mais il ne resta que 3 ans dans le catalogue de Lange & Söhne. Cette montre occupait une place singulière dans la collection et se distinguait par son échelle pulsométrique, son rehaut incliné et ses sous-cadrans décalés vers le bas du cadran. Le retrait de la grande date par rapport au Datograph cassait la construction du triangle équilatéral parfait dessiné par le double-guichet et les sous-cadrans mais il n'en demeurait pas moins qu'il se dégageait beaucoup de charme de cette montre.


Les principaux reproches qui étaient émis à son encontre étaient connus (une réserve de marche de 36 heures considérée comme trop courte et la petite taille des sous-cadrans) et Lange veilla à les corriger lorsque la version suivante du chronographe fut dévoilée en 2010. Disponible en or gris ou en or rose, cette nouvelle version, qui constitue toujours celle qui est présente dans le catalogue, adopte un style beaucoup plus épuré. Alors que le diamètre du boîtier ne gagne qu'un demi-millimètre, le chronographe 1815 actuel, du fait de sa lunette plus fine et de son cadran plus aéré, semble beaucoup plus grand. Cependant, je pense que ce qu'il gagne du point de vue du confort de lecture et de l'aspect pratique avec la réserve de marche élargie est perdu du côté du caractère. Il faut bien l'avouer: à trop vouloir épurer, ce chronographe n'est pas loin d'engendrer l'ennui et je continue à nettement préférer la version initiale.


C'est dans ce contexte que Lange & Söhne vient de présenter l'édition boutique en or gris du chronographe 1815 lors de la dernière édition de Watches & Wonders. Et pour mon plus grand plaisir, l'approche esthétique et le style du premier chronographe refont leur grand retour... tout en profitant des apports de la version actuelle. En effet, le chronographe 1815 édition boutique se caractérise par son échelle pulsométrique et son rehaut incliné... tout comme la montre de 2004! Mais la subtilité est qu'il ne s'agit pas d'un clone et que cette édition boutique comporte suffisamment d'éléments distinctifs pour la reconnaître au premier coup d'oeil.


La différence immédiatement perceptible se situe au niveau des deux aiguilles principales qui sont dorénavant en or rhodié. Si elles contrastent moins avec le cadran en argent massif que les deux aiguilles en acier bleui du chronographe initial, elles apportent beaucoup de douceur et de raffinement. Mais l'élément qui contribue le plus selon moi à la réussite de cette édition boutique est l'utilisation d'inscriptions bleues sur toutes les zones du cadran: partie centrale, nom de la marque, compteurs, chiffres arabes, échelle pulsométrique périphérique, toutes ces zones sont décorées de ce bleu profond qui parfois semble très proche du noir et dans d'autres conditions de lumière tend vers le bleu clair. Ce bleu se mélange harmonieusement avec l'argent massif et ces multiples touches bleutées (soutenues par le bracelet bleu foncé se dégagent au final sans que la montre ne tombe dans le bleu absolu. Il n'y a donc aucun risque de lassitude.


Le cadran dans son ensemble apparaît plus équilibré que celui du premier chronographe 1815. Son ouverture est légèrement supérieure et le rehaut est également un soupçon moins large et moins incliné. La zone centrale profite donc d'un diamètre plus important permettant ainsi d'élargir légèrement la taille des sous-cadrans et améliorant ainsi la lecture des minutes du chronographe.

Si le cadran est très séduisant, que dire du mouvement L951.5? Certes, il est strictement identique à celui de la version catalogue actuelle mais c'est toujours un véritable régal pour les yeux. J'ai déjà beaucoup écrit sur les mouvements chronographe de Lange. Je ne vais donc revenir en détail sur les finitions techniques et décoratives irréprochables, sur le compteur des minutes instantané et sur la sensation de profondeur que le calibre procure. Tout ce que je souhaite rappeler est son comportement au quotidien qui donne beaucoup de plaisir à son utilisateur que ce soit lors du remontage ou lors de l'activation des poussoirs, y compris lors du retour en vol. La basse fréquence (2,5hz) est un rappel très agréable des mouvements chronographe traditionnels et la réserve de marche est maintenant portée à 60 heures. Le mouvement L951.5 se reconnaît facilement lorsqu'il est comparé au mouvement L951.0 du chronographe de 2004: son balancier est à masselottes alors que celui de la montre d'origine est à vis. Sinon, leurs attraits et charmes demeurent identiques.


Le test au porter s'est avéré en outre très concluant car très vite j'ai pu apprécier l'équilibre de la montre, les reflets des inscriptions bleus et le subtil soleillage des sous-cadrans. Le chronographe 1815 édition boutique possède une taille raisonnable, un style traditionnel mais rassemble suffisamment d'éléments dynamiques pour qu'il ne tombe pas dans un trop grand classicisme. Je le trouve d'ailleurs plutôt contemporain grâce au jeu de couleurs qu'il offre. Alors, même s'il n'est pas d'une très grande originalité car n'étant qu'une évolution du chronographe de 2004 (ce que le communiqué de presse élude complétement faisant démarrer son existence en 2010!), il est avant tout un magnifique chronographe de haut niveau animé par un mouvement qui est une référence de son segment.


Merci à l'équipe Lange & Söhne de la boutique de la rue de la Paix.

Les plus:
+ le retour du style du chronographe de 2004
+ la beauté et l'équilibre du cadran
+ le plaisir procuré par le mouvement L951.5
+ les finitions des éléments

Les moins:
- les aiguilles principales moins lisibles que les aiguilles bleuies

dimanche 29 novembre 2015

Salon Belles Montres: rebondir ou mourir

L'édition 2015 du Salon Belles Montres vient de s'achever sur un constat sans surprise car prévisible depuis de nombreuses semaines. Le Salon poursuit sa descente et n'arrive pas à sortir du cercle vicieux dans lequel il est entré depuis plusieurs années: pour n'avoir pas su se renouveler, il souffre d'un plateau de marques exposantes qui s'affaiblit  entraînant une baisse de fréquentation de la part des visiteurs "à potentiel" et des amateurs d'horlogerie et ceci conduisant à une réticence des marques à se réengager avec le Salon.

Pourtant, le regroupement du Salon Belles Montres et du Salon de l'Homme au sein d'un même espace pouvait laisser entrevoir un regain d'intérêt et l'espoir d'attirer une nouvelle clientèle plus "mode" et "lifestyle", un thème cher aux équipes marketing des marques. Hélas, en visitant l'espace au Carrousel du Louvre, j'ai vraiment eu le sentiment que cet objectif n'était pas atteint et qu'une frontière invisible mais bien réelle existait entre les deux  Salons. 

Girard-Perregaux fut un des principaux exposants cette année:


L'organisation a évidemment une part de responsabilité dans cet échec. D'abord parce que j'ai l'impression qu'elle ne maîtrise que partiellement les ressorts du luxe (un paradoxe!), ensuite parce les animations autour du Salon ont été d'une rare indigence: comment peut-on qualifier de "vernissage VIP Presse" une soirée où le vestiaire est payant (!), les boissons payantes (!!) et lorsque les marques pouvaient offrir un peu de champagne, elles ne pouvaient le faire qu'avec des flutes en plastique? Comment peut-on présenter un tel plateau de conférence avec un seul et unique thème autour de l'horlogerie? Enfin, l'éclairage demeurait toujours aussi faiblard, les vitrines étaient trop petites, le confort des exposants était relatif et tout ceci n'incitait pas les marques ayant fait l'effort de participer à cette édition de revenir. Je ne parle même pas de la fouille à la sortie du Salon, un grand moment de n'importe quoi mais tous les visiteurs ont su faire preuve de philosophie et de patience compte tenu des circonstances particulières qui règnent sur Paris.

Zannetti rendit hommage à Paris avec cette montre qui n'est pas à la vente:


Je ne leur jette cependant pas la pierre car la tâche était dès le départ extrêmement difficile, pour ne pas dire insurmontable. Mettez-vous à la place des marques. Pourquoi investir des budgets supplémentaires (et ils sont maintenant extrêmement rares) dans un Salon qui n'a pas donné l'impression, depuis plusieurs années, d'attirer des clients potentiels? Ces derniers ont de toutes les façons tout le loisir de visiter les multiples points de vente qui se sont ouverts sur Paris (détaillants, boutiques, grands magasins). Ainsi, pourquoi payer 15 euros pour voir des montres que l'on peut manipuler en toute quiétude et de façon plus confortable chez Bucherer, chez Dubail ou au Printemps à 200 mètres du Salon? Réticence de la part des marques, réticence de la part des visiteurs, l'équation semble insoluble. Il est vrai que le paysage horloger s'est beaucoup transformé depuis la première édition du Salon. L'offre horlogère est maintenant surreprésentée à Paris et les aspirations de la clientèle ont aussi fortement évolué.

L'esprit de Gérard Depardieu soufflait sur le salon grâce à Cvstos:


A vrai dire, les difficultés du Salon trahissent celles de l'industrie horlogère. L'idée d'attirer un public plus "lifestyle" n'est pas en-soi mauvaise. Mais elle repose sur une illusion. Aujourd'hui, les marques, quelques unes mises à part, sont dans l'incapacité de séduire cette clientèle: elles n'ont ni les codes, ni les messages, ni la réactivité ni surtout les produits! Donc à ce stade, tant que l'industrie horlogère n'aura pas fait sa véritable révolution culturelle et adapté sa production (et ses prix!) aux relais de croissance, il faudra bien continuer à s'adresser à la clientèle traditionnelle qui demeurera, de toutes les façons, le socle. 

Alors comment le Salon Belles Montres peut se sortir de cette impasse pour rendre envisageable une prochaine édition?

Armin-Strom et ses montres squelettées ont séduit les visiteurs:


Je vois plusieurs axes de réflexion qui doivent incarner une stratégie de rupture par rapport à l'existant. Sinon, ce n'est même pas la peine de venir se présenter devant les marques.

1) Le lieu et le décor doivent être changés. Trop d'éditions au même endroit, toujours les mêmes stands et vitrines, une adresse prestigieuse mais absolument pas "classe": l'espace du salon n'est pas compatible avec la tenue d'un salon horloger de haut niveau. SalonQP se déroule à la Saatchi Gallery, Passion for Watches à Bruxelles au Cercle de Lorraine et pour avoir assister à ces salons, je peux vous dire que c'est autrement plus distingué et luxueux. 

2) Il faut de nouveau attirer les indépendants et les "petites" marques. Les grandes marques seront maintenant toujours réticentes pour les raisons évoquées plus tôt. La participation au Salon apparaîtra comme une dépense inutile compte tenu de leur distribution sur Paris. Alors la question est de savoir comment. Une première idée consiste à changer de date. Novembre est trop chargé et 15 jours après le SalonQP, personne ne voudra sérieusement enchaîner sur un second salon. Faut-il de même conserver l'ouverture le dimanche? Une contrainte de plus pour les exposants sans que cela attire les visiteurs les plus intéressés (et intéressants) qui seront déjà passés.

La palme du plus beau stand revint à Vacheron-Constantin:


3) Il faut remettre l'église au centre du village: l'horlogerie doit être  le thème central du Salon avec des  conférences de grande tenue faites par des autorités c'est-à-dire des noms capables d'attirer les collectionneurs.

4) Le Salon doit s'internationaliser. Il est aujourd'hui franco-français avec une stratégie de communication purement locale. Les relais médias d'influence sont quasiment tous absents et cela n'incite guère les marques à participer. Je n'évoque même pas le compte Instagram qui a commencé à publier des photos le jour de l'ouverture. Un tel compte Instagram doit s'animer des mois à l'avance.

5) Le Salon doit enfin clairement définir sa cible. A sa création, le Salon avait adopté une stratégie grand public, qui fonctionnait bien à l'époque, pour faire découvrir l'horlogerie au plus grand nombre. La maturité du public a évolué et les marques se déplaceront plus facilement si les acheteurs potentiels sont présents. C'est la stratégie adoptée par SalonQP qui ne rentre pas dans une course au nombre de visiteurs mais qui se focalise sur la qualité et le potentiel de ces visiteurs. Ce n'est pas un critère de moyens financiers puisque le plateau de cette année à Londres regroupaient des montres de quelques centaines d'euros à plusieurs centaines de milliers. Alors, grand public ou amateurs/collectionneurs, il faut choisir et éviter de se retrouver dans une situation hybride qui ne satisfait personne.

6) Enfin, le Salon aurait peut-être intérêt à s'appuyer plus sur les détaillants pour inviter leurs clients. La réussite du Salon de Jean et Jean-Yves Perini à Bruxelles ou à Luxembourg repose sur cette intégration des détaillants. Pourquoi cela ne serait-pas possible sur Paris?

Une des stars du Salon, le chronographe Vacheron Constantin Historiques Cornes de Vache 1955:


Les pistes de réflexion sont multiples et je suis sûr que nous sommes nombreux à souhaiter la résurrection du Salon Belles Montres. Il fut le premier véritable salon dédié aux clients finaux, il fut le meilleur du genre pendant plusieurs années. L'absence de changement, de prise de risque (un mal très français) lui a fait perdre de sa superbe étant maintenant nettement dépassé par d'autres événements comme SalonQP. Mais je garde espoir à condition qu'une bonne fois pour toute, une profonde remise en question soit menée. De toutes les façons, sans cet exercice, aucune marque, grande ou petite, ne voudra revenir.

Pour finir sur une note optimiste, le Salon 2015 réserva tout de même quelques bonnes surprises avec la présence d'horlogers chez Vacheron-Constantin et Girard-Perregaux notamment. Vacheron-Constantin se distingua d'ailleurs avec son magnifique stand qui offrait la possibilité de voir le chronographe Cornes de Vache et la toute dernière version de la Patrimony Répétition Minutes. J'ai également eu le plaisir de retrouver les équipes de Czapek et d'Armin Strom après le SalonQP sans oublier les amis de Zannetti que j'avais vu à Rome cet été. Des moments de plaisir qui rappellent le glorieux passé du Salon.

Lange & Söhne: 1815 "200th Anniversary F.A. Lange" en Or Miel

Lange & Söhne a décidé d'accorder au 200ième anniversaire de la naissance de Ferdinand-Adolph Lange toute l'attention qu'il mérite. Ainsi, ce n'est pas une mais bien deux séries limitées de la 1815 40mm qui lui sont consacrées. Si la première, présentée en février, se distinguait par son cadran noir, la seconde, qui fut dévoilée lors de la dernière édition de Watches & Wonders, comporte deux originalités: l'utilisation d'un boîtier en or miel et un cadran en argent massif grainé.

L'or miel effectue donc son grand retour après avoir fait son apparition de façon exclusive chez Lange & Söhne en 2010 dans le cadre d'un triptyque composé de montres en série limitée célébrant le 165ième anniversaire de la création de la manufacture: le Tourbograph, la Lange One Tourbillon et la 1815 Phases de Lune. Si ces 3 pièces se caractérisaient par leur approche décorative particulière et élaborée (guillochage du cadran, gravure sur le mouvement etc...), la 1815 200ième anniversaire adopte un style beaucoup plus pur qui permet de profiter pleinement du potentiel de l'or miel.


L'or miel a deux intérêts: le premier est sa résistance deux fois supérieure à celle des autres alliages traditionnels en or. Le second correspond au rendu du boîtier qui selon les conditions de lumière varie fortement. C'est là tout l'intérêt de cette 1815 200ième anniversaire. Le boîtier semble en permanence changer de matériau, passant de l'or gris à l'or jaune en une fraction de seconde. La montre gagne ainsi en subtilité et en chaleur par rapport à la version en platine dont le rendu est beaucoup plus stable.

Contrairement aux modèles en or de la collection permanente, la 1815 200ième anniversaire n'utilise pas les aiguilles en acier bleui mais des aiguilles en or miel également. Je retrouve ici l'esprit de la première 1815 en or rose qui combinait boîtier et aiguilles du même matériau avec un cadran en argent. Ce sont d'ailleurs ces deux aiguilles (sans oublier celle de la trotteuse!) qui permettent de savoir au premier coup d'oeil que nous sommes en présence d'une série limitée. Puis, en observant de près le cadran, sa texture originale apparaît  de façon plus claire et son aspect grainé se détache. J'aime beaucoup cette texture qui reste cependant très douce contrairement à certains cadrans grainés, notamment en platine, que j'ai pu voir par ailleurs. Ce cadran lui aussi contribue à la subtilité et à l'élégance de la montre car de prime abord, il semble presque identique aux cadrans en argent des montres de la collection permanente. Puis, insensiblement, le rendu grainé devient plus perceptible et définit un fond de cadran qui met en valeur les couleurs du boîtier et des aiguilles: une idée finalement simple et bienvenue qui apporte une vraiment touche singulière à cette 1815.


La 1815 200ième anniversaire en or miel est ainsi une évolution esthétique extrêmement séduisante de la 1815 40mm tout en étant plus raffinée que la version en platine. De plus, je retrouve toutes les qualités de base du modèle d'origine: l'équilibre du boîtier qui offre une présence au poignet sans que la montre ne semble disproportionnée, le style germanique qui marie rigueur et distinction comme le prouvent les chiffres arabes, les index et le chemin de fer périphérique, sans oublier les performances du mouvement L051.1. Ce dernier possède une fréquence de 3hz et une réserve de marche de 55 heures. Fini avec soin et très agréable à regarder, il s'apprécie avant tout à l'usage grâce aux sensations parfaites qu'il procure au remontage... un vrai plus pour une montre à remontage manuel.

Le mouvement L051.1, ici dans le boîtier en platine:


Alors, évidemment, comme avec la série limitée en platine, je regrette que Lange & Söhne n'ait pas fait preuve de plus d'audace pour une montre célébrant un tel anniversaire avec, par exemple, l'adjonction d'une complication. Mais le retour de l'or miel dans un contexte plus sobre que celui du triptyque de 2010 est une excellente nouvelle et le cadran grainé est une vraie originalité au sein de la manufacture saxonne. Ne boudons pas notre plaisir, cette 1815 est après tout une des plus belles montres 3 aiguilles du segment de la haute horlogerie.


Merci à l'équipe de la boutique Lange & Söhne de la rue de la Paix à Paris.

Les plus:
+ le plaisir de retrouver l'or miel dans un contexte plus sobre
+ la petite touche d'originalité apportée par le cadran grainé
+ le plaisir du remontage quotidien du mouvement L051.1
+ une montre habillée avec une belle présence au poignet tout en conservant une taille raisonnable

Les moins:
- deux séries limitées basées sur la même montre célébrant le même anniversaire, n'est-ce pas une de trop? 

mercredi 25 novembre 2015

Montblanc: 1858 Chronographe Tachymeter Edition Limitée (en or rouge)

Présenté lors du dernier SIAR à Mexico, le 1858 Chronographe Tachymeter symbolise deux orientations stratégiques significatives de la part de Montblanc. La première consiste à accentuer la tendance initiée avec le Chronographe Heritage Spirit Pulsograph et qui a pour but de proposer les mouvements Villeret dans un contexte tarifaire plus raisonnable que celui de la collection éponyme. La seconde est la démonstration de la volonté de Montblanc d'élargir sa palette esthétique à travers la toute nouvelle collection 1858 qui rend hommage à Minerva.


Le catalogue de Montblanc était jusqu'à maintenant composé de  plusieurs collections qui se complétaient intelligemment mais il manquait peut-être une dimension fondamentale de nos jours, presque indispensable pour le succès d'une marque généraliste: celle qui incarne le style néo-rétro. La collection 1858 offre cette opportunité et témoigne du travail de fond effectué par Jérôme Lambert depuis son arrivée à la tête de la marque. Cette arrivée est pourtant récente mais le changement de la structure du catalogue est nettement perceptible: la collection Star, peut-être celle qui auparavant était la plus porteuse des éléments reconnaissables de l'image de Montblanc (étoile, police de caractère) laisse petit à petit sa place à la collection Heritage, plus classique et raffinée tandis que la collection Timewalker s'affirme comme la vision contemporaine voire futuriste de la marque. La collection Rieussec s'étoffe en s'appuyant sur des mouvements de manufacture tandis que la collection Villeret évolue de plus en plus vers l'horlogerie d'exception.


Il est d'ailleurs intéressant de noter que cette dernière collection est dorénavant presque exclusivement composée de montres à tourbillon ou à complications rares (Metamorphosis ou Chronographe Bi-Fréquence), conséquence de la volonté de Montblanc de proposer les mouvements chronographe traditionnels Villeret dans d'autres contextes. Le 1858 Chronographe Tachymeter en est la démonstration.

La nouvelle collection 1858 a pour but de célébrer la prestigieuse contribution de la Manufacture Minerva à l'histoire de l'horlogerie suisse. Mais elle est bien plus que cela. Elle réaffirme l'intégration de Minerva au sein de la Manufacture Montblanc et d'ailleurs l'utilisation de mouvements Villeret dans cette collection ou dans la collection Heritage prouve que la stratégie précédente qui isolait les mouvements Villeret dans une collection spécifique est bel et bien terminée. De plus, elle offre l'opportunité à Montblanc de rentrer dans un nouveau territoire stylistique. Avec leurs aiguilles Cathédrale et leurs chiffres arabes luminescents, leurs boîtiers imposants et  élancés, leurs mouvements à remontage manuel, les montres de la collection 1858 puisent leur inspiration dans plusieurs pièces du passé de Minerva et notamment dans les montres de pilote. Ce choix esthétique conforté par l'utilisation du logo historique de Montblanc crée une sorte de lien avec l'horlogerie de la première moitié du XXième siècle et a pour but de construire une légitimité et une antériorité à l'ambition horlogère récente de la marque. C'est, il faut l'avouer, très intelligemment fait.


Le 1858 Chronographe Tachymeter est incontestablement la montre la plus  intéressante de cette collection. Pour une raison toute simple: alors que la montre à 3 aiguilles utilise un calibre Unitas (un choix un peu étonnant pour un hommage à Minerva!), le 1858 Chronographe Tachymeter est animé par le superbe mouvement M16.29 en provenance de la manufacture de Villeret. Le choix de ce mouvement a deux intérêts: son diamètre propre de 38,4mm le rend approprié au boîtier de 44mm qui caractérise la collection 1858. Et surtout il se distingue du mouvement M13.21 qui équipe le Chronographe Heritage Spirit Pulsograph présenté l'année dernière.

Montblanc a particulièrement veillé à proposer cette année un chronographe radicalement différent de celui de l'année dernière. Taille du boîtier, couleur dominante du cadran, esthétique beaucoup plus énergique, mouvement monopoussoir, type d'échelle périphérique, tout finalement oppose le 1858 Chronographe Tachymeter à son cousin de l'année dernière. Je dois avouer que j'ai une nette préférence pour celui de cette année qui possède plus de caractère et un cadran à la qualité perçue supérieure.


Malgré sa taille imposante, qui est de plus accentuée par la couronne monopoussoir proéminente, le 1858 Chronographe Tachymeter offre un sentiment d'équilibre grâce à la position des deux sous-cadrans et à l'échelle tachymétrique périphérique qui crée une harmonie d'ensemble. Les chiffres luminescents et les aiguilles se marient parfaitement et sont exécutés avec beaucoup de soin. Rien ne bave et la matière luminescente a été apposée de façon nette. En revanche, la dimension de l'aiguille des minutes fait que dans certaines positions, elle peut rendre difficile la lecture du compteur du chronographe. Mon seul véritable bémol concernant le cadran est inhérent à la stratégie de Montblanc. La marque veut faire savoir que la Manufacture de Villeret a intégré sa structure de production et cela se voit. Le logo historique, certes approprié dans ce contexte néo-rétro est tout de même imposant et j'aurais apprécié qu'il soit plus discret. Cela ne gâche finalement pas le plaisir car prédominent le dynamisme du design lié au contraste entre le boîtier en or rouge et le cadran noir ainsi que la puissance de l'inspiration des montres de pilote.


Le boîtier est bien entendu à la hauteur de l'ambition de Montblanc et présente un rapport diamètre sur épaisseur (13,5mm) qui donne à la montre un aspect relativement élancé. Si ses finitions sont irréprochables, il ne présente pas de véritable originalité. Un petit peu plus d'audace à ce niveau aurait été la bienvenue. Les cornes sont plutôt longues mais très incurvées et la montre se positionne bien sur le poignet... à condition que sa taille soit suffisante!

Mais évidemment, le point d'intérêt majeur du 1858 Chronographe Tachymeter réside dans son mouvement M16.29. Ce mouvement est une merveille visuelle avant tout grâce à son architecture. Large, occupant généreusement le boîtier, offrant de multiples effets de profondeur et des courbes fines et sensuelles, il constitue le meilleur de ce qu'est un calibre chronographe traditionnel de haut niveau. Je retrouve ici tout ce que j'aime dans ce type d'horlogerie: un balancier imposant de 14,5mm à basse fréquence (2,5hz), une finition exceptionnelle vierge de tout effet de style inutile sans oublier le petit plus des mouvements Minerva: la finition du levier avec la flèche à son extrémité, une touche de raffinement supplémentaire. 


La contrepartie de cette approche traditionnelle est assurément des performances en retrait par rapport à des mouvements de conception plus récente: fréquence oblige, il ne mesure que les 5ièmes de seconde, la réserve de marche est plutôt courte (mais pas ridicule non plus avec une cinquantaine d'heures), le compteur des minutes est semi-instantané et l'embraye est horizontal. Mais ce dernier point ne m'a jamais dérangé sur un mouvement à remontage manuel, bien au contraire! Je le trouve visuellement plus beau. Enfin, ce qui compte le plus avec une telle complication est sa sensation à l'usage. Grâce à des finitions techniques et décoratives de haut niveau, l'enclenchement du chronographe, son arrêt et sa remise à zéro sont très agréables et parfaitement dosés. La sensation est nette et précise. Incontestablement, le mouvement M16.29 fait partie des calibres chronographe à remontage manuel de référence du marché de la haute horlogerie au même titre, dans un style différent, que celui du Datograph.


Le 1858 Chronographe Tachymeter, disponible dans le cadre d'une série limitée de 100 pièces, est donc le véritable fer de lance de la nouvelle collection 1858. Il impose son caractère, sa puissance et la beauté irrésistible de son mouvement. Sa présence au poignet, le contraste entre la couleur du boîtier et celle du cadran ne le rendent pas très discret. Il n'en demeure pas moins extrêmement séduisant. Mais l'objectif pour Montblanc est bien de faire savoir que la capacité de la manufacture de Villeret va dorénavant s'exprimer de façon plus tangible dans le catalogue de la marque et à des prix plus en phase avec le marché. Cette montre en est la parfaite démonstration.

A noter que la collection 1858 s'étoffera avec de nouvelles pièces lors du prochain SIHH.

Merci à l'équipe Montblanc pour son accueil pendant le SalonQP 2015.

Les plus:
+ une montre possédant plus de caractère que l'Heritage Spirit Pulsograph
+ la finition des éléments
+ la beauté irrésistible du mouvement M16.29 adapté à la taille du boîtier
+ le son du mouvement à basse fréquence
+ un prix somme toute raisonnable pour un tel contenu horloger (30K euros)

Les moins:
- un logo un peu trop imposant
- un poignet suffisamment grand est requis pour profiter de la montre compte tenu de sa taille
- des performances techniques en retrait par rapport à des calibres de conception plus récente.. mais c'est ce qui fait le charme de la montre et son attrait auprès des collectionneurs!