Urwerk: UR-110 Eastwood

Quelques jours avant le SalonQP, nous fûmes quelques privilégiés à recevoir une invitation très spéciale de la part d'Urwerk. Un rendez-vous un vendredi matin, pendant le Salon... non pas autour de la Saatchi Gallery mais dans l'atelier du célèbre couturier anglais Timothy Everest à quelques encablures de la gare de Liverpool Street. Notre curiosité était piquée au vif et comme l'un des invités me le précisait: "je n'ai aucune idée de ce que je fais ici mais je suis sûr que cela va être passionnant à découvrir!".

Elder Street:

 

Je dois avouer que j'étais tout aussi perplexe et excité à la fois. Urwerk est une marque qui fait partie de mes favorites pour de très nombreuses raisons: la capacité à réinventer le vieux principe de l'heure vagabonde, la cohérence du design avec l'affichage du temps, les prouesses techniques, l'exclusivité, la disponibilité de l'équipe... je pourrais en citer bien d'autres. Alors ce n'étaient pas les caprices de la Circle Line (dont je ne comprendrais jamais dans quel sens circulent les trains) qui allaient m'empêcher de découvrir la surprise proposée par Felix Baumgartner et Martin Frei... sans oublier notre hôte de la matinée!

L'atelier de Timothy Everest:


Ce n'était décidément pas une journée comme les autres: en sonnant à l'atelier situé dans la charmante et typique Elder Street, sorte d'îlot entouré par les immeubles de la City, je découvris un Timothy Everest avec un bras en écharpe. Un peu gênant pour quelqu'un qui doit manipuler les ciseaux et le mètre... mais ce désagrément très provisoire dû à une mauvaise chute à vélo n'allait pas l'empêcher d'être stylé! Même dans les situations les plus inhabituelles, un dandy reste un dandy! J'imagine le soin apporté au choix du tissu qui allait soutenir le bras!

Une très jolie décoration et tous les autres cadres sont à l'avenant:


Je pensais d'ailleurs la même chose de Felix Baumgartner et de Martin Frei, tirés à 4 épingles dans leurs superbes vestes 3/4 cintrées dessinées bien évidemment par Timothy himself... mais bon, nous n'étions pas là que pour parler mode et chiffons même dans ce lieu ô combien agréable et furieusement british car il y avait bel et bien une histoire de montre au bout du compte!

Martin Frei, Timothy Everest et Felix Baumgartner:


La véritable surprise était donc là: l'événement était organisé pour nous présenter les ultimes versions de l'UR-110 déclinées dans un contexte nouveau pour Urwerk, celui d'un partenariat avec Timothy Everest. De prime abord, une telle idée peut sembler farfelue. Après tout, il est difficile d'imaginer une plus forte opposition de style que celle entre les réalisations classiques et traditionnelles d'Everest et les montres audacieuses dessinées par Martin Frei! C'est bien là tout l'intérêt de ce projet commun. S'il ne fallait associer que des démarches allant toujours dans le même sens, cela ne générerait que de l'ennui. Les étincelles sont provoquées par l'affrontement des caractères!

Ces tissus ne sont pas là par hasard!


Les deux UR-110 Eastwood sont le résultat d'une rencontre entre deux mondes, celui de la mode et de l'horlogerie qui trouvent ici un point d'équilibre subtil et délicat à atteindre. Elles donnent l'occasion de découvrir une nouvelle facette d'Urwerk, peut-être moins contemporaine, moins stricte mais assurément plus chaleureuse, un peu comme si l'histoire de la marque avait démarré il y a quelques décennies non pas à Genève mais dans cet atelier à Londres.

L'UR-110 Eastwood à teinte sombre:


Elles rappellent également qu'il existe bien plus de points communs entre Urwerk et Timothy Everest que nous le pourrions le penser. Dans chaque cas, je retrouve la volonté d'atteindre la perfection dans la pratique de son métier, l'hommage à la tradition, le plaisir de produire dans de très petites séries, en d'autres termes, un véritable travail d'artisan. Et puis... les yeux exercés savent reconnaître les détails plein d'originalité qui émaillent les créations d'Everest, sûrement moins perceptibles que ceux d'Urwerk mais bien réels!

L'UR-110 Eastwood à teinte vive:


La véritable question était donc de savoir comment aller s'intégrer la touche de Timothy Everest dans cette UR-110 qui se distingue par son échelle des minutes verticales et par l'effet de parallélisme des satellites supportant les plots des heures et les aiguilles qui longent la graduation. L'UR-110 n'est pas une UR-103 qui aurait subi une sorte de rotation de 90 degrés dans le sens contraire des aiguilles. Son grand intérêt réside dans le comportement unique des satellites, constamment en mouvement afin qu'ils conservent leur parfait alignement. En un sens, elle est peut-être l'Urwerk à l'affichage le plus rigide, le plus strict. Cependant, son grand atout provient de son orientation et de la fluidité de ses lignes. Grâce à cette orientation horizontale et à ses formes sensuelles, l'UR-110 donne constamment l'envie de la caresser de la paume de la main. Est-ce ce sentiment qui fit émerger l'idée d'utiliser du bois pour la partie supérieure du boîtier? En tout cas, le résultat est là: caresser une UR-110, c'est comme glisser la main le long d'une rampe en bois... une vraie expérience tactile!

Le bracelet Prince de Galles: 


Pour arriver à un tel résultat, il fallait un bois aux propriétés adaptées au contexte du port quotidien d'une montre. L'ébène de Macassar, pour ses couleurs, sa dureté, constituait le choix parfait. La provenance indonésienne de ce bois, très à l'est de Genève explique le nom  de cette édition finale de l'UR-110. Les fans de Clint seront déçus mais il faut constater qu'il n'y a aucun hommage caché à l'Inspecteur Harry dans cette montre!

La base du boîtier demeure en titane:


Les dimensions généreuses de l'UR-110 (47mmx51mmx16mm) créent la surface suffisante pour profiter pleinement de la texture et des couleurs du bois. Deux teintes dominantes sont disponibles: une qui tire vers le chocolat sombre, l'autre vers le Bordeaux vif. Chacune est séduisante et définit sa propre ambiance. La montre la plus surprenante est évidemment celle qui est la plus lumineuse. A ce titre, elle est selon moi la plus intéressante car c'est elle qui tranche le plus rapport à une Urwerk "classique" (drôle d'expression dans ce contexte!). Mais dans chaque cas, il est très surprenant de réaliser à quel point l'UR-110 est transformée. De statut de vaisseau spatial à tendance agressive, elle passe à celui d'objet terrestre paisible et réconfortant.

Au poignet d'un des heureux invités:


Même si le bois m'évoque les ateliers traditionnels de couture, il fallait cependant plus pour que l'atmosphère particulière de Timothy Everest soit retranscrite. N'avons-nous pas l'habitude de dire qu'un bracelet habille une montre? Et tout naturellement, le couturier dessina deux bracelets en tweed adaptés à l'UR-110 dont l'un arbore l'un de ses motifs préférés, celui de Prince de Galles. Ainsi parachevée, l'UR-110 Eastwood dégage un charme irrésistible, celui d'une montre que Jules Verne n'aurait pas reniée: une montre du futur conçue il y  a quelques décennies.

Le bracelet Tweed à chevrons:


Porter l'UR-110 Eastwood est une expérience rare. Le bois surprend par sa texture et il est intéressant d'observer que ce matériau traditionnel devient le principal point d'originalité de la montre jusqu'à pratiquement faire oublier la singularité de l'affichage du temps. Pièce hors du temps, s'inscrivant dans un univers inhabituel pour Urwerk, l'UR-110 Eastwood constitue le bouquet final, plein d'audace et de créativité qui ferme avec élégance un des plus jolis chapitres d'Urwerk. Et en matière d'élégance, difficile de trouver meilleur maître que Timothy Everest.

Un bouquet final plein d'élégance et de charme:


L'UR-110 sera définitivement présentée pendant la semaine du SIHH 2015 à Genève. 10 montres seront prévues mais la répartition du nombre selon la couleur du bois dépendra a priori des commandes.

Merci aux équipes de Timothy Everest et d'Urwerk pour leur accueil à l'atelier d'Elder Street.

Les plus:
+ le plaisir de retrouver l'UR-110 dans une atmosphère inhabituelle pour Urwerk
+ l'originalité apportée par le bois, par sa texture et ses teintes
+ le charme des bracelets en tweed
+ l'évolution en parallèle des satellites

Les moins:
- il faudra prévoir une rallonge au budget pour acheter le costume qui ira avec le bracelet!

Commentaires

Anonyme a dit…
Je suis fan.
C'est décalé à souhait...du dandysme néo-futuriste.
Bravo à Urwerk, définitivement l'une de mes marques préférées.