dimanche 30 novembre 2014

Patek Philippe: 5575G

Je me souviens des discussions qui ont précédé la présentation il y a quelques semaines de la collection célébrant le 175ième anniversaire de Patek Philippe. De nombreux collectionneurs avaient imaginé (et souhaité?) la sortie d'une montre Heures Universelles avec une complication additionnelle: le chronographe. L'idée était là et cette fameuse Heures Universelles compliquée est bel et bien sortie mais avec une autre fonction: l'affichage des phases de lune.

A la base, qu'une montre Heures Universelles serve de base à deux modèles commémoratifs (la 5575G pour hommes et la 7175R pour femmes) est une excellente nouvelle. Complication iconique chez Patek Philippe, les Heures Universelles reposent sur le système conçu par Louis Cottier qui permet l'affichage instantané des heures des 24 fuseaux et un réglage d'une très grand simplicité grâce à un poussoir qui est actionné pour changer la ville de référence située à 12 heures. L'indépendance entre le disque des villes et celui des heures est la pierre angulaire du système: en changeant la ville de référence, le disque des heures tourne également automatiquement pour s'ajuster. Bizarrement, la complication fut absente des collections Patek Philippe pendant plusieurs décennies avant son grand retour avec la 5110. La 5130 suivit ainsi que la 5131, célèbre pour son cadran central en émail. J'ai beau réfléchir, je ne vois aucune marque, dans ce contexte précis, qui arrive à atteindre le niveau d'élégance et de simplicité de Patek Philippe qui demeure pour moi la manufacture de référence pour les montres Heures Universelles.


La 5575G se caractérise donc par l'adjonction de l'affichage des phases de lune. Le choix d'une telle complication peut sembler surprenante. Alors que les Heures Universelles semblent être une fonction utile car destinée aux personnes qui voyagent beaucoup ou qui travaillent avec des correspondants éloignés, les phases de lune apparaissent plutôt comme futiles ou anecdotiques. Le lien entre les deux complications n'est guère évident et je considère ce cocktail comme clivant: soit nous y adhérons et la montre dévoile des charmes insoupçonnés soit nous le considérons comme le mariage de la carpe et du lapin et la montre devient alors énigmatique.

A titre personnel, cette combinaison entre deux complications peu en rapport m'a beaucoup plu. L'élément qui crée la jonction entre elles est l'aiguille des heures, absolument magnifique. C'est une sorte de constante chez Patek Philippe: les montres Heures Universelles sont systématiquement accompagnées d'aiguilles des heures fascinantes comme par exemple l'aiguille ciseau de la 5130. Celle de la 5575G est une évocation de la Croix du Sud et renforce la dimension poétique de la montre. Nous touchons ici tout l'intérêt de cette pièce commémorative. Comme je le dis souvent, les Heures Universelles permettent avant tout de voyager dans sa tête. La Croix du Sud et les phases de Lune nous font quitter la Terre et le voyage se poursuit dans les cieux et l'espace. Après tout, pourquoi pas? Notre imagination peut ainsi vagabonder à loisir et se perdre dans les profondeurs du cadran.


Il ne faut cependant pas croire que la 5575G reste une montre très classique comme peut l'être une 5130 par exemple. Avec sa couleur dominante noire et la représentation très réaliste de la lune, elle s'inscrit, au moment de la célébration du 175ième anniversaire, dans une dimension contemporaine rarement vue. A cet égard je la trouve beaucoup plus réussie que la 5175R qui continue à m'interpeler des semaines après sa présentation. Il y a deux détails particulièrement soignés qui rendent la 5575G si spéciale:
  • la forme des cornes qui s'inscrivent dans la continuité de la carrure du boîtier: elles tournent légèrement donnant beaucoup de fluidité et de raffinement au design général. Ces cornes marquent une rupture par rapport aux 5110 et autres 5130.
  • la façon dont est traité l'affichage des phases de lune.
Patek Philippe a veillé à rendre cet affichage le plus précis possible dans sa lecture. Il est fondé sur l'utilisation conjointe de deux disques. Le disque inférieur est celui qui effectue une rotation complète par cycle lunaire soit tous les 29,53 jours. Il est parsemé d'étoiles et porte la lune qui est reproduite de façon très fidèle comme le prouve la présence des cratères. La taille de l'astre est elle-même généreuse car l'affichage profite de tout l'espace créé par la zone centrale de la montre. Le disque supérieur est immobile et également étoilé. Sa forme particulière, une sorte de coeur inversé, a été déterminée avec soin pour afficher avec justesse les phases de lune qui se lisent grâce à la superposition des deux disques.


L'ensemble est très beau à observer même si la profusion d'étoile et le contraste assez faible entre la lune et le disque supérieur nuit (sans jeu de mots)  à la lisibilité. Le grand souci est que le problème de lisibilité ne se limite pas aux phases de lune. Les aiguilles ont tendance elles-aussi à se fondre dans le décor et dans certaines conditions de lumière à carrément disparaître! Je parlais précédemment d'imagination vagabonde... elle peut s'avérer fort utile lorsque la fonction première de la montre a tendance à faiblir!

Sans surprise, le mouvement de la 5575G est basé sur le calibre 240HU. Patek Philippe a ainsi développé le mouvement 240HU LU pour intégrer la complication additionnelle. Il conserve le même diamètre que le mouvement d'origine (27,5mm) mais évidemment, il devient plus épais (5,5mm). Sa fréquence reste de 3hz mais la réserve de marche, là aussi en toute logique, est annoncée en baisse se situant entre 38 et 48 heures contre 48 heures mini pour le 240HU. Je suis très surpris par cette façon de communiquer de la part de Patek Philippe. La complication Phases de Lune tournant en permanence, je ne vois pas ce qui empêche de donner une plage de réserve de marche plus précise que celle-ci. Est-ce une attitude trop prudente de la part de Patek Philippe?


Le mouvement n'est pas visible dans le contexte précis de la montre commémoratrice puisque le fond du boîtier est plein, orné de la gravure célébrant le 175ième anniversaire. Sa présentation, d'après les photos officielles, est proche pour ne pas dire identique à celle du 240HU. C'est décevant. J'aurais espéré pour une montre de cette importance un travail dédié comme par exemple un guillochage du rotor. 

La 5575G provoque une multitude de sentiments lorsqu'elle est mise au poignet. J'ai immédiatement été séduit par le charme qu'elle dégage, par ce voyage interstellaire qu'elle propose alors que sa vocation est de parcourir les fuseaux terrestres, par la taille et la représentation de notre satellite... Et la beauté du boîtier en or gris, modèle de raffinement et d'équilibre (39,8mm de diamètre pour une épaisseur de 9,5mm) constitue finalement son argument le plus solide. Mais rapidement le principal défaut surgit: selon l'inclinaison du poignet, la lecture de l'heure se révèle très délicate. Difficile d'occulter ce problème même si ce ne sera pas la préoccupation première des 1.300 acquéreurs de cette montre. En revanche, j'aurais aimé plus d'ambition décorative au niveau du mouvement pour rendre la 5575G encore plus digne de ce bel anniversaire. C'est la raison pour laquelle, malgré ses atouts, elle finit par me laisser un sentiment mitigé.


Merci à l'équipe de la boutique de Greef à Bruxelles.

Les plus:
+ le plaisir de retrouver une nouvelle montre Heures Universelles chez Patek Philippe
+ la représentation réaliste de la lune et l'approche esthétique très contemporaine tout en restant intemporelle
+ le boîtier, modèle d'équilibre à la grande fluidité
+ l'ambiance poétique que la montre dégage

Les moins:
- l'heure est illisible dans certaines conditions en raison du faible contraste entre les aiguilles et le fond étoilé
- le mouvement aurait mérité une approche décorative plus ambitieuse pour se distinguer du 240HU

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