Valbray: Chronographe EL1

Le chronographe EL1 de Valbray est un cas intéressant de réussite d'une opération de co-branding. Célébrant les 100 ans de photographie Leica (et donc limitée à 100 exemplaires, 50 par version), cette montre est idéalement adaptée à ce contexte spécifique. Pour les deux parties, l'accord est profitable. Leica obtient ainsi dans le cadre de l'accord avec la marque de Côme de Valbray et d'Olga Corsini la création d'une montre dont l'exclusivité, l'esprit, l'esthétique et les sensations qu'elle procure se rapprochent de ceux d'un appareil photo. Compte tenu de l'exigence de sa clientèle, Leica ne pouvait pas se permettre de présenter un objet quelconque pour une telle célébration. Pour Valbray, cette série limitée donne un formidable coup de projecteur sur sa collection et sur ce qui fait sa spécificité: le système d'obturation du cadran qui permet d'avoir deux montres en une.


Le vocabulaire employé pour décrire une montre Valbray est de fait, éminemment photographique: diaphragme, obturateur, ouverture sont des termes qui sont utilisés à chaque présentation d'une nouveauté de la marque. Le système Oculus est une véritable prouesse micro-mécanique: l'obturateur est composé de 16 lames qui se déploient sur le cadran ou se logent dans la lunette en glissant les unes sur les autres. Le système est très au point puisque les lames se placent parfaitement les unes par rapport aux autres, y compris dans les positions intermédiaires, c'est-à-dire lorsque l'obturateur n'est ni complètement ouvert, ni complètement fermé. La manipulation de l'obturateur par le biais de la lunette tournante est agréable, ni trop doux, ni trop dur, afin de procurer d'agréables sensations au propriétaire de la montre. S'il fallait utiliser un seul mot pour décrire une montre Valbray, ce serait celui d'interactivité. Selon l'humeur, les circonstances, le cadran n'affichera que l'heure et l'aiguille des secondes du chronographe. Un tour de lunette plus tard, l'obturateur s'ouvre et la complication additionnelle apparaît comme par magie.


J'aime beaucoup ce concept qui est ludique et finalement pas dénué d'intérêt du point de vue pratique. Transformant ainsi l'esthétique du cadran, le système Oculus permet d'avoir en même temps une montre simple et une montre compliquée au poignet. Il existe cependant une contrepartie esthétique. L'obturateur nécessite une taille de boîtier importante compte tenu du nombre de lames. De plus, la lunette est très épaisse pour que les lames puissent s'y loger. L'ouverture du cadran est ainsi plutôt limitée.

Le chronographe EL1 (EL comme Ernst Leitz, un des fondateurs de Leica) trouve tout son intérêt dans la cohérence qui existe entre le système Oculus et les rappels stylistiques des appareils photo Leica. La bonne nouvelle est que ces rappels demeurent discrets et que Valbray a su éviter le piège de la montre publicitaire. Les couleurs du boîtier des deux versions de la série limitée (titane grade 5 avec une finition sablée microbillée ou un revêtement DLC noir) sont à la fois élégantes et fidèles aux appareils Leica. L'inscription Leica Camera et les références à la série limitée en périphérie du cadran ne sont pas agressives et agrémentent joliment la montre. La couleur rouge se retrouve sur l'aiguille des secondes du chronographe et sur certains éléments des graduations des sous-cadrans. Deux autres références à Leica se cachent sur la couronne et à travers l'applique 4,5 sous le guichet de date qui reprend le chiffre de l'ouverture du diaphragme du premier Leica.


Une fois l'obturateur ouvert, la lisibilité du chronographe est correcte, sans plus, mais il ne faut surtout pas envisager de l'utiliser pour des mesures précises: la périphérie du cadran ne possède aucune graduation des secondes. La complication additionnelle est faite plus pour agrémenter la montre que pour apporter une véritable fonction supplémentaire. Une fois l'obturateur fermé, la trotteuse rouge demeure immobile sauf à laisser le chronographe tourner en permanence ce qui est conseillé dans ce contexte.


Le mouvement Valjoux qui équipe le chronographe EL1 est visible à travers un fond transparent noirci qui évoque la chambre noire. Soyons clairs: cette référence tombe très bien car si le Valjoux reste un mouvement fiable, il n'est pas d'une beauté stupéfiante. La masse oscillante ajourée est cependant bien réalisée et le fond noir donne un côté technique bienvenu à l'ensemble.


Afin d'être le plus cohérent possible avec l'univers Leica, Valbray équipe les deux versions de la série limitée avec deux bracelets qui rappellent les sangles des appareils photos: l'un en veau noir negonda, l'autre en veau lisse marron et coutures écrues. J'ai une nette préférence pour le second et aurais préféré un bracelet croco plus chic au premier quitte à sortir de l'univers photographique.


Les deux versions du chronographe EL1 ont du caractère et cela se ressent une fois mises au poignet: la taille de la montre (46mm de diamètre), l'épaisseur et la forme de la lunette leur confèrent un style très masculin même si les poussoirs  bien intégrés dans la carrure droite du boîtier tendent heureusement à affiner l'ensemble. Elles m'ont donc convaincu sur leur capacité à retranscrire l'univers et l'atmosphère Leica: l'interaction qu'elles offrent grâce à la manipulation de l'obturateur est un vrai plus.


Malheureusement, Valbray a poussé le mimétisme avec la marque à la pastille rouge un peu trop loin puisque les prix de ces deux montres sont aussi sérieux que ceux des appareils photos. Bien entendu, le principe et la réalisation de l'obturateur permettent au chronographe EL1 de se distinguer. Mais un prix qui flirte les 18.000 euros TTC demeure très élevé pour une montre, certes bien faite et originale, dont le contenu strictement horloger n'est pas exceptionnel: un Valjoux n'est pas un mouvement exclusif, loin s'en faut. Le chronographe EL1 s'adresse ainsi beaucoup plus aux fans absolus de Leica qui pourront être séduits par la mise en scène réussie de l'univers de leur marque préférée qu'à des amateurs d'horlogerie: d'autres montres Valbray répondront mieux à leurs attentes avec des prix plus conformes avec le contenu technique.

Merci à l'équipe de Chronopassion.

Les plus:
+ une mise en scène discrète et réussie de l'univers Leica
+ l'interactivité apportée par l'obturateur
+ le principe de deux montres en une
+ l'intégration des poussoirs

Les moins:
- le prix, très élevé
- le chronographe doit tourner en permanence pour profiter de la trotteuse une fois l'obturateur fermé

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