mardi 1 juillet 2014

Linde Werdelin: Oktopus MoonLite

Il ne faut pas se fier aux apparences. Malgré son gabarit imposant, l'Oktopus MoonLite est la montre la plus légère jamais produite par Linde Werdelin avec un poids de 62,5 grammes. Cette performance est due  à l'utilisation d'un alliage spécial, l'ALW (Alloy Linde Werdelin) spécifiquement développé pour la marque, 50% plus léger que le titane tout en étant plus résistant que l'acier. Linde Werdelin reste très secret sur la composition de cet alliage mais ses performances et son implication dans l'industrie aéronautique m'évoquent le Zalium (Aluminium et Zirconium) cher à Harry Winston. En tout cas, cette légèreté est la bienvenue car le boîtier présente des dimensions très généreuses (44mm sur 46mm pour une épaisseur de 15mm).


Cependant, ce serait faire preuve d'une très mauvaise foi que de considérer cette Oktopus MoonLite uniquement comme une nième montre imposante. Elle est beaucoup plus subtile que ses dimensions laissent supposer. Je la trouve même très réussie car elle parvient à dégager un sentiment général de douceur.

Les couleurs qui sont utilisées  constituent une première explication à cette surprenante impression. Les dégradés et reflets  de gris présents sur le cadran et sur le boîtier combinés avec le blanc du bracelet caoutchouc sont en effet très reposants et donnent beaucoup de charme à la montre. Rarement un bracelet blanc m'est apparu aussi bien adapté au contexte particulier d'une pièce. Linde Werdelin propose toute une gamme de couleurs pour son bracelet caoutchouc et j'ai beau imaginer le rendu visuel avec un de ces bracelets, rien n'y fait: le bracelet blanc me semble le plus adéquat, le plus séduisant et de loin!


Une autre raison qui explique le côté paisible de l'Oktopus MoonLite est sa complication additionnelle. Je retrouve le module développé en interne qui avait déjà été utilisé précédemment sur les Oktopus Moon et qui permet l'affichage des phases de lune sur plusieurs jours à travers 2 plages: une de 8 jours au bas du cadran qui englobe le jour même et une de 3 jours située à 2 heures. Le principe de cet affichage est d'utiliser des représentations photo-réalistes luminescentes de la Lune tandis que la pleine Lune apparaît en bleu. J'aime beaucoup les montres qui proposent de jouer avec notre satellite naturel sans indiquer les quantièmes. L'idée qui consiste à remplacer une complication utile (la date) par une complication dont le principal intérêt est la dimension  poétique peut sembler farfelue mais  elle crée une autre relation par rapport au temps qui passe. L'affichage des phases de lune est généralement ressenti comme une complication dédiée aux montre habillées, élégantes et le fait de le retrouver dans le contexte de cette montre de caractère est à la fois original et plaisant. Et puis se cache un aspect pratique: cette affichage sur plusieurs jours a été conçu pour permettre aux plongeurs de nuit de mieux choisir la date de leur performance afin de profiter des meilleures conditions de luminosité lunaire. Difficile de trouver une cible de clientèle plus restreinte!


Montre harmonieuse et rassurante, l'Oktopus MoonLite n'en demeure pas moins une montre puissante grâce à ce qui fait sa plus grande force: son design extrêmement abouti. Le travail sur le boîtier est d'un très haut niveau de sophistication car il parvient à définir des formes très angulaires tout en conservant un équilibre d'ensemble. C'est d'ailleurs le boîtier qui constitue l'élément principal de la montre: l'ouverture du cadran étant très limitée, l'Oktopus MoonLite surprend par l'épaisseur de sa lunette, le protège-couronne proéminent et la parfaite intégration du bracelet qui de par sa forme, semble prolonger le boîtier. Les vis sont (trop?) omniprésentes, à la fois sur la lunette mais aussi comme fixations du bracelet. Elles ont toutefois le mérite d'apporter des ruptures esthétiques car sinon le boîtier serait apparu comme trop monolithique.

Le cadran révèle également quelques surprises. L'affichage des phases de lune reste finalement assez discret malgré les deux plages. Cela est dû à l'aspect du cadran qui se présente comme une grille à plusieurs niveaux. La lisibilité est cependant tout à fait acceptable compte tenu de l'épaisseur des aiguilles. La finition de la partie centrale et du rehaut apporte la nécessaire touche de raffinement et les ouvertures du cadran allègent visuellement l'ensemble.


Le fond du boîtier est plein et c'est une bonne nouvelle! En effet, il  permet de profiter de la décoration Oktopus (joliment exécutée d'ailleurs) et assurément bien plus intéressante qu'à observer que le calibre de base (Concepto?) qui anime la montre  et le module de complication. Et ce fond plein est plus cohérent avec l'esprit de la montre qui revendique une étanchéité fort respectable de 300 mètres.

L'Oktopus MoonLite dégage un sentiment paradoxal au poignet. Elle surprend par sa légèreté mais aussi par son volume. Malgré le confort au porté, elle ne fait pas oublier ses dimensions impressionnantes. Cependant, elle épouse parfaitement les formes du poignet grâce à l'absence de cornes et à l'angle que fait le bracelet par rapport au boîtier: il est d'ailleurs impossible de poser la montre à plat. Elle ne nécessite donc pas un poignet XXL même si du point de vue esthétique, elle conviendra mieux à une personne ayant une solide constitution.


Linde Werdelin a ainsi réussi à travers cette montre une très délicate alchimie, celle qui consiste à combiner complication poétique avec un contexte imposant. Le choix de la légèreté et des couleurs apporte beaucoup d'équilibre à l'Oktopus MoonLite en contrebalançant le gabarit important du boîtier. Mélangeant angles aiguisés et formes sphériques, l'Oktopus MoonLite est peut-être la plus belle réussite du point de vue esthétique de Linde Werdelin.

L'Oktopus MoonLite, présentée à Baselworld 2014, est disponible dans le cadre d'une série limitée de 59 pièces.

Les plus:
+ une véritable réussite esthétique renforcée par la complexité et la finition du boîtier
+ le motif du fond plein
+ la parfaite intégration esthétique de la complication additionnelle
+ le confort au porté

Les moins:
-  malgré son confort, la montre nécessite un poignet suffisamment grand pour des raisons esthétiques
-  les vis sont un peu trop omniprésentes

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