mardi 3 juin 2014

Patek Philippe: 5213G

La 5213G fait partie de ces montres qui expliquent pourquoi Patek Philippe occupe une place à part dans le segment de la haute horlogerie. Elle rassemble en effet avec beaucoup d'élégance et sans artifice inutile deux des complications préférées de la manufacture: le quantième perpétuel et la répétition minutes, le tout dans un boîtier officier qui prend ici tout son sens.

La grande force de Patek Philippe est d'être capable de proposer différentes approches stylistiques des mêmes complications. Dans ce contexte, la 5213G peut être considérée comme une évolution dans un boîtier rond de la 5013 (au boîtier tonneau) ou comme une version sans tourbillon de la 5016. Mais ce n'est pas tout! La 5213G se distingue par l'utilisation du module QP à quantième rétrograde alors que la 5074 propose la même combinaison de complications mais avec un affichage traditionnel des fonctions calendaires. Il est donc difficile dans ces conditions de ne pas trouver la montre qui répond parfaitement à ses attentes!


A titre personnel, je dois avouer que je n'ai jamais été un grand fan du système d'affichage à aiguille de quantième rétrograde. Le module propre du QP m'a toujours semblé peu à l'aise dans les boîtiers de taille importante et le guichet de l'année bissextile a tendance à mordre sur la graduation des quantièmes. Mais cet affichage a une grande vertu: il propose une petite trotteuse logée dans le sous-cadran ce qui anime le cadran et permet de visualiser un témoin de marche. La 5074 en revanche ne possède pas de trotteuse permanente.


L'aiguille rétrograde apporte incontestablement une touche d'originalité  dans l'organisation du cadran qui demeure très lisible. Les jours, les mois, les quantièmes, le cycle des 4 années, tout est accessible au premier coup d'oeil même si les deux aiguilles principales de type Breguet peuvent de temps en temps masquer l'aiguille des quantièmes (ce qui est d'ailleurs le cas sur les photos). La finition du cadran est excellente, les chiffres et index appliqués apportent beaucoup de raffinement mais j'apprécie encore plus les petits marqueurs en relief insérés dans la graduation périphérique toutes les 5 minutes.


Généralement à la peine dans des boîtiers qui dépassent un certain diamètre, comme par enchantement, le module QP  à quantième rétrograde semble ici  plus à l'aise alors que la montre propose un diamètre de 40,6mm. La raison de ce paradoxe est finalement assez simple. Le diamètre est suffisamment important pour positionner les chiffres appliqués et la graduation périphérique. Ainsi, visuellement, le cadran semble équilibré car les fonctions sont réparties plus harmonieusement.


Le boîtier en or gris mérite également une attention soutenue. S'agissant d'un boîtier officier, il s'ouvre grâce à une charnière qui permet de profiter du spectacle offert par le mouvement, notamment lorsque les marteaux entrent en jeu. La charnière est positionnée au niveau des cornes à 12 heures. Cette solution, très élégante, s'explique par la présence du verrou de la répétition minutes sur la carrure du boîtier. De plus, le boîtier a besoin d'être le plus homogène possible afin de définir le  contexte adéquat pour obtenir la meilleure qualité sonore lorsque le verrou est enclenché. Quoi qu'il en soit, le boîtier officier me semble idéal. La montre demeure d'une grande discrétion et seul un oeil averti notera la présence du verrou sur la carrure. L'heureux propriétaire de la 5213G peut ensuite ouvrir le fond du boîtier comme une boîte à musique. J'aime beaucoup cette petite interaction et l'idée de découvrir derrière le rideau un spectacle qui enchante les yeux et les oreilles!


Le calibre automatique R 27 PS QR, d'une fréquence de 3hz et d'une réserve de marche d'une quarantaine d'heures, est en effet une merveille visuelle dont plusieurs éléments clé se détachent au premier coup d'oeil:
  • le micro-rotor à la décoration subtile et précise
  • les marteaux et les gongs, prêts à entrer en action
  • la croix de Calatrava en or rose du pont de volant inertiel
Ce mouvement, malgré le cumul de complications, reste relativement fin avec une hauteur de 7,23mm ce qui permet à la 5213G de garder un style élancé malgré le double-fond. Mais toutes ces considérations seraient sans grande portée si le son de la répétition minutes était décevant. Or il est à la hauteur de mes espérances. Je considère cette 5213G comme une des montres les plus convaincantes sur cet aspect. Le son est régulier, pur et d'un volume tout à fait satisfaisant. Les deux timbres se distinguent nettement permettant de deviner l'heure sans aucune difficulté. Le film ci-après essaye de vous faire partager cette qualité sonore même si l'environnement dans lequel il a été tourné était un peu bruyant:





La discrétion de la 5213G s'apprécie une fois mise au poignet. Elle est le prototype de la montre égoïste. Derrière un style somme toute très classique, se cache une montre compliquée dont la complication la plus séduisante reste cachée et dont seul le propriétaire a connaissance. Elle témoigne en tout cas de l'excellence de Patek Philippe sur ce type de montres. Les finitions sont irréprochables et il suffit d'observer le guillochage de la masse oscillante pour noter l'écart (le gouffre?) qui existe par rapport à un calibre 240 de base. Reste la véritable maîtrise horlogère qui se cache dans le réglage de la répétition minutes: à l'écoute de chaque note, j'ai senti tout le soin apporté dans cette étape cruciale. La 5213G est bel et bien une pièce d'exception digne du prestige de la manufacture qui l'a créée.


Merci à l'équipe De Greef à Bruxelles.

Les plus:
+ le boîtier officier
+ la finition du cadran et du mouvement
+ le spectacle offert par le mouvement
+ la qualité sonore irréprochable

Les moins:
- je ne suis pas un fan de ce module QP notamment à cause du guichet des années qui empiète sur la graduation des quantièmes
- une réserve de marche un peu courte

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