dimanche 1 juin 2014

MB&F: LM101

Chaque nouvelle Horological ou Legacy Machine de MB&F est un événement et la LM101 ne déroge pas à la règle. Présentée en mai de cette année, elle suscita de très nombreux commentaires plus provoqués par son caractère raisonnable que par un véritable effet de surprise. En effet, la LM101 répond à un double objectif: tout d'abord de compléter la gamme des Legacy Machines avec un boîtier au diamètre plus contenu, ensuite de proposer une montre au tarif plus abordable que celui des autres Machines.


Dans l'absolu, la LM101, disponible en or gris et en or rose, présente de très nombreuses caractéristiques séduisantes. S'inscrivant dans la lignée stylistique de la collection initiée en 2011 avec la LM1, elle incarne avec bonheur une approche totalement opposée au néo-rétro: elle représente ce qu'aurait pu être une montre futuriste imaginée par un horloger de la fin du XIXième siècle. Elle est une sorte d'objet qui aurait eu toute sa place dans un roman de Jules Verne. Il faut l'avouer: la LM101 est sacrément convaincante dans cet esprit. Elle mélange une multitudes de détails qui rendent hommage à l'horlogerie classique comme les cadrans laqués, la platine soleillée ou le style décoratif du mouvement. Pourtant, comme ses devancières de la collection, la LM101 ne sent pas la poussière et redistribue tous ces éléments pour proposer un design original magnifié par le caractère hypnotisant du large balancier suspendu visible côté cadran. Je pourrais même affirmer que la LM101 est la plus originale des Legacy Machines du fait de sa présentation de cadran asymétrique.


Contrairement aux LM1 et LM2 qui respectent une parfaite symétrie, la LM101 se distingue par le décalage des arches du ponts et des sous-cadran comme si l'ensemble du cadran avait effectué une rotation de 45 degrés dans le sens des aiguilles d'une montre. La LM1 n'est donc pas surprenante car sa proximité esthétique avec les autres Legacy Machines est trop évidente pour donner ce sentiment. Mais l'équipe MB&F est arrivée à lui insuffler la dose d'originalité suffisante pour créer sa propre identité.

La LM101 à droite de la LM1:


Cette identité particulière de la LM101 est en effet indispensable compte tenu des objectifs qu'elle doit remplir. Du fait de sa taille plus petite, du retrait d'une complication par rapport à la LM1 et de son prix plus contenu, ce décalage esthétique évite à la montre d'être considérée comme une Legacy Machine au rabais. Je sens bien les difficultés rencontrées par Max Büsser dans la contexte: comment en effet ne pas donner l'impression de proposer une version "light" tout en étant capable de réduire significativement le prix de vente?

Le caractère hypnotisant du balancier demeure sur les deux versions de la LM101:


C'est sur ce point que la LM101 est la plus réussie: à aucun moment, elle ne provoque le sentiment d'être en face d'une montre qui a subi de nombreuses concessions. Les finitions sont à la hauteur des LM1 et LM2 que ce soit côté cadran ou côté mouvement. Les arches qui suspendent le balancier sont encore plus spectaculaires car leur inclinaison par rapport à la platine est plus prononcée, diamètre du boîtier oblige. Le balancier d'un diamètre de 14mm voit son rôle renforcé au centre du cadran car sa taille relative est supérieure à celle observée sur la LM1. La finition  des sous-cadran est toujours aussi soignée grâce à l'application de plusieurs couches de laque. Les aiguilles bleuies conservent quant  à elles tout leur charme.

La LM101 est disponible en or rose et en or gris:


Enfin, l'argument imparable qui prouve que la LM101 est bel et bien une Legacy Machine à part entière est qu'elle utilise pour la première fois un mouvement MB&F développé en interne. C'est la raison pour laquelle la référence à Jean-François Mojon n'apparaît plus sur les ponts du mouvement. En revanche, celle à Kari Voutilainen demeure puisque l'horloger finlandais a contribué à la définition de l'esthétique et à la réalisation des finitions du mouvement. 

Ce mouvement tri-dimensionnel (suspension du balancier oblige) présente côté ponts une architecture classique fidèle à l'esprit des calibres des autres Legacy Machine. La finition  irréprochable le rend très agréable à observer. Il l'est également du point de vue de l'utilisation car le remontage s'opère sans souci. Le rituel du remontage doit d'ailleurs être effectué quotidiennement compte tenu d'une réserve de marche de 45 heures. La fréquence de 2,5hz est volontairement basse pour rendre hommage à l'horlogerie traditionnelle et évidemment renforcer le caractère hypnotisant du balancier.


La LM101 est donc une montre parfaitement réalisée et l'objectif qui consiste à conserver un niveau de qualité d'exécution de finition similaire à celle des autres Legacy Machine est rempli.

Plus abordable tant du point de la taille que du prix tout en conservant les critères d'excellence de MB&F, la LM101 est-elle alors une montre irrésistible? Malheureusement, ce ne fut pas mon sentiment et je vois plusieurs raisons qui peuvent expliquer ma  relative déception.

Le point qui me dérange le plus est que pour la première fois j'ai le sentiment que Max Büsser répond à une demande du marché au lieu de susciter en priorité le désir, la surprise à travers l'expression de ses propres convictions. Au fond de moi, malgré toutes les explications sur la raison d'être de la LM101, je ne peux m'empêcher de penser que la collection Legacy Machine a été créée sur une base de boîtiers de 44mm. La hauteur maximum de la montre étant de 16mm, elle perd le côté élancé des LM1 et LM2 en semblant plus trapue. J'estime que le passage à un boîtier de 40mm n'apporte rien surtout dans le contexte de cet hommage aux belles montres de poche et que de fait, les 44mm sont bien plus adaptés. J'ai l'impression de me retrouver dans le même contexte qu'avec De Bethune lorsque des versions 40mm des DB25 ont été présentées. Si les Legacy Machines sont d'abord sorties en 44mm, c'est bien parce que cette taille est LA taille.


L'autre détail qui me chagrine est la disparition de l'indicateur de réserve de marche tri-dimensionnel inhérent au concept de la LM1 (et que déjà je regrettais sur la LM2). En devenant plus classique, cet indicateur n'apporte plus le côté interactif au propriétaire de la montre. Certes, lors du remontage, l'aiguille bouge mais la sensation n'est pas la même, elle devient maintenant presque banale. Et puis, cet indicateur n'est plus situé dans le prolongement des arches du pont. Ces arches se trouvent sans vis-à-vis si bien que la montre donne l'impression d'avoir une zone de vide sous le sous-cadran de l'heure. C'est un paradoxe car malgré leurs boîtiers plus grands, les LM1 et LM2 occupent harmonieusement leurs cadrans. Le retrait d'une fonction sur la LM101 se ressent incontestablement car le cadran ne m'apparaît plus aussi équilibré.



Enfin, le dernier point qui ne m'a pas convaincu est la présentation du mouvement. Malgré son excellence et la qualité des finitions, le mouvement de la LM101 est beaucoup trop fidèle à ceux des LM1 et LM2. C'est évidemment voulu pour les raisons évoquées plus tôt et pour respecter la cohérence de la collection. Mais Max Büsser n'a-t-il pas voulu trop bien faire sur ce point? Pour lancer son premier mouvement maison, n'aurait-il pas mieux valu adopter une décoration en rupture esthétique avec celles des calibres précédents pour mieux mettre en valeur cette réalisation maison? Car soyons clairs, le mouvement de la LM101 apparaît plus comme une déclinaison du mouvement de la LM1 que comme un développement propre. Je trouve cela dommage.


Ma perception de la LM101 est ainsi  mitigée. Si la LM101 ne souffre d'aucune critique dans sa réalisation, c'est bien au niveau de son propre raison d'être que se trouve le noeud du problème. Si je comprends les objectifs poursuivis par cette montre, je persiste à penser qu'elle n'apporte rien dans la logique de la collection. Les différentes machines m'ont tellement surpris ou séduits depuis de nombreuses années que je suis devenu extrêmement exigeants avec MB&F, peut-être plus qu'avec n'importe qu'elle autre marque. Or dans le cas précis de la LM101, je n'ai pas perçu le sens de son message en dehors de celui de ses objectifs commerciaux. Et c'est bien la première fois chez MB&F que la dimension stratégique de la marque prend le dessus sur l'histoire que raconte la montre. C'est ce qui m'empêche d'apprécier la LM101 comme une autre Machine.

Un grand merci à l'équipe MB&F pour son accueil à Baselworld.

Les plus:
+ une qualité d'exécution respectant les critères de la marque
+ la beauté des arches
+ le caractère hypnotisant du balancier
+ le premier mouvement maison ce qui est toujours un événement pour une jeune marque

Les moins:
- la taille plus contenue rend le rapport diamètre/épaisseur plus défavorable
- le cadran possède une zone vide face aux arches
- paradoxalement, la dimension "mouvement maison" n'est pas assez mise en valeur
- le message stratégique de la LM 101 se ressent bien plus que l'histoire qu'elle est supposée nous raconter

2 commentaires:

Anonyme a dit…

Belle analyse, sans concession ! Reste une montre que je trouve très réussie, même s'il est vrai que le storytelling se prend ici un peu les pieds dans le tapis.

Anonyme a dit…

Merci Max pour votre commentaire :-)