mardi 27 mai 2014

Artya: Tourbillon Microcosmos

Je ne pensais pas que cela allait m'arriver mais il faut que je me rende à l'évidence: je vais placer les mots "charmante" et "Artya" dans une même phrase! Comme quoi, tout est possible dans le monde merveilleux de l'horlogerie! J'aime beaucoup la démarche d'Yvan Arpa qui arrive toujours à insuffler de nouvelles idées dans les montres qu'il crée avec le soupçon de provocation qui suscite de l'excitation tout en évitant de franchir la ligne rouge. Malgré leur intérêt, ses montres ne m'ont jamais donné l'impression d'être d'une extrême délicatesse: Yvan Arpa joue sciemment sur un autre registre, celui des fortes émotions. Mais voilà: ce qu'il aime avant tout, c'est de tenter de nouvelles expériences et le Tourbillon Microcosmos en constitue une. Qu'on se le dise! Je considère ce Tourbillon Microcosmos comme une des montres les plus charmantes de Baselworld 2014... une autre façon de nous surprendre et de se placer là où on ne l'attend pas.


En fait, le Tourbillon Microcosmos est avec le Tourbillon Rock&Load le porte-étendard de la nouvelle collection d'Artya: Son of  Complications. Il fallait une montre marquante pour placer cette collection sur les bons rails et le Tourbillon Microcosmos joue parfaitement ce rôle. Ce n'est certes pas la première fois qu'Yvan Arpa, à travers d'Artya, propose une montre Tourbillon. Mais c'est en revanche un tout nouveau sentiment qu'il provoque car le Tourbillon Microcosmos est une pièce raffinée à l'aspect presque fragile.

Elle se distingue tout d'abord par son boîtier en or gris, certes toujours d'un diamètre imposant (47mm) mais assurément plus élégant que les boîtiers habituels d'Artya. La lunette plus fine, les formes plus élancées et plus subtiles lui conférent un aspect plus consensuel. Le rehaut incliné permet de contrôler l'ouverture du cadran et de réduire la taille perçue ce qui est une bonne nouvelle.


Ce boîtier, d'une relative discrétion, n'est finalement là que pour mettre en valeur le travail remarquable effectué sur le cadran. Ce dernier a été créé par Dominique Arpa-Cirpka, épouse d'Yvan et également sa compagne d'aventure dans la marque Artya. Tout son talent s'y exprime grâce à la maîtrise de la pose des ailes des papillons tropicaux et des feuilles d'or. Mais au-delà de cet aspect technique, j'adore l'idée d'imbriquer des éléments mécaniques dans ce contexte naturel. A moins que ce ne soit l'inverse? La nature, la machine ne font plus qu'une et rentrent en osmose. La finesse, la quasi-transparence des feuilles et des ailes associées à la révolution de la cage du Tourbillon me donnent l'impression d'être en face d'une pierre fossilisée animée... dans laquelle l'élément mécanique serait prisonnier. Il se dégage de ce cadran malgré le contraste entre ses deux composantes un sentiment de quiétude et d'harmonie. Bien entendu, compte tenu de la façon dont il est crée, chaque cadran est unique. Je dois avouer que j'ai rarement vu un contexte aussi idéal pour le Tourbillon Concepto.


Yvan Arpa utilise en effet de nouveau ce mouvement qu'il connaît bien. Aisément reconnaissable grâce à son ressort pieuvre à 3 bras visible à l'arrière de la montre, il propose une réserve de marche intéressante de 3 jours pour une fréquence de 3hz. La finition du mouvement côté cadran est soignée pour faciliter l'intégration esthétique avec les éléments naturels. En revanche, même si elle ne présente aucun défaut, j'ai trouvé la décoration du mouvement à l'arrière de la montre trop austère. Cela génère un contraste assez fort entre les deux côtés et je pense qu'il aurait été pertinent de plus agrémenter le rendu visuel du mouvement notamment dans la zone à droite du ressort pieuvre qui semble un peu vide malgré les côtes de Genève.

Ce problème n'est pas rédhibitoire puisque, une fois mise au poignet, le charme du cadran se met à agir. Je me suis surpris à plus observer les détails des ailes et des feuilles que la propre révolution de la cage malgré la forme "électrique" du pont du Tourbillon. Les couleurs à dominante gris et bleu restent raisonnables et grâce son originalité, la montre présente un aspect sage et élégant qui ne tombe pas dans le classicisme ennuyeux.   La taille du boîtier devient au bout du compte plus acceptable car le spectacle offert par le cadran nécessite une scène suffisamment large.


Yvan Arpa arrive ainsi à nous séduire en utilisant une recette inhabituelle pour lui. Loin de certaines audaces et des messages de puissance, d'énergie que ses montres véhiculent,  le Tourbillon Microcosmos joue une autre partition, plus délicate, plus charmante. Et si derrière ce grand pratiquant des Arts Martiaux se cachait un homme d'une grande sensibilité? En tout cas, le Tourbillon Microcosmos nous permet de découvrir une facette méconnue de sa personnalité.

Merci à Yvan Arpa et à son équipe pour leur accueil à Baselworld.

Les plus:
+ un style inhabituel pour une montre Artya
+ la finition du cadran et l'imbrication entre les éléments naturels et mécaniques
+ la discrétion du boîtier qui met en valeur le cadran 
+ la réserve de marche de 3 jours

Les moins:
- la décoration du mouvement trop austère côté ponts
- le diamètre du boîtier demeure important

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