lundi 28 avril 2014

François-Paul Journe: "Carpe Diem"

J'ai le plaisir de vous présenter une montre exceptionnelle que j'ai eu la chance de voir il y a quelques jours. La "Carpe Diem" n'est pas une montre F.P. Journe telle qu'on l'entend aujourd'hui c'est-à-dire conçue dans le contexte de la marque fondée par l'horloger français en 1999. La "Carpe Diem" est une pièce unique créée antérieurement en 1997 par François-Paul Journe pour répondre à une commande spéciale émanant d'un client qui désirait une montre à l'affichage du temps original.

Cette montre est passionnante à examiner pour de nombreuses raisons. Tout d'abord, comme vous pouvez le remarquer à travers le guichet des heures qui parcourt la graduation des minutes, la "Carpe Diem" utilise le principe des heures vagabondes. A ce titre, elle préfigure, 5 années avant sa présentation initiale dans le cadre du 30ième anniversaire d'Antiquorum, la future Vagabondage dont elle partage l'idée du balancier visible côté cadran.


Ensuite, même si l'affichage, le style et la taille de la montre correspondent à des souhaits du client, la "Carpe Diem" symbolise toute l'influence qu'exerce la très belle horlogerie classique sur François-Paul Journe. La complication, malgré son caractère iconoclaste, existe depuis le XVIIième siècle. La minuterie, le guillochage central, la couronne et la carrure cannelées font irrémédiablement penser à une montre Breguet. Il se dégage de la "Carpe Diem" un sentiment de délicatesse, d'extrême raffinement mis en valeur par le cabochon de la couronne et le diamètre contenu du boîtier en or (33 ou 34mm selon moi).


Il est intéressant de remarquer que la Vagabondage se démarque esthétiquement parlant très nettement de cette pièce unique, François-Paul Journe exprimant alors sa propre démarche stylistique: la forme du boîtier "Tortue plate", l'épaisseur de la lunette, l'intégralité des chiffres visible... la rupture est radicale malgré l'affichage du temps similaire. C'est sûrement parce que la "Carpe Diem" s'éloigne à cet égard des idées de François-Paul Journe que sa signature est si discrète: ses initiales apparaissent en petits caractères au bas du cadran pour laisser par opposition le nom de la montre en grand. Ce nom contribue d'ailleurs à l'animation du cadran car il se déplace au gré de la rotation de la partie guillochée qui supporte le guichet des heures.


Mais paradoxalement, la plus grande des surprises se situe côté mouvement. Alors que les Vagabondage  sont des montres à remontage manuel, le choix a été fait pour la "Carpe Diem" d'utiliser un mouvement automatique à micro-rotor. Ce mouvement comporte selon moi des éléments du Peseux 7001 mais l'architecture de ce dernier est totalement modifié: le balancier se retrouve côté cadran et il gagne le remontage automatique grâce au micro-rotor. Ce mouvement séduit par son apparente simplicité même si une telle transformation a nécessité beaucoup de travail.



Le talent de François-Paul Journe s'exprime pleinement afin de répondre au triple enjeu que constitue la montre:
  • la finesse du mouvement obtenue par le micro-rotor
  • la performance nécessaire à la constante révolution de la partie centrale du cadran
  • la chronométrie qui ne doit pas être perturbée lors du saut des heures à la soixantième minute.
Si les mouvements automatiques de François-Paul Journe se distinguent par leurs rotors légèrement décentrés, la forme des ponts de la "Carpe Diem" m'évoque tout de même le style de l'horloger. Je me demande d'ailleurs pourquoi François-Paul Journe n'a pas souhaité par la suite utiliser un mouvement à micro-rotor. Une des réponses que j'imagine est sa volonté de préserver une finesse de mouvement constante malgré les différentes complications. Or un mouvement à micro-rotor oblige à une intégration différente des complications compte tenu de la faible surface de mouvement disponible.
 

La "Carpe Diem" est donc une pièce enthousiasmante. Elle témoigne du talent de son créateur et pose les jalons de ses futures réalisations. Mais en même temps elle s'en écarte car elle répond à des spécifications exprimées par le client dont certaines ne correspondent pas aux idées et convictions de François-Paul Journe.  C'est ce qui la rend si particulière... et si unique!

1 commentaire:

Robert Maurice a dit…

Superbe montre et merci pour le partage.
Cependant pourquoi diantre des chiffres romains sur une heure vagabonde alors que le le 11 peut se lire 9 IX ou 11 XI selon sa place sur le cadran ?