Olivier Jonquet: Elie

La démarche d'Olivier Jonquet fait partie de ces jolies histoires de passionnés d'horlogerie qui, un jour, décident de passer à l'acte en créant leurs propres montres. La passion ne suffit pas, il faut généralement une étincelle qui crée l'envie de s'investir dans de tels projets extrêmement chronophages et consommateurs d'énergie. Pour Olivier Jonquet, elle s'est produite lors d'une brocante dans sa ville d'Avignon. Il y trouva une montre à boîtier coussin des années 20/30 qui le charma instantanément. L'idée était entrée dans sa tête: pourquoi ne pas imaginer une montre qui reprendrait les codes esthétiques relativement courants de cette époque en les remettant au goût du jour pour les rendre conformes aux attentes d'une clientèle d'aujourd'hui? C'est ainsi qu'il se lança dans l'aventure avec à la base deux principes fondamentaux à suivre:
  • que la montre incarne une certaine idée de l'élégance tout en ayant une touche d'audace... comme ces montres des années 30 qui faisaient preuve d'imagination et de créativité en période de crise,
  • que la très grande majorité des composants soit d'origine française.

Grâce à son épouse qui a travaillé au sein d'un département Achats d'une entreprise, Olivier Jonquet put constituer dans un délai relativement court son réseau de fournisseur afin que sa montre puisse passer du stade de croquis à celui de la concrétisation. Deux années furent nécessaires pour passer des premières esquisses   à la présentation des deux prototypes ce qui est une excellente performance pour quelqu'un qui ne naviguait pas auparavant dans cette industrie. Il faut dire qu'il fut soutenu par un certain nombre de sous-traitants français, dont la plupart travaillent pour de très grandes marques, convaincus par la sincérité de la démarche.


La montre d'Olivier Jonquet s'appelle "Elie" comme le prénom de son fils. Je dois avouer qu'elle m'a séduit par sa simplicité, son élégance et son raffinement. Elle ne révolutionne absolument rien tant du point de vue esthétique que technique. Mais l'ensemble est soigné et paradoxalement... relativement original dans le paysage horloger d'aujourd'hui. Même si ce type de boîtier "coussin carré" m'évoque les Rolex Oyster des années 30 et toute une kyrielle de montres similaires de la même époque, il se retrouve assez peu dans les collections actuelles des marques. Evidemment, les boîtiers Radiomir de Panerai ou Terrascope de JEANRICHARD me viennent à l'esprit mais leurs tailles et leurs designs plus "sport" s'éloignent de l'esprit du boîtier de l'Elie. En revanche, je vois plus de points communs avec le boîtier Carré Cambré de Dubey & Schaldenbrand qui de plus utilise le même système d'anses.


Cependant, la caractéristique du boîtier de l'Elie qui explique en grande partie sa personnalité et son charme est son rendu plat et subtilement adouci et arrondi à ses extrémités. Le verre saphir ne dépasse pas et visuellement l'ensemble est fluide et élancé pour une épaisseur de 9mm.

La couronne contribue aussi à la réussite esthétique: elle se veut discrète du fait de sa forme "punaise" qui lui évite de devenir trop proéminente. Elle est cependant suffisamment grande pour une bonne manipulation et pour que le remontage soit agréable. Elle porte le logo de la marque (en fait les initiales stylisées d'Olivier Jonquet) mais, heureuse surprise, une fois la montre mise au poignet, c'est le seul endroit où ce logo est visible. En effet, le cadran est vierge de toute inscription et je dois avouer que ce détail, qui témoigne de l'humilité de son créateur, n'est pas anodin. La montre gagne encore plus en pureté et en raffinement.


Ce cadran est évidemment un élément clé de l'Elie.  Réalisé en émail blanc, il met en valeur les chiffres et les aiguilles bleuies Breguet qui dessinent le temps de façon très lisible. J'aime beaucoup la combinaison entre ces chiffres et les aiguilles: selon la lumière, le bleui des aiguilles devient noir ou nettement bleu, créant ainsi de jolis effets avec les chiffres qui eux-mêmes, possèdent une couleur subtile. La minuterie est composée de traits et de points qui font office de marqueurs des 5 minutes. Le secteur de la trotteuse est gradué de façon similaire mais sur cette zone, j'aurais supprimé les points. L'emplacement du sous-cadran, un peu trop proche du centre, indique que le diamètre du mouvement est relativement modeste. Mais d'un autre côté, cela permet de préserver le 6 du cadran qui est ainsi affiché dans son intégralité.


L'origine du cadran n'est pas française: c'est une petite entorse au principe suivi par Olivier Jonquet mais elle était rendue obligatoire pour des raisons de coûts et de délais. En revanche, les aiguilles, le boîtier, le verre, le bracelet sont bien conçus en France... sans oublier le mouvement!

Le mouvement à remontage manuel est un France Ebauche FE 233/69, un calibre simple, basique et fiable à 3hz qui trouve son origine dans le Cupillard 233 des années 50. Sa finition est sommaire, seul le perlage des ponts vient apporter une touche décorative. La bague d'emboîtage est en métal ce qui est un plus pour la qualité du produit. Sa réserve de marche d'une cinquantaine d'heures est largement suffisante dans le contexte d'un remontage manuel quotidien. Car au-delà de son esthétique, l'Elie se veut une montre qui symbolise un art de vivre: Olivier Jonquet n'imaginait pas un mouvement automatique pour sa pièce. Le propriétaire de la montre doit ressentir le plaisir du remontage qui donne vie au mécanisme: une sorte de cohérence entre l'esthétique et la nature du mouvement qui est la bienvenue. 70 mouvements FE 233/69 ont ainsi été achetés. 50 équiperont les montres dont la fabrication est prévue et les 20 mouvements restants seront dédiés au SAV et aux pièces détachées. Les mouvements sont entièrement nettoyés, réglés, huilés et remontés au sein d'un atelier dans le Haut-Doubs avant le processus d'assemblage.  A noter que l'inscription "Swiss" est apposée sur le mouvement à côté de la roue de couronne car il fut à l'époque assemblé en Suisse alors que les composants étaient usinés en France.


Le mouvement n'est pas visible car le fond du boîtier est plein ce qui n'est pas un problème ici pour les raisons exposées plus tôt. Pour observer le mouvement, il faut donc dévisser ce fond. Cependant, il y a une autre raison qui impose cette manipulation: le changement du bracelet. Compte tenu du système à "anses fil", il n'y a malheureusement pas d'autres moyens que de dévisser le fond puis les anses. Mais au bout de l'effort... le réconfort!


Les trois bracelets adaptés au boîtier de l'Elie ont été spécifiquement créés par l'Atelier Thibot: en sus du bracelet  en cuir de veau noir fourni avec la montre, deux autres bracelets pourront être achetés: l'un en caïman couleur chocolat pour une plus grande élégance, l'autre en cuir vintage de cartouchière de la seconde guerre mondiale pour le côté rétro. Si je ne suis pas un grand fan du bracelet d'origine (je n'aime pas les bracelets noirs), les deux autres bracelets m'ont en revanche beaucoup plu et la montre gagne en présence et en qualité perçue lorsque l'un des deux y est installé.


Deux finitions de boîtier sont disponibles: satinée ou brillante. Après avoir porté les deux montres, ma préférence va vers la finition satinée, plus discrète. Mais dans les deux cas, le plaisir demeure identique. Grâce à sa taille idéale (38mm de hauteur et de largeur hors couronne), l'Elie arrive à dégager un sentiment d'équilibre tout en accrochant l'oeil grâce à l'originalité de sa forme. La pureté du cadran, l'absence de marque visible et le confort au porté rendent cette montre très attirante et je la sens à l'aise à la fois avec une tenue décontractée ou dans un contexte plus formel.


L'Elie d'Olivier Jonquet est le joli aboutissement d'une projet personnel. Son look néo-rétro n'occulte pas sa propre personnalité et la qualité de fabrication des éléments souligne le soin apporté aux détails. Cependant, la partie n'est pas encore jouée pour Olivier Jonquet: pour que le processus de fabrication des 50 montres prévues soit lancé, il faut que le nombre de souscription atteigne un seuil. Pour commander une montre et donc soutenir la concrétisation du projet, il suffit de se connecter sur le site prévu à cet effet qui apporte tous les renseignements nécessaires: http://www.montres-oj.com/commande/. Olivier Jonquet prendra sa décision en octobre à l'issue de cette période de commande. Alors, êtes-vous prêt à travers votre engagement à participer à la fabrication d'une montre française?

Merci à Olivier Jonquet, son épouse et à l'Atelier Thibot pour la présentation des deux prototypes.

Les plus:
+ un design néo-rétro élégant et des dimensions harmonieuses
+ l'absence d'inscription sur le cadran
+ le remontage manuel cohérent avec l'esprit de la montre
+ la qualité des deux bracelets optionnels

Les moins:
- le mouvement, basique, est petit pour le boîtier
- le changement de bracelet impose de dévisser le fond puis les anses

Commentaires

Renarddu25 a dit…
Vraiment une belle réussite au niveau du look, dommage que le placement prix soit un peu élevé à mon goût pour du FE.
Atelier Thibot a dit…
Merci françois-xavier pour cette très belle revue.

Atelier Thibot
laphroaig007 a dit…
Belle initiative française ;-)
Et bravo pour la cadran en email, car en "live", il doit être magique.